Rapport : l’Académie de Géopolitique de Paris en Irak

Bagdad – Najaf – Karbala, Octobre 2025

Introduction

La Conférence internationale des Chaires UNESCO en Irak, organisée à Bagdad le 1er et 2 octobre 2025, a constitué un événement majeur pour la communauté académique du pays. Elle a rassemblé des personnalités intellectuelles, universitaires et institutionnelles venues du monde entier, dans le but de réfléchir collectivement aux enjeux du savoir, du dialogue interculturel et de la paix au Moyen-Orient.

La délégation de l’Académie de Géopolitique de Paris, composée du Dr Ali Rastbeen, président de l’Académie, et de Maître Patrick Brunot, membre du Conseil scientifique et Dr. Mohammad Al Karaishi représentant de l’académie de Géopolitique de paris en Irak,  y a pris part à l’invitation du ministère irakien de l’Enseignement supérieur, de la Culture et de la Recherche scientifique. Par sa participation active, la délégation française a contribué à faire rayonner la pensée géopolitique et le dialogue scientifique franco-irakiens dans un esprit d’ouverture et de coopération intellectuelle.

Participation à la Conférence internationale des Chaires UNESCO en Irak

Lors de la séance inaugurale, le Dr Ali Rastbeen a prononcé une conférence intitulée « Le rôle du dialogue interreligieux dans la consolidation de la paix au Moyen-Orient ». Il a rappelé que le dialogue entre les religions représente un levier essentiel pour dépasser les fractures identitaires et restaurer la confiance entre les peuples, dans une région marquée par des décennies de conflits et d’ingérences étrangères. Il a insisté sur la responsabilité partagée des institutions religieuses, éducatives et politiques dans la diffusion des valeurs de tolérance, de respect mutuel et de coexistence pacifique.

Le lendemain, le Dr Rastbeen est intervenu sur le thème « Le terrorisme comme menace pour la coexistence et les dynamiques de paix au Moyen-Orient ». Son analyse a mis en évidence les causes profondes du terrorisme, qui ne relèvent pas seulement du domaine sécuritaire mais d’un ensemble de facteurs politiques, idéologiques et géopolitiques. Il a souligné la nécessité d’une réponse internationale fondée sur la justice, l’éducation et la diplomatie du savoir, seule capable de neutraliser durablement les idéologies de haine et de division.

La participation de l’Académie de Géopolitique de Paris a enrichi la conférence d’une perspective européenne sur les défis de la paix et de la reconstruction intellectuelle du Moyen-Orient. Cette présence a permis de consolider les relations académiques entre la France et l’Irak et de renforcer le rôle du dialogue scientifique dans la stabilisation et le développement des sociétés irakiennes.

Réunion avec la Présidente de l’Union des Avocats Iraquiens

Lors de leur séjour à Bagdad, la délégation a eu l’honneur de rencontrer Mme Ahlam Al-Lami, Présidente de l’Association des Avocats Iraquiens. Figure éminente de la renaissance juridique iraquienne, Mme Al-Lami est la première femme élue à la tête de l’Ordre des Avocats Iraquiens, un symbole fort du rôle croissant des femmes dans les institutions et de leur rôle actif dans la reconstruction démocratique du pays.

La réunion, marquée par une atmosphère de respect mutuel et de profonde cordialité, a permis de discuter de nombreux sujets liés à la coopération juridique et institutionnelle entre la France et l’Irak. Les échanges ont particulièrement porté sur la formation continue des avocats, la modernisation du système judiciaire iraquien, et la création de programmes de formation professionnelle conjoints visant à améliorer les compétences des jeunes juristes et à promouvoir l’échange d’expériences entre les deux pays.

Le Dr Ali Rastbeen a déclaré avec emphase que le droit est l’un des piliers essentiels de la stabilité politique et sociale, rappelant que la consolidation d’un État de droit nécessite un système judiciaire indépendant, accessible et respectueux des droits fondamentaux. Il a également souligné le rôle des institutions juridiques dans la reconstruction de la confiance entre les citoyens et l’État.

Pour sa part, M. Brunot a présenté les principes fondamentaux du système juridique français, soulignant l’importance de l’indépendance de la profession juridique, de l’éthique et de la protection des droits de la défense. Il a également mentionné les expériences françaises en matière de formation professionnelle et de gouvernance des barreaux, qui pourraient inspirer certaines réformes en Irak.

