PERSPECTIVES GÉOPOLITIQUES ET GÉOÉCONOMIQUES

CHOCS ET BOULEVERSEMENTS AU MOYEN-ORIENT (2026)

L’Académie de Géopolitique de Paris a organisé un colloque international intitulé « Perspectives géopolitiques et géoéconomiques, chocs et bouleversements au Moyen-Orient », jeudi 16 avril 2026 au 5 rue Conté à Paris.

Cet événement scientifique s’est inscrit dans un contexte international marqué par une recomposition profonde des équilibres régionaux et mondiaux où le Moyen-Orient s’impose plus que jamais comme un espace stratégique central, traversé par des dynamiques de rivalité accrue, de fragmentation géopolitique et de reconfiguration des alliances. Depuis la fin février 2026, la région est entrée dans une phase de confrontation directe à haute intensité entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran, marquant une rupture majeure dans l’équilibre régional et une escalade sans précédent depuis plusieurs décennies.

Le déclenchement du conflit par une offensive américano-israélienne contre des infrastructures stratégiques iraniennes visait à neutraliser les capacités balistiques et nucléaires de Téhéran, provoquant une riposte asymétrique iranienne combinant missiles, drones et réseaux alliés contre des cibles israéliennes et américaines dans le Golfe. Cette dynamique a rapidement étendu le conflit à l’ensemble du système sécuritaire du Golfe, affectant les infrastructures énergétiques et les routes d’approvisionnement, tandis que l’entrée en action du Hezbollah au Liban a ajouté une dimension transnationale avec des déplacements massifs de civils. La militarisation des infrastructures énergétiques, notamment via des frappes sur le champ gazier de South Pars, a perturbé les flux mondiaux et fait grimper les prix du pétrole et du gaz. La crise du détroit d’Ormuz, avec les menaces sur la navigation et l’augmentation des coûts d’assurance, est devenue un levier géostratégique central. Les développements récents montrent une intensification du conflit, des divergences tactiques entre Américains et Israéliens, et l’échec des tentatives diplomatiques de désescalade.

Dans ce contexte d’instabilité systémique, le Moyen-Orient apparaît comme un laboratoire avancé des transformations de l’ordre international, où se conjuguent rivalités de puissance, fragmentation géoéconomique, guerre hybride et recomposition des souverainetés. Ce colloque vise à produire une analyse rigoureuse, structurée et prospective de ces mutations en cours au Moyen-Orient, des impacts géoéconomiques des crises, et à contribuer à une compréhension approfondie des logiques de puissance structurant le nouvel environnement stratégique international.

COMPTE RENDU

Dr. Ali RASTBEEN, Géopoliticien, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Le Moyen-Orient à l’épreuve de la guerre systémique : épicentre des recompositions géopolitiques et géoéconomiques du XXIe siècle ».

Mesdames et Messieurs, Excellences, chers collègues,

C’est avec gravité et sens des responsabilités que nous ouvrons aujourd’hui ce colloque international consacré aux « Perspectives géopolitiques et géoéconomiques : chocs et bouleversements au Moyen-Orient (2026) ». Nous nous réunissons dans un moment historique singulier, marqué par une recomposition accélérée des équilibres internationaux, où le Moyen-Orient s’impose non seulement comme un théâtre de crises, mais comme l’un des principaux épicentres de transformation de l’ordre mondial.

Depuis la fin du mois de février 2026, la région est entrée dans une phase de confrontation directe d’une intensité rarement observée depuis la fin de la guerre froide. L’affrontement entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran ne constitue pas un épisode conjoncturel, mais un tournant structurant. Il marque le passage d’une conflictualité indirecte, longtemps caractérisée par des logiques de guerre par procuration, à une confrontation ouverte entre puissances étatiques, redéfinissant profondément les paramètres de la sécurité régionale et internationale.

L’offensive initiale, visant les infrastructures stratégiques iraniennes, s’inscrivait dans une logique de neutralisation des capacités balistiques et nucléaires. Elle a toutefois déclenché une riposte asymétrique d’ampleur, mobilisant un éventail élargi d’instruments militaires et hybrides : frappes de missiles, drones, actions de réseaux alliés et pressions sur les points névralgiques du système énergétique mondial. Cette dynamique a rapidement dépassé le cadre bilatéral pour s’étendre à l’ensemble du Golfe, affectant les infrastructures critiques, perturbant les flux énergétiques et exposant les fragilités structurelles du système économique globalisé.

La crise du détroit d’Ormuz constitue, à cet égard, une illustration particulièrement révélatrice de la centralité des chokepoints dans la géoéconomie contemporaine. La mise sous tension de cet espace stratégique, par lequel transite une part significative des approvisionnements énergétiques mondiaux, démontre que la guerre moderne ne se limite plus aux champs de bataille classiques. Elle s’étend aux réseaux, aux flux, aux infrastructures et aux chaînes logistiques, transformant l’interdépendance économique en levier de puissance et en vecteur de vulnérabilité.

