QUEL PANORAMA DES RELATIONS ÉTAT-RELIGION DANS LE MONDE ?

Le Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP) a organisé mardi 23 septembre 2025, au 5 rue Conté à Paris, un colloque intitulé « Quel panorama des relations État-religion dans le monde ? ».

La question religieuse et son implication dans l’ordre intérieur comme dans l’ordre externe des États influencent directement la géostratégie des puissances et leur rôle dans le jeu géopolitique mondial. L’objectif de ce colloque est d’offrir un panorama des relations État-religion, en confrontant les différentes aires culturelles et spirituelles : les mondes orthodoxes issus du schisme et les mondes non orthodoxes, la fracture entre sunnisme et chiisme, la dynamique évangélique au sein du protestantisme, ainsi que les processus souterrains de conversion croisée entre univers musulman et catholique.

Réunissant des spécialistes et des praticiens, cette rencontre analysera en profondeur les mutations fondamentales de ce qui apparaît de plus en plus comme l’un des facteurs identitaires les plus déterminants dans la reconfiguration communautaire contemporaine. Si la permanence des enjeux de pouvoir liés aux stratégies religieuses des États et des institutions était étudiée, l’accent serait surtout mis sur l’analyse des évolutions de fond et de leurs répercussions sur la scène internationale.

COMPTE-RENDU

Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP),

« L’État et la religion dans un monde pluraliste : tensions et recompositions ».

Mesdames, Messieurs, la relation entre l’État et la religion constitue l’un des grands fils conducteurs de l’histoire politique et sociale de l’humanité. Depuis l’Antiquité, où le pouvoir politique se confondait avec le sacré, jusqu’à l’époque contemporaine marquée par la sécularisation et les débats sur la laïcité, les formes de régulation du religieux n’ont cessé de se transformer. Aujourd’hui, dans un monde traversé par la mondialisation, les migrations, la montée de nouvelles spiritualité et un réveil de radicalismes, ces modèles hérités du passé sont soumis à de profondes recompositions. La question centrale qui se pose est alors : comment concilier liberté religieuse, neutralité de l’État et cohésion sociale dans des sociétés pluralistes et fragmentées ? Pour répondre à cette interrogation, il convient de replacer d’abord la question dans son contexte historique.

Dans l’Antiquité, le pouvoir était indissociable du religieux : en Égypte, le pharaon incarnait une divinité vivante et garantissait l’équilibre cosmique ; à Rome, l’empereur cumulait les fonctions politiques et religieuses en tant que Pontifex Maximus. Cette fusion entre autorité et sacralité assurait la légitimité des institutions.

Le Moyen Âge occidental développa une organisation plus nuancée mais tout aussi marquée par la religion.  La théorie des « deux glaives », élaborée par la chrétienté médiévale, distinguait le glaive spirituel du pape et le glaive temporel de l’empereur. Cette répartition traduisait une tension permanente entre pouvoir spirituel et pouvoir politique, tension qui traversa toute la période médiévale et alimenta de nombreux conflits.

La Réforme protestante au XVIe siècle et les guerres de religion qui l’accompagnèrent constituèrent une rupture majeure. Les violences confessionnelles mirent en évidence la nécessité d’une tolérance religieuse, théorisée notamment par John Locke dans sa célèbre Lettre sur la tolérance (1689). Cette pensée ouvrit la voie à une nouvelle organisation politique reposant sur la liberté de conscience. La Révolution française parachève cette évolution en affirmant la souveraineté nationale et en posant les bases de la laïcité moderne. La loi de 1905, qui consacre juridiquement la séparation des Églises et de l’État, devient un pilier de l’identité républicaine. Ces héritages, loin d’appartenir au passé, continuent de structurer les identités nationales et d’alimenter les débats contemporains sur la place du religieux dans l’espace public.

Si l’on observe les modèles institutionnels contemporains, trois grandes configurations dominent :

Le premier est le modèle confessionnel, incarné par des États comme l’Arabie saoudite ou l’Iran, qui fondent leur légitimité sur une religion officielle. Ce système assure une cohésion symbolique, mais il se heurte aux défis du pluralisme interne et aux critiques internationales en matière de droits humains.

Le deuxième modèle est celui de la séparation, représenté par la France et les États-Unis. En France, la laïcité impose une neutralité stricte de l’État, tandis qu’aux États-Unis, le Premier Amendement interdit toute religion d’État mais permet une spiritualité publique vivace.

Enfin, le modèle coopératif, pratiqué en Allemagne ou au Royaume-Uni, établit un partenariat institutionnel entre l’État et les Églises. Ce modèle pragmatique, qui permet le financement ou la reconnaissance officielle des cultes, soulève néanmoins la question de l’équité pour les minorités religieuses.

L’Europe constitue un laboratoire révélateur de cette diversité institutionnelle. En Italie, en Espagne ou au Portugal, les liens avec l’Église catholique restent forts malgré une séparation juridique. En France et en Belgique, la laïcité s’impose comme principe structurant, avec certains aménagements comme les subventions indirectes. En Allemagne, en Autriche ou au Luxembourg, plusieurs cultes sont officiellement reconnus et financés par contribution religieuse. Le Royaume-Uni et la Grèce maintiennent des Églises établies jouant un rôle symbolique et politique. La Pologne et la Hongrie, quant à elles, connaissent une réaffirmation du religieux dans un contexte politique marqué par le nationalisme. Cette pluralité montre que la régulation du religieux dépend toujours des trajectoires historiques, culturelles et identitaires propres à chaque société.

Mais au-delà de ces héritages institutionnels, de nouveaux défis contemporains émergent. Le premier défi est celui de la diversité religieuse accrue, particulièrement en Europe où l’islam est devenu la deuxième religion. Cette réalité suscite de vifs débats autour de l’intégration, des symboles identitaires et de la visibilité des pratiques musulmanes dans l’espace public. Le deuxième défi est lié au rôle international des religions. Le Vatican, l’Organisation de la coopération islamique ou encore les Églises évangéliques américaines exercent une influence grandissante sur la diplomatie mondiale. Enfin, le troisième défi, et sans doute le plus préoccupant, est celui de la politisation et de la radicalisation du religieux. L’instrumentalisation des fondamentalismes – qu’ils soient islamistes, chrétiens ou hindouistes – constitue une menace sécuritaire majeure. La mondialisation, en favorisant une « délocalisation du religieux », rend la régulation par les États encore plus difficile.

Parallèlement, l’Europe connaît une transformation spirituelle profonde. La sécularisation y est généralisée mais inégale. Le catholicisme connaît une crise des vocations et un recul marqué, le protestantisme traditionnel décline, tandis que les Églises évangéliques connaissent un essor rapide. L’orthodoxie conserve une importance dans l’Est du continent. L’islam s’impose comme première religion non chrétienne et soulève des enjeux d’intégration. Enfin, on observe la diffusion croissante de spiritualités orientales et de formes de religiosité individualisées, témoignant d’un passage d’une religion institutionnelle à une spiritualité plurielle, souvent vécue « à la carte ».

À l’inverse, dans des régions comme le Moyen-Orient, la religion demeure au cœur des dynamiques politiques. La révolution iranienne de 1979 a instauré un modèle original où la légitimité repose sur le religieux. Les conflits israélo-palestiniens, les guerres du Golfe et l’essor du terrorisme transnational – d’Al-Qaïda à Daech – ont bouleversé l’équilibre régional.  L’islamisme radical, en détournant l’Islam de sa vocation pacifique, a imposé une idéologie politique violente qui a profondément marqué les imaginaires collectifs. La lutte contre cet extrémisme nécessite une approche globale alliant sécurité, éducation et dialogue interculturel, afin d’éviter la logique réductrice du « choc des civilisations ».

En définitive, l’examen du rapport entre l’État et la religion dans un monde pluraliste révèle une dynamique complexe et ambivalente. Aucun modèle institutionnel – confessionnel, laïque ou coopératif – ne peut se targuer d’universalité, ni de perfection.

Le véritable défi du XXIe siècle réside dans la gestion du pluralisme religieux : garantir la liberté de conscience, assurer la neutralité politique et préserver la cohésion sociale. Dans un contexte mondialisé marqué par les mobilités, les interdépendances et les radicalisations, la religion reste un acteur transnational influent, porteur de valeurs et d’identités collectives. Tocqueville, déjà au XIXe siècle, soulignait que la religion demeure « la première des institutions politiques ». Aujourd’hui encore, la manière dont les sociétés sauront articuler liberté religieuse et cohésion nationale conditionnera non seulement la paix civile mais aussi la stabilité démocratique et l’équilibre international.

Me Patrick BRUNOT, Avocat à la Cour d’Appel de Paris, Auditeur de l’Institut des Hautes Études des Mouvements Religieux, Membre du Conseil Scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP), « Panorama des rapports religions-États en Europe ».

Chaque pays gère le religieux selon sa culture et son identité. Les situations sont restées très diverses dans le monde sauf en Europe ou le christianisme est resté très présent. Il en va différemment en Asie, en Afrique et en Amérique ou l’histoire du fait religieux demeure très variable. Au cours de ces dernières décennies les religions se sont pluralisées en Europe et de nouveaux rapports entre société, État et religion se sont instaurés résultant des mutations profondes du fait religieux et de la progression de certains mouvements religieux et laïques.

I – Radioscopie des rapports Églises-États en Europe :

1 – Les États ou le christianisme reste prédominant :

a – L’Italie

L’Église et l’Etat sont séparés mais il existe une forte coopération et une reconnaissance du catholicisme en application des accords du Latran (1922) qui reconnaissait l’indépendance de l’Etat et de la Cité du Vatican en établissant le Vatican comme religion d’État. Le Concordat a été modifié en 1984 en supprimant la mention du catholicisme comme religion d’Etat et instaurant une séparation plus claire mais l’État continue à reconnaitre le rôle de l’Église catholique avec un financement indirect à travers un faible pourcentage de l’impôt sur le revenu affecté à une confession religieuse ou à l’État pour des actions sociales et culturelles. Des accords ont été signés avec d’autres confessions (protestants, musulmans) en leur accordant certains droits mais l’Église catholique bénéficie d’un statut privilégié.

b – L’Espagne

Les relations sont fondées sur un principe de laïcité mais l’Église catholique conserve une influence significative en raison de son importance historique et culturelle. La constitution de 1978 a instauré un Etat aconfessionnel : l’Etat reconnait le rôle de l’Église catholique et s’engage à coopérer avec elle et d’autres confessions. Le concordat avec le Saint Siege de 1979 permet de proposer un enseignement religieux dans les écoles publiques. L’État soutient l’église catholique via un système de financement comparable au système italien. L’église conserve ses privilèges fiscaux, notamment les exonérations d’impôts pour les biens. 

c – Le Portugal 
Le régime est celui d’une séparation et d’une égalité entre toutes les religions. Le concordat 2004, reconnaît la personnalité juridique de la conférence épiscopale et permet à l’église catholique de recevoir 0,5 % des impôts sur le revenu de ses fidèles. Les religions enregistrées ont le droit d’enseigner, la religion et la morale dans les écoles publiques.

d – L’Allemagne

Les deux religions catholiques et protestante, sont considérés comme des corporation de droit public au même titre que les universités. Elles sont financées par un prélèvement fiscal obligatoire. Le judaïsme est aussi concerné. L’islam n’a pas de statut. Il n’y a pas de religion officielle mais ce n’est pas un état laïque. Les Leers ont une relative autonomie en ce qui concerne la gestion des religions et leur financement. Il existe un lieu de culte au Bundestag. La CEDH a considéré que la présence du crucifix dans les écoles est un signe religieux mais il reste une marge d’appréciation à l’État.
2- Les États laïcs 

a – France

La séparation entre l’Etat et les religions est régi par la loi de 1905 qui établit la laïcité comme principe fondamental de la République. Cette loi garantit la liberté de conscience et assure la neutralité de l’État vis-à-vis des religions interdisant, notamment le financement public des cultes et l’affichage religieux sur les lieux publics. Cette laïcité a valeur constitutionnelle mais est à géométrie variable. La Corse en est une illustration lors du voyage du pape, en 2023, avec des élus locaux qui ont participé à la lecture des textes lors de la messe pontificale. Le régime des aumôniers religieux permet aux principales croyances d’être présentes dans les hôpitaux, les lycées, les prisons et les casernes. Les responsables des grandes religions sont consultés dans les débats de société (conflit en Nouvelle-Calédonie, initiative Jospin de révision au ministère de l’intérieur). L’État entretient les principaux édifices du culte qui lui appartiennent. Les associations cultuelles sont dispensées d’impôts, l’enseignement secondaire libre bénéficie de soutien.

b – Belgique 

L’Église et l’État sont séparés, mais il existe une coopération malgré le principe de neutralité de l’État et une reconnaissance officielle des cultes. Les ministres des cultes reconnus sont payés par l’État (catholique, protestant, anglican, orthodoxe, bouddhiste, juif, musulman, laïque organisé). Les élèves peuvent choisir entre les cours de religion et les cours de morale non confessionnelle.
3 – Les États sans séparation de l’État et des Églises 

a – l’Autriche 
L’État est neutre, mais il existe quand même une coopération institutionnelle. Les communautés religieuses sont officiellement reconnues et obtiennent la personnalité morale de droit public. Le concordat de 1933 pour l’église catholique prévoit des accords spéciaux avec les autres communautés religieuses. L’église catholique, assure une grande partie des services publics délégués par l’État dont l’éducation avec des cours d’instruction religieuse.

b – Luxembourg 

La séparation entre l’État et les communautés religieuses est effective bien que plusieurs conventions encadrent une coopération avec les communautés religieuses, catholiques israélites, anglicanes, orthodoxes et musulmanes. Il s’agit d’une » laïcité coopérative ». L’aide financière aux communautés religieuses et aux ministres du culte diminue régulièrement. Un cours d’éducation aux valeurs remplace dans l’enseignement secondaire les cours d’instruction religieuse et morale.

c – Royaume-Uni

Il n’existe pas de séparation formelle car l’Église anglicane reste l’église établie. Le monarque est le gouverneur suprême. Des évêques (26) siègent à la Chambre des Lords. Le Premier Ministre joue rôle important dans la nomination des responsables de l’Église. D’autres religions bénéficient du droit de reconnaissance pour s’adapter à la diversité religieuse. Une éducation religieuse tenant compte de la diversité est obligatoire dans les écoles publiques. Les parents peuvent retirer leurs enfants de cet enseignement.

d – Pays-Bas 

Le principe de la séparation entre l’État et les Églises est respecté. La constitution garantit la liberté de religion et la non-discrimination. La liberté d’éducation permet l’existence d’écoles financées par l’État. 

e – Danemark

L’église évangélique de Luter bénéficie du soutien de l’État selon la Constitution. Le monarque est tenu d’être membre de cette église. Le ministère des cultes gère les religions. Les fidèles ont un impôt à payer à l’État qui participe à ce financement. Des avantages fiscaux sont reconnus aux autres religions. L’enseignement de la diversité religieuse est prévu dans les écoles secondaires publiques. Les parents peuvent en dispenser leurs enfants à condition de se livrer eux-mêmes à cet enseignement.

