RENCONTRE ACADÉMIQUE FRANCO-IRANIENNE SUR LA COOPÉRATION UNIVERSITAIRE ET SCIENTIFIQUE

RENCONTRE ACADÉMIQUE FRANCO-IRANIENNE SUR LA COOPÉRATION UNIVERSITAIRE ET SCIENTIFIQUE

Le 21 octobre 2025, l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP) a organisé une rencontre internationale inédite en présence de responsables iraniens du plus haut niveau académique, afin d’ouvrir le débat sur le développement universitaire en Iran, les possibilités d’échange avec la France, et l’état des relations entre les institutions d’enseignement supérieur des deux pays.

Cette rencontre a permis d’aborder la richesse du dialogue scientifique existant, de longue date et sans discontinuité, entre la France et l’Iran, et cela sur une large diversité de thématiques de recherche. Elle a également permis d’évoquer le contexte international difficile auquel sont confrontées nos capitales, ainsi que les perspectives d’évolution au regard des possibilités considérables offertes par la proximité intellectuelle et culturelle entre nos deux nations.

L’été précédent, une délégation de représentants de l’Académie s’était rendue à Téhéran où elle avait pu rencontrer d’éminentes personnalités de l’Enseignement supérieur et de la recherche iraniens et nouer des accords de coopération académique et scientifique avec plusieurs établissements de haut niveau. En retour, notre établissement a eu le plaisir d’accueillir à Paris plusieurs personnalités éminentes, dont :

Prof. Mohammad Reza DEHSHIRI, Doyen de la Faculté des relations internationales du Ministère des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran ;

Prof. Amir Reza SHERKAT, Vice-doyen chargé de la coopération internationale et des formations spécialisées appliquées à la Faculté des relations internationales du Ministère des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran ;

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI, Membre du corps professoral de l’Université Allameh Tabatabaei ;

Dr. Seyed Mohammad HOSSEINI, Expert en relations internationales.

Dans la continuité du dialogue académique engagé entre les institutions iraniennes et françaises, ces professeurs participeront à une série de rencontres et d’échanges avec des centres universitaires, instituts de recherche et établissements d’enseignement supérieur français. Ces activités s’inscrivent pleinement dans une démarche de renforcement durable de la coopération culturelle, universitaire et scientifique franco-iranienne.

COMPTE RENDU DE LA RENCONTRE

Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris

Mesdames et messieurs, bonjour. Bien, merci beaucoup de votre patience. À l’écran, voici une image que nous devions vous présenter à la fin de la séance, mais apparemment vous étiez plus précipité ! Il s’agit de notre futur établissement, sur lequel nous travaillons depuis deux ans, et bientôt nous allons y commencer nos activités pédagogiques.

Tout d’abord, je vous remercie de votre présence, et je profite de cette occasion pour remercier pour sa présence M. le Doyen de la Faculté des relations internationales du Ministère des Affaires étrangères iranien, le Professeur Dehshiri, également son vice-doyen, ainsi que le professeur Tabatabaei. Leur présence est un fuit de notre voyage qui a été effectué au mois de juin dernier, à Téhéran, d’une délégation de l’Académie de Géopolitique de Paris composée par le Recteur Gérard-François Dumont, le professeur Christophe Réveillard et moi-même.

Nous avons été invités par la Faculté des relations internationales du Ministère des Affaires étrangères iranien, par l’Université de Téhéran, l’Université Shahid Beheshti, l’Université Allameh Tabatabaei, et aussi l’Université Imam Sadiq. Cette relation nous a donné des visions pour avoir des relations académiques et universitaires entre la France et l’Iran. Notre réunion d’aujourd’hui en est donc le fruit, et nous avons l’honneur de recevoir une délégation de haut niveau, ainsi que la présence des cadres diplomatiques de l’ambassade d’Iran, ici présente.

Nous voulions faire une analyse de la situation de notre voyage, une analyse de la situation actuelle entre vous et la délégation concernant l’avenir de l’activité culturelle et éventuellement, pourquoi pas, l’avenir de la diplomatie entre la France et l’Iran. Tout d’abord, merci M. le Doyen, et je vais demander à M. le recteur Dumont de faire une petite analyse de notre voyage, son estimation en tant qu’expert, de la situation, puis nous demanderons également à M. le professeur Réveillard de faire une analyse. Vous êtes libres de poser vos questions, selon votre envie et appréciation, ils sont dans la mesure de vous répondre sur l’aspect culturel, politique, technique, et dans les dimensions que vous jugez nécessaires. Vous avez la parole, M. le recteur.

M. le recteur Gérard-François DUMONT, Démographe, Vice-président de l’Académie de Géopolitique de Paris, Professeur à la Sorbonne Université, et Président de la revue Population & Avenir

Merci, M. le Président. Je vais peut-être, en remerciant nos collègues d’être venus jusqu’à nous aujourd’hui, commencer peut-être par des éléments qui peuvent être jugés anecdotiques avant d’évoquer des questions plus fondamentales.

L’universitaire que je suis est revenu d’Iran avec un considérable sentiment de jalousie. Parce qu’effectivement, nous avons vu des universités dont les conditions de travail et les conditions urbanistiques étaient tout à fait remarquables, dont la multiplicité des publications était également impressionnante. Et donc, si l’on pouvait avoir en France des universités dont la qualité est la meilleure, est aussi bonne que celle des universités iraniennes, on serait très heureux. Mais cela demanderait évidemment un effort de nos pouvoirs publics pour nous installer dans des conditions aussi bonnes que celles que nous avons constatées en Iran.

Deuxième petite remarque qui peut paraître aussi anecdotique, c’est l’extrême civilité, qui explique que nous soyons revenus vivants d’Iran. Je m’explique. Du moins, à Téhéran, on est dans une situation extraordinaire où pour traverser une rue, il n’y a qu’une solution, il faut la traverser. Sans tenir compte de toutes les voitures qui risquent de vous écraser. Moi, j’appelais ça au début la roulette russe ! En fait, ce n’est pas la roulette russe parce que les Iraniens sont extrêmement bien élevés et quand ils voient un piéton traverser une rue, ils s’arrêtent. Ce qui ne serait pas forcément le cas en France.

Troisième élément un peu anecdotique, si vous me permettez, Président, c’est effectivement le fait qu’on a une population extrêmement travailleuse. Extrêmement travailleuse. Et on voit effectivement tous ces Iraniens qui ont une ardeur au travail, qui est exceptionnelle et qu’on ne voit pas dans tous les pays du monde, c’est le moins que l’on puisse dire.

J’ai aussi été étonné dans la route que nous avons parcourue en dehors de Téhéran par la volonté des Iraniens d’attacher toute l’importance qu’elle mérite au secteur industriel. En France, nous avons tendance à cacher nos zones d’activité industrielles, à ne pas indiquer par des panneaux comment s’y rendre et comment elles sont organisées, et j’ai été effectivement heureusement surpris par le nombre d’indications qui vous précise qu’il y a là un secteur industriel, ou qu’on vend des produits industriels. Vous avez des panneaux publicitaires pour acheter des chariots élévateurs. Et donc, ça prouve une volonté de mettre en avant l’importance de l’industrie. Nous avons aussi eu la chance de visiter un centre commercial absolument magnifique, qui est, je crois, le plus grand au monde, en dehors de 35 km à peu près de Téhéran, que j’ai trouvé assez formidable parce que j’ai toujours été déçu par les fameux centres commerciaux de Dubaï ou d’Abu Dhabi, dans lesquels je ne me sens pas très bien, et là, il y a une qualité qui est tout à fait étonnante.

Donc, bien sûr, notre périple a été un peu réduit parce que vous savez qu’il y a quelqu’un qui a téléphoné au Premier ministre israélien en lui disant, « M. Rastbeen est à Téhéran, c’est le moment de commencer la guerre » (rires) ! Et donc, nous n’avons pas pu, comme cela a été prévu au programme, aller à Ispahan et à Shiraz, pour lesquelles nous avions préparé des conférences.

Alors, au-delà de ces questions anecdotiques, c’est vrai que nous avons pu avoir beaucoup de discussions de fond dans la mesure où nous avons été amenés à donner des conférences, sur l’Europe, sur la géopolitique, j’oublie forcément d’autres thèmes, les droits de l’homme, etc., et puis aussi des échanges académiques un peu spontanés, c’est-à-dire que dans chaque réunion, soit à la Faculté des Relations internationales, soit dans les universités, nous avons eu des échanges à la fois avec les universitaires et souvent, d’ailleurs, avec des doctorants, ce qui nous a permis aussi de juger la qualité de vos doctorants, qui étaient tout à fait remarquables.

Il est clair que nous avons vu une volonté d’améliorer la connaissance scientifique, une volonté de diffuser aussi cette connaissance scientifique à travers de très nombreuses publications, et donc, en fait, une volonté d’élever, de s’élever, et non pas d’avoir une certaine rétractation de l’appétit scientifique que l’on constate, excusez-moi de le dire, parfois, dans notre pays. Où en plus, il n’y a pas, évidemment, nous n’avons jamais vu des discussions idéologiques telles que nous les recevons tous les jours dans notre boîte mail de la part de nos chers collègues universitaires. Et donc, dans la mesure où les universitaires iraniens sont tendus vers le souci, d’une part, d’enseigner des réalités scientifiques à leurs étudiants, et d’autre part, d’améliorer la connaissance scientifique, eh bien, cela veut dire qu’ils ne perdent pas de temps à des querelles idéologiques inutiles, voire à des discussions syndico-syndicales, comme nous faisons dans notre pays, malheureusement.

Donc, il est clair que développer des relations académiques entre la France et l’Iran, ça ne peut être que profitable, sachant, en plus, que lorsqu’on regarde la longue histoire de nos deux pays, il y a quand même un certain nombre de points qui montrent que nous avons quelques soubassements historiques anciens, à commencer tout simplement par l’esprit national. Bien sûr, les Iraniens défendent les intérêts d’Iran et, normalement, les Français devraient défendre les intérêts de la France… mais tout ça s’inscrit dans une très, très longue histoire, ce qui n’est pas le cas de pays beaucoup plus neufs où l’État n’a été mis en place que récemment, notamment dans d’autres pays du Moyen-Orient.

Donc, voilà quelques éléments, cher Président, que je pouvais évoquer. Je pourrais y revenir en fonction, bien entendu, de vos questions, parce qu’il y aurait beaucoup d’autres éléments à préciser à cet égard. Je pense que le mieux est peut-être, maintenant, que Christophe Réveillard nous fasse part de quelques réflexions, puis nous serons à votre disposition pour répondre à vos questions.

Prof. Christophe RÉVEILLARD, Secrétaire général de l’Académie de Géopolitique de Paris et de l’IRCOM de l’Université Paris Sorbonne

Oui, alors je ne vais pas rajouter beaucoup de choses puisque, comme d’habitude, le recteur a été exhaustif, je ne vois pas beaucoup d’éléments importants à ajouter. Je dirais une grande curiosité intellectuelle, une écoute des expériences scientifiques différentes, ça c’est une chose qui a marqué la délégation, c’est-à-dire que nos expériences, aussi différentes soient-elles, sont des motifs pour satisfaire la curiosité intellectuelle de nos prochains partenaires.

Alors, pour être un tout petit peu concret sur la possibilité des échanges, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, des perdreaux de l’année, comme on dit, et donc nous savons quels sont les blocages dans les grandes institutions françaises vis-à-vis des échanges potentiels ou possibles avec l’Iran. Les choses évoluent bien sûr, mais nous pouvons considérer que notre académie, comme d’autres institutions françaises, peuvent être un premier temps d’échange dans lequel des étudiants peuvent venir, des échanges de professeurs, des échanges de cours, des échanges ou des cursus communs, toute la gamme est ouverte, je ne vois pas ce qui ne pourrait pas être utilisé de part et d’autre, pour, dans un deuxième temps, éventuellement voir une maïeutique se créer et se dispenser dans d’autres établissements.