Parallèlement, l’extension du conflit à des espaces périphériques, notamment au Liban avec l’implication du Hezbollah, souligne la dimension systémique de cette crise. Elle révèle l’imbrication croissante entre conflits locaux et rivalités globales, entre acteurs étatiques et non étatiques, entre logiques militaires et dynamiques sociopolitiques internes. Les déplacements massifs de populations, la dégradation des capacités étatiques et l’aggravation des crises humanitaires témoignent de l’ampleur des recompositions en cours.

Dans ce contexte, le Moyen-Orient apparaît comme un laboratoire avancé des mutations contemporaines de la conflictualité. Nous y observons simultanément la montée en puissance des guerres hybrides, la transformation des doctrines de dissuasion, la recomposition de la profondeur stratégique sous l’effet des technologies de frappe à distance, ainsi que l’émergence de nouvelles formes de contrôle des flux énergétiques, informationnels et financiers.

Au-delà de la dimension strictement militaire, cette crise met en lumière une fragmentation croissante de l’ordre géoéconomique mondial. La volatilité des marchés énergétiques, la reconfiguration des routes commerciales, la montée des risques assurantiels et la redéfinition des partenariats stratégiques traduisent une mutation profonde du système international. L’interdépendance, longtemps perçue comme un facteur de stabilité, devient désormais un champ de confrontation et un instrument de coercition.

Ce colloque s’inscrit précisément dans cette perspective analytique. Il a pour ambition de dépasser la lecture événementielle pour proposer une compréhension structurée des logiques de puissance à l’œuvre. Il s’agit d’interroger, de manière rigoureuse et pluridisciplinaire, les dynamiques géopolitiques et géoéconomiques qui façonnent le Moyen-Orient contemporain, mais aussi d’anticiper leurs implications pour l’architecture mondiale de demain.

Les interventions qui vont se succéder au cours de cette journée témoignent de la diversité des approches nécessaires à une telle analyse. Elles aborderont successivement les dimensions politico-stratégiques, les transformations technologiques de la guerre, les enjeux énergétiques, les recompositions des alliances, les interactions entre le Moyen-Orient et d’autres espaces stratégiques, notamment africains et européens, ainsi que les mutations des cadres conceptuels de la puissance.

Elles permettront également de mettre en lumière des phénomènes structurants tels que la remise en cause du modèle des bases militaires étrangères, la redéfinition de la profondeur stratégique, la montée des logiques de guerre informationnelle et technologique, ou encore l’émergence de modèles analytiques intégrant les flux comme variables centrales de la puissance contemporaine.

Plus largement, ce colloque doit être compris comme un espace de réflexion collective sur la transition vers un ordre international multipolaire, caractérisé par une compétition accrue entre puissances, une fragmentation des normes et une recomposition des souverainetés. Le Moyen-Orient, loin d’être une périphérie instable, en constitue aujourd’hui un révélateur central.

Dans ce cadre, la responsabilité des chercheurs, des analystes et des décideurs est considérable. Il ne s’agit pas seulement de comprendre les crises, mais d’en éclairer les dynamiques profondes, d’en identifier les trajectoires possibles et de contribuer à la formulation de réponses stratégiques adaptées.

Je tiens, à ce titre, à exprimer mes remerciements les plus sincères à l’ensemble des intervenants, dont l’expertise et la rigueur scientifique enrichiront nos échanges. Je remercie également les partenaires institutionnels, ainsi que toutes les personnes ayant contribué à l’organisation de cet événement.

Enfin, je forme le vœu que nos travaux permettent d’apporter un éclairage utile, non seulement à la communauté académique, mais également aux décideurs politiques, économiques et stratégiques confrontés à ces transformations majeures.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un colloque riche en analyses, en débats et en perspectives.

S.E.M. Jean-Pierre VETTOVAGLIA, Ambassadeur de Suisse à Vienne, Bucarest et Paris (1988-2007), administrateur d’une banque de trading à Genève (Trade Finance, BIC-BRED), essayiste et conférencier (analyse et prospective des relations internationales), « Le rôle d’Israël et du lobby juif dans la politique étrangère des États-Unis à l’égard de l’Iran ».

Les liens étroits entre Israël, le lobby juif et le gouvernement des États-Unis concernant l’Iran ne sont plus à démontrer.  En effet, les deux principaux slogans de la révolution iranienne de 1979 étaient : « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël ». La politique d’Israël à l’égard de l’Iran est celle défendue par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) aux États-Unis et en Angleterre en particulier. L’impact de l’AIPAC s’appuie fortement sur des milliardaires juifs américains, les milieux néo-conservateurs, le complexe militaro-industriel, de nombreux Sénateurs et députés de la Chambre des représentants, de grandes sociétés internationales, la presse « mainstream », sans compter les centres de recherches et autres fondations. Soit une puissance politique et financière à nulle autre pareille. L’AIPAC tout comme le gouvernement d’Israël ont toujours été là pour encourager la propension de l’Amérique à vouloir en découdre avec l’Iran. C’est cette collusion tripartite que cet article se propose d’étudier. En mars 2026, Joe Kent, directeur démissionnaire du Centre national contre le terrorisme (National Counterterrorism Center), affirmait : « It is clear that we started this war due to the pressure from Israel and its powerful American lobby »… CQFD.