f – Hongri

L’État ne doit être associé à aucun à aucune idéologie, religieuse ou laïque, ni s’insérer dans les affaires des églises. Mais il existe une coopération avec les communautés religieuses, notamment pour ce qui concerne l’éducation, la santé et les services sociaux. Seules les Églises légalement reconnues bénéficient d’une aide financière publique.

g – Irlande 
La religion catholique, reste prédominante malgré une séparation entre l’État et les Églises. Les relations avec l’État sont régies par le principe de neutralité qui n’exclut pas la coopération dans les domaines de l’éducation de la santé et des services sociaux. Les Églises reconnues par le parlement bénéficient d’un financement et d’une participation à des manifestations d’un intérêt public. 

h – Pologne

La coopération entre l’État et les Églises est fondée sur le respect mutuel de l’autonomie et de l’indépendance. L’église catholique exerce une influence significative dans les domaines de l’éducation et de la politique. La constitution garantit la liberté de conscience et de religion, permettant l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Les relations avec les autres religions sont définies par des lois basées sur des accords entre le gouvernement et les représentants de chaque confession. 

i – Tchéquie

Après le printemps de Prague (1968) le principe de laïcité fixe les relations entre l’État et les Églises. Un accord avec le Saint-Siège (2024) renforce la collaboration entre l’Église catholique et l’État comme l’objection de conscience, la santé, le secret de la confession et la valeur civile du mariage religieux. 

j – Slovaquie 

La constitution de 1993 stipule que l’État est neutre en matière de religion. Le financement des églises et des communautés religieuses est basé sur des versements de l’État en fonction du nombre d’inscriptions à une église lors des recensements. Une douzaine de religions sont enregistrées afin de garantir une égalité des cultes vis-à-vis de l’Église catholique.

k – Slovénie 

La constitution assure la séparation et la neutralité de l’État, tout en reconnaissant le rôle des communautés religieuses dans la société. En plus de la religion , qui demeure prédominante ,sont présentes l’Église orthodoxe serbe l’Église évangélique d’Allemagne et l’Église de Norvège ainsi que l’Église d’Angleterre. Le dialogue religieux est favorisé par l’État. 

l – Lituanie 

La séparation et la liberté religieuse caractérisent les relations entre les Églises et l’État avec la reconnaissance de la tradition. Les religions traditionnelles (catholique romain et grec, protestant, orthodoxe, russe, juif, musulman), les religions reconnus qui ont une ancienneté supérieure à 25 ans et les associations religieuses reconnues bénéficient d’avantages juridiques et fiscaux (loi de 1995). La communauté catholique représente plus des deux tiers des habitants. L’enseignement des religions à l’école est prévu, sauf opposition des parents.

m – Suisse 

Les religions entre les Églises et l’État sont régies par les cantons. Certains reconnaissent les (Berne) et d’autres pratiquent la séparation (Fribourg) mais tous les cantons entretiennent des relations avec les Églises, certains cantons (Genève, Neuchâtel) appliquent une séparation stricte sans reconnaissance ni financement.

n – Malte

Les relations entre l’État et l’Église sont étroitement imbriquées selon la constitution. L’église catholique a un devoir d’enseignement moral. L’enseignement religieux est obligatoire. Les citoyens peuvent pratiquer la religion de leur choix. L’Église catholique joue un rôle central dans la vie du pays y compris dans l’économie.

 o – Suède 

L’église luthérienne est religion d’État jusqu’en 1990. La séparation est officielle depuis 2001. L’Église est dirigée par des civils et des religieux. La direction des cultes est assurée par le ministère de la culture. Il n’existe pas de réglementation sur le port du voile ou des signes religieux. C’est l’un des pays au monde où se trouve la plus forte proportion de non-croyants. La présence musulmane y est relativement importante.
p – Turquie 

La laïcité est une mention juridique sans portée pratique car la religion est étroitement contrôlée par l’État qui paye les imams des mosquées officielles. L’État s’affiche comme laïc depuis 1923 et le catholicisme est considéré comme étranger alors que le pays a été très tôt christianisé. Il ne reste plus que 5000 catholiques de rite latin d’origine nationale et l’ensemble des chrétiens s’élève à environ 50 000 fidèles. L’enseignement religieux est intégré au système éducatif sous la forme de cours obligatoire. Le contenu de cet enseignement est axé principalement sur l’islam, mais il aborde également les fondements historiques et doctrinaux des autres religions.

q – Grèce 

Les relations entre l’État et l’Église orthodoxe sont caractérisées par une forte proximité historique et institutionnelle. Les prêtres sont rémunérés par l’État qui intervient dans les débats politiques et sociaux. L’enseignement religieux est obligatoire dans les écoles.

II – Les changements spirituels dans les sociétés européennes : sécularisation généralisée et large pluralisme :

Si la religion chrétienne reste dans une dans l’ensemble majoritaire en Europe, d’autres mouvements religieux et laïques s’imposent depuis ces dernières années. Les appartenances religieuses diminuent considérablement, des modes de croire se diversifient et l’on a un retour du religieux à la carte sous des formes extrêmes. La naissance, le mariage et la mort, continuent à marquer les étapes de la vie des européens qui respectent les rites religieux sans pour autant affirmer leur croyance en Dieu. Ces pratiques culturelles sont parfois laïcisées, compte tenu des demandes de baptêmes républicains, de mariages civils, de cérémonies mortuaires avec lectures et musiques.

On a assisté ces dernières années un effondrement des religions chrétiennes et à une montée en force de l’islam, du bouddhisme et de divers mouvements laïques. Même s’il persiste à demeurer un fond culture important, le catholicisme est en perte de vitesse sévère dans la plupart des États européens comme les autres religions chrétienne d’une façon générale, cette situation s’accompagne d’une nette perte d’influence des religions sur l’État dans la plupart des pays européens avec l’apparition de cultes nouveaux

1 : Le christianisme cherche une nouvelle gouvernance 

Les catholiques 

Ils cherchent à s’adapter aux défis contemporains et aux attentes des fidèles. La recherche d’une participation plus inclusive et participative et plus large et devenu prioritaire face à l’effondrement de la pratique des religions. L’intégration des laïques y compris des femmes dans la gestion des du processus décisionnel et à tous les niveaux s’est généralisé tant en ce qui concerne les besoins pastoraux que les rôles d’écoute et d’accompagnement. Une recherche en vue d’une réforme du sacerdoce, incluant le maintien du célibat, avec une ouverture accrue des femmes dans les ministères pour mieux adapter la gouvernance aux aspirations des fidèles et aux réalités du monde moderne. 

Les catholiques sont les plus affectés par la baisse de la pratique religieuse, qui se limite au baptême au mariage et aux enterrements qui se font aussi plus rares, surtout depuis 1975, ou le taux de baptême s’est divisé par deux en passant de 80 à 40 % de nos jours (cf. sondage IFOP de 2024 pour l’association des journalistes religieux AJIR). Si 80 % des Américains disent croire en Dieu, les Européens sont 50 % dont 10 % se rendent à la messe.

Selon une étude de l’université du Texas, les 10 pays, dans les prochaines années ,qui vont connaître la plus forte augmentation du nombre de catholiques sont par ordre décroissant, la République démocratique du Congo, les Philippines, le Mexique, le Brésil, les États-Unis, le Nigeria,, la Colombie, , Argentine, l’Angola, la France se situe au 25ème rang.

Divers facteurs expliquent ce changement : la déconfessionnalisation du système éducatif, l’urbanisation, l’autonomisation de la morale, la disparition de la paysannerie, les réseaux sociaux, les scandales de la pédophilie dans l’Église, la prise en charge par l’État de la société civile, la disqualification de la religion comme source de valeurs communes

  • le protestantisme connait des dynamiques différentes selon les régions et les courants. Dans les pays du nord, une majorité de la population s’identifie au protestantisme traditionnel. Mais dans les pays du centre du sud de l’Europe, le monde des pratiquants connait une croissance notoire en passant par exemple en France de 50 000 en 2010, a 75 000 en 2024 et le nombre de lieux évangéliques est passé de 2000 à 3000. L’immigration et une approche évangélique contribuent à expliquer cette tendance chez les protestants qui se sont auto- sécularisés.

L’orthodoxie

En dehors de l’Europe, de l’Est et du Sud Est, qui connaissent de fortes proportions de chrétiens orthodoxes les pays d’Europe occidentale connaissent une présence relativement faible de fidèles (environ 2 %) surtout en provenance des pays de traditions orthodoxe.

2 : L’islam est devenu la première religion non chrétienne :

Il faut prendre acte de la montée des religions non chrétiennes. L’islam est devenu la seconde religion de France et la première religion non chrétienne de la plupart des pays européens. La présence de l’islam en Europe a connu une forte croissance au cours de ces dernières décennies et les projections pour 2050 envisagent une proportion de musulmans d’environ 12 % de l’ensemble de la population européenne. Cette croissance résulte du fait qu’il s’agit d’une population jeune avec un taux de fertilité élevé. Ces populations soulèvent divers défis majeurs auxquels il convient bien évidemment de répondre au fur et à mesure. Tout d’abord une proportion de plus en plus forte de musulmans se trouve confrontée au racisme et à la discrimination, dans le cadre du travail, du logement, de l’éducation, de l’habillement. Pour lutter contre ces diverses discriminations, plusieurs initiatives culturelles publiques et privées ont été prises dans le domaine de l’art et du dialogue interreligieux mais l’intégration des communautés musulmanes dans les sociétés européennes est loin d’être évidente tant dans le milieu scolaire que dans le travail. Bien qu’il n’y ait pas de lien direct entre islamisme et délinquance en Europe il apparaît que l’exclusion sociale et le manque d’opportunités éducatives entraînent souvent des délinquants vers l’islamisme.

3 : Les religions nouvelles prennent de l’ampleur 

Bien que le bouddhisme remonte au sixième siècle, avant notre ère et l’hindouisme a 2 500 ans avant Jésus-Christ ces deux religions sont apparues en Europe qu’au début du XXe siècle. 

Le Bouddhisme 

L’intérêt de plusieurs intellectuels occidentaux a contribué à la diffusion du bouddhisme en Europe, à partir du milieu du début du XXe siècle. Cette religion est pratiquée par environ 20 millions de personnes en Europe, avec des communautés significatives en Italie, en Allemagne, en France et au Royaumes Uni. Cette religion se caractérise par une grande adaptation au contexte culturel européen et aux personnalités les plus diverses même si l’on y compte davantage « d’intellectuels » que dans d’autre religions. Il est vrai que l’appartenance à d’autres religions de façon simultanée est admise. C’est sans doute cette souplesse d’adhésion qui a permis à Georges Clémenceau, père de la laïcité, de s’affirmer bouddhiste. Malgré les difficultés à reconnaître, la profondeur religieuse et philosophique de cette religion, le bouddhisme continue à croitre et à s’adapter.

L’hindouisme  

Bien que présent depuis plusieurs siècles en Europe, l’hindouisme ne s’est développé qu’à partir du XXe siècle, principalement à cause des échanges commerciaux. Les communautés hindous culminent à presque 1,5 millions de fidèles en Europe, l’essentiel (environ un million d’adeptes) se trouve au Royaume-Uni). La communauté est estimée en France, à environ 40 000 personnes. Cette communauté s’intègre bien en Europe, malgré quelques tensions anti- musulmanes au Royaume-Uni.

Conclusion

Ces religions posent à l’évidence des questions non encore résolues par les Européens qui, pour nombre d’entre eux, pensent lutter contre l’islam en sécurisant le christianisme. Certains États essaient d’affirmer la prépondérance chrétienne et la liberté religieuse des autres religions, sans y parvenir tout à fait. L’Europe n’a jamais autant invoqué les « valeurs », tout en se refusant de réintroduire le religieux dans l’espace public. La défense des lieux de culte est devenue une simple question de protection du patrimoine. Les paroisses catholiques rurales sont devenues très rares et ce sont souvent des prêtres africains qui les animent. Un consensus sur les valeurs a du mal à se constituer même si « la manif pour tous » a lancé à ses débuts un appel aux juifs et aux musulmans, l’islamophobie reste le seul point commun entre catholiques et populistes sécularisés.

Bibliographie :

– Jean BAUBEROT, Religions et Laïcité dans l’Europe des Douze, Paris, Syros 1994.

– Bérangère MASSIGNON, Virginie RIVA, L’Europe avec ou sans Dieu ?, Paris, Éd. de l’Atelier, 2010.

– Olivier ROY, L’Europe est-elle chrétienne ?, Paris, Le Seuil, 2017.

M. Jure Georges VUJICGéopoliticien, Directeur de l’Institut de géopolitique et de recherches stratégiques de Zagreb, Chercheur associé à l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP), « Le dilemme Aronien de l’Occident face au retour des religions séculières ».

C’est dans son article de 1944, intitulé « L’avenir des religions séculières », que Raymond Aron avait qualifié les diverses formes et déclinaisons du totalitarisme de la modernité de « religions séculières », en tant qu’idéologies et doctrines dogmatiques, qui promettaient le « salut de l’humanité ». Dans le contexte de l’instabilité croissante et le dérèglement de l’ordre international libéral et la recomposition de néo-empires, on assiste aujourd’hui, partout dans le monde, à un retour du religieux dans la sphère politique À l’intérieur des États comme sur la scène internationale, ce qui est très bien illustré par l’instrumentalisation politique de la Russie poutinienne d’un narratif orthodoxe messianique antioccidental et par le discours néo-impérial trumpien, massivement soutenu par les mouvances du fondamentalisme évangélique, où l’on assiste à l’effacement de la frontière entre l’action politique et la foi religieuse. Raymond Aron, d’autre part, s’inquiétait au début des années 1980 de la faiblesse de la position occidentale face aux ambitions hégémonistes de l’Union soviétique, tout en évoquant le « penchant suicidaire » de l’Europe de l’ouest, qui par peur et manque de confiance en soi-même, refusant de se confronter à la réalité, de ce fait choisissait de sortir de l’histoire. Après une quarantaine d’années, ces remarques restent d’actualité dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, mais aussi avec le discours néo-impérial des États-Unis de Trump et la volonté de puissance globale de la Chine. Les religions séculières, qui reviennent comme un boomerang en réaction à une sécularisation et un désenchantement du monde que l’Occident avait lui-même enfanté, constituent aujourd’hui de puissants leviers de mobilisation à la fois morale et idéologique à des fins politiques. L’Occident serait alors face au dilemme de choisir entre une volonté de renouer avec une resacralisation de son narratif identitaire et civilisationnel, ou de disparaitre, à défaut de ce réarmement moral.

M. Jean-Michel VERNOCHET, Journaliste, écrivain, politologue,

« En France, la laïcité (athéisme déguisé) est considérée comme la « religion » de la République (Vincent Peillon & Cie) ».

