
Females et transformations sociales
Pouvoir, droits et résilience
Lundi 19 octobre 2026 14 h 30 – 18 h 00
L’Académie de Géopolitique de Paris organise un colloque consacré à la place des femmes dans les transformations sociales contemporaines, à l’évolution de leurs droits et à leur capacité d’action face aux mutations politiques, économiques et technologiques.
À travers une approche comparative réunissant plusieurs espaces géographiques, cette rencontre examinera les rapports entre droits des femmes, structures sociales, politiques publiques et développement. Elle abordera également les interactions entre priorités sécuritaires et condition féminine, les enjeux de l’autonomie intellectuelle et juridique, ainsi que les conséquences de l’intelligence artificielle sur le statut et le rôle des femmes dans la société.
En croisant les perspectives géopolitiques, historiques, juridiques, démographiques et sociologiques, ce colloque entend éclairer les avancées, les résistances et les régressions qui caractérisent les trajectoires contemporaines des droits des femmes. Il permettra également d’analyser les formes de résilience et les initiatives par lesquelles les femmes contribuent aux transformations de leurs sociétés.
Dr Ali Rastbeen, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris.
« Les droits des femmes à l’épreuve des recompositions géopolitiques au Middle East : pouvoir, souveraineté et résilience »
Mesdames,Messieurs,
Chers collègues, chers amis,
La place des femmes dans les transformations sociales nous invite à interroger le pouvoir, la réalité des droits et les conditions de la paix. Au Middle East, ces questions traversent des sociétés confrontées aux conflits, aux rivalités internationales et aux mutations économiques.
Ma conviction est simple : les droits des femmes constituent une dimension essentielle de la sécurité humaine. Leur protection et leur participation aux décisions contribuent à la solidité des institutions et aux perspectives de reconstruction.
Cette réflexion exige de reconnaître la diversité des situations. Les trajectoires de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie et des monarchies du Golfe diffèrent profondément. L’Afghanistan, situé dans un autre ensemble géographique, éclaire également les rapports entre pouvoir politique, interprétation religieuse et condition féminine. Dans chaque société, les expériences varient selon les territoires, les générations et les milieux sociaux. Notre analyse doit partir des réalités et des aspirations exprimées par les femmes elles-mêmes.
Historiquement, la construction des États modernes, les réformes éducatives et l’accès au travail ont transformé leur condition. Pourtant, ces évolutions demeurent contradictoires. La progression de l’instruction peut coexister avec des obstacles professionnels ; la représentation institutionnelle, avec une influence limitée. L’enjeu consiste donc à relier la reconnaissance des droits aux moyens de les exercer.
L’Irak illustre l’importance du droit familial. Les débats sur le statut personnel révèlent combien les règles du mariage, du divorce, de la garde des enfants et de l’héritage déterminent l’autonomie. Derrière ces dispositions se jouent les rapports entre individus, familles, autorités religieuses et institutions publiques. Le pluralisme juridique doit être apprécié selon les garanties offertes à chaque personne, notamment en matière de consentement, de protection et de recours.
En Iran, les restrictions affectant les femmes et les filles, notamment autour du voile obligatoire, soulèvent des questions fondamentales de liberté et d’égalité. Les responsabilités des autorités doivent être examinées avec rigueur. Parallèlement, les tensions extérieures et les hostilités imposent la protection des populations civiles. Aucune pression internationale ne dispense un gouvernement de respecter les droits de sa population ; aucune rivalité stratégique ne justifie de sacrifier sa sécurité.
Dans les monarchies du Golfe, la diversification économique accompagne des transformations sociales importantes. L’accès des femmes à la formation et à certains secteurs professionnels ouvre de nouvelles possibilités. Toutefois, l’emploi ne garantit pas, à lui seul, l’égalité juridique. La capacité de choisir sa vie familiale, de circuler, de disposer de ses ressources et d’accéder à la justice reste déterminante. La modernisation économique devient émancipatrice lorsqu’elle renforce durablement la liberté de décision.