Nous avons à l’académie un réseau de professeurs assez complet qui sont dans des institutions, qui sont dans des universités, à commencer par le recteur, à commencer par moi-même, notre université de rattachement est une université publique, et pourquoi, dans un deuxième temps, ne pas raccrocher des étudiants, ou l’intervention de professeurs venant de Téhéran, ou des grands centres universitaires d’Iran, dans le cadre de nos universités respectives ? Ça veut dire qu’il faut qu’on soit un petit peu patient, que les choses doivent se faire progressivement, par progressivité, que nous soyons intelligents de part et d’autre pour savoir ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire. Mais je suis vraiment très optimiste, beaucoup plus optimiste après le voyage que je ne l’étais avant le voyage, sur cette possibilité d’échange entre nous. Voilà, c’est tout ce que je voulais rajouter, M. le Président.

Prof. Mohammad Reza DEHSHIRI, Doyen de la Faculté des relations internationales du Ministère des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran 

Merci beaucoup, monsieur le Président. Je suis très ravi de me retrouver ici, ainsi que la délégation ici présente : Dr. Tabatabaei, qui est professeur à l’Université Allameh Tabatabaei, Dr. Hosseini, qui avait obtenu son doctorat à l’Université de Lyon et se trouve maintenant être parmi les diplomates les plus élevés d’Iran et enseigne également à la Faculté des relations internationales ainsi qu’à la Faculté d’études mondiales. Il était ambassadeur de l’Iran en Arabie Saoudite, au Sénégal, ainsi qu’aux Émirats arabes unis. Également, le Dr. Sherkat, mon doyen, qui était le Consul général de l’Iran à Munich et qui maintenant est vice-doyen pour la coopération internationale et la formation spécialisée. Nous avons aussi les deux doctorants de l’ambassade de l’Iran qui se trouvent ici parmi nous.

Je pense que l’essentiel est dit. Ce qui est important, c’est que nous devrions penser à ce que nous pouvons faire pour l’avenir. Malheureusement, il y a une sorte de méfiance et parfois de méconnaissance de part et d’autre. Et donc, nous devrions surmonter ce problème. Ce qui est important c’est de faire la connaissance mutuelle, et ce genre d’activité pour, bien sûr, donner une bonne connaissance des problèmes qui existent, et également des solutions que nous pouvons envisager. Voilà ce que je peux dire comme mot de début, mais nous pouvons bien sûr entrer dans la profondeur des sujets ultérieurement. Je vous remercie M. le Président.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI, Membre du corps professoral de l’Université Allameh Tabatabaei

Une remarque, puisque par modestie M. Dehshiri ne s’est pas bien présenté. Il était lui-même ambassadeur de l’Iran au Sénégal. Ce qui signifie que nous sommes une délégation mixte, c’est-à-dire qu’il y a des diplomates et des universitaires. Voilà pour la petite remarque que je voulais faire.

Nous sommes ouverts à différentes questions que vous voulez nous poser sur l’Iran, sur les universités, même sur la politique, puisque nous sommes des professeurs de relations internationales, de sciences politiques, sur l’actualité de ce qui se passe en Iran. Soit c’est nous qui nous répondrons, soit nos collègues français qui étaient venus en Iran, qui ont eu une bonne expérience là-bas. Et cela je ne le savais pas : pendant la guerre, vous étiez en Iran ?

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Oui, absolument, oui. Pas pendant toute la guerre.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI

Je ne le savais pas !

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Donc, nous n’avons pas très bien dormi, parce qu’il y avait du bruit la nuit. On avait à la fois le bruit des missiles israéliens et celui de la défense antimissile iranienne. Ça s’est arrêté vers 4h ou 5h du matin.

Prof. Christophe RÉVEILLARD

L’orage nocturne était quand même assez fort, hein !

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI

La guerre, l’expérience la plus importante géopolitiquement !

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Je voudrais juste ajouter un mot, Président, que j’ai quand même oublié, qui est quand même très important, c’est que nous avons été surpris par le nombre d’universitaires iraniens qui, comme vous-même, ont fait des études en France et parlent parfaitement le français. Alors, Toulouse, Lyon, Nantes, Paris… C’est assez étonnant. On ne s’attendait pas à trouver autant d’universitaires francophones, dans toutes les disciplines.

Dr. Ali RASTBEEN

Oui, surtout la Faculté de Droit. La plupart, la majorité des gens étaient des francophones.

Avec votre permission, puisque pour la plupart ce sont des scientifiques, universitaires, certains diplomates étrangers aussi sont parmi nous, je vais poser une question à la délégation : comment estimez-vous, quelle est votre estimation des relations entre la France et l’Iran ?

Prof. Mohammad Reza DEHSHIRI

Merci, M. le Président. Alors, permettez-moi de vous dire ce que l’Iran pense de la France. Et après, nous pourrons envisager ce qu’on peut faire pour le futur.

Alors, dans l’histoire des relations internationales de l’Iran, puisque l’Iran cherchait toujours de l’équilibre entre les puissances concurrentes, donc à l’époque Qadjar c’était entre la Russie et l’Angleterre, l’Iran a eu un recours à une tierce puissance. La première tierce puissance à laquelle l’Iran avait eu recours, c’était la France, en 1807. Donc on avait le traité de Finkenstein (1807) entre l’Iran et la France, mais peu après, il y a eu une certaine réconciliation entre la France et la Russie par le traité de Tilsit, en 1808. Donc, l’Iran a cherché à avoir recours à d’autres tierces puissances. Après, il y a eu les États-Unis et même, à l’époque de Bismarck, l’Iran a cherché à avoir le recours à l’Allemagne.

Mais après la Première Guerre mondiale, l’Iran a cherché à avoir recours aux États-Unis parce que les États-Unis étaient à ce moment-là un pays qui n’avait pas des avidités coloniales. Et donc, même pendant la guerre froide, même s’il y avait le système international bipolaire, l’Iran essayait toujours d’avoir recours à la France et même à l’Allemagne pour pouvoir jouer entre les deux grandes puissances, c’est-à-dire l’Union soviétique et les États-Unis. Et même l’affaire d’Eurodif est significative de ce que l’Iran pensait devoir développer une politique de diversification pour pouvoir équilibrer le jeu, ce qu’on appelle actuellement en anglais regime policy. Ensuite, vous savez que la France était le premier pays à avoir une bonne attitude envers la Révolution islamique, vous savez que l’Ayatollah Khomeini a été bien logé à Neauphle-le-Château, et après il y a eu la victoire de la Révolution islamique (1979).

L’Iran, dans son histoire, était parmi les seuls pays, on peut dire le seul pays, qui avait une sorte d’attachement envers la langue française, le seul pays qui n’était pas colonisé. Mais avoir une sorte d’attachement particulier, les élites iraniennes voulaient apprendre la langue française. Mais, quand même, durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), c’était la France qui avait eu une sorte de soutien au régime de Saddam Hussein à l’époque pendant la guerre. Donc en donnant les avions Super-Étendard et tout ça au régime irakien, des Mirage également. Dès cette époque-là, il y a eu une sorte de méfiance : pourquoi la France, qui avait ce genre d’attitude favorable a changé d’attitude vis-à-vis de l’Iran en soutenant celui qui avait attaqué l’Iran, c’est-à-dire Saddam Hussein.

Après, il y a eu donc l’époque de M. Hachemi Rafsandjani (1989-1997), qui voulait jouer l’apaisement, et donc il y a eu une sorte de pourparlers entre l’Iran et la France. À ce moment, à peu près 110 étudiants ont été envoyés en France, et parmi eux, moi-même ainsi que le Dr. Hosseini, donc pour apprendre la langue française et également étudier dans le milieu universitaire.

D’ailleurs, cette génération, après son retour, a eu des postes, surtout avec l’arrivée du Président Mohammad Khatami au pouvoir, donc vous voyez qu’il y a eu une sorte d’épanouissement des relations entre l’Iran et la France à l’époque de Khatami (1997-2005) en raison de ce qu’on disait à propos du dialogue entre les civilisations. Mais après l’affaire nucléaire (c’était en 2003), on voit que la France, l’Allemagne et l’Angleterre voulaient jouer leur rôle entre l’Iran et les États-Unis, parce que à ce moment les États-Unis de George W. Bush voulaient attiser la guerre, et parce qu’ils avaient attaqué l’Irak (2003), et on voit que l’affaire nucléaire était une sorte de test pour les relations entre l’Iran et la France. Et donc à ce moment, on a vu que la France n’a pas tenu ses promesses, c’est-à-dire qu’en échange de la clarification de la situation nucléaire de l’Iran, la France devait faire les gestes nécessaires pour l’épanouissement du système économique de l’Iran.

Après, à l’époque de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), les affaires n’étaient pas tellement bonnes entre l’Iran et la France, surtout, les présidents ne s’entendaient pas, le Président Sarkozy et le Président Ahmadinejad avaient une attitude intransigeante l’un envers l’autre.

À l’époque de M. Hassan Rohani (2013-2021), l’Iran a essayé de faire l’accord sur le nucléaire, ce qu’on a appelé en anglais le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action, Plan global d’action commun), et à ce moment une délégation française importante est venue en Ian pour examiner ce qui était envisageable pour les relations économiques. Mais après la sortie de Donald Trump de cet accord (2018) nous avons vu que les relations entre l’Iran et la France s’est déterioré, s’est ternie, et on voit que la situation n’est dès lors pas tellement bonne.

L’Iran pense que ce que nous pouvions faire c’était avoir une sorte de transparence dans l’affaire nucléaire, mais la France n’a pas fait ce que nous voulions pour avoir la coopération économique avec l’Iran. Vous savez que Peugeot et Renault sont venus en Iran, mais après le retrait des États-Unis de l’affaire nucléaire ils ont quitté l’Iran, et sont revenus, donc vous voyez qu’il y a un tollé qui existe dans les relations entre l’Iran et la France. Voilà pour l’histoire de comment cela s’est passé.

Alors, ce qu’on pense en Iran, c’est que d’abord, il y a une sorte de malentendu en France, surtout après la guerre d’Ukraine. On pense que l’Iran s’est penché vers la Russie, alors que l’Iran, toujours, cherche à avoir une politique d’équilibre entre l’Est et l’Ouest. C’était seulement une sorte de politique américaine et européenne qui a poussé l’Iran vers la Russie et aussi la Chine, malgré la tendance de l’Iran d’avoir une politique équilibriste envers les deux côtés.

Deuxièmement, nous pensons que la France est susceptible de prendre des distances avec la politique de suivisme vis-à-vis des Américains et donc d’adopter une politique plus indépendante envers l’Iran, pour pouvoir envisager ce que nous pouvons faire pour l’avenir. Mais ce qui est important, c’est de compartementaliser l’affaire politique de l’économie, et également des affaires scientifiques et culturelles. Pour le moment, comme il y a un certain blocage des relations politiques et même économiques entre l’Iran et la France, ce qui est regrettable, nous pensons que nous pouvons avoir des relations privilégiées, surtout dans le domaine économique. Mais nous pensons que les relations entre les universitaires peuvent déboucher le chemin et que donc cela pourrait être une sorte de dénouement à ces différends qui existent entre l’Iran et la France, pour qu’ainsi la fréquentation des étudiants, des professeurs, puisse ouvrir le chemin vers une relation plus équilibrée, plus coopérative entre les deux pays. Voilà ce que je voulais vous dire pour le moment. Je suis bien sûr ouvert à recevoir vos suggestions et également vos questions, si mes amis aussi veulent ajouter quelque chose.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI, Membre du corps professoral de l’Université Allameh Tabatabaei

Nous sommes donc une délégation iranienne, actuellement invitée en France, je suis très honoré d’être en présence des scientifiques, des collègues. Presque tout a déjà été dit par mon collègue M. Dehshiri, je vais ajouter quelques remarques. M. Dehshiri a fait un répertoire de l’histoire de l’Iran. Moi, je vais revenir un petit peu plus en arrière.