L’Article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 peut ou pourrait constituer la matrice de ce que nous nommons laïcité. Autrement dit le respect de la liberté de pensée et de croyance pour tout un chacun. Citation : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ».

Quant à la constitution de la Ve république adoptée en 1958, le premier alinéa de l’article 1er dispose que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Notons qu’il fallut attendre la IVème République pour que la mention « laïque » apparaisse dans la constitution de 1946 en son « Article 1.  La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Définition reprise mot pour mot dans la constitution de 1958. Tous éléments constitutifs de cette laïcité dont l’État en principe se porte garant.

Un principe qui apparaît donc à travers les textes fondateurs de la démocratie moderne comme gage de la liberté de tous et de chacun dans ses croyances, ses idées et sa représentation du monde. Ce principe a été interprété à juste titre comme un devoir de l’État d’assurer le maintien de l’équilibre entre la diversité d’opinions, de confessions et des convictions pouvant d’avérer contradictoires voire antagonistes entre elles.

C’est tout naturellement que ce devoir d’impartialité s’est traduit dans la conscience collective par la notion de neutralité : l’État dans un souci d’égalité entre les citoyens et les différents groupes qui le compose doit maintenir l’équidistance – on pourrait parler aujourd’hui de parité – entre toutes les composantes du corps social et de facto se placer loin au-dessus des différences, divergences voire querelles partisanes.

Mais cette neutralité idéale est-elle dans les faits bien effective ou bien respectée ? Sans doute pas tout à fait lorsque le ministre de l’Intérieur, le Républicain Retailleau fait interdire l’exposition de drapeaux palestinien à l’heure même où la France, après quarante-trois années de tergiversation, en reconnait l’existence. Notons que les drapeaux ukrainien ou israélien lors de la crise des otages, n’avaient pas faits l’objet de la moindre discussion.

Prenons un autre exemple parmi cent dans l’actualité marquant à fois la permanence en France de la question de la Laïcité et la difficulté intrinsèque d’éviter toute dérive en passant de la théorie à la pratique. Ainsi le projet de loi déposé sur le Bureau de l’Assemblée nationale par M. Laurent Wauquiez, président du groupe des Républicains, projet visant à faire interdire tous discours et critiques dirigés contre « les principes républicains fondamentaux » au premier rang desquels la « laïcité » et « l’universalisme républicain», ou encore à faire condamner tout programme favorable à « l’instauration d’un ordre religieux substitutif à l’État laïque ».

Nous ne débattrons pas de l’utilité ou de l’opportunité d’un tel projet, notons cependant qu’il semble se situer déjà en porte-à-faux avec le préambule de l’actuelle constitution, à savoir la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, laquelle précise que  « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions… » art.10 et art.11 « La libre communication des pensées et des opinions est un des droit les plus précieux de l’Homme… ».

L’on peut en effet induire que si une telle proposition de loi était adoptée, l’autonomie de consentement du peuple souverain – la liberté principielle d’un choix éclairé – se verraient fortement entamé en privant d’accès la communauté nationale à d’autres points de vue ou opinions alternatives que ceux proposés ou imposés par la doxa officielle.

Parce que l’intention de ce projet législatif illustre bien le difficile cheminement lorsqu’il s’agit d’instaurer une laïcité pleine et entière, et non pas de prévenir d’éventuels mouvement subversifs, mais de formater les esprits par une censure et des interdits… d’aucuns allant même jusqu’à parler le cas échéant de cancel culture !

Opérons maintenant, pour mieux cerner un concept en même temps précis et flou, un bref retour quant aux sources historiques de la laïcité, c’est-à-dire le principe de séparation de l’Église et de l’État soit le divorce entre pouvoir religieux et temporel, devient en effectif en 1905 mais en réalité naît avec la Révolution française…

Moses Dobruška, idéologue et agitateur originaire de la Mitteleuropa, arrive en France en 1792 et se fait aussitôt naturaliser sous le nom de Junius Frey. Malgré ou à cause de son ardeur révolutionnaire il sera guillotiné le 5 avril 1794 en compagnie de son frère Emmanuel et de Danton. Avant de connaître cette fin malheureuse, Frey, entend poser les fondations du régime démocratique en dénonçant l’obscurantisme religieux confronté au rationalisme des « Lumières ». Il exprime ses idées en 1793 dans un essai intitulé « Philosophie sociale dédiée au peuple français », berceau doctrinal du concept de laïcité. Nul doute que son analyse n’ait trouvé alors une large audience, aussi la révolution jacobine va-t-elle inscrire la destruction du catholicisme dans son agenda.

Car à l’origine c’est bien de cela dont il s’agit : détruire le catholicisme qu’il convient d’ailleurs de distinguer du « déisme », celui d’un Robespierre par exemple avec son Culte de la raison !

Cet objectif sera repris ensuite par tous les grands théoriciens de la laïcité , au XIXe siècle Ferdinand Buisson [1841/1932] et encore aujourd’hui Jean Baubérot ou François Baroin, Vincent Peillon. Celui-ci ministre de l’Éducation nationale dans le premier et le second gouvernement de Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 31 mars 2014, voyant dans la laïcité une religion à part entière, celle de la République…

Ferdinand Buisson, citation dans la stricte continuité du dogmatisme révolutionnaire : « Souffrir l’existence d’une religion qui choque les principes [républicains] est aussi une liberté poussée trop loin, contraire au droit, une licence. Celle-ci se glisse communément dans l’état sous le masque philanthropique de la tolérance qui, considérée rigoureusement, n’est elle-même qu’une tyrannie qui, déjà plus forte que les principes peut permettre ce qu’ils n’eussent point accordé dans leur vigueur … La religion [chrétienne] enseigne à mourir, mais non pas à vivre : pour elle, le ciel est tout la terre n’est rien.  Certainement il ne peut exister de doctrine plus dangereuse pour la société, nulle ne blesse autant le principe de conservation du moi, dans l’état de nature et dans l’ordre social ; oui cette religion est une usurpation manifeste sur les droits de la société, un assassinat du principe. La peine de mort est, dans sa véritable acception fondée en droit pour de tels docteurs, prédicateurs et interprétateurs de la parole de dieu ».

Lui faisant écho, nommé ministre de 2014 Vincent Peillon in « Une religion pour la République » [2010] met à mal le présupposé de neutralité [de l’État] garantissant à tous liberté de conscience et de religion…   « La laïcité est du positif, pas du neutre ! La République laïque n’est pas neutre. Elle est offensive, conquérante. Elle l’est d’autant plus qu’elle se situe dans un champ historique et politique où elle sait qu’elle a des ennemis, qu’elle est contestée et fragile, que les retours en arrière sont toujours possibles, que la neutralité n’existe pas et est donc impossible. Prise dans toutes ses facettes, la laïcité est non pas une neutralité confessionnelle ou un juridisme, pas même une simple tolérance, mais une affirmation religieuse, philosophie, politique d’une grande cohérence et d’une grande force, d’une grande précision aussi ».

Ainsi, paradoxalement, la laïcité en tant que telle, a pour vocation d’exclure tout ce qui pourrait la contredire, se présentant par son statut religieux et dogmatique, comme l’expression d’une nouvelle intolérance.

Allant plus loin le ministre Peillon va théoriser une « Théologie laïque » [2021] rejoignant en cela Jean Jaurès – Fondateur du journal l’Humanité – pour qui, selon lui, « la laïcité était une religion » ! Sous cet angle, s’adossant à Ferdinand Buisson, Peillon considère que « l’école laïque n’est pas l’école dont on a chassé Dieu… C’est au contraire une institution où Dieu est partout. Nous devons considérer les élèves comme les porteurs d’une conscience qui communique avec l’infini. D’où la nécessité d’une instruction morale prenant la forme d’une éducation religieuse. On retrouve cette expression de “religion laïque” dans le premier rapport demandé par Jules Ferry pour mettre en place l’instruction morale dans l’école de la République ».

À bien entendre ces théoriciens qui ont fait et font autorité, la laïcité à la française se situe aux antipodes de l’idée de neutralité allant même jusqu’à la définir comme une religion au plein sens du terme. Une sorte de panthéisme aux relents New Age, un “athéisme transcendant” si l’on peut risquer cet oxymore ! Une religion destinée à chasser la Foi historiquement héritée et ciment de l’identité de la Nation jusqu’à la révolution silencieuse contemporaine dans ce qui s’appelait encore il y a peu l’Instruction publique, devenue obligatoire depuis Jules Ferry et officiellement laïque depuis 1946.

Doit-on supposer que cette vision hétérodoxe de Vincent Peillon lui est totalement personnelle et que les conclusions hâtives sont à éviter ? Eh bien si l’on considère les moyens mis en œuvre aujourd’hui par l’Éducation nationale pour diffuser les éléments de base du wokisme telle la théorie du genre sous couvert de promouvoir l’égalité des sexes – théorie dont Mme Belkacem, nommée en mai 2012 ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement sous la présidence de M. Hollande avant en août 2014, de succéder dans la plus stricte continuité idéologique à Vincent Peillon au poste de ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherches dans le cabinet de M. Valls, postes dans lesquels elle œuvrera au nom de la laïcité avec une belle constance pour  la promotion de cette nouvelle confession universaliste qu’est le wokisme… Tout en niant farouchement l’existence dans les médias et à l’Assemblée nationale de l’existence d’une quelconque théorie du genre pourtant bien présente au cœur même de la nouvelle religion indifférentialiste !

L’on voit à l’occasion de ces brefs rappels que la neutralité des Instituions notamment éducatives n’est qu’un mythe assurant la promotion à coups de milliards d’euros la promotion d’une idéologie qui revêt pleinement toutes les caractéristiques d’une religion tout en étant un instrument de de pouvoir et de contrôle social dans et par la massification/homogénéisation de l’opinion. Mais en aucun cas de protège la liberté de pensée et de conscience que ce principe est censé protéger.

Pr. Ilya PLATOV, Professeur des Universités, directeur du département russe à l’INALCO, Membre du Conseil Scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP),

« Sécularisation et rapports Église / État en Russie ».

Cette intervention propose une lecture contextualisée d’un concept occidental, « sécularisation », né du saeculum augustinien, et discute sa transférabilité au cas russe. La trajectoire russe se caractérise par un héritage byzantin de « symphonie des pouvoirs » et, au XVIIIᵉ siècle, par la subordination pétrinienne de l’Église (Saint-Synode), plus qu’une séparation à l’occidentale. Au XXᵉ siècle, l’athéisme d’État liquide l’institution sans dissiper le sacré : le communisme fonctionne comme religion politique ; après 1991, un réenchantement symbolique s’opère avec la Perestroïka. Aujourd’hui, l’axe État–Église relève souvent d’un « mythe utile » (N. Mitrokhine) : la visibilité religieuse accroît la légitimité du pouvoir, tandis que l’Église gagne en capital symbolique (restitutions, enseignement, aumôneries). L’arsenal législatif reste officiellement laïc mais consacre de fait une visibilité/priorité accrue à l’Église orthodoxe tout en renforçant le contrôle étatique. Dans l’espace public, on observe une scénographie plutôt qu’une catéchèse : séries télévisées, visibilité des temples, projets monumentaux (Ekaterinbourg), etc. Est-on face à un phénomène de « désécularisation », comme semblent le suggérer certains chercheurs ? Manifeste au niveau politique, elle l’est beaucoup moins dans la société. Au niveau des formes du croire, coexistent une « religion minimale » (Epstein) – foi dépouillée, extra-ecclésiale – et des minorités « virtuoses » très engagées ; la foi personnelle d’un Navalny, par exemple, illustre l’usage existentiel du religieux. Ainsi, la Russie ne suit pas une différenciation linéaire des sphères, mais alterne subordination de l’Église et transpositions du sacré ; séculière dans les normes, elle demeure « sacralisable » dans ses signes.

Pr. Christophe RÉVEILLARD, Enseignant-chercheur en Histoire et Droit international (Université Paris IV-Sorbonne), directeur de séminaire au Collège Interarmées de Défense (CID) à l’École militaire, Secrétaire général de l’AGP,

 « Le monde protestant, la dynamique évangélique. Le monde catholique face à ses profondes mutations ».

Facteur religieux et politique des États

Le monde protestant. La dynamique évangélique

C. Réveillard

La religion est avec la langue une des composantes fondamentales de l’identité. La religion peut être un élément de cohésion de l’identité nationale (géopolitique interne qui conditionne le plus souvent la géopolitique externe, l’ouvrage phare est celui de François Thual, Géopolitique des religions. Le dieu fragmenté, Paris, Ellipses, 2004). Avec la fin de la guerre froide et de l’ordre bipolaire ainsi que l’effacement des affrontements idéologiques du siècle, la religion redevient une grille de lecture cruciale dans l’analyse géopolitique, car la religion peut être utilisée comme instrument de la Realpolitik des États à des fins de politique étrangère.

1/ Nous nous attardons sur le courant des protestants évangéliques. Malgré les nuances dans les divers mouvements évangéliques, il y a un ensemble de croyances similaires pour les mouvements adhérant à la doctrine de l’Église de professants (la dite « nouvelle naissance », la rencontre personnelle avec le Christ et l’extériorité d’une profession de foi). L’adhésion à cette doctrine est une caractéristique commune pour définir une église évangélique dont les principaux sont l’anabaptisme, le baptisme et le pentecôtisme dans un cadre charismatique.

Ces derniers approchent les 700 millions de membres dans le monde. Ils représenteraient un chrétien sur quatre et les 3/4 du protestantisme mondial.

Les évangéliques sont un courant extrêmement diversifié ; inspirées par les mouvements protestants réformateurs du XVIe siècle, les Églises évangéliques composent un paysage religieux varié aux différences théologiques et culturelles marquées. Des « mega Églises » (mega churches 2000 membres) voire giga Églises (10 000 membres), aux Églises indépendantes, le protestantisme évangélique offre une multitude de visages.

Le socle de principes communs est la conversion personnele, la centralité de la Bible, le thème de la Croix et la propagation du message de l’Évangile. Ces doctrines vont façonner la vie du protestant évangélique qui est un « nouveau-né » engagé. La conversion personnelle est nécessaire pour devenir un chrétien. L’appartenance à une Église est le fruit d’une profession de foi qui suit une rencontre personnelle avec Jésus-Christ, et non une affiliation par la naissance. Le protestant évangélique est donc avant tout un « nouveau-né » qui a fait en pleine conscience le choix de rejoindre son Église.

L’élément important est que le protestant évangélique doit également être un témoin qui s’engage dans la propagation du message de l’Évangile. Organisé et favorisé par la congrégation, ce volontarisme se traduit dans un prosélytisme énergétique qui est particulièrement présent dans le domaine social, tant au niveau local qu’international. Enfin, la doctrine évangélique pousse naturellement le croyant à un conservatisme social qui préserve la morale traditionnelle. La grande majorité des protestants évangéliques adoptent en conséquence une approche conservatrice des cadres publics et travaillent à son application en utilisant leur très riche système médiatique et leur lobbying auprès des responsables politiques (tout en s’organisant toujours mieux sa tendance conservatrice, a ainsi voté massivement pour les Républicains.