Michael J. STRAUSS, Professeur (PhD) de droit international et de relations internationales (CEDS Paris, Université Catholique de Lille), membre du Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris, « How the Iran war may inhibit the spread of future wars through foreign military bases » (Comment la guerre en Iran pourrait freiner la propagation des conflits futurs à travers les bases militaires étrangères).

La guerre en Iran met en lumière un risque stratégique majeur pour les États tiers : celui d’être entraînés dans un conflit en raison de la présence de bases militaires étrangères sur leur territoire. Les frappes iraniennes visant des bases américaines et alliées à travers le Moyen-Orient suscitent déjà, dans certains pays hôtes, des débats sur la pertinence du maintien de telles installations. Indépendamment de l’issue du conflit, son héritage pourrait être de freiner la prolifération des bases militaires étrangères, contribuant ainsi à limiter la diffusion des guerres futures.Ce risque n’est pas nouveau. Dès avant la Première Guerre mondiale, il était admis que les accords bilatéraux permettant l’implantation de bases étrangères répondaient à des logiques de préparation à des conflits ultérieurs. Une base étrangère pouvait dès lors devenir une cible militaire, même si elle était située sur le territoire souverain d’un État formellement neutre. Cependant, ce risque a souvent été relativisé par les États hôtes. D’une part, les incidents de ce type sont restés historiquement rares. D’autre part, les bénéfices immédiats – notamment les compensations financières ou les garanties sécuritaires implicites liées à la présence de forces étrangères – ont longtemps prévalu dans les arbitrages stratégiques. Aujourd’hui encore, seuls quelques États, tels que le Cambodge, le Laos ou Malte, interdisent systématiquement l’établissement de bases étrangères sur leur territoire. La remise en cause de ces dispositifs pourrait néanmoins s’inscrire dans une temporalité longue. Les accords encadrant ces bases sont généralement de nature conventionnelle et s’inscrivent dans des engagements juridiques durables, obligeant les États à en respecter les termes jusqu’à leur échéance.

Toutefois, plusieurs facteurs pourraient accélérer cette évolution. Les États déployant des bases à l’étranger pourraient être incités à en réduire le nombre afin de limiter les coûts ou de préserver leurs relations avec les pays hôtes. Par ailleurs, les transformations technologiques – notamment le développement des capacités cybernétiques et des armes hypersoniques – tendent à réduire la nécessité stratégique de la proximité géographique avec un adversaire, en permettant la projection de puissance à distance depuis le territoire national. Ainsi, sans mettre un terme aux conflits, le ralentissement, voire la réduction, de la prolifération des bases militaires étrangères pourrait contribuer à limiter leur extension géographique. Dans cette perspective, la conduite de l’Iran dans le conflit avec les États-Unis et Israël pourrait, de manière paradoxale, produire un effet stabilisateur indirect en affaiblissant l’un des vecteurs contemporains de diffusion des guerres.

Valéry ROUSSET, Industriel, enseignant, consultant et écrivain, « De la guerre aux États à la guerre aux Individus (avec leurs données personnelles). Le Moyen-Orient : rupture ou continuité ? ».

J’aborderai les origines de l’Air Policing dans l’Empire britannique voilà un siècle, prolongée par l’analyse opérationnelle dans la Seconde Guerre mondiale, pour développer l’exploitation systématique des données personnelles dans le ciblage des individus au Moyen-Orient, grâce à l’apport de l’intelligence artificielle. La perspective sera stratégique et technologique, avec un accent sur l’aspect technico-opérationnel (outils et effets). Le Moyen-Orient y prendra valeur de cas d’usage.

Manuel POUCHELET, Expert en géopolitique spécialisé sur le Moyen-Orient et les enjeux stratégiques globaux, consultant, conférencier et analyste médiatique des grandes crises internationales (AL24News, Radio Algérie Internationale), conseiller pour l’ONG Jobs for Lebanon, ancien collaborateur du ministère des Armées, diplômé de Yale, « Le Liban face à une nouvelle séquence de déstabilisation  ».

Le Liban, déjà profondément affaibli par l’effondrement financier de 2019 et par l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, traverse depuis le 2 mars 2026 une nouvelle phase critique. Cette dégradation rapide s’inscrit dans un contexte de vulnérabilité structurelle, tant sur les plans économique et institutionnel que sécuritaire.