Les trajectoires saoudienne, émirienne, qatarienne, omanaise, bahreïnienne et koweïtienne doivent être distinguées. Les réformes avancent selon des rythmes différents. Leur portée dépend aussi des services publics, des congés de maternité et de l’accueil des enfants. Il faut également considérer les travailleuses migrantes, particulièrement les employées de maison, dont l’autonomie peut être fragilisée par l’isolement et la dépendance envers l’employeur. Les protections doivent devenir effectives dans la vie quotidienne.
L’Afghanistan présente une situation particulièrement grave. Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, les restrictions imposées aux femmes touchent l’éducation, l’emploi, la mobilité et la participation publique. Priver les filles d’enseignement secondaire et les femmes d’université compromet l’avenir collectif. Cette exclusion réduit les perspectives économiques, affaiblit les capacités professionnelles et menace durablement l’accès aux soins ainsi que la transmission des savoirs.
Le dialogue avec les autorités de fait doit donc intégrer des exigences précises concernant l’éducation, le travail et la liberté de circulation. L’aide humanitaire demeure indispensable. Son organisation doit associer les femmes afghanes et soutenir leurs initiatives. Leur résilience appelle des moyens durables, une protection et une reconnaissance.
Plus largement, l’autonomie suppose des ressources. Étudier, travailler ou quitter une situation de violence exige des revenus, des services accessibles et des institutions protectrices. Les conflits, les déplacements et la destruction des infrastructures aggravent les dépendances. Les sanctions et la surconformité bancaire peuvent également entraver certains échanges humanitaires. Leurs effets doivent être distingués de ceux des politiques nationales. Les exemptions doivent fonctionner concrètement.
Comment articuler souveraineté et droits ? La souveraineté protège l’indépendance des États, tout en engageant leur responsabilité envers les personnes. La Convention sur l’élimination des discriminations envers les femmes constitue une référence majeure, selon les engagements et les réserves de chaque État. La crédibilité diplomatique exige une application cohérente des principes, y compris envers les partenaires et les alliés.
La résolution 1325 du Conseil de sécurité rappelle l’importance de la participation féminine à la prévention des conflits et aux processus de paix. En Syrie comme ailleurs, cette participation doit permettre d’influencer les négociations, les textes et les budgets. Reconstruire suppose de mobiliser toutes les compétences et de garantir une représentation effective.
Les technologies ajoutent enfin un défi. L’intelligence artificielle peut faciliter la formation et l’activité, mais aussi reproduire les discriminations ou renforcer la surveillance. Les femmes doivent participer à sa conception et bénéficier de garanties concernant leurs données et leurs recours.
Trois trajectoires se dessinent : une inclusion associant droits et autonomie ; une modernisation sélective maintenant des restrictions ; ou une régression alimentée par les crises. Leur évolution dépendra des politiques publiques, des mobilisations sociales et des choix internationaux.
Mesdames, Messieurs, trois exigences doivent guider notre action : garantir les droits, assurer les conditions matérielles de l’autonomie et reconnaître une participation réelle aux décisions. La résilience ne saurait devenir une obligation de supporter indéfiniment l’injustice.
Faire des droits des femmes une priorité renforce la confiance institutionnelle, la justice et les possibilités de paix. Cette ambition appelle une coopération attentive aux réalités, respectueuse des initiatives locales et de la liberté des femmes de définir leurs propres priorités. Elle exige aussi de mesurer les progrès à leurs effets concrets sur la vie de chaque femme.
Je vous remercie de votre attention.
Me Patrick Brunot, Maître Patrick Brunot
Avocat à la cour d’appel de Paris, spécialiste des questions politiques et économiques internationales.
« L’évolution des droits des femmes en Turquie »
En 1923, en fondant la république de Turquie, Mustapha Kemal ATATURK a considérablement modernisé le statut juridique des femmes en transformant les structures traditionnelles de l’empire ottoman en un empire laïque.