Dès 1980, l’influence des télévangélistes conservateurs devint un phénomène de premier ordre dans les campagnes électorales ; les plus actifs d’entre eux étaient évidemment Bill Graham, Jerry Falwell, Pat Robertson, fondateur de la chaîne de télévision chrétienne CBN (CBN Christian Broadcasting Network, laquelle est une chaîne de télévision chrétienne évangélique américaine dont les programmes dépassent largement le seul public des américains. Le siège social et les locaux de la chaîne sont basés dans l’État de Virginie).

Mais également Jim Bakker, James Robison, ou encore Bill Bright, fondateur de l’organisation missionnaire Cru (Cru par exemple est une organisation missionnaire protestante, ayant pour but l’évangélisation et la formation de disciples mais cette action et cette influence est internationale ; Cru est également appelée Agape dans certains pays d’Europe, Campus Crusade for Christ ou Campus pour Christ dans certains pays d’Asie et d’Europe, Great Commission Movements dans certains pays d’Afrique, Vida estudiantil en Amérique latine, Power to change en Australie et au Canada (Pouvoir de changer dans les régions francophones). Cru vise les étudiants, les athlètes, et également les professionnels adultes. Son siège international est à Orlando (Floride), aux États-Unis.

2/ quelle est leur répartition ?

– Amérique latine : Environ 140 millions (dont 50 au Brésil, 12 au Mexique, 8 en Argentine et 7 au Guatemala)

– Amérique du Nord : 100 millions (dont 94 États-Unis et 6 au Canada). Les Églises protestantes traditionnelles sont concurrencées par de nouvelles Églises comme les Évangéliques, Baptistes, Pentecôtistes et qui s’implantent de manière croissante en Afrique et en Amérique latine.

– En Afrique 190 millions (dont 60 au Nigéria, 22 au Kenya, 20 en Éthiopie, 17 tant au Congo RDC qu’en Afrique). Ce sont surtout des charismatiques et de pentecôtistes (et certains groupes prophétiques issus de l’Évangélisme) ;

– En Asie 220 millions (dont 69 en Chine, 31 en Inde, 18 en Indonésie, 15 aux Philippines et 11 en Corée du Sud) ;

– En Océanie 10 millions (dont 5 en Australie, 3 en Papouasie et 2 en Nouvelle Zélande) ;

– En Europe 25 millions (dont 6 au Royaume-Uni, 3 en Russie, 3 en Ukraine, 3 en Roumanie, 3 en Allemagne) En France (1 million), le protestantisme évangélique sait attirer les déçus du catholicisme depuis plusieurs années : 72 % des néo-protestants étaient précédemment catholiques, et 22 % sans religion. Il existe une poussée des évangéliques : il y a en France une nouvelle église évangélique qui ouvre tous les dix jours. Toutes ne survivront pas, mais cela témoigne du dynamisme de l’implantation Le culte est assez contemporain avec une pratique participative et chaleureuse, des églises plutôt multiculturelles, les catégories socioprofessionnelles, les générations, les provenances. L’approbation à la sensibilité évangélique monte à 51 % chez les protestants de moins de 35 ans. (53 % des moins de 35 ans se déclarent « évangéliques » tandis que 47 % de cette classe d’âge se disent « protestants »). L’appellation évangélique devient un marqueur identitaire pour signifier un protestantisme engagé, par conséquent, qui partage un certain nombre de traits avec la culture jeune. C’est un choix personnel avec une pratique moins doctrinale.

Cet engagement s’accompagne d’ailleurs d’une pratique élevée, puisque 49 % des évangéliques fréquentent le culte au moins une fois par mois (et 33 % pour l’ensemble des protestants). Il y a chez les évangéliques une adéquation à une forme de besoin religieux du moment, qui est de trouver des formes d’expressions collectives, dynamiques.

L’influence et l’action géopolitique des Évangélistes

Les Évangéliques connaissent la progression du nombre de pratiquants la plus dynamique du monde actuel. Il y a un pouvoir d’attraction et de rayonnement du protestantisme évangélique dans le monde contemporain dans une société pourtant très critique vis-à-vis du religieux. Ainsi, un quart des protestants actuels ne l’étaient pas à la naissance ; ainsi se confirme une dynamique de croissance religieuse en provenance des milieux évangéliques.

Ce « christianisme de conversion » multipolaire revêt un poids géopolitique considérable, marqué par une dynamique de communauté fervente et solidaire dont les Églises luthéro-réformées ne peuvent supporter la comparaison et subissent par voie de conséquence une baisse de leur proportion et de leurs effectifs dans l’effectif total des protestants.

Les Églises évangéliques sont une Église de confessants donc des églises déterritorialisées où il n’y a pas la logique de paroisse ; il existe des églises protestantes dite nationales directement reliées à l’État il y a encore quelques années comme en Suisse, des églises d’État et la mouvance évangélique dite libre, libre de toute attache étatique, comme les évangélistes partout ailleurs qu’aux États-Unis. Auparavant le protestantisme apparaissait depuis la création des ÉU, comme un authentique facteur de l’identité américaine, parce qu’étant l’apanage des colons blancs, anglo-saxons, protestants jusqu’au milieu du XXe siècle. Mais aux ÉU, ce qui a fait basculer l’église évangélique c’est un enjeu culturel, l’impression que la culture lui échappe. Le mouvement évangélique a basculé dans l’engagement politique pour défendre l’identité culturelle chrétienne qui est au fondement des États-Unis. Les dernières élections américaines depuis Jimmy Carter premier président à se déclarer chrétien de tendance « Renaissance » (« born again ») et diacre baptiste, jusqu’à celle de Donald Trump a mis en lumière le rôle déterminant des évangéliques dans le paysage politique américain. Depuis les années 1980, ce groupe, qui représente une base solide pour le Parti républicain, s’est fortement mobilisé en faveur de candidats conservateurs. En 2024, plus de 80 % des évangéliques blancs ont voté pour Trump, malgré des controverses sur des sujets tels que l’avortement. Ce bloc religieux, historiquement influencé par la « majorité morale » (« moral majority »), considère que préserver les valeurs familiales et morales dans une société de plus en plus fragmentée est une priorité. La politisation des Évangéliques aux ÉU c’est à la fois la crainte de perdre le contrôle culturel et donc ils tentent par les lois et par la politique d’imposer un certain nombre de valeurs, principalement morales, et d’autre part le souci de garder l’homogénéité du groupe, notamment par le combat politique sur l’éducation, la guerre culturelle (Cultureworld) ; cette culmination de la guerre culturelle est liée avec la progression de leur influence sur le milieu politique. Majorité morale, droite chrétienne, évangélisme fondamentalisme ; conservateurs pour la diffusion des valeurs mais sans imposition et conservateurs pour l’imposition de ces valeurs par l’institutionnalisation. La bascule a commencé à s’opérer dans les années 1970. L’on passe d’un mouvement religieux qui jouait un rôle de régulation des normes morales dans la société américaine qui va se radicaliser ; rapport de domination culturelle, d’hégémonie sur la base de motif théologique (grâce commune ordre créé participant de la grâce individuelle ; articulation de la création et de la grâce). De la théologie politique néo-réformée à une sorte de messianisation de tendance charismatique, combat spirituel plutôt pentecôtiste ou néo-pentecôtiste. Cette tendance va se projeter à l’échelle internationale avec une force de frappe évidente.

D’abord, les églises chrétiennes évangéliques et les ONG qu’elles soutiennent développent un entrepreneuriat humanitaire international dont les politiques tiennent de plus en plus compte, et notamment les administrations américaines successives en les intégrant dans leur politique d’influence plus ou moins discrète au sein de leur bouquet d’organes et d’ONG.

Pour que la force de frappe en termes d’influence soit la plus puissante, un certain regroupement des structures s’est opéré et permet une uniformisation non pas des rites mais des méthodes d’infiltration des institutions les plus importantes, d’influence, de lobbying etc. Il existe ainsi l’Alliance évangélique mondiale ou AEM (World Evangelical Alliance (WEA)) laquelle est une organisation mondiale interdénominationnelle d’églises chrétiennes évangéliques et protestantes, regroupant 143 alliances nationales d’Églises, 104 associations membres et 6 commissions. C’est la plus importante organisation internationale d’Églises évangéliques et protestantes. Elle a son siège à Deerfield (Illinois), aux États-Unis. Malgré une grande capacité à donner cohérence à son action, à uniformiser une stratégie d’influence à l’échelle internationale, cette organisation ne regroupe évidemment pas la totalité des églises chrétiennes évangéliques ; existe aussi l’Alliance baptiste mondiale, etc.

Se sont ainsi développées des thématiques conjointe à la construction d’ensemble des thématiques stratégiques des institutions d’Outre-Atlantique comme la promotion

– du sionisme chrétien, c’est-à-dire une interprétation messianiste chrétienne du sionisme ;

– du libéralisme économique comme système le plus naturel de l’organisation des échanges

– etc.

Le retour en arrière est révélateur des dynamiques d’aujourd’hui pour demain. Si la promotion de plus en plus d’hommes politiques de part le monde à se déclarer chrétiens évangéliques, tels que des exemples pris par continent à suivre, souligne les axes d’effort des trente dernières années de la part des tuteurs américains notamment en Afrique, les tendances de conversion actuelles qui ont été mentionnées ci-dessus révèlent les cibles pour l’avenir (Chine, Inde, Indonésie, etc.)

* aux États-Unis par exemple, l’ancien le secrétaire d’État Mike Pompeo, l’ancien vice-président Mike Pence,

* au Canada, le pasteur baptiste William Aberhart, ancien Premier ministre de l’Alberta et le pasteur baptiste Tommy Douglas, premier ministre de la Saskatchewan, puis premier chef fédéral du Nouveau Parti démocratique,

* à Haïti, le pasteur baptiste Jean Chavannes Jeune, vice-président de 1988 à 1989.

* En Amérique latine, depuis les années 1990, des groupes parlementaires et des partis politiques ont été fondés par des évangéliques. Le soutien des églises évangéliques est particulièrement sollicité par les aspirants de partis conservateurs à la présidence de pays qui comptent de plus en plus sur l’électorat évangélique pour remporter les élections. Au Brésil, existe un Front parlementaire évangélique afin de rassembler les parlementaires évangéliques, de tout parti politique brésilien. De nombreux pasteurs se sont investis dans le domaine politique allant de la mairie, au parlement, en passant par le Sénat.

* En Afrique, le diacre baptiste Faustin-Archange Touadéra, Premier ministre de République centrafricaine, puis président de la République à partir de 2016, également fondateur du Mouvement Cœurs unis. Le théologien pentecôtiste Lazarus Chakwera président du Malawi en 2020 ; Le pasteur baptiste William Richard Tolbert, vice-président du Liberia, puis président ; le diacre baptiste Joseph Boakai, candidat du Parti de l’unité, ancien vice-président du Liberia puis président en 2024 ;

* En Corée, l’évangéliste baptiste Hwang Kyo-ahn, Premier ministre de Corée du Sud, puis président par intérim en 2017.

Ce réseau bien incomplètement évoqué et loin d’être exhaustif manifeste la remarquable capacité du phénomène évangéliste à imposer des thématiques et des programmes culturels et stratégiques dont l’origine se retrouve à Washington

S.E.M. Emmanuel GOÛT, Ambassadeur (*), consultant et stratège international (*), intervention à titre personnel : « Spiritualité et Temporalité face aux enjeux géopolitiques ».

Le thème central États et Religions m’a conduit à vous présenter une réflexion sur « Spiritualité et Temporalité face aux enjeux géopolitiques »

Mais avant de commencer, je voudrais faire une précision désormais habituelle en ce qui me concerne, à l’égard de ceux qui vous collent rapidement des étiquettes alors que vous participez à un séminaire ou à un plateau radio TV etc…une participation, ce n’est pas systématiquement une adhésion à une ligne éditoriale, c’est une contribution à un débat contradictoire, trop souvent écarté des environnements mainstream, à bon entendeur salut!

Spiritualité et Temporalité face aux enjeux géopolitiques…, disais-je, d’hier et d’aujourd’hui. 

Dans un premier temps, je partirai sur le regard porté par le pape François sur deux grandes crises contemporaines, des crises vues, vécues, souffertes  afin de mettre en avant une spiritualité incomprise mais qui s’impose à la temporalité, puis nous survolerons quelques exemples de temporalités dominantes dans la géopolitique avant de voir comment ces dernières tentent de s’imposer dans les textes ou les analyses d’experts en tout genre pour revenir à l’interprétation, dans ce contexte, de la succession de Leon XIV à François.

Introduction

En guise d’introduction, une introduction sous le ton de la légèreté en débit des enjeux, je citerai l’auteur du Chat du Rabbin, Joann Sfar,  qui fit sienne, en l’adaptant à notre époque une déclaration de Clémenceau: « c’est à celui qui aura la barbe la plus longue »!

C’est bien là une première interprétation du monde qui nous entoure, observons les juifs orthodoxes, les orthodoxes russes ou ukrainiens, les musulmans islamistes, les évangélistes, les protestants…en relation aux principaux conflits en cours. 

Décidément les Gott mit uns, In God we trust, God save the Queen, encore récemment le Président Trump parle du « retour de Dieu »… sont au goût du jour, il y va dans un premier temps d’un accaparement du religieux par le politique et les institutions, mais là où le bât blesse, c’est quand les autorités religieuses s’associent au politique, le conditionnent outre mesure, sans doute pensant leur démarche au nom d’un concept de temporalité, d’appartenance à un monde, à sa réalité. 

Les dérives comptent sur des composantes humaines identifiables dans toutes les religions monothéistes ou assimilables, qui en viennent à théoriser les extrémismes ainsi que le développe Pierre Conesa dans son ouvrage Avec Dieu on ne discute pas ? Aucune religion monothéiste, tout continent confondu, n’échappe à ce pourcentage non indifférent de croyants convaincus de détenir une vérité et à devoir l’imposer ou la défendre en toute circonstance et par tous les moyens, souvent en contradiction radicale avec la nature des textes et des traditions qui servent chacune de ces communautés religieuses.

Mais revenons à ce que je n’hésite pas à décrire comme une rupture du Pape François avec la dominante temporelle de ses prédécesseurs.

Très vite, à l’écriture de cette présentation s’associèrent les images du film de Roland Joffé « the Mission » en 1986, exemple de confrontation entre un repentis guidé spirituellement par un groupe de jésuites face à une église catholique aussi temporelle que cynique.

Comme nous le verrons, cette dimension spirituelle du pape François ne fut pas toujours facile à métaboliser pour les fidèles d’une église conditionnée par les défis du quotidien. Mais abordons les deux thèmes évoqués: la guerre en Ukraine et la question des migrants.