Les premiers Européens qui étaient venus en Iran, c’était au XVIe siècle. Les Anglais, c’étaient les marchands, les hommes d’affaires, et les Français, c’était qui ? Les missionnaires. Donc les Anglais sont venus dans la région, en Iran, pour faire le commerce, il y avait les routes de la soie, mais les Français étaient venus pour, je ne sais pas, il y avait peut-être une mission de christianisme du monde pour convertir les Iraniens ou les Arabes au christianisme. Alors, le roi de France a offert le titre d’ambassadeur aux missionnaires. Au même titre, le roi d’Angleterre a offert aux marchands anglais le titre d’ambassadeur pour faire le commerce. En tant que professeur de relations internationales, on dit que la politique étrangère est basée sur une ligne entre deux extrémités : l’une est l’idéologie, la moralité, le droit ; l’autre, c’est l’intérêt national, la sécurité nationale, la raison d’État. Et lorsqu’on veut tirer l’exemple, on dit que de l’autre côté, c’est toujours la France, de ce côté-là toujours l’Angleterre.

Il y avait une très bonne opportunité pour les Français de supplanter les Anglais, puisque comme l’a dit mon collègue, sur l’échiquier de l’Iran, au nord c’était les Russes qui pénétraient, infiltraient l’Iran, et au sud c’était les Anglais, qui étaient entrés dans le Golfe Persique. Avant, dans le Golfe Persique, il y a avait une Pax Persicana, l’ordre et la sécurité persiques, l’ordre et la loi iraniens, tout comme à l’époque la Méditerranée c’était la Pax Romana, l’ordre et la sécurité romains. Pour les deux grands empires, la mer en-dessous était considérée comme un lac intérieur. D’ailleurs, à l’époque de Cyrus le Grand, nous avions toujours, pour protéger le canal, l’entrée du Golfe Persique, le détroit d’Ormuz, on avait toujours une armée impériale qui était toujours présente au sud et au nord. D’ailleurs, l’un des noms des principautés des Émirats arabes unis – formés de sept principautés – s’appelle Ras el Khaïmah. Ras el Khaïmah, ça veut dire « là où il y avait les tentes impériales des soldats iraniens ». Cela évoque bien la présence de l’Iran des deux côtés.

Comme je vous le disais, à partir du XVIe siècle, les marchands anglais étaient venus en Iran. Ils ne faisaient pas seulement le commerce. Ils ont commencé à s’infiltrer, se mêler de la politique, de créer des discordes et ont commencé à faire le soulèvement des entités arabes au sud du Golfe Persique. Alors, à cette époque, les Cheikhs, les tribus arabes, étaient tous des suzerains, je dirais, dépendants du Roi de Perse (des vassaux féodaux). Le premier Cheikh arabe qui s’est révolté contre le Roi iranien, c’était le Cheikh de Mascate (Oman).

J’ai voulu rappeler toute cette histoire pour en venir à ce point-ci. Au tout début du XVIIIe siècle, c’était le dernier Roi de la dynastie Séfévide, Shah Soltan Hossein (1694-1722). En France, c’était le « Roi-Soleil », Louis XIV (1643-1715). Alors, il y avait une délégation iranienne éminente qui est venue en France, et alors nous avons fait un contrat, qui s’appelle le traité de Mascate (1708). Il y avait 31 articles. Pour l’époque, c’était vraiment quelque chose d’exceptionnel du point de vue du droit international. Le premier traité ou contrat, pour parler avec les normes modernes : il n’y avait pas encore la discipline du droit international, mais les normes juridiques qui ont été développées dans le monde, c’était le traité Mascate entre l’Iran et la France. Une délégation iranienne qui était venue en France, et en échange une délégation française était venue en Iran. Il y avait une préambule, 31 articles très détaillés, et alors qu’est-ce qu’on y disait ? On demandait aux Français de nous aider pour supplanter les Anglais du Golfe Persique. On leur a proposé que s’ils nous aidaient, qu’on arrive à supplanter les Anglais qui commencent à prendre pied au sud du Golfe Persique, qu’on leur offrira tous les avantages. Même, il y avait le détail, si vous faites le commerce, puisque comme vous le savez, tout le commerce de l’Asie venait dans le Golfe Persique, et par celui-ci il y avait les routes qui allaient vers l’Europe. Dans un des articles on a mis la franchise, la taxe, à 3 %. Alors on a dit aux Français, « si vous nous aidez, on va la baisser ». C’était un traité très, très bien détaillé et, comme je vous le dis, typique du droit international actuel.

Mais nous avons fait signer le traité, échangé les documents dans les deux pays, mais finalement les Français nous ont abandonné devant les Anglais dans la guerre. Ça, c’était notre premier contact politique avec les Français, c’était à l’époque de Louis XIV. Alors moi j’ai trouvé un terme, que j’ai appris lorsque j’étudiais, j’analysais ce traité : le Roi-Soleil, qui avait pris de l’âge, avait une phrase : « Après moi le déluge ». « Pendant que je suis au pouvoir, je vais tout faire, maintenant que j’ai pris de l’âge… ». Si ce traité était en œuvre, alors la situation de l’Asie occidentale ou du Moyen-Orient était tout à fait différente.

Et la deuxième fois, c’était le traité de Finkenstein (1807). Comme mon ami l’a dit, on a fait alliance avec Napoléon, mais Napoléon nous a laissé devant les Russes. Alors, la politique de tierce puissance. Pourquoi ? Parce qu’il y avait sur l’échiquier d’Iran les Russes et les Anglais. Nous étions méfiants des deux. Toujours, nous gardons cette méfiance, bien qu’actuellement nous avons de bonnes relations avec la Russie, mais toujours il y a une méfiance, parce que ce sont les Russes qui ont enlevé au moins 17 villes iraniennes au nord, les parties du nord du pays, ça veut dire que nous avons gardé tout cela en mémoire. Donc nous sommes venus chercher une tierce puissance. C’était la France. Nous avons bien accueilli les Français, venez, la culture française, et même « l’Occident », en Iran on dit « Farang » (ça vient de « franc », « français »), pour dire « qui est de l’Europe », « de l’Occident ».

À côté de la France, c’était l’Autriche, l’Allemagne bismarckienne, je me rappelle, c’était à l’époque d’Amir Kabir (1807-1852), c’était un grand chancelier iranien, qu’on compare à l’époque de Meiji au Japon (1868-1912), et qui a fait la restauration en Iran. On a lancé le Dar-ol-Fonoun, qui était comme la Sorbonne française, la première université iranienne, polytechnique mais laïque. Il n’y avait pas de religion là-dedans. Alors les Anglais sont venus, « nous pouvons vous envoyer des instituteurs », les Russes ont dit « non, nous aussi on peut vous envoyer des instituteurs », mais nous avons demandé aux Français, aux Autrichiens, aux Allemands. Malheureusement, le complot dans la cour royale a mené à l’assassinat d’Amir Kabir, qui n’a pas pu donner suite à ces affaires, il y a eu des complots… mais on compare la période avec celle de Meiji au Japon, ce qui signifie que nous avons simultanément commencé une renaissance scientifique, culturelle, industrielle, vers l’avenir.

Comme l’a dit mon cher ami, lorsque l’Ayatollah Khomeini était venu durant la Révolution, il était en dehors de l’Iran, alors il a été accueilli par les Français à Neauphle-le-Château. Pour voir la différence, et notre point de vue, actuellement l’ambassade de France en Iran se trouve rue Neauphle-le-Château. Et où se trouve l’ambassade d’Angleterre en Iran ? Rue Babi Sandez (farsi pour Bobby Sands[1]) ! C’était en Irlande. Alors, vous voyez… Sans commentaire ! Lorsqu’on met le nom Neauphle-le-Château, cela signifie l’ouverture vers la France, lorsqu’on met l’autre nom, vous imaginez la peine pour les Anglais à chaque fois pour écrire l’adresse… ils doivent mettre « Téhéran, avenue Bobby Sands », c’est le nom officiel. Et il y a des touristes irlandais qui viennent en Iran, qui prennent toujours des photos dans cette rue.

Je termine mon intervention avec ce point que je viens de mentionner. La rue Neauphle-le-Château signifie l’ouverture vers la France, et la rue Babi Sandez signifie la méfiance envers les Anglais. Au-delà des affaires politiques où il y a toujours des hauts, des bas, des tensions, nous, les universitaires iraniens, nous sommes tous favorables à avoir des relations académiques, des relations scientifiques. Cela, nous pouvons le mettre en œuvre, faire des thèses en cotutelle, et puis avant c’était seulement en présentiel, mais maintenant avec la technologie c’est possible à distance de faire des cours, des discours…  Notre présence ici, en France, c’est cette ouverture scientifique au-delà des affaires politiques, interminables, avec toujours des hauts et des bas et tout cela, mais nous, les universitaires, les scientifiques, nous pouvons garder notre relations, la développer et donner l’exemple aux autres. Merci de m’avoir écouté.

Dr. Seyed Mohammad HOSSEINI, Expert en Relations internationales

C’est avec grand honneur et plaisir que je me trouve ici parmi les professeurs de l’université et, en effet, les intellectuels français. Pourquoi est-ce que j’insiste sur « en tant qu’intellectuel » ? Je vais l’expliquer ensuite. Mais comme le sujet est très vaste et le temps très limité, permettez-moi de lire quelque peu le texte que je viens d’écrire aujourd’hui, sur la base intellectuelle et culturelle que nous avons oubliée. C’était mentionné par les professeurs Dehsheri et Tabatabaei. L’Iran et la France, cela fait des siècles et des siècles qu’il y avait des relations intellectuelles. Et parmi les grands intellectuels iraniens, si vous regardez, ils ont bien été influencés par les grands philosophes français, les grands intellectuels français. Je vais lire rapidement mon texte et on pourra entrer dans les détails après avec les questions.

Un héritage historique partagé : Les relations culturelles entre l’Iran et la France remontent à plus de quatre siècles. Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV (1643-1715), mentionné par le professeur Tabatabaei, et du Roi séfévide Shah Abbas II (1642-1666), des échanges diplomatiques et artistiques ont vu le jour. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la France est devenue pour de nombreux intellectuels iraniens une source d’inspiration intellectuelle et scientifique. La langue française, considérée comme langue de la culture, de la modernité, a profondément marqué la littérature, la philosophie et les sciences humaines en Iran. De même, l’art persan, qu’il s’agisse de la poésie, de la miniature et de l’architecture, ou de la musique, a toujours fasciné les artistes et les orientalistes français. Des figures comme André Malraux, Henry Corbin, Jean Chardin, ont contribué à faire connaître la richesse de la civilisation iranienne en Europe.

Des affinités culturelles et spirituelles : L’Iran et la France partagent une même passion pour la pensée, la beauté et la culture du dialogue. Nos deux peuples accordent une grande importance à la littérature, à la philosophie, à la poésie et aux arts. De Rûmî à Molière, de Saadi à Victor Hugo, de Hafez à Baudelaire, les échos de la sensibilité humaine et universelle se répondent. Aujourd’hui encore, les échanges entre nos universités, nos musées, nos cinéastes et nos institutions culturelles continuent d’enrichir cette amitié. Et à la fin, les relations culturelles entre l’Iran et la France reposent sur un respect mutuel et une admiration réciproque. Dans un monde souvent divisé, la culture reste une pont durable entre les peuples. Je suis convaincu que grâce à nos valeurs communes, l’amour de la connaissance, la beauté et la liberté de l’esprit, nos deux nations continueront à écrire ensemble des nouvelles pages de ce dialogue.