Le code civil (1926), inspiré du modèle suisse, a instauré le mariage civil avec le divorce, n’a pas reconnu lez concubinage et a interdit la polygamie. Le régime des successions est devenu identique pour les hommes et les femmes. Les filles sont scolarisées comme les garçons et ont accès à l’enseignement supérieur et aux professions qualifiées. Le droit de voter est reconnu aux femmes en 1930 ainsi que la possibilité de se présenter aux élections en 1934. Mais l’égalité proclamée dans la loi est loin d’avoir entraîné une égalité réelle et complète dans la vie quotidienne. Le Code Civil reconnait certaines prérogatives au mari et l’émancipation des femmes turques a continué après la mort d’ATATURK, en 1938.
Cette libération s’est poursuivie de manière progressive et inégale. En ce qui concerne l’accès à certaines professions, par exemple, les conditions familiales continuent à peser sur leur autonomie.
LA PROMOTION SOCIALE DE LA FEMME AUJOURD’HUI RESULTE DES TRANSFORMATIONS DE LA SOCIETE TURQUE
La Turquie d’aujourd’hui reconnaît l’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes peuvent notamment étudier, travailler, voter, divorcer et choisir leur conjoint librement.
Dans certains domaines la Turquie a précédé la France et a ensuite développé progressivement une législation plus complète sur l’égalité.
La Turquie est partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) à laquelle elle a adhéré le 20 décembre 1985. C’est ainsi que la condition actuelle ce la femme turque se rapproche peu à peu de la condition des femmes en Europe à plusieurs égards.
Selon les statistiques de l’OCDE, 66,2 % des femmes de 15 à 65 ans travaillent en France alors que seulement 32, 5 % des femmes travaillent en Turquie. Ce faible taux qui caractérise le travail des femmes en Turquie s’explique notamment par les insuffisances de l’organisation de la garde des enfants, les traditions familiales et le nombre élevé de femmes qui suivent des études supérieures.
Selon l’institut turc de la statistique (TUIK) l’âge moyen pour le mariage des femmes est de 26 ans et de 28 ans pour les hommes. Le pourcentage des divorces s’élève à 33,7%, contre environ 40 % en France. Le concubinage n’est pas reconnu.
Le mariage ne vaut pas consentement permanent à des relations sexuelles. La contraception ordinaire demeure libre à l’exception de la stérilisation définitive d’une femme mariée qui nécessite le consentement du conjoint ainsi que pour l’interruption de grossesse, autorisée seulement jusqu’à 10 semaines. Par ailleurs, seule la mère peut bénéficier d’un congé maternité de 18 semaines.
La prostitution n’est pas interdite mais elle demeure soumise à un contrôle administratif et sanitaire. La loi prévoit qu’une femme prise plusieurs fois en flagrant délit se voit délivrer un document l’obligeant à travailler dans une maison close dont l’existence est légale et à subir des contrôles médicaux hebdomadaires. Ders programmes d’éducation sont consacrés à ces femmes afin de leur offrir une qualification professionnelle susceptible de leur assurer l’indépendance économique.
Il existe des mesures économiques favorables aux femmes pour leur permettre de se rendre indépendantes : la banque d’Etat leur accorde des prêts bonifiés remboursables sur trois ans pour la création d’un atelier à domicile ou d’un magasin à l’extérieur.
L’adultère est défini de manière différente pour les femmes, il est le fait de « commettre un adultère » et pour les hommes (mariés) celui de vivre publiquement avec une femme célibataire.
Les associations de femmes jouent un rôle réel mais parfois en sens opposé. Certaines d’entre elles, laïques et pro-occidentales, poussent à réviser les lois pour les rapprocher des normes européennes alors que d’autres pro-islamistes, militent, par exemple, pour le port du voile.
Pour veiller à la promotion des femmes « la direction générale du statut et des problèmes de la femme » dépendant du ministère d’Etat chargé de la famille bénéficie du travail de quatre commissions de volontaires (santé, droit, éducation et emploi) comprenant chacune de 15 à 20 membres et agissant sur l’ensemble du territoire.