Précisons les origines de cette conversation d’aujourd’hui mais aussi et surtout des questions que je me suis retrouvé à me poser; aux origines les liens et travaux privilégiés du Pape François avec le président de l’association des vieux croyants, Leonid Sevastianov, rapidement présenté comme l’ambassadeur personnel du pape en Russie, que j’assistais en qualité d’ami personnel. 

Je découvrais progressivement l’importance d’un pape issu et représentant d’un monde multipolaire. Très vite la dimension et l’approche spirituelle du Pape s’affirmèrent au regard de papautés qui souffraient ou choisissaient de ne pas prendre le dessus sur la temporalité : Benoit XVI, grand théologien, Jean Paul II pape historico-politique, Jean Paul 1er victime du temporel, enfin Paul VI le pape du Concile.

Le Pape François 

Le pape François s’est régulièrement exprimé sur des questions internationales comme la guerre en Ukraine ou les flux migratoires. J’ai pris ces deux exemples même si le pape était bien évidemment spirituellement sur tous les fronts et enjeux de notre monde, mais ces deux exemples illustrent les clivages au sein même de la communauté catholique, générés par les manquements à la compréhension de sa dimension spirituelle. 

a) Ukraine

Prenons l’Ukraine, trop souvent les prises de position en faveur de la paix furent interprétées comme une allégeance aux russes, pourtant, rappelons-le,  au cours d’une période où la seule évocation de la paix était associée de part et d’autre à une forme de traitrise. Rappelons-nous aussi du tollé soulevé par l’évocation d’un drapeau blanc dont l’interprétation fut celle hollywoodienne de la capitulation alors que son sens originel relevait d’une invitation au dialogue, au pourparler ! (Rappelons-nous du film Joyeux Noel de Christian Carrion en 2005) 

François sut à différentes reprises s’attirer les foudres des églises orthodoxes ukrainiennes et russes, qui de par leur prise de position respective semblent avoir résolument oublié les fondements spirituels de leur existence s’impliquant dans une temporalité belliqueuse exacerbée. A ce titre les vieux croyants nés d’un schisme « Raskol » avec l’Église orthodoxe en 1666, promu par Avvakum (Pierre Pascal Avvakum et les débuts du Raskol) en rupture avec le rapprochement entre le patriarche orthodoxe Nikon et le Tsar Pierre le Grand,  n’ont jamais prêté à confusion, ne s’affichant jamais aux côtés ou en soutien aux belligérants. C’est probablement ce qui a pu aussi irriter le patriarche Kirill, au-delà des liens personnels entre le Pape et le président de l’association des vieux croyants.

b) Migrants

Sur la question des migrants, ceux qui voyaient en ce pape jésuite un salut pour l’église ont pu aussi se déchirer car s’il est indéniable que les questions migratoires deviennent des enjeux culturels, géopolitiques voir civilisationnels, il est tout aussi vrai que la spiritualité doit conduire au respect de ces populations, et de leurs souffrances, sans faire abstraction par exemple du fait que les migrations sud-américaines vers les USA sont majoritairement catholiques alors que les migrations vers l’Europe sont majoritairement musulmanes. Le message des évangiles est sans ambiguïté et il est du devoir spirituel du pape à exprimer sa compréhension voir son soutien alors que la temporalité et les décisions qui peuvent l’accompagner devraient exclusivement relever des pouvoirs politiques en place.

L’angle d’approche du pape François repose bien plus sur une remise en perspective, c’est résolument remettre au centre de la réflexion et des prières la dimension de l’héritage spirituel du christianisme, qui n’a cessé de se confronter au cours des siècles aux conflits, luttes, rivalités, guerre de pouvoirs jusqu’à l’intérieur des murs du Vatican. Et quand tout cela a-t-il pu commencer sinon depuis la consécration de la temporalité de l’église que l’on peut situer au IVe siècle quand l’empereur Constantin accorde au pape Sylvestre un territoire indépendant sur lequel il devient souverain, le futur Vatican.

Si Vatican II a pu réfléchir sur la corrélation entre la notion de pape souverain indépendant et celle de patriarche, responsable des valeurs de l’église catholique, il faudra attendre le pape François pour observer clairement la quête au quotidien de la spiritualité, tant dans l’organisation de sa vie quotidienne au Vatican que dans les combats qu’il poursuivra au cours de sa mission. Peut-être un peu facilement pourrait-on voir deux obédiences d’origines espagnoles engager des luttes intestines de pouvoir: l’Opus Dei dont ses deux prédécesseurs étaient proches, et lui le jésuite. Si l’on ne craignait pas de sombrer dans la temporalité de l’exercice, un règlement de comptes entre Ignace de Loyola et Josémaria Escriva. Une visite des sépultures de ces deux maîtres spirituels, toutes deux à Rome, peut servir d’indicateur.  François a du se sentir bien seul à livrer ce combat face une temporalité dominante au sein des confessions en proie à des implications majeures, directes et indirectes dans de nombreux conflits.

La temporalité des enjeux du monde nous ramène en Ukraine, 

a) Russie Ukraine : nous en avons déjà parlé. Les tensions entre les représentants des églises ukrainiennes, déjà en partie naturellement en conflit avec le patriarcat de Moscou par exemple Église Orthodoxe d’Ukraine en 2019 ou les Uniates (gréco-catholique d’Ukraine née à la suite de l’Union de Brest 1596) n’ont fait que s’exacerber . Encore récemment l’évêque de Kharkiv Pavlo Honcharuk déclarait « Poutine ne s’arrêtera pas, il faut l’arrêter ! » et toujours avec cette dimension paranoïaque « après ce sera la Roumanie et la Moldavie »… Le patriarche de Russie n’est tristement pas en reste, s’étant associé à plusieurs reprises au conflit au nom d’une supposée guerre sainte !

Personnellement je n’accorde cependant aucune matrice religieuse au conflit, contrairement à ce que défendent Boussois et Morin dans « la guerre sainte de Poutine ». Nous sommes par conséquent dans l’essence même de la temporalité guerrière, de part et d’autre, où les églises respectives se font complices, accentuant un manichéisme ambiant, laissant peu de place par conséquent au discernement, à l’écoute, et à la diplomatie.

Mais aussi

b) Israël, Palestine, Iran et le monde : la quintessence du conflit géopolitique religieux mais ici, le risque est important de se pencher sur cette région du monde tant au manichéisme ambiant s’adjoint le risque d’être rapidement taxé d’antisémitisme en cas de critiques à l’Etat d’Israël. Je n’approfondirai par conséquent pas cette question me limitant à quelques flashs, indices ou pistes de réflexions. 

Un État affiché islamique l’Iran nie l’existence d’un État Israël (et non de sa population, différenciation toujours plus difficile sincèrement  à interpréter) tant Israël fait tout pour être de fait un État hébreu sous la pression d’une extrême droite religieuse au dépend d’une Palestine dont l’existence en tant qu’Etat, soutenu en première ligne par l’Iran, est clairement mise à mal par l’hypocrisie occidentale depuis des décennies cumulée à une certaine mise en retrait des pays arabes, que ne corrige pas vraiment la récente actualité (mais on s’improviserait presque petit prince: Dessine-moi deux États ?). De nombreux théologiens et politiques, en marge du mouvement sioniste de Herzl, se sont penchés sur les conséquences possibles de la naissance de l’Etat d’Israël sur la mystique juive vécue par les diasporas séfarades et ashkénazes . Car la naissance de l’Etat finirait par confronter celui-ci aux réalités du monde et à son possible cynisme comme l’illustre la tragique actualité. De là à faire un lien entre la naissance du Vatican et la naissance d’Israël, la de-spiritualisation résultante, il n’y a qu’un pas, que je franchis.

c) Irak : on assiste pour l’automne de cette année, dans le cadre des élections parlementaires, à une prolongation guerre Iran Irak, chiites/sunnites qui vit les américains d’abord en soutien aux sunnites de Saddam Hussein se retourner plus tard contre lui et par conséquent aussi la population sunnite… mais comme récite  un dicton arabe, si deux loups qui se battent voient passer un renard, ils se mettent à courir derrière le renard… depuis le retrait des américains d’Irak, une des rares convictions partagées par la grande majorité est une défiance, voir une haine des américains. Les élections consacreront par conséquent l’importance des deux courants qui traversent principalement l’Islam dans un rapport de force conditionné par le rôle qu’entendent jour les principaux états sunnites et chiites. 

d) Arménie: récemment le gouvernement Pashinyan, dans le cadre du jeu d’influences sur cette région tiraillée depuis plus d’un siècles, entre le dépassement de la mémoire avec son voisin turc jusqu’au conflit avec son autre voisin de l’Azerbaïdjan,  s’en est pris à l’église qui représente une influence politique souverainiste et conservatrice; à elle seule, cette définition de l’église arménienne est une capitulation au pouvoir temporel de son église, entretenue par un ample soutien dans la diaspora arménienne. 

e) Oltre Tevere :cette notion nous échappe, en France, totalement; il faut avoir vécu à Rome et s’être intéressé à la politique italienne pour comprendre ce que « oltre tevere, outre Tibre » peut vouloir signifier. Outre Tibre, c’est le Vatican et tout son pouvoir dans le conditionnement des grandes lois de société italiennes comme par exemple le divorce, l’avortement, aujourd’hui l’euthanasie mais aussi des lois plus communes. A Rome, les chambres, les parlementaires s’interrogent tout le temps sur la pensée de outre tevere sur telle ou telle loi. La temporalité au quotidien.

La spiritualité par conséquent résolument mise à mal

Même si elle tente de se doter d’instruments institutionnels comme la communauté de Sant’ Egidio ou, 

a) La conférence de Stockholm. Mais si le moment clé du mouvement œcuménique – la première conférence de Stockholm – les églises chrétiennes pour la paix – valut à son initiateur Nathan Söderblom le prix Nobel de la Paix en 1930, fort est de constater que la récente conférence de Stockholm, mois d’août 2025, n’est sous des apparences photographiques qu’un constat d’échec ponctuel et conceptuel, car les églises chrétiennes dont les pays sont en conflits n’y ont tout simplement pas pris part.

b)  mais le travail de récupération est permanent comme dans le recours au principe de civilisation judéo-chrétienne chrétienne :

Expression de la temporalité réciproque, conjonction du politique et du religieux, la volonté d’inscrire les racines judéo- chrétiennes dans la constitution européenne. J’y ai vu, dès le début de cette tentative d’intégration aux textes fondamentaux européens, une omission, un déni, presque un négationnisme, n’ayons pas peur des mots, de pans entiers de notre histoire européenne: l’apport des héritages païens celtes, scandinaves, étrusques, grecs, romains mais aussi de l’Islam, passés à la trappe! Une pure volonté illustration de la récupération du religieux par le politique, dans ce cynique jeu de va et vient entre ces deux majeures expressions du pouvoir temporel.

Cela sans compter l’interprétation que livre Sophie Bessis dans « anatomie d’une imposture » qui va  jusqu’à nier l’existence  même d’une civilisation judéo chrétienne qui ne serait qu’une réduction occidentale arbitraire, en s’interrogeant sur ce que l’auteur dénonce comme un schisme géographique avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie catholique? mais aussi, précise-t-elle, un amalgame pour voiler un anti sémitisme latent dans l’histoire de l’Europe, tentant de dépasser, par la syntaxe « judéo-chrétien » un  antijudaïsme théologique, tout autant catholique, qu’orthodoxe que luthérien ! Alors que paradoxalement elle réitère la corrélation entre les mondes arabe et hébraïque, résolument plus naturelle.

L’Islam et le Christianisme s’opposent dans leur vocation universelle, le monde gréco-latin (j’élargirais en monde païen) quant à lui ne s’exportait que par des motivations politiques et non religieuses, et alors que le judaïsme se présente lui comme peuple élu, le christianisme associé aux empires dès le IVe siècle se pose bien plus en pouvoir temporel, s’imposant à un polythéisme fondamentalement européen alors que le monothéisme relève d’une matrice plus orientale. 

On assiste par conséquent au triomphe du temporel religieux sur la géopolitique

La géopolitique est par conséquent une des majeures expressions d’une temporalité privée de toute spiritualité; les inquiétudes sont légitimes pour les non croyants car la récupération par l’humanité et les états la composant de référentiels religieux, pour ne pas dire trop souvent de bénédictions aux combats, voire de justifications, ne peut porter qu’à des visions toujours plus manichéennes où résistance et terrorisme, bien et mal ne sont que les deux faces de mêmes médailles.  

On retrouve par ailleurs dans « Géopolitique du Christianisme » de Chélini-Pont et Liogier le rappel de l’importance du fait religieux dans la géopolitique transnationale. Les récents accords d’Abraham apparaissent comme un prolongement d’actualité de leurs analyses.

On y reparcourt la genèse d’un monde monothéiste naissant, indifférent aux questions politiques et les restes fondateurs d’un monde polythéiste, multiforme dans son essence, les évolutions de l’orthodoxie, un protestantisme « campé dans une géopolitique des confessions« , le Saint Siège à l’heure de l’écroulement du communisme, de l’explosion des christianismes en Afrique, en Amérique latine et en Asie, pour s’interroger sur un retour au religieux temporel  paradoxalement au dépends du religieux spirituel. Sous une forme plus sociétale la capacité de répondre « à la demande individuelle de la transcendance et à la demande collective de finalité sociale » aujourd’hui géopolitique. Les schismes ne sont-ils d’ailleurs pas autant de faillites du spirituel vis à vis du temporel ?

Premiers éléments de conclusion

Avant d’aborder ma conclusion, je voudrais ici mentionner qu’au cours de rencontres en Algérie avec des communautés  soufistes, à El Oued en particulier, et alors que mon interlocuteur algérien se rappelait, non sans émotions, de son enseignant de Français Monsieur Cartier en 1954, nous eûmes l’occasion d’évoquer la réflexion de Abd El Kader, dans « Écrits spirituels » sur les visions unitives et séparatives, qui présentent des analogies structurelles avec les projections du spirituel (unité divine) et du temporel (multiplicité du monde), très loin des caricatures de l’Islam auxquelles nombres de nos dirigeants et médias tentent de nous associer.

Le temporel l’emporte aussi dans la construction médiatique de références : Jean François Colosimo, auteur de plusieurs ouvrages sur les mutations contemporaines du fait religieux est désormais présenté comme un expert de la Russie et des relations internationales: ce qui est ici rappelé ce n’est pas une mise en doute de ses compétences, même si elles sont désormais dictées par ses conclusions – ce qui l’oppose au comportement qui devrait être celui d’un analyste ou chercheur – mais que l’angle d’approche en amont est le religieux, qu’il revendique dans le seul titre de son livre « la crucifixion de l’Ukraine, mille ans de guerres de religions en Europe », apportant paradoxalement de fait des arguments solides au parcours auquel je tente de vous inviter aujourd’hui par le biais de cette réflexion, d’où la résultante nécessité de retourner à la Parole et au spirituel ainsi que nous y invitait le pape François aussi dans sa « lettre apostolique  sur Pascal ».