J’ajoute deux choses, avant de conclure. Après la Révolution, comme le professeur Dehshiri l’a noté, nous étions la première génération iranienne ayant ouvert la porte de l’université française. Nous étions une centaine, peut-être 200 étudiants, qui se sont « infiltrés » dans les universités, à Toulouse, Rennes, Nancy, Montpellier, Lyon, Paris… C’était une richesse pour la France, qui ne l’a pas utilisé, n’en a pas profité.

Et deuxièmement, a été mentionné l’accueil chaleureux de l’imam Khomeini à Neauphle-le-Château. C’était une grande occasion pour la France, qui pouvait avoir un rôle très décisif dans la politique étrangère de l’Iran, mais malheureusement… parce que nous n’avons pas fait attention à la base, qui est littérature, qui est culture, pensée, philosophie… Même aujourd’hui après soixante-dix ans passés, le rôle qu’Henry Corbin (1903-1978) a joué pour établir un pont entre l’islam chiite et la philosophie française, il y a toujours ce rôle qui reste dans la tête et la mentalité des Iraniens. Quand on parle des philosophes iraniens, tout de suite vient le nom d’Henry Corbin. Son histoire a joué un rôle très décisif, et aussi dans la littérature. Si vous regardez les grands écrivains iraniens, par exemple Sadegh Hedayat (1903-1952) ou bien la grande littérature, Jalal Al-e-Ahmad (1923-1969) et les autres, ils étaient des écrivains qui étaient influencés par les écrivains français. Et les notions, le surréalisme, ou l’existentialisme, avaient un rôle très décisif dans la littérature et la philosophie iraniennes.

Pourquoi est-ce que je mentionne cela ? Parce que vous avez énormément de capacités, mais qui n’ont pas été utilisées pour établir une relation durable et profonde entre l’Iran et la France, alors que cette richesse n’existe pas entre l’Iran et les Anglais, entre l’Iran et les Américains, et avec les autres pays. J’espère que cette réunion et ce type de réflexions intellectuelles peut aboutir à une richesse de pensée des intellectuels, les uns et les autres, pour établir une relation durable entre les deux pays. Merci.

M. Ismaël PAIENDA, Cofondateur et membre du comité des dirigeants de l’Assemblée des Spécialistes et des Experts d’Afghanistan, consultant en Tourisme, Développement durable, Investissement et Relations internationales, Président du Comité Entraide afghan

Bonjour, je m’appelle Ismaël Paienda, je suis en fait dans the Grand National Coalition of Afghanistan qui travaille pour la paix, pour résoudre les problèmes par la voie de la négociation constructive et non pas par la guerre destructive, et aussi de l’Assemblée des experts et spécialistes de l’Afghanistan, ainsi que président du Comité Entraide afghan. Et je vous remercie, M. Rastbeen, pour l’organisation des conférences, qui permettent d’informer les uns et les autres en réunissant des experts afin de pouvoir mieux comprendre la situation géopolitique du monde. Ma question pour mes amis iraniens, mes frères iraniens (nous avons eu des histoires très communes, la même langue etc.) : dans les conjonctures géopolitiques régionales et internationales où chaque pays cherche ses intérêts, comment voyez-vous l’établissement de bonnes relations, et de quelle manière, entre l’Iran et l’Afghanistan ? Merci.

Prof. Amir Reza SHERKAT, Vice-doyen chargé de la coopération internationale et des formations spécialisées appliquées de la Faculté des relations internationales du ministère des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran

Je suis très honoré d’être ici, merci beaucoup M. le Président, M. le recteur. Ne pouvant pas risquer de vous endormir avec mon français, je vais répondre en anglais, si c’est possible.

I was thinking about France and Iran, and all of a sudden, the question of Iran and Afghanistan is raised. But the answer I was preparing for myself maybe works for the two. So, I think we can, after knowing the history and understanding each other very well, which I think it is established here already, I think three words which relates to our heart in Iran and France will explain very well what we can do for the future of understanding and cooperation between countries, nations. And those are « Liberté, Égalité, Fraternité ». So, I’m going to translate this into real terms in our external affairs.

By Liberty, I think if we can tolerate each other better… I will put it very simply, if you allow me : if Iranians want to be religious, let them be. If the French want to be, you know, like… let them be. We do not interfere with your intentions about how to run a country or a society, and let’s do the same in Iran or Afghanistan. People in Afghanistan, nowadays, they seem to be more religious, much more religious than us, they may think of us in Iran like unbelievers or disbelievers. OK, let them be. Let us be. So, if we accept the principle of liberty in how we think and how we see the world, and we limit the relations to the fruitfulness and to the results that can serve people in both, or three, or more countries, I think it will be good.

Secondly, Equality. I will be a little bit blunt, ok? What we perceive in Iran from many European countries, let alone United States, is that they are used to talk to us from above, you know? And to take the higher moral ground all the time. And we do not see the equality. As a nation, maybe one of the most ancient nations in the world, it’s hard to take, simply put, you know? Especially after the Revolution, after we have so many young generations, one after another, with very high-quality university education, and who have gone outside, they see the world, they know each other, other countries, and themselves much better. It’s very difficult to establish relationships not based on reciprocity, not based on equality. So, if we see each other as equal parties, especially states, it works. If not, it won’t. You maybe all remember the famous word, Minister Mohammad Djavad Zarif once said : « Never threaten an Iranian! ». It became very famous in Iran. He said, I don’t know, to the Americans during the nuclear talks. « Don’t threaten us » means « Ok, let’s just be the same. Don’t think that you have more power or resources and that you can tell us what to do. Let’s work and build our relations between relationships based on equality ».

Fraternity, or brotherhood. It’s very similar. We do not expect France to support our enemies. And we won’t do the same. It’s very simple, we do not help, I don’t know, any country to give independence to the little islands to the south, and we do not expect France to help some minorities in Iran to disintegrate the country. They talked about support for Saddam Hussein or Israel in attacking Iran. Of course. We do not want to control your relationship with Israel, it’s your affairs, but when it comes to Iran, we expect a king of guarantee that we do not show animosity towards one another. This is pretty much what I have in mind. And it applies to Afghanistan as well. Thank you.

QUESTIONS ET DÉBAT GÉNÉRAL


[1] Bobby Sands (1954-1981) était un activiste armé irlandais, mort en prison d’une grève de la faim, considéré par beaucoup d’Irlandais comme un héros de la cause indépendantiste et républicaine.

Mme Patricia LALONDE, Vice-présidente de Géopragma, ex-députée européenne

Bonjour. D’abord, je voulais féliciter la délégation iranienne. Je connais, je ne vais pas dire bien, votre pays, mais j’ai eu l’occasion de m’y rendre par deux fois. La dernière fois étant il y a deux ans. Alain Corvez faisait partie de la délégation. Et je dois dire que j’approuve tout ce qui a été dit, j’étais complètement étonnée par ce qu’était l’Iran, et l’imaginaire qu’on en a nous en France n’a rien à voir avec la réalité de ce qu’est l’Iran. Et moi, en tant que femme, je me suis battue pendant des années en Afghanistan pour les femmes afghanes. J’allais dire je continue, ça devient bien compliqué… mais mon histoire, c’est de raconter que les femmes en Iran, ça n’a rien à voir avec les femmes en Afghanistan. Et on essaye tout le temps, en France, de nous pousser dans cette histoire où les femmes afghanes sous les Talibans, c’est la même chose que les femmes iraniennes, ce qui n’a absolument rien à voir.

Et puis, ce que je voulais également vous faire partager, c’est que par rapport à l’université, je fais partie d’un think-tank, enfin, je suis vice-présidente d’un think-tank qui s’appelle Géopragma, et nous avons été reçus en tant que Géopragma à Téhéran, et nous avons organisé à Géopragma des réunions en visio-conférence avec les universitaires iraniennes. Et c’était absolument passionnant, et je confirme qu’elles parlaient français. Moi j’étais intervenue, j’avais tout préparé en anglais, eh bien non, tout s’est passé en français. Donc c’était pour aller dans votre sens, et on était tous une trentaine de personnes dans la salle à Géopragma, on était tous sidérés. Donc c’était pour vous donner mon témoignage sur mon ressentiment et j’aime beaucoup votre pays.

Je voulais, pour terminer, savoir ce que vous pensiez de ce possible échange de prisonniers. Actuellement, vous savez que nous avons deux Français qui ont été jugés récemment pour des grosses peines, qui ont été accusés d’espionnage, c’est Cécile Kohler et Jacques Paris. Et nous avons, nous, une femme iranienne, dont je ne connais plus le nom, qui est elle-même emprisonnée. Je voulais que vous me donniez votre sentiment à ce sujet. Est-ce qu’un échange va être éventuellement possible ? Merci.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI

Alors, merci beaucoup, vraiment. Donc nous sommes très ravis qu’on puisse avoir également pour le futur des échanges et également la participation des universités iraniennes dans les conférences télévisées ou en ligne, donc il y a la disponibilité pour les intellectuels iraniens. Et également, nous serons très ravis d’avoir la présence des professeurs français en ligne pour bien comprendre leur vision sur la situation actuelle du monde.

Alors, en ce qui concerne les prisonniers, vous savez que leur délit était la photographie des sites nucléaires de l’Iran. Vous savez, dans cette situation, c’était très délicat, et donc c’est pour cela qu’ils ont été condamnés pour espionnage. Mais donc, quand même, il y a eu l’accès consulaire pour ces deux ressortissants français, donc vous savez que l’affaire est entre les mains du pouvoir judiciaire de l’Iran, et le ministère des Affaires étrangères c’est le pouvoir exécutif de l’Iran, vous savez, la séparation des pouvoirs en Iran. Mais quand même, le ministère des Affaires étrangères, pour des raisons humanitaires, a fait ce qu’il pouvait faire. Dans la négociation entre le président Masoud Pezeshkshian et le président Macron, il y a eu une sorte de pourparlers de négociations à cet égard, je pense que l’affaire est en train d’être réglée, donc vous aurez le résultat ultérieurement, mais il faut donner le temps à la justice iranienne de faire le nécessaire pour le dénouement de cette affaire. Et également, nous espérons que cette affaire de Mahdieh Esfandiari sera réglée. Nous pensons que c’est dans un pays où il devrait y avoir la liberté d’expression, donc ce qu’elle a dit à propos de la cause palestinienne n’était pas quelque chose qui permettait de la mettre en prison. Nous pensions que c’était une sorte d’instrumentalisation de cette affaire par le gouvernement français, mais quand même nous allons faire le nécessaire pour qu’elle soit libérée. Donc la négociation est en cours. Merci.