Le port du voile islamique n’est pas obligatoire. Une femme peut porter le voile ou sortir tête nue. La liberté de religion et de conviction est protégée par la Constitution turque. Le voile est un choix religieux ou personnel pour de nombreuses femmes.
Elles peuvent le porter dans la vie quotidienne et , depuis la réforme de 2013, dans la plupart des fonctions publiques. Elles peuvent se promener, travailler, étudier et se marier sans porter le voile. Le fait d’être mariée n’entraîne aucune obligation légale de porter le voile. Le mariage ne donne pas au mari un pouvoir général pour imposer une tenue à son épouse. La Turquie est constitutionnellement laïque même si son évolution politique a renforcé le rôle de la religion dans la vie publique. La majorité musulmane fait qu’en réalité le port du voile est facultatif de même que les pratiques sociales varient considérablement entre familles, générations et régions.
Enfin, le Parlement turc a adopté un cinquième plan national de lutte contre les violences faites aux femmes ce qui démontre que cette question demeure une priorité des politiques publiques.
LA NOUVELLE POSITION SOCIALE DE LA FEMME EST A LA SOURCE DE DESEQUILIBRES QUI NECESSITENT DES ADAPTATIONS :
Avec un pourcentage de 50% de la population turque globale, les femmes représentent un élément important de la société actuelle. La promotion sociale de la femme apparaît comme le produit des transformations de la société turque. Ayant entraîné certains déséquilibres, ce changement exige à son tour de nouvelles adaptations.
Après l’hostilité des générations âgées aux réformes d’ATATURK, est apparu des différences de genres de vies entre les milieux urbains et ruraux. Souvent, le logement est fréquemment trop petit et inconfortable et c’est la femme qui en subi les conséquences plus que l’homme qui vit plus à l’extérieur. Il est parfois très onéreux de se faire aider à domicile car le progrès des appareils ménagers ne supprime pas la tâche de la femme qui travaille à l’extérieur. La femme seule est livrée à elle-même dans la vie moderne et son isolement est tragique dans les grandes villes ou les milieux ruraux isolés, en particulier si elle est âgée.
L’ONU a adopté pour la période 2026-2030 un programme spécifique pour renforcer les droits, l’autonomie, le leadership et l’accès des femmes aux ressources et aux services en Turquie selon quatre priorités : la protection contre les violences, le renforcement de l’indépendance économique, l’accroissement du pouvoir politique et la protection des femmes dans la paix et la sécurité.
Si la Turquie a été dans les années 1920-1930, l’un des pays musulmans ayant réalisé des réformes juridiques les plus précoces en faveur des femmes, l’évolution n’est pas linéaire depuis lors. Les droits ont beaucoup progressé tandis que l’égalité sociale, économique et la protection contre les violences restent des enjeux importants.
Il faut distinguer le droit écrit et la réalité sociale. La politique menée par ATATURK a été expéditive en transformant la vie des femmes urbaines et éduquées mais a été beaucoup plus problématique dans certaines régions rurales et conservatrices où la vie quotidienne n’a rien de comparable avec celle des grandes villes comme Istanbul, Ankara, Izmir ou Antalya.
La pression familiale, les ressources économiques, les responsabilités parentales et les traditions peuvent rendre l’exercice des droits de la femme plus difficile. La situation d’une femme diplômée vivant à Istanbul peut être très différente de celle d’une femme vivant dans un village où les traditions familiales, le mariage précoce et la dépendance économique limitent encore fortement l’autonomie de nombreuses femmes.
A partir des années 1980, les associations féminines sont devenues beaucoup plus actives à cause des violences conjugales, des discriminations professionnelles et des tensions familiales malgré la loi de 2012 consacrée à la protection de la famille et à la prévention des violences contre les femmes.