Conclusion

Dans ce XXIe siècle que Malraux anticipait comme « spirituel ou ne sera pas » à certaines réflexions de Gilles Kepel « la revanche de dieu », on perçoit des retours à la religion, assimilable à des quêtes d’identités perdues ou mises en péril,  victime de décennies globalistes logiquement associés aux velléités communautaristes en contre poids.

C’est dans ce contexte que la prudence s’impose, car l’identité retrouvée par la religion la projette automatiquement dans un monde temporel, bien loin de la révélation de la foi qui relève de la spiritualité. François, dans ses échanges, dans ses textes, dans ses choix de pontificat n’a fait que très peu de concessions au temporel et l’a inscrit comme une volonté d’offrir au monde l’exemplarité du spirituel comme solution aux enjeux du monde. Peut-être a-t-il mûri cette approche quand il fut confronté à la dictature en Argentine comme l’évoque le film The two Popes de Fernando Meirelles qui retrace en fiction les échanges entre Benoît XVI et François.

Sa mort semble écrite dans la lignée de sa spiritualité, un lundi de Pâques. Dès lors, comment tenter d’interpréter la succession de Léon XIV à François.

Léon XIV un vote bref, une majorité historique: le dessein de François? François l’a répété à plusieurs reprises, sont en jeu les valeurs morales universelles chrétiennes. Il lui fallait assurer un Vatican plus que jamais à l’écoute d’un monde multipolaire, capable de se faire entendre par l’ensemble de la communauté et qui de mieux qu’un pape américain pour poursuivre et développer la mission tracée par François…

François, évêque de Rome, avait une vision pour Rome, en faire une ville de la paix, une ville ouverte, sans nul doute en relation avec les prières de Notre dame de Fatima qui, entre autres, rappelait « la Russie est un pays particulier à travers lequel le christianisme doit renaitre ». Il savait qu’il eut été difficile de promouvoir, en catholique, la paix entre deux pays orthodoxes, mais ce dépassement de Rome eut pu créer des conditions plus favorables; Léon XIV n’a-t-il pas dès son arrivée remis le Vatican au centre de possibles échanges, tout en donnant des signes rassurant à qui pouvait apparaître antagoniste aux orientations de François, comme l’Opus Dei.

Si je devais qualifier le lien entre les deux évêques de Rome, je dirais « continuité évolutive » sans aucun doute envisagée de son vivant par François. Comment imaginer d’ailleurs un autre dessein quand on connaît les matrices spirituelles de l’un et de l’autre: deux des principales icônes du catholicisme, Saint Augustin et Saint François. Tous deux, à sept siècles de distance,  ont des parcours personnels qui les amènent à la conversion et la recherche de Dieu. Puis s’est établie une relation centrée sur la spiritualité, pour le premier l’amour de Dieu et du prochain sont indissociables, pour le second chaque créature est un reflet de l’amour divin, et si le premier le théorise tout en restant partie prenante du monde, le second le vit, optant pour l’itinérance, mais ils s’unissent dans les formes données à la prière. Ce sont là des conditionnements extrêmement forts, mais il est trop tôt pour apprécier la façon dont Léon relèvera les défis du monde, s’il optera pour la vocation spirituelle en amont qui des dialogues ou s’il cédera aux velléités du pouvoir temporel en trahissant de fait son guide spirituel. Puisse l’hypothèse d’un voyage sur les terres d’origine de Saint Augustin, l’Algérie, servir de consolidation à sa mission évangélique.

Décidément, Seigneur,  « votre royaume n’est résolument pas de ce monde ».

S.E.M. Safwat IBRAGHITH, Ambassadeur de la délégation permanente de l’État de Palestine auprès de l’UNESCO, intervention suite à la reconnaissance de la Palestine par la France

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je suis tout d’abord et comme d’habitude fasciné par ce magnifique jardin d’exposés et d’opinions, sur des sujets toujours bien ciblés et directement liés à l’actualité. Je suis tout à fait impressionné par les différentes interventions et les brillantes personnalités qui ont tout à fait, chacun et chacune, défendu leur position, avec des arguments pertinents. En arrivant ici pour un tel sujet, puisque je suis politicien à la base, mais j’ai également étudié la théologie et je faisais partie des membres et des institutions de dialogue interreligieux et il est nécessaire que nous arrivions à décortiquer ce nœud qui lie le terrestre au divin, le problème de l’État et des religions.

Il y a beaucoup de nuances. L’État confessionnel, croyant, laïque, athée, libéral, moderne, mais aussi traditionnel, conservateur… tous ces vocabulaires surviennent dans notre vie quotidienne, dans nos sociétés diversifiées, dans nos relations internationales, et j’aimerais rejoindre l’opinion de S.E.M. l’Ambassadeur Emmanuel Goût, que je salue vivement, ainsi que son brillant exposé. Effectivement, le géopolitique est dicté par le religieux. Ceci est ma conviction, que j’aimerais partager à haute voix ici.

Dans notre région, le Moyen-Orient, la Palestine, Israël, tous les conflits y sont dus. Et malheureusement il y a aussi une histoire de problèmes de reconnaissance de l’autre. Avant de parler de la reconnaissance par israélienne d’un État de Palestine on parle aussi de problèmes de reconnaissance du judaïsme, de la part des frères juifs, de leurs frères chrétiens, l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Pour les juifs, Jésus n’est jamais venu, et on ne parle pas de l’islam, le prophète Muhammad est considéré par les uns et les autres comme un réformiste. Donc la qualité sacrée n’est pas forcément égalitaire entre les trois religions monothéistes, ce qui fait qu’il y a un monopole de la vérité, d’un côté, un problème d’interprétation des textes religieux, et c’est cela à mon sens qui fait que le problème est vite exploité, et que la boussole est vite déviée de la réalité.

Voilà mes impressions très rapides sur le contenu de ce colloque. On croyait que l’extrémisme était exclusivement limité aux Musulmans, ou au monde islamique, mais effectivement nous avons très bien compris, par M. Dumont, combien il y a des mutations paradoxales et un acharnement contradictoire entre les dérives de même religion.

Donc la question est qui domine qui ? Les politiciens dominent les religions, ou est-ce les religieux ce sont eux qui dominent, qui décident pour le monde ? En prenant l’exemple américain, parce que dans votre résumé vous avez parlé d’un État laïque, et vous avez donné l’exemple de la France, qui est juste, et aussi les États-Unis d’Amérique qui, à mon sens, sont dans une autre catégorie. Pour moi, les États-Unis peuvent être définis comme un État religieux. Et nous avons très bien compris la composition de ce lobby qui domine au Congress lors des élections américaines, et qui dicte certaines politiques, même à la personne du Président.

On parlait de sionisme chrétien. Le sionisme chrétien n’est plus un phénomène secret. C’est quelque chose qui illustre parfaitement l’alliance judéo-évangéliste. Le juif aux États-Unis aujourd’hui ne représente pas plus de 3 % de l’électorat américain, mais ce sont les évangélistes, tout à fait convaincus d’une condition préalable, pour que Jésus revienne sur Terre (puisque pour eux il est déjà venu, et les juifs ne croient pas que Jésus est venu), qui est qu’Israël doit être établi comme État purement juif. Puis, par la suite, Jésus arrive et tout le monde se convertit à la religion de Jésus, car le maître est là, est descendu. Donc finalement, les évangélistes et les juifs ne se reconnaissent pas forcément, ce n’est pas la même doctrine, mais il y a une alliance doctrinale autour de mêmes intérêts et d’un même objectif, ce qui fait que les Palestiniens paient le prix de ce véto américain, car là-aussi c’est une démonstration de force, pendant que le monde entier voit que tout ce qui passe par le Conseil de Sécurité, de 14 membres, qui doit quand même être le garant de la paix et de la sécurité internationales, tout ce qui passe par cette instance est bloqué, tout le temps, par le véto américain. Lorsqu’il s’agit d’Israël, on ne peut rien faire, on doit contourner les coulisses pour aller enfin se contenter d’une décision adoptée par l’Assemblée générale. Cela ne justifie pas, mais du moins explique que l’État de Palestine peine encore à trouver sa place, normalement, souverainement, d’une façon égalitaire avec toutes les autres nations du monde.

La Palestine n’est pas un pays qui est un surplus de la carte, mais un pays qui manque à la carte. Cela fait 77 ans depuis le projet de partition de la Palestine, qui était un projet injuste, mais qui est la seule raison sur laquelle Israël s’est fait proclamer. C’est la seule raison juridique qui permet à Israël d’être membre à l’ONU. Et je dois peut-être rappeler qu’Israël est le seul pays au monde, dans cette communauté internationale, qui a adhéré selon un accord particulier, l’accord de Lausanne de 1949, qui met deux conditions afin qu’Israël soit admis en tant que membre à l’ONU.

La première condition, son acceptation d’appliquer le partage, c’est-à-dire à l’intérieur de ces frontières proposées par la Grande-Bretagne en sa qualité de puissance mandataire, soit 56 % environ de la Palestine historique en État juif, et le reste (44 %) en État arabe palestinien, et moins d’1 % sous tutelle internationale, ce qui représente la région Jérusalem-Bethléem, lieu sacré chrétien, musulman, juif, patrimoine pour les trois religions monothéistes.

La deuxième condition était d’accepter le retour des réfugiés palestiniens dans leur patrie (environ 1 million d’expulsés à partir de la Nakba, première tragédie). Et donc je crois que quand on a soumis à M. Truman le projet de la reconnaissance d’Israël, on lui a proposé le texte et il a barré le mot « juif » (et le texte nous l’avons, il se trouve dans les archives) et a mis « État d’Israël », pas « juif ». Les Américains sont les premiers alliés d’Israël, mais à cette époque ils n’étaient pas leurs premiers alliés, bien qu’ils furent quand même les premiers à avoir reconnu Israël en tant que membre (et une demi-heure après, c’était l’URSS), ils n’ont pas voulu qu’Israël soit admis en tant qu’État religieux, parce que normalement dans la communauté internationale les critères d’un État doivent se conformer aux critères terrestres. Personne ne reconnaît l’Arabie saoudite en tant que pays sunnite, ou le Vatican en tant que pays catholique, ou l’Allemagne en tant qu’État à héritage protestant, ou l’Iran en tant qu’État chiite, ou l’Inde en tant qu’État hindou, etc. Donc les États se proposent selon la déclaration et le pacte des Nations Unies. On accepte ou on n’accepte pas, et après chaque État est libre de se définir avec ses critères, avec son identité, mais cela ne concerne pas les relations internationales. C’est pour cela que M. Truman a mis dès le départ ce trait sur le mot « juif ».

Le problème, actuellement, n’a pas beaucoup changé. Le problème nécessite des théologiens, pas des politiciens. Parce que le droit international est tout à fait absent, non-appliqué, parce que finalement le maître du monde, la première puissance mondiale, alliée à la fois à Israël sur une base doctrinale, une alliance purement religieuse, mais cynique. Donc tout le monde aujourd’hui… et en premier lieu notre peuple palestinien à Gaza, anéanti, détruit, face à cette guerre, à cette machine génocidaire. Pourquoi ? Parce que les Américains n’ont mis aucune pression, en tout cas, pour arrêter cette guerre. C’est M. Trump qui dirige les pourparlers pour libérer les otages, c’est lui qui donne le feu vert à l’armée israélienne d’aller jusqu’au bout. Tout l’humanité est dans un panier, les Américains et Israël dans un autre panier.

Voilà le complexe, voilà le reflet et les répercussions de ce magnifique dialogue, mais en prenant le cas américain, on comprend facilement et directement la complexité et la sensibilité de ce conflit qui se passe ailleurs, sur une petite parcelle de territoire, mais dont l’auteur est bien soutenu, et c’est pour cela qu’Israël et ses politiques agissent en toute impunité, parce que quoi qu’il arrive, « on s’en fout des autres, on a les Américains »… C’est eux seuls qui peuvent avoir le dernier mot sur cette région. La région du Moyen-Orient appartient depuis 1945, la fin de la Seconde Guerre mondiale, aux Américains. Et c’était un des partages convenables entre les cinq grandes puissances. Les Américains ont ce lot, la Chine a sa zone de la mer de Chine, la Russie (l’URSS à l’époque) l’Europe de l’Est et certaines parcelles, on essaie de s’intercepter mais finalement il y a une règle du jeu entre les cinq grands, on parle aussi de la France, avec ses anciennes colonies en Afrique, et la Grande-Bretagne. Donc aujourd’hui, le sionisme chrétien, c’est le problème. L’alliance doctrinale basée sur des récits bibliques, est un problème, est notre problème en Palestine. Nous sommes victimes de cette croyance et de cette conviction.

Pour terminer, la laïcité est un mode de gouvernance politico-sociétal, mais la liberté c’est une valeur universelle. On ne peut pas, nous en Palestine, développer un mode de gouvernance sur-mesure, à l’instar du modèle français, ou à l’exemple allemand. C’est un peuple croyant, mais c’est un peuple pluraliste, qui a aussi dans ses gènes le vivre-ensemble, parfaitement expérimenté entre toutes les composantes religieuses et raciales qui font et qui forgent l’unité et le caractère de ce peuple palestinien.

Mme. Julienne MORISSEAU, Représentante régionale Afrique Comité Club Creator, Zonta International, Présidente Zonta Club Paris Port-Royal (2017-2022)

« Femmes, État et Religions : entre liberté, égalité et soumission ».

Monsieur le Président, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs bonjour, je suis Julienne Morisseau, je représente le Zonta International, qui est un club-service américain, donc comme le Rotary club, comme le Lions club, pour la zone Afrique. Le sujet que j’ai choisi de traiter est relatif aux femmes : « Femmes, État et Religions : entre liberté, égalité et soumission ».

Si le bloc de constitutionnalité pose le principe de l’égalité des droits humains, les droits des femmes étant partie intégrante des droits humains, l’État est garant de la Constitution. Les traditions religieuses monothéistes, imprégnées d’une forte culture patriarcale, légitiment et normalisent les inégalités des sexes. Les héritages religieux scellent le principe de l’infériorité des femmes, des stéréotypes de genre, en valorisant les vertus des femmes pieuses, soumises, tout en mettant sur un piédestal le sexe premier, le sexe masculin. Les religions monothéistes énoncent des préceptes qui verrouillent les rôles, contrôlent les corps et les comportements féminins. Ces religions dépouillent les femmes de toute liberté. Il est intéressant de comprendre comment l’État, garant des libertés, parvient à un juste équilibre entre le respect des droits humains et l’égalité des droits des femmes, ainsi que le respect de la liberté religieuse, tout en mettant en exergue le principe de la laïcité. Pour rappel, comme l’avait précisé mon voisin, en France la séparation des églises et de l’État a été adoptée le 9 décembre 1905, donc qui établit la laïcité, qui garantit la liberté de conscience, tout en interdisant le financement public des cultes.