M. Nasrollah NEJATBAKHSHE, Chercheur à la Sorbonne

Merci Monsieur le Président, merci les collègues, et erci à tout le monde pour cette conférence. J’apprécie très bien cette conférence parce que je vois un chemin pour ouvrir vraiment un chemin vers la liberté de penser, la liberté d’écrire, la liberté de relation scientifique. J’ai une petite question à un collègue, au professeur Tabatabaei, qui a bien étudié l’histoire de la relation Iran-France. Et donc, oui, l’Iran c’est un grand pays, avec une grande civilisation historique, comme la France. C’est vrai. Vous avez évoqué Henry Corbin et d’autres. Moi, j’ai une petite question paradoxale, excusez-moi de parler comme ça, à l’époque d’Henry Corbin, ce n’était pas comme ça la vie : il y avait une liberté d’expression. Moi je demande au professeur : comment souhaitez-vous avoir une bonne relation scientifique entre les deux pays, ou entre tous les pays du monde, mais ne pas avoir la moindre chose de liberté d’expression ? Moi je vois un problème, et c’est bien fait que nous fassions une conférence comme cela pour penser, pour réfléchir, échanger avec tout le monde pour trouver un chemin. Comme métier, j’étais enseignant à l’Université d’Ispahan, et maintenant chercheur à la Sorbonne, mais mon pays, c’est là-bas. Malgré que j’habite ici en France, ma tête est en Iran, et toujours je pense à cette question-là. Comment pouvons-nous faire casser la porte du silence, de la censure, pour avoir une relation normale ?

Mme. Agnès OLLIVIER, Œuvre du professeur Jean-Paul Charnay

Bonjour, je représente ici l’œuvre du professeur Jean-Paul Charnay, qui s’est rendu bien évidemment en Iran dans les années fin 1960, dans les années 1970, pour divers échanges universitaires, déjà, à Téhéran, à Tabriz, et également pour un colloque d’histoire militaire, c’était en 1976. Le temps a passé depuis, bien évidemment, mais ça traduit quand même la permanence d’échanges et d’approfondissements entre nos nations. Puisque le professeur a bien parlé d’ailleurs d’Henry Corbin, Chardin, etc., toutes ces grandes traditions qui existent depuis de nombreuses années et les intérêts mutuels qu’il y a entre nos pays., j’aimerais savoir s’il existe, à l’image du centre Jacques Berque qui existe au Maroc et qui a beaucoup approfondi l’islam et les sciences religieuses, etc., j’aimerais si en Iran il existe également ce type de centre, par exemple il pourrait y avoir un centre Henry Corbin. Il existe un fonds Henry Corbin d’ailleurs, je crois, à l’Institut français de Téhéran. Pourrait-il y avoir donc un centre de ce genre, avec la possibilité non seulement d’existence d’un fonds bibliothécaire ou autre, mais également d’échange, d’échange de savoir, de double diplômes entre doctorants de cotutelle, et également peut-être même en termes peut-être d’histoire de l’art, ou peut-être même pour raviver nos savoirs en termes d’archéologie, peut-être des écoles-ateliers où donc, surtout en matière d’art d’ailleurs, il pourrait y avoir des échanges et des apprentissages qui seraient fructueux. Merci beaucoup.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI

Merci. moi j’ai été à deux reprises conseiller culturel de l’Iran en France. Malheureusement, je dois dire que, toujours, les relations culturelles sont un petit peu sous le parapluie de la politique. Ce parapluie empêche le soleil de faire briller les deux civilisations, les deux cultures, qui sont très enracinées, très anciennes d’ailleurs. D’ailleurs, l’université dont je viens s’appelle Allameh Tabatabaei : il s’agissait de l’interlocuteur d’Henry Corbin en Iran. À l’université peut-être n’y a-t-il pas encore eu l’occasion. Comme M. le recteur l’a très bien dit, ce sont des universités relativement élégantes et il y a même un musée juste à côté de l’université, là où il y avait la mosquée, je ne sais pas si vous avez pu la visiter, il y a un petit musée. Et alors il y a là la statue d’Henry Corbin et d’Allameh Tabatabaei qui sont en train de parler, de négocier, comme l’a dit mon collègue. Henry Corbin c’est un savant qui avait beaucoup de renommée en Iran, on le connait très bien. Lorsque j’étais directeur du centre culturel iranien. Nous avons lancé un colloque sur Henry Corbin, même deux colloques. En ce qui concerne les recherche en commun, comme nous l’avons dit, nous sommes tous favorables à cette ouverture, d’avoir des cotutelles au niveau du doctorat, et même faire de la promotion pour les thèses qui feront des études approfondies sur Henry Corbin, ou nous pourrions mettre des primes pour les étudiants qui veulent soutenir une thèse de doctorat sur ce thème du rapprochement culturel. C’est tout à fait faisable. L’essentiel, c’est la volonté. Je crois qu’il y a cette volonté des deux côtés, j’espère que nous arriverons à le faire.

Prof. Christophe RÉVEILLARD

J’en profite, juste trente secondes, pour dire que nous avons déjà commencé à l’Académie de Géopolitique de Paris, avec vous, parce qu’à l’Université de Shiraz nous avons une thèse actuellement en cours, en cotutelle. Il est notre docteur en cotutelle avec l’Université de Shiraz. Et donc nous avons commencé, ici à l’Académie, et j’espère que nous pourrons continuer.  

M. Alain CORVEZ, Colonel (er) et conseiller en stratégie internationale (Cabinet Corvez)

Je voulais juste ajouter un commentaire sur ce qu’a dit M. le Doyen concernant les échanges de prisonniers, que les accusations auxquelles fait face Mme. Esfiandari en France, d’avoir soutenu la Palestine, quelques-uns autour de cette table mais beaucoup en France d’une manière générale pourraient être accusés des mêmes griefs pour soutenir la Palestine, donc vous voyez, nous sommes dans une frange très floue, sur laquelle nous pouvons très bien, demain, moi ou un autre, voir des gens qui débarquent chez moi pour voir si je n’ai pas des armes pour faire le sauter le pays, je ne sais pas !

M. Pierre BERTHELOT, Doyen et professeur d’Horizons University, spécialiste de la géopolitique de l’eau

Monsieur le doyen, une remarque et deux questions, la première remarque concernant la coopération scientifique. Elle existe malgré tout, même si on sait qu’elle est limitée. J’ai un exemple que je connais assez bien, puisque j’ai aussi le plaisir d’être membre d’une autre académie qui s’appelle l’Académie de l’eau, qui était présidée d’ailleurs par M. Brice Lalonde, il y a quelques années, ancien ministre de l’environnement, et on a mis en place l’an dernier, donc l’Ambassade est je pense au courant, une série de conférences et de colloques, avec aussi l’Académie des sciences d’outre-mer, donc une autre grande institution française, sur la question de l’eau, justement en Iran notamment. Donc il y avait des universitaires iraniens qui étaient présents, il y a eu quelques tentatives pour saboter un peu ce cycle de conférences, même s’il n’y avait aucune connotation politique. Et je pense que dans ce domaine précis, qui était à mi-chemin entre la collaboration académique et scientifique, nous avons un intérêt commun, puisqu’effectivement la France a une expertise dans le domaine de l’eau qui est reconnue à travers des acteurs, notamment des entreprises internationales, Degrémont, ex-Lyonnaise des Eaux, Suez, Engie était le leader mondial à une époque, et l’Iran peut aussi nous apprendre des choses. D’ailleurs, on m’a demandé de préfacer un livre sur les qanats en Iran, donc je vais me pencher sur le sujet, parce que je connais un peu la région, mais moins l’Iran, je l’avoue, que les pays arabes. Mais en tout cas c’est intéressant. Donc ceci était une première remarque.

Ensuite, première question, vous, en tant qu’Iraniens et surtout spécialistes de politique internationale, de politique étrangère, je pense que nous sommes beaucoup, ici, autour de la table, à être pour une vision souverainiste, pour ne pas dire gaulliste, de la politique étrangère, la puissance d’équilibre, non-alignée, et nous voyons que nous avons des convergences parce que c’est ce que vous voulez, finalement. Bon, pour l’instant nous en sommes encore très loin, nous savons que depuis plusieurs années ou décennies nous avons un déclin de notre politique étrangère, qui est effectivement plutôt alignée sur d’autres intérêts, peut-être, que ceux de la France. Est-ce que vous pensez, par votre expérience de l’Histoire et des relations internationales, qu’un jour la France peut retrouver cette dimension souverainiste, de politique étrangère non-alignée, qui remonte jusqu’au roi Capétien ? Pensez-vous que c’est possible ou bien pensez-vous que la France a vocation à n’être qu’une province de l’Europe ? Ça c’est une première question.

Et puis la deuxième question, plus purement académique, est-ce qu’il y a des personnages ou des idées de la politique étrangère française qui vous ont marqué ou qui vous inspirent, qui sont peut-être étudiés dans les universités par exemple iraniennes ? Puisque si on cite Richelieu par exemple, il faisait l’admiration des plus grands, même Kissinger qu’on présente comme le diplomate du siècle, lui-même disait qu’il avait été inspiré en partie par Richelieu qu’il considérait comme un éminent homme d’État et actif de la politique étrangère. Donc voilà mes deux questions. Je vous remercie

M. Ebrahim AYANI

Il faut poser la question aux Français. Les Iraniens espèrent, depuis le temps. C’est-à-dire que nous n’avons pas eu un président iranien qui n’a pas demandé une bonne relation avec la France, avec l’Europe, même avec l’Amérique. Mais l’Europe, malheureusement, suit la politique dictatoriale américaine, et ils sont à chaque fois… même dans la dernière négociation entre le Président iranien ou le Ministère des Affaires étrangères iranien avec les Européens, ils ont dit « D’abord, vous allez discuter avec les Américains »… C’est-à-dire « Nous, on n’a aucune décision »…

Deuxième chose, on va mélanger des choses. À propos de votre question sur les deux personnes qui sont en prison en Iran. Une jeune fille, comme l’a rappelé M. le professeur, se trouve en prison pour avoir discuté du sujet palestinien, mais deux personnes qui ont photographié le centre nucléaire iranien, il faut les libérer ? C’est injuste. Cette demande, poser cette question est injuste, parce que dès le moment où les Européens regardent de haut vers l’Iran, ça n’aboutit à rien.  Un jour, M. Pierre Lafrance, dans une réunion, qui était ambassadeur de France en Iran pendant treize ans, il a dit avant la négociation sur le nucléaire : « si vous partez en Iran et vous tapez sur la table, vous revenez parce que vous n’obtenez rien du tout. Les Iraniens ont suffisamment de fierté de leur culture, de leur civilisation. Mais par contre si vous allez en face d’eux en égaux-égaux, alors ils sont gentils, et même ils vous donnent des avantages ». Mais c’est ça ! Parce que les politiciens français, je suis désolé de le dire, je suis franco-iranien, mais je vois que nos politiciens français regardent la manière de pression, pas de négociation, ou ils ne savent pas où leur égoïsme aboutit comme ça, et ils attendent que les Américains attaquent, tuent, bombardent, tout ça, et après disent « bravo, bravo, bravo ».

Est-ce qu’on peut résoudre le problème ? Regardez la guerre de Corée, la guerre Irak-Iran, toujours résolues à table, jamais dans le (…), jamais après bombardements. Il y avait un même un monsieur, que j’ai vu ici, qui me dit « on peut avoir la paix après la guerre ». J’ai dit que par contre, ça crée la haine, ça n’aboutit jamais à la paix. Ça reste. Si un jour mes parents tuent vos parents, il reste une haine pour toujours dans notre tête. Les politiciens français doivent penser à accepter le monde, comme cela a été dit, avec des décisions différentes, des cultures différentes, pas obéir aux Américains.

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Je vais d’abord peut-être commencer par un chemin de traverse. Cela fait au moins une quinzaine d’années que j’explique que la situation de l’Italie est meilleure que celle de la France. Pendant 14 ans et demi, on m’a ri au nez, alors que mon argument était tout à fait objectif. La grande différence entre l’Italie et la France, c’est que l’Italie a une balance du commerce extérieur positive, et que la France a une balance du commerce extérieur négative depuis des années. Et puis ces derniers mois, bizarrement, les médias se sont rendus compte qu’effectivement il y avait au moins un indicateur où il y avait une différence colossale entre la France et l’Italie.