L’escalade militaire, déclenchée par des tirs de roquettes du Hezbollah vers Israël en riposte à l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a provoqué une réponse israélienne massive. En l’espace de trois semaines, le bilan s’élève à plus de 1000 morts, 2500 blessés et plus d’un million de déplacés. Les frappes israéliennes ciblent désormais Beyrouth, la vallée de la Bekaa et le Sud-Liban, avec des menaces explicites de fragmentation territoriale au niveau du fleuve Litani. Ce conflit s’inscrit dans un environnement régional particulièrement instable, marqué par la chute du régime de Bachar al-Assad et l’affaiblissement stratégique de l’Iran. Malgré des pertes importantes depuis 2024, le Hezbollah conserve une capacité de résilience significative, soutenue par l’appui constant de Téhéran, notamment à travers des transferts financiers massifs en 2025. Toutefois, l’initiative militaire du 2 mars a été condamnée par les autorités libanaises, en particulier par le Premier ministre Nawaf Salam et le président Joseph Aoun, révélant une fracture interne profonde : une partie de l’État refuse d’être entraînée dans une logique de confrontation régionale par procuration. Sur le plan économique, la situation est critique. Les pertes quotidiennes sont estimées entre 60 et 80 millions de dollars, dans un contexte où le budget 2026 était déjà structurellement déséquilibré. Les secteurs du commerce, de l’industrie et de l’agriculture sont fortement paralysés. Parallèlement, la crise humanitaire s’aggrave : hôpitaux saturés, pénuries de biens essentiels et réquisition d’écoles pour accueillir les populations déplacées. D’un point de vue stratégique, le Liban se trouve dans une impasse. Le désarmement du Hezbollah apparaît difficilement envisageable sans provoquer une implosion interne, tandis que le maintien de son autonomie militaire expose le pays à une destruction répétée. Israël semble poursuivre un objectif de neutralisation durable de la menace plutôt qu’une occupation prolongée, mais l’ampleur des destructions rend toute perspective de cessez-le-feu particulièrement fragile.

Dans ce contexte, l’Europe et la communauté internationale doivent soutenir de manière urgente un plan de stabilisation multidimensionnel, articulé autour d’une aide humanitaire massive, d’une pression diplomatique en faveur d’une désescalade dans le cadre des Nations Unies (notamment via la résolution 1701), et d’un appui à la reconstruction économique. À défaut, le Liban risque de basculer durablement dans un statut d’État failli, amplifiant les dynamiques d’instabilité régionale. Le Liban n’est pas condamné à l’effondrement. Toutefois, sa stabilisation repose sur la restauration d’une souveraineté effective et sur une sortie progressive des logiques de guerre par procuration qui structurent aujourd’hui son environnement stratégique.

Ilya PLATOV, Professeur des Universités, Directeur du département russe à l’INALCO, membre du Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Jeux d’acteurs et recompositions stratégiques au Moyen-Orient : Russie, Azerbaïdjan, Iran et États-Unis dans la crise régionale contemporaine ».

Cette intervention se propose d’examiner, dans une perspective géopolitique et géoéconomique, le rôle de plusieurs acteurs étatiques majeurs dans les recompositions en cours au Moyen-Orient, en mettant plus particulièrement l’accent sur la relation « quadrangulaire » entre la Russie, l’Azerbaïdjan, l’Iran et les États-Unis. Il s’agira moins de proposer une lecture strictement événementielle de la crise actuelle que d’en restituer les principaux cadres stratégiques, les logiques de puissance et les formes de repositionnement régional qu’elle révèle. Une attention particulière sera accordée à la Russie, dont l’action dans la crise actuelle s’inscrit dans une stratégie complexe et multivectorielle. Sans être directement au centre de la confrontation, Moscou demeure un acteur essentiel par ses relations avec plusieurs capitales régionales, ses intérêts énergétiques et sécuritaires, ainsi que par sa capacité à tirer parti des crises prolongées. Enfin, l’intervention abordera le cas de l’Azerbaïdjan, acteur parfois moins commenté dans les analyses globales du Moyen-Orient, mais dont la position géographique, les ressources énergétiques, les liens avec la Turquie, ses rapports complexes avec l’Iran lui confèrent une importance clé dans la crise actuelle. L’objectif sera ainsi de montrer que la crise actuelle ne saurait être réduite à une opposition bilatérale ou à une séquence strictement militaire, mais qu’elle s’inscrit dans une dynamique plus large de redistribution des équilibres régionaux et de concurrence entre puissances.

Hassana Djidda ABDOULAYE,Diplomate, conseiller des Affaires étrangères et Directeur du Protocole du Premier ministre (Primature du Tchad), spécialiste en relations internationales, gestion des crises et post-conflits, expert-consultant en étiquette et protocole diplomatique, auteur et enseignant (ENA-Tchad, Académie diplomatique du Tchad, Université Senghor d’Alexandrie), « Afrique – Moyen-Orient : dynamiques d’interdépendance et reconfiguration stratégique face aux crises régionales ».