La religion ne peut en aucun cas servir de prétexte ou de justification visant à une limitation de droits fondamentaux et universels, spécialement des femmes. Dans ce contexte, les femmes voguent entre liberté, chèrement revendiquée, égalité constitutionnelle, et, souvent, soumission subconsciente, intériorisée ou imposée. Le sujet reste perplexe, complexe, épineux, car la soumission peut être le fruit d’un choix volontairement assumé, ou le fruit d’une intériorisation de contrainte, car État et système religieux font deux blocs, qui (…) le quotidien des femmes, les esquisses de liberté, d’égalité, de soumission. Il est curieux également de voir comment les interprétations masculines des dits textes religieux sacrés régissent la femme, les apparats, leur toilette, je peux prendre pour exemple les codes vestimentaires stricts imposés par certaines religions, le port du voile et autres, le contrôle du corps de la femme avec l’interdiction de l’IVG en cas de viol notamment, la sacralisation de la femme lié à son statut de femme vierge, virginité, pureté, au mariage, ces interprétations biaisées, genrées, des écritures sacrées, mènent à de graves dérives au détriment de la femme, à l’usage de la violence, parfois, pour asseoir la domination masculine sur le sexe faible. Dans les cas extrêmes, mais qui ne sont pas marginaux pour autant, les mutilations génitales féminines, dans certaines cultures, appuyées par la religion, du moins par l’interprétation biaisée masculine.

Ceci dit, il est important de préciser que les textes sacrés religieux reflètent leur époque, puisqu’il ne faut occulter que la notion d’égalité entre l’homme et la femme est très récente. La première déclaration des droits de la femme citoyenne, grâce à Olympe de Gouges, date de 1791, donc de la Révolution française. Aujourd’hui, nous assistons à un mouvement croissant de réinterprétation féminine des textes sacrés, ce qu’on appelle le féminisme théologique, qui cherche à redonner du sens, une place centrale et égale aux femmes dans les traditions religieuses. Certes, les mentalités évoluent, mais lentement, confrontées à la résistance au changement. La place des femmes dans les religions est bien différente en fonction du contexte culturel, les interprétations des textes sacrés et l’évolution sociale et politique. Il existe donc une tension constante entre valeurs traditionnelles et revendications modernes en matière de droits des femmes, chaque religion a sa dynamique interne.

Concernant le contexte culturel, nous notons que la femme occupe une place centrale, elle est d’ailleurs vénérée dans les religions traditionnelles autochtones, où elle évoque la fertilité, la terre, la sagesse ancestrale. En Amazonie, en Amérique du sud, au sein de plusieurs cultures amérindiennes, les femmes jouent un rôle crucial dans la gestion de la communauté et dans les rites de passage. Elles sont souvent comme des détentrices de sagesse, et gardiennes de la famille, des secrets et de la nature. En Afrique, au sein des religions africaines traditionnelles polythéistes, les femmes ont également une position clé dans les pratiques religieuses, et souvent sont vues comme des médiatrices entre le monde des ancêtres et celui des vivants. Elles sont parfois des prêtresses et des guérisseuses.

Indépendamment de l’État et aux religions, le Zonta International, qui est donc le club-service américain après le Rotary club, a la particularité d’être un club mixte, composé de membres masculins et féminins qui travaillent ensemble pour faire avancer le statut de la femme, également les droits de femmes, et ce depuis plus d’un siècle, depuis 1919. Nous travaillons ensemble à faire en sorte que les femmes parviennent à l’autonomie, grâce à l’entrepreneuriat, grâce à des métiers dans des secteurs d’activité dans lesquels nous sommes sous-représentées, et nous travaillons à ce que l’égalité des droits des femmes soit une réalité, non un mythe. Nous prônons le respect des droits des femmes, et donnons l’opportunité à chaque jeune fille dans le monde de pouvoir réaliser leur rêve en permettant aux femmes d’accéder aux postes à responsabilité, de pouvoir, et ce grâce à un système de bourses. Plus de 300 000 dollars de bourses chaque année qui sont dispensées pour que les jeunes filles puissent accéder à leurs rêves, notamment accéder aux plus hautes sphères d’influence au niveau étatique. Aujourd’hui, nous avons comme membres d’honneur Simone Veil, Helen Clark (l’ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande), et tout ceci grâce au système de mentorat du Zonta.

Mon unique phrase de conclusion sera : ni l’État, par le biais de son système législatif, ni la religion, par ses préceptes et croyances imprégnées par les interprétations patriarcales, ne doivent être un moyen d’oppression liberticide pour les femmes. Femmes porteuses de messages de paix, pour un monde meilleur, pour nos enfants, la génération future. Merci.

M. Laurent LADOUCE, Chargé de recherches à la Fédération pour la Paix Universelle (FPU), « Une nation est une âme, un principe spirituel ».

Comment poser la question du lien entre le fait spirituel et le fait national ? Certains courants spirituels ont généré un désir d’incarnation politique, la quête d’une communauté nationale idéale. Pour le Pape Pie XI, La politique était ainsi la plus haute forme de charité. D’où vient ce désir ? quelle fin poursuit-il ?

Dans l’autre sens, tout projet politique de bâtir une nation comporte une idéologie qui fonde sa légitimité. Dans certains cas, l’élément spirituel constitue le noyau (explicite ou implicite) de l’idéal national. Pourquoi cette invocation du transcendant dans le vivre-ensemble national ?

Pour répondre à ces questions, commençons par étudier le phénomène national. 193 États souverains sont aujourd’hui reconnus à l’ONU. Une nation se définit par trois éléments :

  • son territoire
  • sa population
  • sa souveraineté.

Autrement dit, une nation est un État souverain et reconnu, exerçant le pouvoir politique sur une population définie, laquelle est maîtresse sur un territoire donné délimité par des frontières.

La population et le territoire sont les matériaux constituants d’une nation, ce dont elle est faite. L’élément matériel est en partie quantifiable. Une nation est une masse démographique peuplant un territoire mesurable, dont elle tire des revenus chiffrés. On classe ainsi les nations selon le nombre de leurs habitants et selon la surface de leur territoire.

Pour simplifier, la population et le territoire constituent en grande partie la physique d’une nation, ainsi que sa physiologie. Or la nation est animée par un système nerveux qui émane de la tête même du pays, c’est-à-dire de sa souveraineté, de son pouvoir central de décision, relayé par les pouvoirs locaux. La volonté et le pouvoir d’une nation découlent d’une vision, ou encore d’une idée maîtresse, exprimée dans sa devise, son hymne, sa constitution. De Gaulle disait ainsi : « toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France ».

On évoque ici une valeur immatérielle, non quantitative, mais réellement spirituelle et qualitative. Chaque nation se sent investie d’une mission quasiment sacrée, d’une alliance tacite avec une forme ou une autre de prédestination ou de vocation. Nous ne sommes pas dans la physique des nations, mais dans leur métaphysique, le pourquoi et aussi la finalité ultime de leur existence. Avoir une certaine idée de sa patrie, c’est la chérir non pas telle qu’elle est actuellement, mais telle qu’elle doit être à jamais. Dans son texte célèbre, Qu’est-ce qu’une nation ? Ernest Renan déplore : « nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques ». Or il l’affirme avec une conviction retentissante : « la nation est une âme, un principe spirituel ».

Nous reviendrons à Renan. Nous rappellerons aussi l’idée hébraïque d’une alliance entre Dieu et son peuple. Cet idéal évoque une triple bénédiction sur les nations, à savoir une bénédiction spirituelle, une bénédiction politique et une bénédiction économique.

Nous y reviendrons, mais évoquons brièvement deux autres modèles de vision des liens entre le spirituel et le national en Asie. 

L’archipel singulier du Japon en extrême orient est si unique que Samuel Huntington, dans Le Choc des Civilisations, fait du Japon un pays-civilisation à lui tout seul, comme l’Inde, mais pour des raisons différentes. Qu’a donc de si singulier ce Japon, quel fut son ressort pour devenir la locomotive de l’Asie pendant des décennies et occuper la place de N°2 dans la puissance économique, derrière les États-Unis ? Le logiciel japonais est celui d’une population homogène, longtemps isolée. Elle a cultivé son territoire avec minutie. Le Japon demeure le dernier empire sur terre, après la disparition de l’Empire éthiopien et de l’Empire d’Iran. Héritier de la plus ancienne dynastie du monde, qui a 2600 ans, l’Empereur japonais, le Tenno, est le chef suprême du Shinto, la religion non dogmatique qui est le marqueur le plus puissant de l’identité japonaise, et d’elle seule, malgré les apports considérables du bouddhisme, puis de la pensée occidentale. Le Japon a repoussé l’idéal chrétien, mais croit en son élection. Dans le shintoïsme, Amaterasu Omikami est la déesse du Soleil. Selon la mythologie, elle a donné naissance à la lignée de tous les empereurs japonais. Elle aurait introduit la riziculture, la culture du blé et les vers à soie. Elle figure sur le drapeau japonais sous l’apparence du disque solaire. Le sentiment d’être une nation totalement à part a été un moteur très puissant du développement moderne du Japon

Regardons l’Indonésie. Une population majoritairement malaise de 250 millions d’habitants est maîtresse d’un archipel, le plus vaste du monde. Ses 17 000 îles couvrent trois fuseaux horaires. Ce territoire est l’héritage colonial laissé par les Pays-Bas. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde mais Sokarno lui a donné une idéologie nationale singulière, intitulée Pancasila. Le mot Pancasila signifie Cinq Principes et provient du bouddhisme. Les cinq principes du Pancasila sont les suivants :

  1. foi en un Dieu unique,
  2. humanité juste et civilisée,
  3. unité de l’Indonésie,
  4. démocratie guidée par le consensus,
  5. justice sociale pour tous

Selon Alain de Sacy, le Pancasila est le « condensé de la personnalité indonésienne, la source des lois, donnant un but et une direction. C’est une remarquable formalisation des principes d’inclusion d’une société extraordinairement pluraliste ».

Pour simplifier, disons que le Pancasila situe l’homme indonésien dans cinq espaces concentriques :

1. « La foi en un Dieu unique » l’inscrit dans un espace cosmique par adhésion à des valeurs sacrées. Dieu est Tuhan (déité) et non Allah. Cette philosophie rappelle la devise des États-Unis (in God we Trust), et l’idéal d’une « religion civile ».

2. « L’humanité juste et civilisée » l’inscrit dans un espace anthropologique, « la famille humaine » par adhésion à des valeurs humanistes universelles.

3. « L’unité de l’Indonésie » l’inscrit dans un espace patriotique par adhésion aux valeurs malaises. La devise nationale Unité dans la diversité, rappelle le E Pluribus Unum, devise des États-Unis jusqu’à 1956.

4. La « démocratie guidée par la délibération et le consensus » l’inscrit dans un espace politique, par adhésion à des principes républicains.

5. La « justice sociale pour tous » l’inscrit dans un espace socio-économique par adhésion à une éthique sociale. Le travail de tous pour exploiter les ressources a pour contrepartie la protection de chacun.

Abordons à présent la mystique de la nation occidentale d’un point de vue judéo-chrétien.

Pour Claude Tresmontant, l’histoire sainte d’Israël est la création de Dieu dans l’histoire humaine, après la création de l’univers et de l’être humain. Après la période des Juges, Israël devient le Royaume-Uni pendant environ 120 ans bibliques, sous les règnes de Saül, David, Salomon. Cet idéal de la royauté davidique a hanté l’imaginaire occidental. Israël se dit porteur d’une triple bénédiction :

  • une bénédiction spirituelle, avec le don de la parole de Dieu et du Décalogue par le prophète et législateur Moïse.
  • une Bénédiction politique. Choisies par Dieu, les 12 tribus d’Israël sont les descendants d’Abraham, Isaac et Jacob. C’est le peuple circoncis, d’une lignée particulière, avec un Roi qui reçoit l’onction d’huile et qui attend le Messie.
  • Enfin, ce peuple élu a reçu une terre promise, la terre de Canaan, où coulent le lait et le miel, après la longue pérégrination d’Abraham.

Cette présentation simplifiée peut ressembler à une image d’Épinal idéalisée. C’est pourtant cet idéal de la royauté davidique qui a plus tard inspiré les dynasties mérovingiennes et carolingiennes, toute l’architecture politique du Saint-Empire romain germanique une partie non négligeable de l’histoire britannique.

L’Eidgenossenschaft helvétique

À l’origine, la Suisse est un « serment devant Dieu », Eid, prêté par des compagnons de même rang Genossen, qui rompt avec les règles féodales. La Suisse est souvent vantée pour sa capacité d’être un État fédéral supra culturel, multilingue, uni autour de valeurs fondamentales. Relisons le préambule de la Constitution.

« Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici … »

Venons-en à la conclusion et relisons le texte de Renan

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà la condition essentielle pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. Le chant Spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie.

Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser.

Ici, il est bon de rappeler deux autres définitions de la nation. la nation est définie comme une invention de tradition par l’anglais Eric Hobsbawm, qui rejoint un peu la notion d’héritage indivis renvoyant au passé et aux racines spirituelles d’une nation. La nation est définie comme une communauté imaginée par l’irlandais Benedict Anderson, qui précise : « Elle est imaginée parce que les membres de la nation même la plus petite, ne connaîtront jamais la plupart de leurs compatriotes et pourtant, dans l’esprit de chacun est vivante l’image de leur communion ».

Mais revenons à Renan :

« … avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l’heure : « avoir souffert ensemble ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes ; car ils imposent des devoirs ; ils commandent l’effort en commun.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir ».

M. le recteur Gérard-François DUMONT, Professeur à Sorbonne Université, Président de la revue Population & Avenir, Vice-Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « XXIe siècle : une nouvelle géographie mondiale des religions ».

Merci Monsieur le Président. Compte tenu de l’horaire, je vais déroger au principe de la prospective, puisque je vais vous proposer des évolutions possibles de la géographie mondiale des religions, et la prospective suppose normalement de commencer d’abord par une bonne connaissance du présent, avant d’élaborer des scénarios. Je vais me contenter de scénarios du futur, pour ne pas prendre trop de temps à cette heure avancée, sachant que je vous propose en préalable quelques éléments qui permettent de comprendre mon raisonnement. La première, c’est que je me contenterai des trois religions qui ont le plus d’adeptes, donc l’islam, la chrétienté et l’hindouisme, sans tenir compte d’ailleurs de leurs diversités internes qui, chacun le sait, sont extrêmement nombreuses. J’ajouterai bien entendu les personnes sans religion, et les autres religions. Le deuxième élément, c’est que dans une dynamique de moyen-terme, d’un siècle en quelque sorte, on peut considérer que la géographie mondiale des religions est dictée essentiellement par des filiations religieuses, plus que par des changements de religion, c’est-à-dire en fait que la religion, en grande partie, a un caractère hérité. Et compte tenu de ces éléments, on peut essayer de dresser une prospective des changements majeurs de la géographie des religions dans le futur, sachant que ces changements seront nécessairement portés par les évolutions démographiques, compte tenu justement du caractère hérité, que je viens de citer.