Mme Al-Lami, particulièrement attentive, a exprimé son vif intérêt pour un partenariat durable avec l’Académie et les institutions juridiques françaises. Elle a exprimé le souhait de voir augmenter les séminaires conjoints, les formations spécialisées et les échanges de délégations professionnelles, afin de renforcer les liens humains et techniques entre les deux communautés juridiques.

À la fin de cette réunion, les deux parties ont convenu de poursuivre les contacts en vue d’établir un cadre de coopération structuré et durable, axé sur le partage d’expertise et la promotion de l’État de droit. Cette rencontre s’est ainsi révélée être une étape significative dans le rapprochement franco-iraquien sur le plan juridique, ouvrant la voie à une collaboration prometteuse au service de la justice, de la formation et du dialogue entre les cultures juridiques.

Visite de l’Union des Journalistes d’Irak.

En marge de la conférence, la délégation s’est rendue à l’Union des Journalistes d’Irak dirigée par M. Moaid Al-Lami. Établie en 1969, cette institution occupe une position de premier plan dans l’écosystème médiatique irakien. Elle agit aujourd’hui comme la principale association professionnelle de journalistes du pays et est un membre actif de la Fédération Internationale des Journalistes. Avec ces actions, axées sur le syndicat, l’éducation et l’éthique, ces actions servent de manière décisive à la défense de la liberté de la presse, à la protection des journalistes et à la promotion d’un journalisme libre, responsable et indépendant. La réunion s’est déroulée dans un esprit d’amitié et de discussion positive. M. Al-Lami a partagé avec les délégués l’objectif de l’Union, tel que : la protection des droits des journalistes, la lutte contre la censure et la violence envers les professionnels des médias, le renforcement du rôle de la presse dans le développement démocratique de l’Irak. Il a réitéré que les reporters irakiens, confrontés à des conditions de travail difficiles et à des risques de sécurité, restent courageux pour protéger le droit du public à l’information. Le Dr Ali Rastbeen a complimenté la résilience et le professionnalisme des journalistes irakiens, soulignant que la liberté de la presse est un élément fondamental de toute société démocratique et une base essentielle de la transparence et de la bonne gouvernance. Il a souligné la responsabilité du journalisme dans la prévention des conflits, le développement et la propagation d’une culture du dialogue, et la sensibilisation aux affaires internationales. D’autres discussions ont porté sur la mise en place d’une coopération pratique conjointe entre l’Union des Journalistes d’Irak et les institutions du partenaire français, y compris la construction d’ateliers et de séminaires conjoints sur des aspects tels que la communication internationale, l’analyse géopolitique, l’éthique de l’information et l’éthique journalistique. Ces discussions visent à améliorer les capacités professionnelles des jeunes journalistes du pays, le niveau d’information et la consolidation d’une presse libre, pluraliste et responsable. Ainsi, les deux parties ont convenu de ne pas arrêter la conversation sur les voies à suivre pour trouver un cadre de partenariat durable et en développer un, ainsi qu’échanger des expériences et des meilleures pratiques entre elles. La visite a mis en lumière les valeurs communes des deux institutions en matière de liberté d’expression, de respect des droits de l’homme, ainsi que la quête d’un journalisme pour la vérité et la paix.