Les relations entre les États africains et les pays du Golfe témoignent d’une interdépendance croissante, structurée autour d’échanges diplomatiques, commerciaux, économiques, sécuritaires et idéologiques. Dans ce cadre, la résurgence des conflits au Moyen-Orient et leurs effets systémiques sur les économies, les systèmes politiques et les architectures de sécurité exposent les États africains à des chocs exogènes, tout en contraignant leur autonomie stratégique. Toutefois, le continent africain, en raison de sa position géostratégique et de l’abondance de ses ressources naturelles, s’affirme également comme un pôle d’attraction majeur et un espace de projection de puissance. À cet égard, cette communication propose d’analyser les crises au Moyen-Orient à la fois comme des facteurs de vulnérabilité et comme des catalyseurs de recomposition stratégique. L’étude met en évidence que l’Afrique subit les conséquences des conflits persistants au Moyen-Orient, tout en disposant de marges de manœuvre lui permettant de convertir sa dépendance structurelle en capacité d’action géopolitique dans un environnement international de plus en plus multipolaire. En conclusion, elle souligne le potentiel du continent à transformer ses atouts en leviers de puissance durable, en s’émancipant progressivement des logiques de dépendance. Sur le plan analytique, cette recherche repose sur la combinaison de trois cadres théoriques complémentaires : le réalisme, centré sur la rivalité des puissances et les intérêts stratégiques, permettant d’identifier les choix africains sous contrainte ; l’interdépendance complexe, qui met en lumière les effets transnationaux des crises et l’absence de hiérarchisation stricte entre enjeux militaires et économiques ; le constructivisme, insistant sur le rôle des identités, de l’histoire, du non-alignement et des normes dans la définition des postures diplomatiques africaines.

Fabienne LISSAK, Professeure en communication de crise, journaliste à Décideurs Magazine, experte des détroits, canaux et autres maillons stratégiques et logistiques du commerce mondial, « Détroit d’Ormuz : route majeure pour l’exportation du pétrole, centre névralgique pour le monde ».

« Soit tout le monde pourra utiliser le Détroit d’Ormuz, soit personne ne le pourra »,a déclaré le Général iranien Mohammad Ali Jafari, commandant du Corps des gardiens de la révolution. Tous les pays du globe s’inquiètent de voir le Détroit d’Ormuz bloqué depuis le 2 mars, date à laquelle l’Iran a déclaré qu’il « brûlerait vif quiconque tenterait de le traverser ». La guerre lancée conjointement par les États-Unis et Israël bat son plein. Pour tenter de répondre aux problèmes d’approvisionnement générés par la fermeture du Détroit d’Ormuz, la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a organisé une rencontre avec 35 autres pays pour évoquer la sécurisation du détroit. Goulet d’étranglement de 33 km, le Détroit d’Ormuz voit transiter chaque jour près de 20-21 Mb/j de pétrole (soit 20 % de l’offre mondiale) auxquels s’ajoutent environ 80 Mt/an de GNL (20 % du marché global). Cette situation inédite permet de faire le point sur les interconnexions du monde, entre l’Orient, l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Cette dépendance, particulièrement forte pour l’Asie (plus de 70 % des flux), ancre Ormuz au cœur de la sécurité énergétique mondiale.

Quelles mesures diplomatiques et politiques sont viables pour rétablir la liberté de navigation ? Quel est le droit qui s’applique à ce passage maritime ? La fermeture du Détroit d’Ormuz soulève des questions sur les enjeux de souveraineté, les vulnérabilités géoéconomiques de l’Occident et de l’Orient, la militarisation et l’instrumentalisation stratégique des détroits. En activant la menace de la fermeture du détroit d’Ormuz, l’Iran a montré sa capacité à déclencher une véritable crise énergétique mondiale. Alors même que ce sujet brûlant évolue d’heure en heure en ce mois d’avril, nous ferons un focus sur la nouvelle donne avec une analyse des conséquences déclinées, pas seulement dans le secteur énergétique, mais par une recomposition des flux et alliances au niveau énergétique mais aussi économiques et politiques.

PREMIER DÉBAT

Recteur Gérard-François DUMONT,Professeur à la Sorbonne Université, Vice-Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, Président de la revue Population & Avenir, « Nouvelle guerre au Moyen-Orient : quelles prospectives géopolitiques multiscalaires ? ».

Toute prospective partant d’une bonne connaissance de la situation de départ, il importe d’abord de souligner au moins deux caractéristiques essentielles de la guerre au Moyen-Orient reprise par des bombardements américains et israéliens le 28 février 2026. Ensuite il sera possible de décliner différents scénarios à plusieurs échelles géographiques : le monde, la région moyen-orientale, une échelle bi-étatique et une échelle infranationale.

Prof. Thierry GARCIN Politologue et docteur d’État, chercheur associé à l’Université Paris Cité, spécialiste de l’étude des conflits armés, de l’arme nucléaire et des enjeux arctiques, conférencier et auteur, « Les Européens face au conflit iranien : positionnements et dynamiques actuelles ».

Steven EKOVICH, Professeur émérite de Politique et d’Histoire (American University of Paris), « The United States and the ‘‘Arabian’’ Gulf » (Les États-Unis et le golfe « Arabe »).