Après avoir été le premier pays à avoir ratifié la convention d’Istanbul en 2012, la Turquie s’en est retirée en 2021 pour des raisons idéologiques liées aux débats sur la famille et le droit des femmes. Le gouvernement invoquait la défense des valeurs familiales traditionnelles, l’interdiction de l’homosexualité et la défense de la souveraineté juridique nationale pour lutter contre les violences faites aux femmes.
En réalité, le gouvernement a cédé à la pression des milieux religieux et conservateur qui dénonçaient la convention au nom des valeurs familiales. De plus, le Président ERDOGAN souhaitait consolider le soutien des électeurs conservateurs. La convention considère les violences faites aux femmes comme une forme de discrimination et encourage la lutte contre les stéréotypes du genre. Cette approche a suscité une opposition en Turquie au nom de la défense des lois nationales et particulièrement la loi de 2012 qui reste aujourd’hui un élément important du dispositif juridique turc.
Selon l’OCDE, la femme turque consacre par jour en moyenne 4 heures de plus que les hommes aux tâches ménagères et aux fonctions non rémunérées. Dans le milieu rural, la femme travaille dans l’agriculture sans toujours percevoir un salaire ni pouvoir bénéficier d’un système de garde pour ses enfants.
En ce qui concerne l’âge de la retraite, il est de 65 ans pour les hommes et les femmes.
Le fait que 27% des mères ayant un enfant de moins de 3 ans occupent un emploi contre 58% des femmes n’ayant pas d’enfants est la démonstration des difficultés que rencontrent les mères de famille pour concilier vie professionnelle et vie familiale.
A fonctions égales, les femmes perçoivent des salaires égaux à ceux des hommes et la femme n’a pas besoin de l’autorisation de son époux pour travailler. Ce point paraît satisfaisant mais le rapport de l’OFPRA ( Office French des Réfugiés et Apatrides) du 15 septembre 2025 consacré à la situation et à la condition des femmes en Turquie fait état des réelles difficultés que rencontrent les femmes pour travailler et de l’application problématique des mesures de protection notamment pour l’accès à la justice, à la protection policière, aux droits familiaux et à la participation politique (un député sur cinq est une femme) ainsi qu’à la situation des femmes célibataires, divorcées et des militantes politiques.
En définitive, l’émancipation de la femme n’a pas conduit à une nouvelle libération dans la plupart des pays y compris la Turquie. Un des problèmes majeurs pour les femmes demeure la maîtrise de leur liberté tout en conservant leur singularité. La femme doit garder le souci de redéfinir sa spécificité vis-à-vis de l’homme.
Nous constatons en Turquie un contraste entre, d’une part, les droits que les femmes turques avaient acquis grâce à la modernisation et à la laïcité et, d’autre part, les évolutions politiques et sociales de l’Etat turc sous le gouvernement islamo-conservateur d’ERDOGAN L’héritage d’ATATURK coexiste aujourd’hui avec des orientations sociales plus conservatrices et avec une mobilisation féministe plus active.
Dans son livre « Têtes de turques » Laurence MONNOT (éditions Lemieux, 2017) évoque pas seulement des femmes victimes mais aussi des femmes en colère, engagées et résistantes face à des traditions longues à éliminer.
Il est certain que la femme turque a obtenu des droits importants au cours de la modernisation de la République mais cette autonomie peut être aujourd’hui fragilisée par les inégalités sociales persistantes, le patriarcat et l’évolution du discours politique.
Pr. Bruno Drweski, Avocat à la cour d’appel de Paris, spécialiste des questions politiques et économiques internationales.
« L’évolution des droits des femmes en Turquie »
https://www.youtube.com/watch?v=nJOhlJjTUIU
Premier débat général
https://www.youtube.com/watch?v=i-i4vepHKJI
Rokhaya Diop, Économiste de la santé, doctorante à l’Académie de Géopolitique de Paris et chercheuse membre du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Africa (CODESRIA), à Dakar, au Sénégal.
