Qu’est-ce que l’islamophobie ?

Ghaleb BENCHEIKH,islamologue et écrivain
COLLOQUE : LAICITE & ISLAMS
Actes du colloque-Conference proceedings
Jeudi 04 juin 2015
Assemblée Nationale
National Assembly

Autant qu’on se débatte de tout ce qu’on veut … une formation politique – surtout si elle aspire à revenir aux affaires et à gouverner notre pays tout en sollicitant au suffrage, d’ailleurs, a le droit d’aborder les questions cruciales pour notre nation, ce qui m’a semblé bizarre c’est que l’on soumet à l’approbation d’une tranche de la nation, ce qui concerne l’autre tranche. Et je ne suis pas sûr que du point de vue purement démocratique, c’est ce type de comportement soit a minima acceptable – pire : il faudrait voir au niveau légal si c’est possible ou pas, pour qu’il y ait des hommes qui soulèvent ces questions-là … malheureusement il y en a parmi les hiérarques musulmans qui se sont aplatis … qui sont allés cautionner ladite convention. Donc ça c’est le préambule de ce que je voulais vous dire, même si ça m’a pris deux minutes.

Revenons à ce que c’est l’islamophobie.

Quand on ne connaît pas un concept, on essaie déjà de le déconstruire au niveau de son étymologie … l’islamophobie serait en l’espèce une peur irraisonnée, pathologique, maladive … de ce qui nous concerne maintenant c’est l’islam. Et quelqu’un qui est peureux, qui est malade, on ne peut que compatir à son état, et essayer de faire en sorte qu’il guérisse de sa maladie. Que voudrait-on faire … que voudrions-nous faire pour un arachnophobe, un hydrophobe, un claustrophobe, ou un agoraphobe ? Le premier a peur des araignées, le deuxième a peur de l’eau, le troisième a peur de l’exiguïté, le quatrième a peur de la foule et ne prendra surement pas la parole devant les gens … enfin, pas trop le charger, on essaie de trouver les canaux pour qu’il guérisse et l’accompagner … encore une fois j’allais dire … en compatissant à son état.

De ce point de vue-là, un islamophobe pourrait peut-être prendre en charge sa maladie, d’autant plus que s’il délègue sa capacité d’entendement aux relayeurs d’opinions, aux faiseurs d’opinions … si, tous les jours – je le dis sous la voûte commune de la laïcité dans ce lieu le temple de notre démocratie laïque – si tous les jours que Dieu fait … on a à faire à un Boko Haram, Daech, la monstruosité idéologique ou hachis … tous ces mots anxiogènes … eh bien, si non recevable, au moins compréhensible la dicte islamophobique, et à mon avis il incombe aussi davantage aux citoyens musulmans et surtout leurs hiérarques, de tout faire pour apaiser les tensions, rassurer, rasséréner, expliquer … renouer avec l’humanisme d’expression arabe qui a prévalu en contexte islamique, oblitérer et effacer des mémoires … ignoré, totalement méconnu … et ce travail-là est à mener en interne, en intra, bon je ne veux pas qu’il y ait « eux » et puis « nous » au sein d’une même nation solidaire, fraternelle et prospère pour tous, et la prospérité est pour tous, et c’est pour ça que le mariage est pour tous.
Maintenant, pardon, je ne veux pas nécessairement chercher une quelconque paternité de déontologie, mais je distingué l’islamophobie de la mysislamophobie…. Aah !? Qu’est-ce que c’est que cette misislamophobie ? Eh bien on est misislamiste comme on est misogyne ou misanthrope. C’est-à-dire qu’il y a une haine, déclarée, assumée comme telle, il y a une hostilité revendiquée à l’encontre de tout ce qui est islamique ou musulman. Et cette misislamie – et je pense que c’est le mot qui est approprié, de mon point de vue, est condamnable, et elle doit tomber sous le coup de la loi, et elle est inacceptable, et elle mine notre société commune … je ne dis plus vivre ensemble, vivre ensemble est un mot hauché comme disent les linguistes à propos des « mots-valises » : on les accroche facilement à côté, on ne sait même pas à quoi ça rime.