Rencontre avec M. Ammar Al-Hakim

Rencontre avec M. Ammar Al-Hakim. À Bagdad, la délégation a été accueillie par M. Ammar Al-Hakim, président du Mouvement de la Sagesse Nationale (Al-Hikma) et une figure importante du paysage politique et intellectuel irakien. Issu d’une grande tradition religieuse et politique, M. Al-Hakim incarne une vision moderniste de l’Irak basée sur la réconciliation nationale, la paix et la transmission du savoir comme voie vers le développement. Sa pensée, avec une perspective à l’intersection de la spiritualité et de l’engagement civique, place la culture, l’éducation et le dialogue au cœur du développement humain et de la stabilité régionale. Tenue dans une atmosphère de respect et de franchise, cette rencontre a permis de discuter des défis auxquels le Moyen-Orient est confronté dans un contexte mondial en rapide évolution. La conversation visait à sensibiliser sur le pouvoir, la nécessité et l’importance de la culture, de l’éducation et du dialogue des civilisations pour apporter la paix au sein de sociétés déchirées par la guerre et guérir celles détruites par une culture en reconstruction. Il est nécessaire d’accroître le dialogue transfrontalier et pour les deux parties de renforcer la diplomatie culturelle et d’institutionnaliser l’effort intellectuel coopératif pour franchir les lignes politiques/religieuses. Le Dr Ali Rastbeen a déclaré que la paix doit être un travail profond sur les mentalités et les valeurs partagées si elle doit être durable. Il a plaidé en faveur de la tâche des spécialistes académiques et spirituels de développer un dialogue universel, enraciné dans le respect mutuel, la tolérance et la compréhension. L’histoire bien connue de la France en matière de diplomatie culturelle et de défense des droits de l’homme peut servir de médiateur et de partenaire pour poursuivre une culture de paix, en particulier entre les universités et avec les partenaires d’échanges intellectuels et de programmes de recherche entre universités sous le nom universitaire. Le dernier jour de la session, M. Ammar Al-Hakim a également remercié le Dr Ali Rastbeen pour ses actions visant à renforcer le lien et à promouvoir le dialogue interreligieux dans son Académie. Cette riche diversité de la foi et de la culture de l’Irak, combinée à sa structure sociale unique, fait de l’Irak un exemple possible de coexistence qui séduirait la région tant qu’il change le tissu même de sa société et fait des différences une force d’unité et de stabilité. Le président du Mouvement de la Sagesse Nationale a également déclaré qu’il souhaitait renforcer le lien entre les universités irakiennes et françaises (avec des programmes de recherche conjoints, des conférences internationales, la formation de jeunes chercheurs en géopolitique, droit international, sciences sociales). La réunion s’est terminée par un souhait partagé de renforcer l’engagement et de créer un partenariat intellectuel et culturel durable entre la France et l’Irak, guidé par les valeurs d’intelligence, de tolérance et de paix. Cette rencontre a également prouvé l’importance des acteurs intellectuels et spirituels dans la création d’un avenir régional ancré dans la collaboration et la compréhension mutuelle.

Coopération universitaire à Najaf :

 Visite à Najaf al-Ashraf dans une académie.

Université Al-Kafeel :

Là, Najaf al-Ashraf, un centre spirituel et intellectuel de l’Irak, la délégation a reçu la plus grande attention à l’Université Al-Kafeel par le doyen, le Dr Mohammed Al Dahan Nawras et plusieurs membres de son personnel académique. Basée sur les idéaux d’une éducation supérieure moderne et engagée, l’Université Al-Kafeel est devenue un nouveau centre de connaissances, où les idéaux humanistes, religieux et scientifiques sont intégrés dans une atmosphère d’ouverture et d’innovation. Les discussions ont eu lieu dans une atmosphère de respect mutuel et d’intérêt partagé et ont inclus la formulation de programmes conjoints de recherche inter-institutionnelle et la mise en place de conférences thématiques internationales pour les écoles de droit françaises et irakiennes, ainsi que la mise en place de formations spécialisées dans les domaines de la géopolitique, du droit comparé et des relations internationales. Les objectifs sont de promouvoir les collaborations académiques, de faciliter le mouvement géographique des échanges intellectuels entre étudiants et chercheurs, et de soutenir la production de connaissances collectives dans l’intérêt des processus de développement intellectuel et social. Le Dr Ali Rastbeen a également déclaré dans son discours que la science ne peut être construite pour servir les gens sans que l’humanité soit la source de la fondation de la science, basée sur l’éthique, la rigueur intellectuelle et le bénéfice social de la connaissance. La recherche scientifique et le dialogue entre civilisations sont la base pour créer un monde multipolaire plus équilibré, qui défend les valeurs humaines et la diversité culturelle.

Institut Al-Alamain

Après cette session, la délégation a été reçue à l’Institut Al-Alamain pour les études supérieures, un établissement respecté du ministère irakien de l’Enseignement supérieur, réputé pour fournir un travail de haute qualité dans les sciences juridiques et politiques. Une occasion spéciale pour le voyage à Najaf, marquant la toute dernière étape du partenariat académique franco-irakien. Le Dr Rastbeen a assisté à cette session dans le cadre d’une visite clé pour parler du rôle joué par l’Irak — tel qu’ils le voient — dans le nouvel ordre géopolitique mondial, soulignant les atouts stratégiques de l’Irak et sa contribution historique à la région, ainsi que ses contributions potentielles à la stabilité du Moyen-Orient. Il a parlé des changements modernes dans les relations internationales et de la nécessité pour l’Irak de se définir comme un acteur souverain et indépendant qui incarne les principes de paix. De son côté, l’avocat, M. Brunot, a été chargé de fournir un résumé du système juridique français qui comprend ses principes fondamentaux et son organisation, ainsi que ses garanties d’indépendance. Il a déclaré que la modernisation du droit et la formation des nouvelles générations de juristes devaient impliquer un dialogue entre les cultures juridiques ainsi qu’un partage d’expériences. De telles interactions — scientifiques et humaines — ont en outre contribué à l’intensification des échanges académiques franco-irakiens, a ajouté le rapport. Ils ont également affirmé l’aspiration commune des institutions partenaires à créer un enseignement supérieur ouvert et critique pour la coopération avec les nations du monde entier, dans lequel la recherche et la connaissance peuvent être des outils à la fois de développement et de compréhension mutuelle, et de paix entre les peuples.