« L’évolution des droits des femmes au Sénégal »
Introduction
L’article retrace la construction progressive des droits des femmes au Sénégal, en soulignant les avancées constitutionnelles, législatives et institutionnelles ainsi que les difficultés persistantes dans leur application. Son idée centrale est que la reconnaissance juridique de l’égalité constitue une condition indispensable, mais insuffisante, de l’émancipation féminine. Les réformes doivent également transformer les pratiques administratives, les rapports familiaux et les représentations sociales. Le Sénégal apparaît ainsi comme un pays engagé dans la promotion des femmes, dont les progrès restent confrontés au poids des traditions, aux résistances socioculturelles et aux inégalités d’accès aux ressources.
Les fondements internationaux et régionaux
La protection des droits des femmes s’inscrit dans un ensemble d’engagements internationaux et africains. L’article rappelle notamment l’importance des conventions de l’Organisation internationale du travail relatives à l’égalité professionnelle, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et du Protocole de Maputo. Ces instruments fournissent des références pour combattre les discriminations, protéger l’intégrité physique et favoriser l’autonomie économique. Les résolutions des Nations unies consacrées aux femmes, à la paix et à la sécurité complètent cette architecture normative.
Au niveau continental, l’Union africaine encourage l’élimination des discriminations et une participation accrue des femmes aux responsabilités publiques. À l’échelle ouest-africaine, la CEDEAO et l’UEMOA soutiennent l’intégration de l’égalité dans les politiques de développement. Ces engagements renforcent la légitimité des réformes nationales et inscrivent la question féminine dans une dynamique collective. L’objectif de développement durable consacré à l’égalité entre les sexes constitue également un horizon pour les politiques sénégalaises.
L’affirmation constitutionnelle et l’autonomie juridique
L’article souligne la continuité du principe d’égalité dans l’histoire constitutionnelle sénégalaise. La Constitution de 2001 représente un fondement majeur de la protection des femmes en affirmant l’égalité devant la loi et le refus des discriminations fondées sur le sexe. Cette reconnaissance permet de soutenir les réformes concernant la représentation politique, l’emploi et la citoyenneté. Elle traduit une conception de l’État de droit dans laquelle les femmes doivent disposer des mêmes possibilités de participation au développement national.
Plusieurs transformations législatives ont renforcé leur autonomie. La réforme du Code de la famille de 1989 a supprimé la possibilité pour le mari de s’opposer à l’exercice professionnel de son épouse. Le Code du travail de 1997 consacre des protections concernant la rémunération et la maternité. La réforme de la nationalité de 2013 constitue une autre étape importante : elle permet aux Sénégalaises de transmettre leur nationalité à leurs enfants et à leur conjoint étranger. Ces évolutions réduisent des inégalités qui limitaient leur pleine reconnaissance citoyenne.
La protection contre les violences
La lutte contre les violences occupe une place centrale dans le texte. La loi de 1999 renforce la répression de plusieurs atteintes visant les femmes et les enfants, notamment les mutilations génitales féminines et les violences sexuelles. L’interdiction de l’excision marque une rupture juridique, mais son maintien dans certaines communautés révèle les limites de la sanction pénale lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une évolution des normes sociales. L’article insiste donc sur la nécessité d’associer protection judiciaire, prévention et sensibilisation.
La criminalisation du viol et de la pédophilie en 2020 représente un tournant supplémentaire. Le passage de ces infractions de la catégorie des délits à celle des crimes traduit une volonté de renforcer la réponse pénale et de combattre l’impunité. Toutefois, la persistance des violences conjugales et des meurtres de femmes nourrit les revendications associatives. L’article évoque ainsi les demandes de reconnaissance juridique du féminicide et de réforme du Code de la famille. L’enjeu demeure l’effectivité de la protection et l’accès des victimes à la justice.
La participation politique et sécuritaire
La loi sur la parité de 2010 constitue l’une des avancées les plus visibles. En imposant l’alternance entre hommes et femmes sur les listes électorales concernées, elle a favorisé une progression de la représentation féminine au Parlement et dans les collectivités territoriales. L’article présente cette réforme comme un levier institutionnel capable de modifier rapidement la composition des assemblées. Elle démontre que les mécanismes contraignants peuvent corriger certaines exclusions historiques.