Malheureusement, la situation de la France, chacun ici la connaît. C’est un pays qui est endetté de façon considérable, et donc c’est un pays qui n’est pas en état aujourd’hui d’exercer sa propre souveraineté. De très nombreux chiffres le montrent. Que ce soit par exemple l’affaiblissement considérable du nombre de ses militaires : nous avons dans l’armée de terre 73 000 personnes. Donc quand vous avez 73 000 personnes dans l’armée de terre, cela veut dire en fait que vous n’avez que 25 000 militaires qui peuvent être sur le terrain, parce qu’il faut trois militaires pour un poste, vous en avez un qui est au repos et un qui est à l’entraînement. Donc qu’est-ce que vous voulez faire pour défendre un pays comme la France avec une armée de terre de 73 000 personnes ? Ce n’est plus possible.

J’ajoute, bien entendu, ce manque de souveraineté en raison de nos déficits structurels. Aujourd’hui, si la France ne se réforme pas, sa situation ne peut pas s’améliorer, cela va de soi, et donc elle n’est pas en état de pouvoir assumer ses propres intérêts. Je vous rappelle, puisqu’on a cité le général de Gaulle, que quand le Général de Gaulle est arrivé au pouvoir, il n’a eu qu’un objectif, la souveraineté de la France. La souveraineté de la France à travers, notamment, son secteur productif, c’est-à-dire que la France soit indépendante en matière énergétique, en matière chimique, en matière agricole, etc. Dans tous ces domaines, nous avons reculé. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que nous avons fermé une centrale nucléaire alors que nous en avions besoin. Aujourd’hui, si nous n’avions pas eu cette politique de fermeture de centrales nucléaires, le coût de notre électricité serait trois fois moins cher que ce qu’elle est aujourd’hui, ce qui est évidemment un coût dans la compétitivité mondiale.

Donc nous en sommes là. Nous espérons vivement, effectivement, que nous ayons d’autres directions politiques en France qui permettent à ce pays de retrouver une souveraineté, alors qu’aujourd’hui nous sommes dépendants notamment des moyens de financement que l’Union européenne veut bien nous accorder ou non. Nous ne sommes plus en situation, non plus, de faire suffisamment de soft power. Vous évoquiez tout à l’heure, par exemple, les 110 étudiants iraniens qui venaient en France. À supposer qu’on renouvelle aujourd’hui ce genre de décision, ce qui serait souhaitable, est-ce que nous avons les moyens de les accueillir ? On en est là, dans la situation actuelle de notre pays. Donc espérons que le scénario des tendances lourdes, comme on dit en prospective, ne continuera pas, et que la France trouvera les moyens de son redressement. Et elle en a besoin si, effectivement, comme nous le souhaitons, nous voulons développer des relations propres avec d’autres pays, et notamment entre la France et l’Iran.

Prof. Seyed Mohammad TABATABAEI

Je vais répondre à la deuxième question posée par M. Berthelot. On va entrer un petit peu dans le jargon scientifique. Alors, vous avez demandé si en Iran il y a une théorie française ou un théoricien français qu’on enseigne. Personnellement, en tant que professeur de relations internationales, je fais toujours allusion à Marcel Merle. Il y a une théorie qui a été avancée par Michel Merle, qui s’appelait « État âgé ». La théorie des États âgés, c’est des pays comme l’Iran, comme la France, qui ont une ancienneté, qui ont une grande civilisation. Lorsqu’il y a des crises dans ces États, nous voyons que la population s’unit, qu’ils sont bien soudés. À l’inverse, un pays comme la Yougoslavie, créé après la Première Guerre mondiale, nous avons vu son effondrement dès qu’il y a eu une crise.

Alors, cette théorie de Marcel Merle, on l’a vu à plusieurs reprises en Iran, et surtout récemment, pendant la Guerre des 12 jours, lorsque messieurs les professeurs se trouvaient en Iran. En Iran, comme toutes les démocraties du monde, il y a des gens de gauche, de droite, du centre, des réformateurs, des conservateurs, qui se battent. Lorsqu’il y a eu l’attaque surprise israélienne, le jeudi matin, on avait des pourparlers en cours, et les Américains nous ont dit que la prochaine séance aurait lieu le dimanche. Or le jeudi soir ils nous ont attaqués par surprise. On ne s’attendait pas à ça. Vous savez, dans une guerre on reçoit des attaques, dans la stratégie. Mais l’essentiel, c’est de riposter. Pendant 24 heures nous étions vraiment choqués. Quelques grands hauts-gradés iraniens ont été tués dans l’attaque, mais on a pu riposter. Et dans cette période, on a vu la solidarité iranienne. En Israël, il y avait des gens qui fuyaient d’Israël, prenaient le billet d’avion, même à 20 000 euros, pour se rendre en Europe. Mais à l’inverse, il y avait des Iraniens de l’extérieur qui voulaient rentrer en Iran, bien qu’ils étaient mécontents de plusieurs choses, pour défendre le pays. Alors ça, c’est la théorie de Marcel Merle, l’État âgé, nous l’avons vu.

D’ailleurs, je voudrais faire une allusion au fait que Saddam Hussein, lorsqu’il a attaqué l’Iran, il a dit quelque chose de très intéressant. Il a dit qu’on lui a donné le feu vert, que l’Iran après la Révolution il y avait des problèmes internes, etc. Quand il y avait le tribunal de Saddam Hussein, il a dit une phrase très intéressante, il a dit qu’on lui a donné le feu vert : « tu peux y aller, on va vous fournir des armements, des deux côtés », à l’époque c’était l’Union soviétique, alors il y avait les tanks, les chars T-72 de l’Union soviétique, et de l’autre côté c’était les armements américains, français, les (…), tout cela. Il a dit « moi, la première semaine de la guerre, j’ai compris que j’avais perdu la guerre. Lorsque les divisions irakiennes, au début, ont avancé, sont entrées en Iran, lorsque j’ai vu que les tribus arabes du Khuzestân, qui parlent la langue arabe, dont même nous étions sûrs qu’ils écoutaient la radio (…), ont résisté avec leurs simples fusils de chasse devant les chars irakiens », alors il a dit « j’ai bien compris que j’avais perdu la guerre ». Là encore, c’est l’État âgé de Marcel Merle. Il y a plusieurs communautés, il y a au Nord les Gilaks, ou les Turcs, les Arabes, les Baloutches, mais lorsqu’il y a une crise, on s’unit, on devient comme un ciment. Et la Guerre des 12 jours, c’était la guerre entre l’Iran et des puissances nucléaires, c’est-à-dire l’Amérique, Israël, dotés d’armements nucléaires.

Et c’est ce que nous étudions toujours : la futilité de l’armement nucléaire. Moi j’étais étudiant ici en France, il y a trente ans, dans les années 1990, et on disait alors que d’ici un an l’Iran aura deux bombes atomiques… Trente ans se sont écoulés et ce n’est pas arrivé. Cela veut dire qu’il n’y a pas de volonté de la part de l’Iran de posséder la bombe atomique. Dans la stratégie iranienne, on sait très bien que l’obtention de la bombe atomique, c’est l’insécurité pour l’Iran. Dans une guerre qu’on a faite avec les puissances atomiques, en quoi cet armement avait une utilité pour les Israéliens et les Américains ? C’est un armement futile actuellement. Ça veut dire que c’est obsolète. Alors ça, c’est encore une autre réponse. Bien qu’il y ait des inspections sur l’Iran, bien qu’ils sachent qu’il n’y a aucune déviation vers l’armement nucléaire, cela fait 25 ans qu’il y a des inspecteurs de l’agence (AIEA) qui sont présents en Iran. Il y a des caméras installées sur les sites nucléaire iranien, tous les mouvements sont transmis, et malgré cela on répète, je l’ai même entendu récemment, que dans un an, peut-être l’année 2026, que l’Iran aura ses deux bombes atomiques. Et ça continue toujours. Voilà pour ce qui concerne la théorie de Marcel Merle sur l’État âgé. Merci.

Dr. Seyed Mohammad HOSSEINI

Merci, M. le président. Retournons à la question posée par nos amis d’un regard un peu concret. En tant qu’Iraniens, comme je viens de le dire, comme je viens de l’expliquer, nous attendions de la France cette nostalgie, de De Gaulle, qui avait une politique étrangère bien indépendante. Je vous donne deux exemples, juste pour analyser ce qui se passe.

Premièrement, regardez la région où nous sommes, c’est-à-dire le Golfe Persique. Pendant des années, vous voyez qu’il y a eu un changement radical dans la région. Tous les pays, y compris l’Arabie saoudite, les Émirats et d’autres pays, cherchent une stabilité, une prospérité et une richesse de la région. Et il y a des puissances en dehors de la région qui sont venues, qui sont bien accueillies, je le dis : une intervention positive, si j’ose dire. Par exemple la Chine. La Chine a joué un rôle très décisif et pacifique pour cet accord du 10 mars. Et tout le monde, tous les États dans le Golfe Persique l’ont bien accueilli. Nous attendions aussi que la France joue un rôle. Nous n’attendions pas l’Angleterre et les autres. Mais la France… où est la France ?

Deuxièmement, le Liban et la Syrie. Voilà deux pays qui étaient toujours considérés comme dans votre champ… (d’influence), mais où est la France ? Dans ces changements radicaux, la France est absente. Cette question n’attend pas une réponse concrète, c’est juste pour réfléchir. Pourquoi la France regarde la région par la fenêtre des Américains ? Les Américains cherchent leurs intérêts, ça c’est vrai, mais la France… où est la France ? C’est cela que je dis. Il faut rétablir le pont, également et encore, entre l’Iran et la France, pour bien comprendre. Je crois que la France étudie l’Iran par les médias américains… et si j’ose le dire, par les médias du sionisme… Il faut réfléchir. Vous, en tant qu’intellectuels, vous réfléchissez à pourquoi la France est absente. Même la Chine et les autres pays, ils ont infiltré, mais la France… ? Regardez, dans le massacre de Gaza, où est la France ? C’est à cela qu’il faut réfléchir. Ce type de conférence doit aboutir à une réflexion concrète, aboutir à une action, se transmettre aux politiciens français. Merci bien.

M. Thierry COVILLE, Chercheur à l’IRIS, Docteur en sciences économiques, spécialiste de l’Iran

Je remercie beaucoup M. Rastbeen et la délégation iranienne pour cette conférence. Juste pour précision, il se trouve que j’avais été invité également, donc j’étais en Iran à la conférence de la Faculté du monde, de l’Université de Téhéran, juste avant la guerre aussi, et donc j’ai rencontré les trois Français qui étaient là.

Je voulais simplement revenir sur les relations. Un point important, à mon avis, c’est que pendant ces deux jours de conférence, c’est sûr que l’Europe en a pris plein la figure. Honnêtement, j’ai trouvé la conférence de très bon niveau, mais les Iraniens diraient (…) : il n’y avait pas un sujet où l’Europe était nulle, absente, etc. Je tenais à préciser quand même, et ça a été dit par le président de la Faculté de relations internationales, qu’il faut se poser la question également du côté iranien : pourquoi la France, qui au début des années 2000 a joué un rôle positif, avec rappelez-vous la visite de Jack Straw, Joschka Fischer et Dominique de Villepin à Téhéran, pour obtenir la suspension de l’enrichissement d’uranium de la part de Téhéran, c’était un acte d’indépendance positif et ça donnait un chemin, pourquoi cette même Europe, aujourd’hui, et vous l’avez très bien dit, a complètement changé de politique vis-à-vis de l’Iran et effectivement semble manquer d’indépendance par rapport aux États-Unis ? Je pense quand même que, sans le vouloir, moi je me retrouve un peu au milieu, et c’est toujours difficile quand on est au milieu, entre : quand je suis avec les Français, je défends l’Iran, et quand je suis avec les Iraniens, je défends les Français, donc c’est toujours un peu compliqué.