Hommage à Seyed Mohammed Ali Bahr Eloulom et rencontre avec le Dr Ebrahim Bahololoum

En marge de la mission, la délégation a rendu hommage à Seyed Mohammed Ali Bahr Eloulom, éminente personnalité religieuse et intellectuelle de Najaf, symbole d’ouverture, de tolérance et de dialogue entre les civilisations. Le Dr Ali Rastbeen, président de l’Académie, a exprimé sa profonde émotion face à la disparition de cette grande figure du savoir, rappelant ses engagements en faveur de la paix et du rapprochement entre les peuples. Il a également évoqué ses rencontres avec le défunt, à Najaf et lors d’un colloque au Sénat français, témoignant des liens étroits entre les milieux intellectuels français et irakiens.

Dans le prolongement de cet hommage, la délégation a été reçue par le Dr Ebrahim Bahololoum, ancien ministre du Pétrole et ambassadeur d’Irak au Koweït. La rencontre, empreinte de respect et de cordialité, a porté sur la situation géopolitique de l’Irak, ses perspectives de développement et les voies possibles de coopération scientifique et culturelle avec la France. Le Dr Bahololoum a salué le rôle de l’Académie dans la promotion du dialogue intellectuel et de la diplomatie du savoir, tandis que le Dr Rastbeen a réaffirmé la volonté de l’Académie de renforcer les échanges universitaires entre les deux pays.

Rencontre à Karbala avec Son Éminence l’Ayatollah Ahmad Al-Safi

À Karbala, la délégation a eu le privilège d’être reçue par Son Éminence l’Ayatollah Ahmad Al-Safi, représentant du Grand Ayatollah Ali Al-Sistani, figure religieuse majeure du chiisme irakien. En tant que prédicateur du sanctuaire sacré de l’Imam Hussein, l’Ayatollah Al-Safi joue un rôle moral et social déterminant. Il est reconnu pour ses positions modérées, son engagement en faveur de la justice, de la cohésion nationale et de la coexistence pacifique.

Les échanges ont porté sur la place du savoir et de la spiritualité dans la construction d’une société équilibrée. Le Dr Rastbeen a souligné la valeur du dialogue entre la foi et la raison, rappelant que la diplomatie spirituelle constitue un instrument essentiel de paix. Par son accueil et sa vision humaniste, l’Ayatollah Al-Safi a réaffirmé l’importance du dialogue interculturel et religieux dans la compréhension entre les peuples.

Visite du Centre irakien de documentation des crimes extrémistes

La mission s’est achevée par la visite du Centre irakien de documentation des crimes extrémistes, dirigé par le Professeur Abbas Atiyah Abbed Al-Quraishi. Ce centre, à la fois scientifique et mémoriel, collecte les preuves et témoignages relatifs aux crimes commis par les groupes terroristes, notamment Daech, afin de contribuer à la justice transitionnelle et à la réconciliation nationale.

La délégation a exprimé son profond respect pour le travail du Centre et a évoqué la possibilité d’une coopération scientifique sur les thématiques du droit humanitaire, de la justice internationale et de la prévention de l’extrémisme.

Conclusion

La mission académique et diplomatique de l’Académie de Géopolitique de Paris en Irak a marqué une étape importante dans le renforcement des relations intellectuelles, culturelles et institutionnelles entre la France et l’Irak. À travers une série de rencontres à la fois universitaires, politiques et spirituelles, elle a illustré la vocation de l’Académie à promouvoir une diplomatie fondée sur le savoir, la culture et le dialogue.

Ce déplacement a démontré que la coopération scientifique et la diplomatie intellectuelle sont des instruments essentiels de stabilité et de paix dans une région encore marquée par les divisions. En Irak, terre de civilisation et de renouveau, la connaissance demeure le socle le plus solide de la reconstruction, de la réconciliation et du développement humain.

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