On the official maps of the United States navy, the body of water between Iran and the Arab Gulf states is officially named the “Arabian Gulf”. This is a consequence of the developing cooperation with Arab states in the past several decades. Of course, other nations, as well as international institutions give different names, creating a complex naming dispute. This topographical dispute is indicative of the general geo-strategic confusion relating to the region. For most of American foreign policy since the Second World War its strategic focus has been on the Eurasian Continent – the “world island” stretching from Japan to the Atlantic. The transatlantic alliance completes the circle of strategic interest. The “Gulf” in question here has generally been a peripheral concern to the larger geo-political preoccupation; however, it has come to the forefront when regional turbulence sends tremors into the larger primary concern. The most recently published US National Security Strategy seems to have re-oriented the longstanding strategic horizontal east-west axis to a north-south axis passing from the Arctic to the tip of South America. It is interesting to speculate on the extent to which this announced theoretical geostrategic redirection has, or has not, shaped current events in the Middle East. This speculation is all the more relevant if it is possible that the current White House, in actual practice, has no coherent strategy in any direction.

Georges TASSIOPOULOS, Docteur en science politique, enseignant en géopolitique et en stratégie entrepreneuriale, « Du nadir au zénith : la nouvelle géopolitique grecque en Méditerranée orientale, en mer Rouge et au Moyen-Orient ».

La géopolitique grecque connaît depuis la fin des années 2010 une transformation profonde, marquée par le passage d’un rôle périphérique à celui d’acteur stratégique central en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient. Soutenue par un partenariat structurant avec la France, notamment à travers l’accord de défense de 2021 et la modernisation de ses capacités militaires, la Grèce a renforcé sa posture de puissance régionale. Cette montée en puissance se traduit par une redéfinition de sa doctrine, en particulier vis-à-vis de Chypre, désormais considérée comme un espace stratégique intégré, ainsi que par une capacité accrue de projection militaire, illustrée par ses déploiements navals et aériens récents. Par ailleurs, Athènes étend son engagement au-delà de son environnement immédiat, notamment en mer Rouge et dans le Golfe, où elle participe activement aux dispositifs de sécurité, comme en témoigne l’interception de missiles visant des infrastructures saoudiennes. Cette évolution s’accompagne d’une diversification des alliances, incluant Israël, l’Arabie saoudite et l’Inde, traduisant une adaptation à un ordre international multipolaire. Enfin, la Grèce conserve un rôle clé dans la stratégie américaine en Méditerranée orientale, notamment grâce à ses infrastructures militaires et portuaires. Dans ce contexte, le renouvellement du partenariat franco-grec devrait consolider cette dynamique, confirmant l’émergence de la Grèce comme puissance pivot dans l’arc stratégique reliant la Méditerranée au Moyen-Orient.

Zahra DAVARPANAH, Professeure invitée à la Faculté des études mondiales, Université de Téhéran, « Du gel stratégique à la convergence civilisationnelle : rôle de la diplomatie culturelle et de foi dans la reconstruction du nouvel ordre post-2026 dans le Golfe Persique ».

L’intervention met en lumière une mutation fondamentale de l’architecture sécuritaire du Golfe Persique à la suite des événements de février 2026. Elle souligne que la présence militaire américaine, autrefois perçue comme un garant de la stabilité, est désormais requalifiée en facteur de vulnérabilité stratégique, tant pour l’Iran que pour les États hôtes du Conseil de coopération du Golfe. Dans ce contexte, l’intervenante insiste sur l’épuisement du modèle de sécurité fondé sur l’externalisation de la protection (« sécurité locative »), qui a conduit la région à une impasse stratégique et à une crise d’identité sécuritaire. Face à cette situation, elle propose un changement de paradigme reposant sur la construction d’une « sécurité endogène ». L’intervention accorde une place centrale à la diplomatie culturelle et religieuse, en particulier celle de la République islamique d’Iran, envisagée dans une perspective élargie d’ « islam civilisationnel » dépassant les divisions confessionnelles. Cette approche est présentée comme un levier de désescalade et de recomposition régionale. Enfin, l’intervenante défend l’idée que la sortie de crise ne peut être obtenue uniquement par des canaux diplomatiques classiques, mais nécessite le recours à un multilatéralisme fondé sur les patrimoines culturels et civilisationnels, impliquant des organisations telles que l’UNESCO et l’ICESCO. L’objectif stratégique avancé est la transition d’un système de rivalités militarisées vers une logique de convergence civilisationnelle.

Jean-Michel VERNOCHET, Géopolitologue, journaliste et essayiste, « Triomphalisme stratégique et impasse géopolitique : la guerre contre l’Iran ».