Je pense que l’affaire d’Ukraine, quand même, est comme vous l’avez dit une réflexion pour les deux pays. Parce qu’il faut bien comprendre, et je pense que les Iraniens le savent bien, du côté européen, on peut en discuter etc. mais il y a quand même une attaque de la Russie contre l’Ukraine et c’est perçu comme une attaque contre l’Europe. Donc la perception en Europe que l’Iran, et j’en comprends les raisons, que l’Iran aide, quand même, vend des armes, est du côté de l’agresseur, a pu être un facteur, comme vous l’avez très bien dit, qui a expliqué le changement complet de stratégie de l’Europe vis-à-vis de l’Iran. Et donc je pense qu’il y a peut-être des explications. Moi je ne suis pas politicien, heureusement, mais je pense que c’est peut-être là qu’il peut y avoir des efforts de diplomatie, de clarification des deux côtés, parce que je ne crois pas qu’il y ait un pays blanc et un pays noir. Je veux dire que chacun doit regarder, comme on dit en français, un petit peu balayer devant sa porte.

Voilà. Je passe mon temps à défendre l’Iran, donc là, pour une fois, je défends un petit peu l’Europe, parce que ce n’est peut-être pas aussi simple.

Prof. Mohammad Reza DEHSHIRI

Je vous donne l’explication. Donc, pour l’affaire des drones, l’Iran a bien vendu les drones avant la crise d’Ukraine. Donc, on ne savait pas que cette crise allait se déclencher. Et notre condition était que cela ne devrait pas être utilisé contre un pays tiers. À notre surprise, cette guerre a été déclenchée, ultérieurement. Ce n’était pas nous qui avions divulgué cela, c’étaient les Russes qui l’ont divulgué, en disant que « voilà, ce sont les drones iraniens que nous utilisons », pour nous mettre aussi dans cette crise. Après, cela a été répété par les Européens. À ce moment-là, nous avons demandé aux Européens de venir négocier avec nous, pour vous expliquer ce qui s’était passé. Nous avons des documents qui expliquent que nous ne sommes pas impliqués. Mais comme les Européens voulaient en tout cas trouver un prétexte pour nous mettre dans l’embarras, parce qu’ils voulaient suivre les États-Unis à ce moment-là, ils ont dit « non, on sait bien que vous avez vendu et que vous allez continuer à vendre aux Russes ». Cette affaire de drones a été agrandie. Il y a eu une sorte d’agrandissement de cette affaire. Ultérieurement, les Russes ont bien copié ce que l’Iran leur a vendus. Maintenant il est expliqué que chaque drone tombé sur l’Europe est un drone iranien, afin de dire « vous êtes entrés dans la zone sécuritaire de l’Europe, c’est à nous de faire face à l’Iran », qui est perçu comme une menace à cet égard, alors que l’Iran n’a rien à voir avec cette affaire. Nous avons déjà exprimé notre volonté de donner des explications et des commentaires à cet égard. Pour vous dire que c’est vraiment absurde, mais qu’ils ont la tentation d’agrandir l’affaire.

Dr. Seyed Mohammad HOSSEINI

Je me souviens qu’à deux reprises un ancien ministre des Affaires étrangères iranien, le Dr. Abdollahian, a demandé à son homologue ukrainien de fournir tous les documents pour justifier l’allégation et en discuter avec les Iraniens, parce que les Iraniens, comme le disait toujours le professeur, disaient que c’était avant le déclenchement de la guerre. Mais malheureusement, les Ukrainiens se sont dérobés, ne sont pas venus pour négocier. Il est sûr que l’Iran n’a pas donné des drones après la guerre. Mais les Ukrainiens lancent l’allégation…

Prof. Amir Reza SHERKAT

Quel est votre sentiment à propos de quand la France a donné le Mirage français, avec des pilotes, à Saddam Hussein ? Vous défendiez l’Iran à l’époque, je pense ?

M. Thierry COVILLE

Comme je l’expliquais, ça fait vingt ans que j’essaye d’expliquer la position de l’Iran, et ce n’est pas facile, aux médias, aux politiciens, etc. J’essaie simplement de faire comprendre et se poser la question. Je pense quand même, historiquement, on a un changement, c’est ce que j’essaie d’expliquer, complet – et je pense que l’Iran l’admet bien – de stratégie européenne. Parce qu’il faut le reconnaître, la politique extérieure européenne s’est bâtie avec l’Iran. Et il y a une très bonne connaissance de l’Iran dans la diplomatie européenne. La question qu’on peut se poser, en tant qu’Iraniens ou en tant que Français, c’est pourquoi on a ce changement complet de stratégie ? Ça n’arrive quand même pas par hasard. Et c’est pour ça que je pose cette question, il y a un problème de perception. Vous savez, les perceptions c’est compliqué à changer, parce que les politiciens sont très forts pour utiliser les perceptions, le sentiment de menace, et ensuite, ça devient difficile de dire qu’on vous a menti. Donc, ce n’est pas moi qui vais défendre la politique française vis-à-vis de l’Irak dans les années 1980, mais voilà, je posais simplement cette question. Je ne justifie pas : je sais très bien que la France vend beaucoup d’armes, etc., ça je suis au courant. Mais je posais cette question. C’est souvent utilisé comme argument par la diplomatie française, pour expliquer le changement de politique européenne et française vis-à-vis de l’Iran. Ce type de réunion, c’est aussi pour expliquer pourquoi on perçoit les choses ainsi… Souvent, les problèmes commencent par une perception différente. Si on n’en parle pas, et si on se dit « moi je sais tout et vous êtes nuls », ce n’est peut-être pas la meilleure façon de faire avancer les choses.

Prof. Amir Reza SHERKAT

Tout ce que je veux dire, c’est que la politique française explique la politique iranienne. Égalité, Fraternité.

M. Bassem LAREDJ, Consultant en géopolitique et géo-sécurité, spécialiste de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Directeur-fondateur d’Amane Risk Consulting, et Docteur en Droit international public

Je précise que je ne suis pas Iranien, j’ai juste une petite remarque, pour répondre indirectement à votre question par rapport à la perception iranienne des Européens. Et je parle sous votre contrôle. Je pense qu’il faut prendre également en compte la déception par rapport à l’accord nucléaire qui a été signé avec les 5 +1. Je veux dire que les Iraniens, en 2015, ont parfaitement appliqué cet accord. En réalité, il n’y a aucune critique qu’on peut faire aux Iraniens par rapport à son application à partir de 2015. Mais après le retrait des Américains lors du premier mandat du président Trump (2016-2020), on a vu que les Européens étaient incapables de tenir leurs engagements qui étaient contenus dans cet accord, par rapport aux Iraniens. Finalement, on a vu que c’étaient des Américains qui contrôlaient en réalité indirectement l’application de cet accord. Face à la menace des sanctions américaines vis-à-vis notamment des entreprises européennes, on a parlé de Peugeot et de Renault à l’époque, les Européens n’ont pas pu concrètement appliquer cet accord, et les Iraniens n’ont pas pu bénéficier finalement de l’apport économique qu’ils pouvaient attendre de cet accord. Et je pense que cet aspect est vraiment très important parce que ça a montré, je pense, à un moment donné, pour les Iraniens en tout cas, l’incapacité des Européens à agir d’une manière autonome face aux Américains.

Mme. Maryam SHAFIEE, Diplomate iranienne

I have an explanation and a question, please for Mr. Dumont.

It’s a pleasure to be here as an Iranian diplomat, and I want to share some views with you about the Iranian women, as mentioned Madame Lalonde, and our freedom in Iran. Actually, women in Iran are active, and I think they are educated, they are strong, more than 60 % of Iranian education, Iranian educators in the universities, are women. They are doctors, diplomats, ambassadors, engineers, and, you know, I think that Iranians, Iranian women, are really strong, and in many ways,  I know that there are so many challenges, legal, cultural, but I think that Iranian diplomats change society from within, step by step, actually. And what is important, I think, is that Iranians change, Iranian women change society. The image of Iranians in the mainstream media of western society is unidimensional, I think. They show them as their victims, but I think the reality of Iranians is more complex. I think that we have to see that the Iranian women are not victims, they are resilient, courageous. It is important for us to be mentioned in the media in the right way, and I believe progress for women in Iran and all over the world doesn’t come from judgement, it comes from dialogue and mutual respect. This is important for us, and Iranian women are making their own way of living, their own path, with the way that is due to their culture and their value. It is a unique model for us, and not a model that we copy from other countries, for example from other western countries. At the end, I think today in Iran women are writing their own story.

Mr. Dumont, as you have gone to Iran, I wanted to ask you to explain us what you have seen in the universities and the society, of the Iranian women ?

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Ce que nous avons vu effectivement en Iran, ce sont des étudiantes travailleuses et des étudiants travailleurs. Donc manifestement, on n’a pas vu, comme le disait très bien Madame la députée Lalonde tout à l’heure, on n’a pas vu une différence entre la façon de considérer les femmes et les hommes. Mais tant les femmes que les garçons ont le droit à l’enseignement supérieur, et le droit à faire un doctorat, etc. Donc ça, c’est quand même un élément très important par rapport à ce qu’on peut voir dans d’autres pays. Et puisque, Président, si vous me permettez, puisque j’ai la parole, je voudrais évoquer deux choses. La première, c’est que je voudrais répondre quand même à la question la plus importante qui nous a été posée. Où est la France ? Elle nous a été posée plusieurs fois. Et puis ensuite, je voudrais, si vous le permettez, Président, dans un second temps, évoquer un autre élément très important de collaboration concernant les publications.

Sur le premier point, lisez les journaux français de ces derniers dix jours. Où est la France ? Eh bien, elle est à la retraite ! Puisque le grand sujet en France, c’est l’âge de la retraite. Est-ce qu’il doit être à 62 ans, 64 ans, 60 ans ? Ça fait quand même une société qui s’intéresse au non-travail, et à l’arrêt du travail, le plus tôt possible. Et donc, je corrigerai un petit peu ce qu’a dit Thierry Coville tout à l’heure. Il a parlé de changement en stratégie. Ce n’est pas exactement mon sentiment : c’est l’absence de stratégie. Donc, j’aime bien dire à mes étudiants qu’il faut toujours relire Sun Tzu, le grand spécialiste de stratégie chinois d’il y a 25 siècles. « Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre ». Donc effectivement, le problème des dirigeants français actuels, c’est qu’ils n’ont aucune stratégie. Ils font de la communication conjoncturelle, heure après heure, en multipliant des messages sur les réseaux sociaux. Et si l’on considère que le contexte géopolitique mondial, c’est une sorte d’océan, la France est comme un bouchon qui est balloté par l’océan. Donc, voilà, la France, aujourd’hui, elle n’existe pas d’un point de vue géopolitique, même si elle a de beaux restes, même si elle a encore une identité, ce qui lui est favorable. Mais voyez même ce qui se passe avec la France en Afrique. Donc, nous sommes dans une situation aujourd’hui qui est malheureusement « aux abonnés absents », comme nous disons en français.

