Les transformations de l’islam en Afrique subsaharienne francophone

Jean-Paul GOUREVITCH, écrivain, essayiste, formateur et Expert international en ressources humaines, spécialiste des questions africaines et des migrations, il a publié plusieurs ouvrages consacrés à l’Afrique et aux différents aspects de l’immigration en France. En 2011, il publie un livre sur La croisade islamiste, sous-titrée « pour en finir avec les idées reçues ».

l’islamophobie en Europe
Colloque; La géopolitique de l’islam
Académie de Géopolitique de Paris
Actes du colloque
Conference proceedings
Lundi 09 février 2015
Assemblée Nationale
Monsieur Jean Paul GOUREVITCH à traité de l’Islam en Afrique subsaharienne francophone tout en essayant d’ouvrir çà et là des fenêtres sur d’autres pays du continent africain pour donner une vue plus synthétique d’un mouvement qui gagne actuellement toute l’Afrique.

Il y a vingt ans l’islam africain par opposition à l’islam maghrébin ou wahhabite apparaissait comme un islam « cool » dans lequel les interdits moraux n’existaient pratiquement pas, où il était toléré de fumer, de boire, d’avoir de nombreuses partenaires extra-conjugales et où les débats théologiques étaient emprunts d’une tolérance relative. La situation a changé au point qu’aujourd’hui l’Islam africain apparaît parfois comme un des plus menaçants et radicalisés comme le montrent les évènements de Somalie, du Nigéria, et à un moindre degré du Mali, du Niger, de la Mauritanie ou de l’Erythrée.

La première mutation est quantitative et concerne la progression dans toute l’Afrique de l’islam par rapport au christianisme et à l’animisme. Selon le Pew Research Center, dont les statistiques mondiales datent malheureusement de 2009 et dont la méthodologie est contestable puisqu’elles ne sont fondées que sur 38000 face-à-face dans 80 langues et sur 39 pays, l’islam est en passe de venir la première religion du continent africain. Les musulmans étaient alors au nombre de 414 millions (chiffre vraisemblablement sous-estimé et dû au fait que beaucoup d’Africains étaient considérés comme animistes) sur 950 avec 13 pays sur 34 où la population musulmane dépassait ou frôlait les 90% (Algérie, Comores, Djibouti, Egypte, Gambie, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Sénégal, Somalie, Tunisie). On notera qu’il y a parmi eux de nombreux pays d’Afrique subsaharienne francophone.

Dans plusieurs pays qui étaient autrefois de religion majoritairement chrétienne, les musulmans sont aujourd’hui les plus nombreux (Côte d’Ivoire, Nigéria, Erythrée, Sierra-Leone, Guinée-Bissau, Tchad) ou bien constituent de très fortes minorités (Burkina Faso, Ethiopie, Cameroun, Bénin, Togo) ou des groupes remuants et revendicatifs (Centrafrique, Ghana, Libéria, RDC).

La seconde mutation est qualitative et marque la progression de l’islam radical dans les couches évoluées de la population. Elle est particulièrement marquée en Afrique francophone du fait d’un sentiment local anti-français alimenté par une lecture manichéenne de la colonisation et un mélange démagogique entre esclavage, traite, atlantique, colonialisme et néocolonialisme alors que la traite arabo-islamique reste un sujet tabou malgré des ouvrages courageux de musulmans comme Malek Chebel (l’esclavage en terre d’islam Fayard 2007). Le sentiment de la victimisation passée et du malheur présent répandu dans une jeunesse privée d’espoirs et de repères incite une partie des Africains musulmans à voir dans l’islamisme un remède immédiat à tous leurs maux.

Ces raisons ne sont pas les seules. Il faudrait y ajouter pour l’Afrique francophone les connexions entre groupes terroristes, mafias de drogue dont l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante et filières de pirates et de passeurs lesquels génèrent des rentrées d’argent pour se procurer des armes et renforcer leur audience ;

. l’irrédentisme des tribus nomades du Nord du Sahel en lutte contre le pouvoir central et qui s’allient volontiers à tous ceux qui leur permettent de le déstabiliser ;

. la relative perte d’influence des confréries et la décrédibilisation d’une classe dirigeante divisée en clans, gangrenée par la corruption et où la petite bourgeoisie traditionnellement moteur d’ascension sociale est faiblement représentée ;

. le financement par les Etats du Golfe mais aussi antérieurement par la Libye ou le Soudan de mosquées, d’associations et d’œuvres caritatives ;

. la recherche quasi eschatologique d’une nouvelle « identité africaine » qui se reconstruirait à partir d’un islam rénové alliant la modernité technologique et le retour aux enseignements du prophète.

Ajoutons que les succès visibles et médiatisés de l’islamisme dans toute l’Afrique ne font que conforter ces tendances dans des populations qui respectent davantage ceux qui gagnent que ceux qui souffrent. C’est pourquoi ces mutations de l’islam représentent aujourd’hui une réelle menace aussi bien pour les pouvoirs africains que pour les pays occidentaux qui accueillent nombre de migrants originaires de cette sous-région. Chez ces derniers, certes dans une plus faible mesure ce sentiment progresse également comme on le voit dans certaines diasporas africaines établies en France.

Il est donc à relever qu’en Afrique subsaharienne francophone une expansion exponentielle revendicative et une domination sans partage de l’Islam fondamentaliste, qui remplace vite l’animisme traditionnel et le christianisme, et assume un caractère politique anti-français et anti-juif.

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