Cependant, la progression électorale ne garantit pas un partage équivalent du pouvoir décisionnel. Les fonctions ministérielles, les directions générales et les conseils d’administration restent caractérisés par une présence masculine dominante. Un décalage subsiste donc entre représentation numérique et accès aux responsabilités stratégiques. La féminisation des forces de défense et de sécurité illustre une difficulté comparable. L’ouverture progressive de la police et de l’armée permet aux femmes d’exercer des fonctions opérationnelles et de commandement, mais leur intégration demeure freinée par des cultures professionnelles fortement masculinisées.
La santé et les rapports familiaux
Les droits liés à la santé reproductive apparaissent comme un domaine particulièrement sensible. L’article relève les tensions entre les engagements internationaux du Sénégal et les restrictions nationales concernant l’interruption de grossesse. Les influences religieuses et sociales compliquent les perspectives de réforme. Le texte met en relation ces restrictions avec les risques liés aux avortements clandestins et souligne la nécessité de mieux protéger la santé des femmes. Il évoque également une extension du congé de maternité, en distinguant l’annonce d’une réforme de son entrée effective en vigueur.
Les rapports familiaux constituent un autre foyer d’inégalités. La désignation du mari comme chef de famille alimente les critiques relatives à l’autonomie des épouses. Les débats sur l’autorité parentale révèlent aussi des difficultés d’interprétation, particulièrement après un divorce. Parallèlement, les pratiques coutumières peuvent restreindre l’accès des femmes à la terre lorsque sa gestion dépend principalement des hommes. L’égalité juridique se heurte ainsi à des mécanismes économiques et sociaux qui entretiennent la dépendance.
Conclusion
Le bilan proposé est celui d’une progression réelle, mais inachevée. Les réformes ont élargi la citoyenneté, renforcé la représentation politique et amélioré la protection pénale des femmes. Leur portée dépend toutefois de leur appropriation collective, de la cohérence des textes et de leur application quotidienne. L’enjeu principal consiste désormais à réduire l’écart entre les droits reconnus et les droits effectivement exercés. Une égalité durable suppose donc de poursuivre simultanément les transformations institutionnelles, économiques, familiales et culturelles.
Pr Aïssa Kadri, Professeur émérite de sociologie à l’Université Paris 8, ancien directeur de l’Institut Maghreb-Europe et membre du Scientific Council de l’Académie de Géopolitique de Paris.
« Approche comparative des droits des femmes au Maghreb »
https://www.youtube.com/watch?v=qbZF_3zgV3E
Jamila Alfein, Diplomate, membre de la délégation des Comores auprès de l’UNESCO, doctorante et chercheuse au Centre d’études diplomatiques et stratégiques.
« Females et développement en Africa »
https://www.youtube.com/watch?v=RJnL8kErHtw
Deuxième débat général
https://www.youtube.com/watch?v=skvkFXXuO9E
Bon Marc Osmon d’Amilly, Expert et auditeur bancaire, membre du Scientific Council de l’Académie de Géopolitique de Paris.
« Intelligence artificielle et transformations sociales : conséquences sur le statut et le rôle des femmes »
https://www.youtube.com/watch?v=gvDMB1WxrS4
Nancie Tamako, Présidente de l’Association des femmes angolaises en France.
« Les droits et la résilience des femmes en Angola »
https://www.youtube.com/watch?v=lVrRHUj_ibQ
Christophe Réveillard, Enseignant-chercheur en histoire et en droit international, secrétaire général de l’Académie de Géopolitique de Paris.
« Priorités sécuritaires et droits des femmes depuis 2010 : interactions et analyse des facteurs de régression »
https://www.youtube.com/watch?v=FvwQWTePUAI
Troisième débat général
https://www.youtube.com/watch?v=TEefIR5MaHc

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