J’en viens au second point, qui est peut-être plus important, puisque là il s’agit de se fixer des objectifs, justement. Nous en avions parlé, d’ailleurs, lors de votre accueil si chaleureux en Iran. On a parlé de cotutelle, etc. Nous avions parlé aussi des problèmes des publications. Nous avions constaté, d’ailleurs, qu’il y a une richesse de publications dans vos universités qui est assez extraordinaire. Et d’autre part, de notre côté, même si nous n’avions pas votre richesse de publications, nous avons nos publications, la publication Géostratégique, et moi-même je publie également deux revues. Donc, dans le cas de nos échanges académiques, nous serions très heureux d’accueillir vos articles. Je l’avais évoqué, je crois, avec Mme la Vice-doyenne, c’est bien ça ? Je ne sais plus son nom. Une femme extraordinaire que vous nous avez fait présenter, et donc effectivement on avait évoqué les problèmes de population, donc effectivement si vous m’envoyez un article de 15 000 signes avec quelques graphiques sur l’évolution démographique de l’Iran, moi je vous le publie tout de suite. Et bien sûr, tous les thèmes de géostratégie, etc. Donc là, concrètement, je crois qu’on peut faire quelque chose d’assez rapide, qui est effectivement d’accueillir vos plumes et vos compétences académiques, et de notre côté dans la mesure du possible bien entendu. Si vous souhaitez que l’on collabore à telle ou telle, de vos revues académique, nos amis, Thierry Coville, etc., Bruno Drweski, qui est là, enfin tous les membres de notre Conseil scientifique sont tout à fait prêts à y collaborer. Donc ça me parait très concret, et là ça permet effectivement d’améliorer nos interrelations.

M. Raphaël BERLAND, Journaliste et réalisateur, fondateur du média citoyen Cercle des Volontaires

Raphaël Berland, je suis journaliste et réalisateur, j’ai créé un média en 2012, un média citoyen et francophone, et j’ai eu la chance d’être invité à Téhéran en 2014 pour une conférence internationale. Je voulais faire une petite remarque et après une très petite question. La question concernera la coopération économique potentielle entre l’Iran et la France.

La petite remarque, c’est qu’on a parlé de la perte d’influence de la France et de la souveraineté, notamment sous l’influence de l’Union européenne et des États-Unis, mais on n’a pas mentionné l’Israël. Or, pendant la signature de l’accord du JCPOA, excusez-moi mon accent anglais, il me semble que Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français, était surnommé « le petit télégraphe de Tel Aviv » parce qu’il était un peu le relais des demandes et des desiderata de Tel Aviv. Et pour citer des sources universitaires, il y a le livre de John Mearsheimer et Stephen Walt[1], qui parle de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et qui est très largement sous influence du lobby pro-israélien, ou sioniste comme on l’appelle, et que ce n’était pas du tout dans l’intérêt, notamment par exemple des États-Unis, de faire la guerre en Irak en 2003. L’autre source que je voudrais citer, c’est Yakov M. Rabkin, qui est un universitaire canadien qui a écrit dans la publication de Pascal Boniface, pour un think-tank en France qui s’appelle l’IRIS, et une publication qui s’appelle RIS (la Revue internationale et stratégique). Et dans le N°70, de l’été 2008, consacré à l’Iran, intitulé « l’Iran, plaque sensible des relations internationales », il y avait un article de Yakov M. Rabkin très intéressant qui retraçait un petit peu d’où venait l’accusation que l’Iran voulait rayer Israël de la carte, à l’époque notamment de la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Et en fait, il y a trois lobbys sionistes : un canadien, un israélien et un américain, qui ont distribué des dizaines de milliers de kits de presse dans le monde entier à des journalistes, avec la fausse traduction des propos, parce qu’il me semble que le président iranien paraphrasait des phrases de l’ancien Ayatollah, qui lui-même parlait de l’URSS en disant que le soviétisme avait disparu des pages du temps sans qu’aucun russe ne soit tué. Et donc c’est un article très intéressant qui démontrait en fait la propagande. Et c’est ça aussi le malentendu, c’est que cette propagande, elle est tenace. On entend aujourd’hui en France beaucoup de gens de bonne foi répéter encore cette fausse traduction, ces mensonges comme quoi l’Iran veut rayer Israël de la carte. Vous m’avez compris. Voilà pour ma petite remarque.

Mais une fois ceci dit, ma question va porter très concrètement sur comment faire évoluer, développer les relations économiques entre l’Iran et la France, avec ce qui a été évoqué tout à l’heure, c’est-à-dire le contexte des sanctions extraterritoriales américaines, qui font que ça empêche les grosses entreprises, notamment françaises, de commercer avec l’Iran jusqu’à aujourd’hui. Donc à part le développement peut-être du commerce avec les TPE-PME, qui elles peut-être ont moins à craindre des États-Unis, et encore, je ne m’y connais pas assez peut-être, comment voyez-vous la possibilité de développer les échanges économiques entre l’Iran et la France, au regard des sanctions extraterritoriales américaines ? Je vous remercie.  

M. Thierry COVILLE

Je pense que l’un des problèmes, c’est que c’est difficile d’en parler en 30 secondes, vous avez tout à fait raison, c’est-à-dire que dans ces changements de stratégie, il y a aussi l’incapacité de l’Europe à se projeter en tant que puissance. Et ça a été évoqué par l’incapacité de l’Europe à réagir suite au retrait de Trump de l’accord du JCPOA, l’accord sur le nucléaire. Et effectivement, là il y a un problème de puissance, c’est-à-dire que l’Europe n’a pas voulu ou n’a pas pu s’opposer au caractère extraterritorial des sanctions américaines, ça c’est une vérité. Mais c’est pour ça que je préfère, en tant que je suis assez pro-européen, voir le verre à moitié plein, comme on dit. Oui, c’est vrai, et ça explique le caractère ridicule maintenant de la part de marché de la France en Iran, et c’est la Chine qui a pris la place des Européens, parce qu’ils ont mis en place ce qu’aurait dû mettre en place l’Europe. En fait, ce que font les Chinois, c’est une INSTEX à la chinoise, puisque les Iraniens ont un compte en Yuans, leur pétrole est payé en Yuans, et avec le Yuan ils apportent des produits chinois, ce qui fait que la Chine, maintenant, a 26 % de parts de marché en Iran, ou même plus. Et les Européens, pourquoi ils n’ont pas fait ça ? Donc on en repose la question, il y a une incapacité de l’Europe à se projeter en tant que puissance, même économique et militaire. Mais bon, vous savez, l’Europe, nous, on progresse, on dit toujours que les Européens progressent par crise, c’est pour ça que du côté iranien, j’appellerais peut-être, je ne suis pas politicien, je ne suis pas diplomate, à un petit peu de patience, même si les temps sont durs. L’Europe apprend de ses erreurs, et je pense que beaucoup d’Européens, de diplomates, se sont bien rendus compte qu’avoir simplement un discours sur les droits de l’homme, etc., sur l’importance du droit international, sans logique de puissance, à mon avis, ça ne marche pas. Et ça, je pense que c’est en train de rentrer dans les esprits, mais c’est aussi compliqué, je m’adresse aux juristes, ce n’est pas évident. Il faut mettre en place tout un arsenal juridique européen pour lutter contre le caractère extraterritorial des sanctions américaines. Ça demande d’abord de la volonté politique, mais ce n’est pas impossible. Donc, il faut espérer que l’Europe apprenne de ses erreurs. Et effectivement, c’est aussi, dans ce changement de stratégie de l’Europe, qu’il y a aussi l’incapacité de l’Europe de se projeter en tant que puissance, on va dire déjà puissance économique.

Dr. Seyed Mohammad HOSSEINI

Ça vient de « vouloir » ou de « pouvoir » ? C’est essentiel.

M. Thierry COVILLE

Certains hommes politiques, notamment en France, que je ne citerai pas, je pense qu’ils ont cette volonté. Moi je dis que derrière il y a la volonté.

Bostjan JERMAN, Ministre plénipotentiaire à l’Ambassade de Slovénie

Merci M. le Président. Je suis M. Jerman, de l’ambassade de Slovénie. Je suis honoré d’être ici, merci beaucoup de votre invitation. Je voudrais juste dire, si je peux ajouter ma pierre à l’édifice, la question cruciale, comme indiqué par mon collègue à ma gauche, à savoir est-il possible de faire un rapprochement entre l’Europe et l’Iran ? Moi je suis positif, je pense que c’est possible aujourd’hui mais, dans le contexte géopolitique mondial et comme expliqué par mon collègue (et je ne suis pas professeur ici, je suis juste diplomate), c’est compliqué et aujourd’hui je ne vois pas beaucoup de possibilités. Mais donc au medium term, comme on dit en anglais, je crois que c’est possible.

Je vois que, parmi les élites européennes, il y a un certain respect envers l’Iran. On sait que c’est une vieille civilisation, une riche civilisation. On a une tradition, mon pays, la Slovénie, dans le passé, notamment pendant le temps de la Yougoslavie, on avait une riche coopération économique, et même politique, parfois. C’est-à-dire qu’il faut poser une question, qui est pour moi importante, qui compte : qu’est-ce qu’on peut faire, tous ensemble ? D’abord, nous Européens, mais aussi du côté iranien ? Et nous sommes un tout petit pays européen. Pour moi, ce qui compte, c’est le JCPOA, l’acronyme du traité sur le programme nucléaire militaire de l’Iran. Quand un jour, j’en suis convaincu, nous allons renouveler ces négociations, ce sera le jour 1 de notre rapprochement. Mais il faut le faire des deux côtés. À la fin, M. le professeur a dit que la France est absente. Cela me rappelle le Général de Gaulle et l’Appel du 18 juin. Je ne suis pas d’accord entièrement. La France est ici, c’est une partie forte de l’UE. Quand on a des consultations ensemble, la voix de la France est toujours respectée, toujours lourde, avec un poids. C’est difficile pour moi d’être d’accord. On a une stratégie, mais pas si visible. Mais je pense qu’il faut faire le rapprochement des deux côtés, et que c’est possible. Un jour ça arrivera, j’espère que je serai encore en service (j’ai dix ans avant ma retraite) et que je pourrais voir ce jour. Merci beaucoup.

Prof. Mohammad Reza DEHSHIRI

Alors, d’abord, je voudrais vous remercier et vous dire combien j’ai été frappé par la qualité des expressions et également la positivité de ce qui a été exprimé par les intervenants. Vraiment, c’était un débat très riche en substance. Je pense que pour l’avenir des relations entre l’Iran et l’Europe, et bien sûr avec la France d’abord, on peut désécuriser ou dépolitiser l’affaire. On va commencer par ce qui est apolitique pour le moment, c’est-à-dire avec la coopération scientifique et culturelle. Deuxièmement, compartimenter les affaires politiques des affaires par exemple économiques. Cela exige qu’on puisse avoir des relations économiques et commerciales entre les deux pays, s’il y a la volonté et la facilité de part et d’autre. la solution d’activer les PME, c’est une solution, il serait très bien de le faire, si les deux côtés, surtout la France, font l’effort à cet égard afin d’encourager les entreprises françaises à venir en Iran. L’Iran est toujours ouvert pour la coopération avec la France. On vous a dit qu’il y a dans la pensée et la mentalité de l’Iran une approche très positive envers la France.  

Ce que je peux vous dire, d’abord : soyez les bienvenus en Iran. On voudrait vous avoir et vous accueillir avec beaucoup de plaisir dans les universités iraniennes. Par le biais du Dr. Rastbeen on peut faire beaucoup de choses pour l’avenir. Et bien sûr, la proposition de M. le recteur Dumont pour les publications, c’est accueilli avec beaucoup de plaisir en Iran, ainsi que la cotutelle. Donc je pense que la volonté existe : nous devons donc l’opérationnaliser pour le futur.

J’espère qu’on pourra voir la totalité d’entre vous en Iran dans une conférence internationale, ce sera avec beaucoup de plaisir. Merci beaucoup.


[1] Mearsheimer John, Walt Stephen, Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, Paris, La Découverte, 2007, rééd. 2009, 504 p.

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