Sommes-nous ensemble, dans la confiance, dans la symbiose, dans la synergie, dans une volonté de construire une nation commune, ou sommes-nous ensemble tout en étant dans la méfiance, dans la défiance, dans la crispation, dans le repli, etcétéra. Dans tous les cas, nous sommes ensemble, donc ce fameux « vivre ensemble » est à sublimer ou à transcender en une volonté et un engagement commun pour construire une nation commune, elle-même reposant sur une branche-mère qui est effectivement celle de la dimension chrétienne de notre nation – je ne dirai même pas judéo-chrétienne, je dis simplement chrétienne parce que le trait d’union entre judéo et islamique est beaucoup plus craignant dans l’histoire des civilisations, que le trait d’union entre judéo et chrétienne, je l’ai beau cherché je ne l’ai pas trouvé avant Jules ESSAC, je l’avais beau cherché, je ne l’ai pas trouvé pas avant FREUD, j’avais beau creusé dans l’archéologie de l’histoire, je l’ai trouvé peut-être dans le MAYFLOWER – il y avait quelques juifs qui étaient partis avec les protestants traversant l’océan des ténèbres (l’Océan atlantique), en revanche le trait d’union dans judéo-islamique date de MAYBOUNID, de Sa’adia GAROD, d’Ibn GAROGH, de PAKOUTA, de DAVIROÈS qui ne plaît pas à certains de nos amis ici présents et qui sourient.…

Eh bien, c’est pour ça que nous devons revisiter l’histoire, ça me paraît de la plus haute importance. Et donc la misislamie, cette haine, cette hostilité, cette déclaration de guerre, ces mensonges, ces élucubrations, ces balbuties, ces biles fêlées ces … doivent cesser, et il incombe à nous tous, et qui que nous soyons et qui sommes animés de cette volonté d’être ensemble, de dénoncer. Donc nous construisons une nation commune sur une roche mère qui a été enrichie par des apports successifs, et que la séquence « ministère de l’identité nationale » soit à jamais oubliée en dépit des dégâts que ça puisse occasionner.

Alors (et ça sera le mot de la fin) si nous voulons que l’islamophobie – pas au sens que j’ai défini, mais au sens que certains mettent en avant, soit ceux qui pleurnichent – le mot « pleurnichent » n’est pas juste, en réalité, oui, parce que « à juste raison » tous les jours, atteints dans leur dignité, altérés, ratatinés, eh bien d’un côté, ou ceux qui disent « Ah ! … de grâce ne nous mettez pas ce concept en avant parce que vous allez faire en sorte que … on ne critique plus l’Islam ! » … B’en non, critiquons, critiquons, bienvenue à la critique … toute idéologie, toute théologie, toute philosophie, toute doctrine, toute pensée religieuse qui fuit le débat, qui esquive le champ des idées, qui ne s’affirme pas dans la clarté, dans la transparence, dans les échanges de critique constructifs, finissent par être idéologie, théologie, doctrine, philosophie, pensée religieuse, qui s’atrophie, qui se vulnérabilise et à qui il ne reste plus que la terreur pour pouvoir subsister encore quelques années. Nous sommes demandeurs de débat, nous sommes demandeurs d’échanges et même de critiques constructives, et ce n’est pas votre serviteur qui ait osé à appeler à la refondation de la pensée théologique islamique qui va esquiver le champ des idées, et le travail constructif d’une critique qui porte.

Donc l’argument qui consiste à dire : « Vous nous mettez comme un écran de fumée la dénonciation de l’islamophobie, pour que l’on ne puisse pas critiquer la religion islamique ! » est un argument spécieux et captieux, et donc il incombe, cette fois-ci, aux théologiens musulmans, et surtout à leur dignitaire, leur responsable, de s’atteler à la vaste entreprise qui consiste à voir qu’est-ce qui ne va pas … sortir de la raison religieuse, sortir d’une religiosité crétinisante, aliénante, « sauvage » comme le dit le Cardinal Danièle LOUP, nous pouvons le mener, nous pouvons le faire dans un contexte serein sous le climat démocratique de notre république, et nous devons le faire, mais ça n’incombe pas à une formation politique de s’y pencher ni au gouvernement, d’ailleurs, de régenter le culte islamique, c’est une affaire qui doit être interne à la frange islamique de la nation, si petit à petit le pari de la connaissance des concepts et des mots va prendre … de mon point de vue, la misislamie porte beaucoup plus que l’islamophobie, et si nous sommes arrivés à ces situations-là c’est à cause de la défaite de la pensée, de la démission de l’esprit, de l’abdication de la raison et de l’abandon de la réflexion.

Donc laissons place à la réflexion, à la raison, à l’esprit et à la pensée, en amont de toute action fusse-t-elle politique qui est salutaire pour le devenir de l’agression.

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