Qu’adviendra-t-il dans les prochains jours ou semaines ? M. Peter Hegseth ci-devant Secrétaire d’État à la Guerre de l’Administration Trump, a répété ce mardi 31 mars 2026, ce qu’il avait déjà dit le 27 dans une précédente conférence de presse, reprenant la même antienne que son patron depuis le 9 du même mois, en substance : « Nous avons gagné la partie, pilonné 11.000 cibles, l’Iran est à genoux, il ne reste plus qu’à trouver un accord » [We have won the war. We have struck over 11,000 targets. Iran is on its knees. The only thing left is to find an agreement]… Triomphalisme interprétable comme un aveu de défaite parce que l’accord en question avait été déjà quasiment trouvé au cours des négociations indirectes intervenues entre février et juin 2025 à Mascate (Oman), avant que l’offensive de la guerre dite des Douze jours, du 13 au 24 juin 2025. Guerre enclenchée sur un mensonge adossé à une interprétation tendancieuse d’un rapport de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique (AIEA) et l’usage biaisé du logiciel d’intelligence artificielle « Palantir », à savoir l’imminence par l’Iran de l’achèvement d’une arme nucléaire. 

Contre-vérité manifeste dénoncée par la Directrice du Renseignement National, Tulsi Gabbard, alors qu’elle venait d’être nommée par D. Trump à la tête de l’administration chapeautant l’ensemble des seize services fédéraux dévolus au recueil d’informations stratégiques en janvier 2025, avait publiquement déclaré à plusieurs reprises que l’Iran ne préparait pas activement d’arme atomique. En février 2025 à l’occasion d’une audition au Sénat et dans un entretien accordé à Fox News : « Il n’existe actuellement aucune preuve crédible que l’Iran soit en train de fabriquer une arme nucléaire. Le programme iranien est sous surveillance étroite et nous ne disposons pas d’éléments indiquant une décision politique de franchir le seuil nucléaire »… Position maintenue jusqu’en mai quelque jour avant l’offensive préemptive israélienne récusant alors violemment les conclusions de Mme Gabbard. Plus récemment, le 17 mars 2026, le directeur du Centre national du contre-terrorisme(NCTC) démissionnait en reprenant abruptement les conclusions de Mme Gabbard : « L’Iran ne représentait aucune menace nucléaire imminente pour les États-Unis. Cette guerre a été lancée sous la pression d’Israël, sur la base d’une menace exagérée ou fabriquée »… Dénonçant le déni de réalité témoigné par l’entourage d’une présidence qui menace à présent – en vertu d’un rhétorique convenue depuis 2003 avec G.W. Bush et l’Irak – l’Iran de le « renvoyer à l’âge de pierre » [« If Iran doesn’t agree to a deal very soon, they will be sent back to the Stone Age »] Maison-Blanche, 1er avril 2026 !

Aujourd’hui la guerre a changé de visage même si elle n’a pas changé de nature. Quelle que soit l’issue du conflit, il est possible d’en tirer d’ores et déjà quelques enseignements… L’Ukraine a été depuis le 24 février 2022 le laboratoire de la guerre des bombes volantes et des postes d’observation autonomes, mais c’est en Iran que depuis désormais le 28 février 2026 cette mutation de la guerre a pris tout son sens dans le cadre d’une confrontation asymétrique dite du fort au faible, laquelle ne se présente pas sous un jour aussi favorable que prévu pour la puissance dominante, les États-Unis d’Amérique. Ceux-ci se sont d’abord essayé à la « gesticulation » par une démonstration de puissance inscrite dans la droite ligne des deux avant-dernières guerres du Golfe, celle de 1991 (Tempête du désert) et 2003 (Choc et Effroi). Mais il est rapidement apparu que ce que l’on pouvait déduire des déconfitures militaires du Vietnam, de Somalie, d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, de Syrie devait ou pouvait maintenant se reproduire en essayant de mater l’Iran, de lui faire ouvrir ses frontières aux flux commerciaux cosmopolites, bref de la faire rentrer dans le rang des bons élèves de la classe mondialiste, objectif affiché par la Maison-Blanche, et assez  différent de celui de Tel-Aviv avide d’un changement de « régime » à Téhéran, autrement dit de la disparition définitive de l’actuelle théocratie parlementaire… 

Mahmoud EL HASSOUNI , Professeur des universités, Trader et Ambassadeur OYW (One Young World), « Repenser la puissance à l’ère des flux : le Geologistics Quadri-Pillar Framework (GQF) comme modèle multi-niveaux d’analyse géostratégique ».

Les analyses contemporaines du Moyen-Orient en géopolitique et en géoéconomie demeurent fragmentées et insuffisamment adaptées à la compréhension des chocs systémiques actuels. Les approches existantes tendent à isoler les dimensions territoriales, économiques et logistiques, sans intégrer pleinement les interactions multi-niveaux qui structurent les dynamiques de puissance dans un contexte multipolaire.

Cet article introduit le Geologistics Quadri-Pillar Framework (GQF) comme une matrice analytique intégrative et multi-échelles. Le modèle s’articule autour de quatre piliers interdépendants : (1) les dotations géologiques, (2) les infrastructures logistiques, (3) la gouvernance géostratégique, et (4) le capital culturel et épistémique. Ces piliers sont déployés sur trois niveaux d’analyse – macro (stratégique), méso (managérial) et micro (opérationnel) – permettant de saisir les interactions verticales et horizontales entre ressources, flux, acteurs et représentations. L’apport central du GQF réside dans l’introduction d’une dimension transversale de contrôle stratégique des flux (Strategic Flow Control), qui constitue le mécanisme d’activation du système. Cette dimension met en évidence que la puissance contemporaine ne dépend plus uniquement de la possession de ressources ou de territoires, mais de la capacité à orchestrer, sécuriser et reconfigurer des flux financiers, informationnels et commerciaux à travers les différents niveaux du système. Appliqué au Moyen-Orient – notamment à travers les corridors énergétiques et les points de passage stratégiques tels que le détroit d’Ormuz – le GQF permet d’expliquer comment les tensions géopolitiques, les dépendances économiques, les contraintes logistiques et les facteurs culturels s’entrecroisent pour produire des dynamiques de rupture ou de résilience. En proposant une lecture intégrée et formalisée des interactions entre sous-sol, infrastructures, gouvernance et culture, le GQF contribue à renouveler les cadres d’analyse géostratégiques et à offrir un outil opérationnel pour l’anticipation des recompositions globales.

Dr. Jure Georges VUJIC, Géopoliticien, auteur et chercheur, directeur de l’Institut de géopolitique et de recherches stratégiques, membre du Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Le Moyen-Orient nouveau laboratoire de chrono-stratégies : blitzkrieg, disruption, attrition ».

Depuis le commencement de la guerre en Iran, le Moyen-Orient apparaît comme un espace où s’opposent et s’entremêlent différents rapports au temps et de chrono-stratégies antagonistes : le temps court techno-militaire des États-Unis et d’ Israël fondé sur des frappes aériennes décisives, le temps long iranien de stratégies asymétriques de fluidité, de disruption et de guerre d’usure. Au temps militaire, s’ajoutent et s’opposent des temporalités géoéconomiques, médiatiques, informationnelles et eschatologiques divergentes.  Ces régimes de temporalités ne s’excluent pas, mais parfois se combinent révélant la complexité croissante de la guerre contemporaine. Dans ce laboratoire stratégique, la maîtrise du temps et la capacité d’imposer son propre rythme à l’adversaire, constituent un facteur déterminant de la puissance.

Bassem LAREDJ, Docteur en droit international public et enseignant en France et à l’étranger (droit international, géopolitique), Président et fondateur du cabinet de conseil Amane Risk Consulting (renseignement d’affaires, risque-pays), analyste spécialisé sur la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA) et les dynamiques de puissance régionales, « L’Iran face au risque de fragmentation : dynamiques internes et stratégies externes dans la recomposition du Moyen-Orient ».

À l’intersection de plusieurs espaces géopolitiques majeurs – le Caucase, l’Asie centrale, le Golfe Persique et le sous-continent indien – l’Iran est un véritable nœud géopolitique. Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, le pays s’est affirmé comme un protagoniste incontournable des dynamiques régionales. Cette influence régionale, associée à un régime théocratique valorisant un discours révolutionnaire, souverainiste et structurellement hostile aux États-Unis et à Israël, a considérablement exacerbé les tensions avec Washington et Tel-Aviv. Ces relations conflictuelles ont culminé le 28 février dernier lorsque ces deux pays ont lancé une offensive militaire contre la République islamique. Malgré l’intensité des frappes aériennes qui se poursuivent contre l’Iran et la disparition de hauts dignitaires, notamment le Guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei, la République islamique démontre une remarquable résilience et maintient sa politique d’extension du conflit à l’échelle régionale. Cette situation, qui semble de plus en plus compromettre la vision trumpienne d’un conflit éclair, risque de s’enliser, entraînant des répercussions sécuritaires et économiques considérables, tant au niveau régional qu’international. Face à cette réalité, et au-delà de la confrontation conventionnelle, plusieurs dynamiques suggèrent l’émergence d’une stratégie israélo-américaine indirecte visant à fragiliser l’État iranien, voir son effondrement, par ses périphéries, notamment à travers l’activation potentielle de minorités ethniques (Kurdes, Baloutches…).

Cette communication propose d’analyser l’hypothèse d’une balkanisation de l’Iran comme outil de recomposition géopolitique régionale. Elle s’appuie sur une approche croisant géopolitique des conflits, analyse des stratégies de « regime change » et étude des dynamiques territoriales internes. En mobilisant les précédents irakien et syrien, ainsi que les débats relatifs à certaines doctrines stratégiques israéliennes (notamment les analyses associées à Oded Yinon), cette étude met en évidence les logiques d’instrumentalisation des fractures internes des États du Moyen-Orient pour les fragiliser. L’objectif est de démontrer que si la fragmentation de l’Iran peut apparaître comme un levier stratégique dans une logique de guerre hybride, elle constitue également un risque systémique majeur, susceptible d’entraîner une déstabilisation durable de l’ensemble du Moyen-Orient, notamment en raison de ses implications énergétiques, sécuritaires et humanitaires.

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