Le premier élément concerne les personnes sans religion. Vu de France, on peut penser que la proportion des personnes sans religion augmente dans le monde. C’est exactement le contraire qui se produit, pour une raison bien simple, qui est que ceux qui pensent que Dieu est mort ont une faible fécondité. Et donc, le résultat, c’est que cela se traduit par des attitudes relativement malthusiennes, ce qui fait que la principale hypothèse est que la proportion des sans religion dans le monde, à horizon 2050, sera appelée à diminuer de environ un peu plus de 15 % aujourd’hui à 13 % en 2050, et encore cette baisse est un peu moindre si on considère les chiffres absolus, dans la mesure où entre temps nous espérons que l’espérance de vie augmentera (y compris pour ceux qui pensent que Dieu est mort). Donc en fait en 2050 le monde devrait être plus religieux qu’irréligieux, contrairement à ce qui peut exister dans tel ou tel pays.

Deuxième élément, la question de l’islam. L’islam, dans un certain nombre de pays, est encore porté par une transition démographique qui n’est pas terminée, pensons au Pakistan, pensons au nord du Nigéria, etc., et donc aujourd’hui le pourcentage de naissances des populations musulmanes dans le monde est supérieur à la moyenne, et donc le résultat est qu’effectivement la projection peut considérer que la part de l’islam dans les populations du monde, du fait de cette fécondité, devrait augmenter dans une part qui pourrait gagner plusieurs points, jusqu’à 30 % de la population en l’an 2050. Donc ceux-ci, comme je le disais, portés par certains pays asiatiques, l’Indonésie également, la moitié nord de l’Afrique, et puis bien sûr les pays du Nord où il y a des minorités musulmanes, dont souvent les fécondités sont supérieures à la moyenne des pays. C’est d’ailleurs intéressant de noter que les immigrantes tunisiennes en France ont une fécondité supérieure aux Tunisiennes de Tunisie. Mais le changement majeur dans l’islam, à mon sens, est moins quantitatif que qualitatif. Ce que je veux dire par là, c’est que pendant environ cinq siècles, dont depuis le XIVe siècle, donc depuis l’islamisation de l’Indonésie, les cartes de géographie des religions ne s’étaient pas modifiées. C’est-à-dire qu’il y avait une espèce d’immense espace vert, qui allait du Maroc au Pakistan, Bangladesh, Indonésie, et le Xinjiang chinois bien entendu, la moitié nord de l’Afrique, puis évidemment quelques petits territoires des Balkans, en héritage de l’occupation par l’Empire ottoman, mais toujours est-il qu’on a eu pendant cinq siècles une certaine stabilité géographique de l’islam dans ces zones dont je viens de parler. Or le phénomène majeur qui s’est produit ces dernières décennies et qui devrait normalement continuer de se produire, c’est bien sûr toutes les émigrations à partir de pays musulmans, qui répandent la religion musulmane dans d’autres pays où elle n’était pas présente traditionnellement. Et donc le phénomène majeur c’est en fait un processus de mondialisation de l’islam, qui a commencé de s’effectuer ces dernières décennies, mais qui normalement devrait s’accroître dans les décennies futures, pour une raison bien simple, c’est que l’immigration nourrit l’immigration, et que donc le phénomène devrait augmenter.

Concernant l’hindouisme, on sait que c’est quand même une religion tout à fait particulière géographiquement, puisqu’elle était concentrée quasi exclusivement sur le sous-continent indien, c’est une religion dont le nombre des adeptes a beaucoup augmenté ces dernières décennies, parce que l’Inde a commencé depuis les années 2020 à connaître sa transition démographique et donc un accroissement significatif de sa population. Même si aujourd’hui la fécondité a beaucoup baissé en Inde. Mais le changement là-aussi important c’est l’émigration des Indiens, bien sûr vers le Royaume-Uni, l’Amérique du Nord, mais cette émigration est quand même d’une intensité, tant en chiffres absolus que relatifs, moindre que celle de l’islam, ne serait-ce que parce que la source au départ est limitée, géographiquement et aussi d’un point de vue quantitatif, et donc ce à quoi nous assistons c’est plus une internationalisation de l’hindouisme, bien symbolisé par tous les temples hindouistes aux États-Unis ou au Canada, mais non à une mondialisation. C’est la différence, entre l’évolution de l’islam et celle de l’hindouisme. Bien sûr, vous pourrez me dire qu’il y a aussi cette émigration d’hindouistes dans les pays du Golfe à rente pétrolière ou gazière, sauf que ces millions d’hindouistes qui sont dans ces pays-là n’ont pas la possibilité juridique de pouvoir y résider de façon durable, d’en acquérir la nationalité, et donc tout cela n’est pas de nature à internationaliser l’hindouisme dans les pays du Golfe.

Concernant le christianisme, nous sommes en fait dans deux situations tout à fait contrastées, entre donc des pays à dominante chrétienne dont l’hiver démographique est extrêmement net, et donc qui se trouvent dans une situation où la filiation religieuse se traduit plutôt par une diminution du nombre des chrétiens, sans parler de la sécularisation qui fait que la filiation religieuse s’évapore, en France par exemple ou en Espagne, mais dans le même temps nous avons des pays chrétiens, essentiellement la moitié sud de l’Afrique, qui n’ont pas terminé leur transition démographique, et donc qui aujourd’hui ont une croissance de population significative, qui entraîne un développement de la chrétienté sous des formes variées, y compris évangéliques dont a très bien parlé M. Christophe Réveillard tout à l’heure. Le résultat c’est que nous sommes dans une situation tout à fait particulière pour le christianismes. Tout d’abord il était déjà mondialisé, mais il se trouve à la fois dans des logiques de dynamiques naturelles complètement opposées selon qu’il s’agit donc de pays à faible fécondité ou de pays qui n’ont pas fini leur transition démographique, et donc le résultat de tout ceci c’est qu’en fait le poids relatif du christianisme dans le monde devrait stagner à l’horizon 2050.

Forts de tous ces éléments, et il faut ajouter avant de conclure, une autre dynamique tout à fait essentielle et qui fait novation, je dirais, par rapport à la situation telle qu’elle était, surtout au XIXe siècle. C’est-à-dire que ce qui s’est effectué au cours du XXe siècle, c’est en fait une polarisation religieuse d’un certain nombre de pays. Je dirais que ceci a un peu commencé avec l’Empire ottoman. L’Empire ottoman était donc un pays pluri-religieux. Y a succédé la Turquie, qui ne s’est plus voulue pluri-religieuse, et donc qui a donc tout fait d’ailleurs pour que les orthodoxes s’en aillent (je ne reviens pas sur cette histoire que vous connaissez bien). Ensuite il y a eu tous les pays arabes, où l’on a vu de nombreux chrétiens et juifs les quitter, donc des pays comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Égypte, l’Irak, etc., tous ces pays-là étaient pluri-religieux, or les juifs et les chrétiens sont largement partis de ces pays, et encore aujourd’hui les petites minorités chrétiennes qui restent en Irak ou en Syrie, malheureusement continuent de la quitter.

Donc vous voyez que le monde est en train de devenir dual d’un point de vue de la géographie religieuse, dans la mesure où on a des pays qui sont de plus en plus homogènes d’un point de vue religieux, et des pays qui sont de plus en plus pluri-religieux, compte tenu des phénomènes migratoires qui se sont déployés et qui continuent de se déployer au fil des années. Donc d’un côté nous avons des pays dont les populations ont forcément des difficultés à comprendre ce qu’est l’altérité religieuse, puisque cette homogénéité grandit, et d’autre part des pays de plus en plus religieux, qui dont ont de plus en plus de diaspora, et dont ils doivent tenir compte, inévitablement, dans leurs politiques publiques.

Donc vous voyez que tout ceci a une signification très importante, puisque ce sont des changements structurels qui sont en train de s’opérer dans le monde. Pour prendre la signification première du mot « catholicisme », c’est une religion universelle, qui était présente dans tous les pays du monde et qui l’est toujours, donc le changement c’est que l’islam à son tour va être présent dans tous les pays du monde, et donc compte-tenu de ce changement de la géographie de l’islam, c’est évident qu’il sera au cœur des équilibres géopolitiques du monde au XXIe siècle. Merci.

DÉBAT GÉNÉRAL

M. Jacques MYARD, Membre honoraire du Parlement, Maire de Maisons-Laffitte, ancien membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

Merci mille fois pour me passer la parole, parce que je réagis sur un certain nombre d’interventions. Tout d’abord, à Jean-Michel Vernochet, qui est parti. Il a été assez raide au sujet, je dirais, des critiques qu’il a adressées à la laïcité qui serait une religion d’État en France. Je rappelle que la laïcité, pour moi, c’est la liberté de conscience. Ne jamais oublier cela. Et j’ajouterai, à titre personnel, que je ne veux pas être emmerdé par la religion des autres. C’est-à-dire que chacun, et c’est là où en ce moment effectivement ça frotte, en réalité c’est la citoyenneté, c’est-à-dire que nous sommes citoyens français avant d’être catholiques français, catholiques juifs, catholiques musulmans, (…) c’est la citoyenneté. Et ça, c’est très important et c’est à nous de le rétablir.  

Christophe Réveillard a dit beaucoup de choses intéressantes qui ont été confirmées par nos amis palestiniens, c’est l’histoire de Yisrael Eretz, le Grand Israël, entre les deux fleuves, à savoir entre le Nil et l’Euphrate. Et c’est vrai que les évangéliques américains professent l’idée que lorsqu’il y aura ce Grand Israël le Christ reviendra sur Terre, les Juifs devront se convertir sinon ils seront massacrés, il faut le savoir… Et c’est là où Netanyahou a dit cette phrase tout à fait logique : « si le Christ revient, on lui demandera s’il est déjà venu ». Voila.

Et dans tout ce que j’ai entendu, il y a quelque chose qui manque, selon moi. C’est l’énigme de la mort, car la religion est là pour ça, enfin à priori. L’énigme de la mort, ça n’a été traité par personne. Vous connaissez la fameuse phrase sur les murs du Paris de 1968, où il était dit : « Dieu est mort. Signé Nietzsche ». Il y a quelqu’un qui a barré et qui a dit : « Nietzsche est mort, signature : Dieu ». Voilà. Alors, ce qui m’a beaucoup frappé, je l’écris d’ailleurs dans un bouquin – qui, je l’espère, va sortir bientôt quand j’en aurais fait la relecture et corrigé les fautes d’orthographe – c’est les « forces de l’esprit » de Mitterrand. J’ai été sidéré de voir cet homme que j’ai combattu en tant que politique parler des « forces de l’esprit », et dans son discours « le dernier vœu » notamment, et ensuite dans tout ce qu’il a écrit, lorsqu’il a dit : « Je crois dans les forces de l’esprit, et là où je serai je vous suivrai, je continuerai à vous voir ». C’est assez étonnant, c’est là que les forces de l’esprit, visiblement, animent beaucoup d’hommes, c’est-à-dire qu’est-ce qu’il se passe après la mort ? Je pense que cela représenterait une réflexion en soi, mais chacun y répondra selon ses convictions, sa religion et ses espérances. Merci.

Mme. Agnès OLLIVIER, Œuvre du Pr. Jean-Paul Charnay

Au cours des interventions j’aimerais introduire également, car j’ai eu l’occasion personnellement de travailler en ce sens il y a longtemps ou même au sein de revues, j’aimerais savoir maintenant, dans le futur, je m’en remets au Pr. Dumont notamment, qu’en sera-t-il du dialogue interreligieux, qui est fondamental pour maintenir des équilibres. Un dialogue avec des personnes évidemment expérimentées et donc qui ont déjà pratiqué des recherches, et qui ont vécu également au sein d’autres cultures. Cela est fondamental parce que dans nos sociétés où, avec les réseaux sociaux notamment, tout est simplifié à l’extrême, ce sont maintenant dans les écrits des copiés-collés, des brèves qu’on retrouvait parfois et qu’on retrouve encore dans des journaux écrits, et qui ont tendance à disparaître, donc je trouve que ce dialogue, c’est-à-dire cet effort de se parler les uns et les autres, sans rivalité mais dans une recherche commune sur ce qui peut être d’ailleurs des valeurs fondamentales communes aux femmes et aux hommes dans ce monde, notamment des valeurs humanistes par exemple, qui ont fondé d’ailleurs beaucoup d’institutions internationales, dont l’ONU, l’UNESCO, etc., donc il ne faut pas les abandonner, et ce dialogue entre les cultures et les religions peuvent maintenir cet effort et peut-être aussi d’ailleurs donner des fruits dans nos sociétés modernes et futures.

S.E.M. Azizullah OMAR, Ancien chargé d’affaires et Ambassadeur d’Afghanistan en Suisse et au Kazakhstan

I would just like to highlight a few points and I would be happy if I heard back the comments reply from the panelist of speakers, especially M. deputy of the Academy. Everyone knows that the experience, especially of the WW2, the religion has been affected states and people, but it is not directly the decision maker. This is the states and the economic benefits and interests that makes the relation and makes the world. Among all these UN member states, more than 100, there is only two states based on religion, Pakistan and Israel. But for many years I have been a witness and involved in the Middle East issues, I experienced that Palestinians never talk or lobby about religion or Islam, and showing they are against Judaism or Christianity. They only emphasize on having a state. This is based on nation and culture, and all other interest they have has never been an issue of religion. The second is very new and everyone’s experience is recently the fight between two orthodox states, Ukraine and Russia, they have exactly the same religion, but the crash is not because of religion, it’s because of the state’s interests. And also, we witness that two World War, the first and second, is mostly Christians involved in these wars. So, I believe it is more about the national interests, economic interests, geopolitical interests of the peoples and nations, not the religion. Religion is affecting this relation, but not very directly. I would like to have your comment on this. Thank you very much.

M. Fayçal JALLOUL, Écrivain et journaliste, spécialiste du Moyen-Orient

Je voudrais poser deux questions à M. Réveillard, mais elles concernent le débat aussi. M. Réveillard disait que le protestantisme avance bien en Occident et surtout aux États-Unis d’Amérique, ce qui va à l’encontre des recherches d’Emmanuel Todd, qui annonce la chute de l’Occident, et qui attribue à la régression du protestantisme cette chute. L’un des éléments de la chute de l’Occident, Emmanuel Todd dit que c’est la régression du protestantisme. Donc il y a vraiment là une contradiction à éclaircir.

De l’autre côté, c’est quand même un peu frappant que l’Europe a progressé contre la religion catholique, dans la vie de tous les jours. Vous vous rendez dans une boulangerie, vous achetez et mangez une « religieuse », et après, vous mangez un croissant, le symbole des musulmans… ! Et vous allez au cinéma, vous assistez au film de Martin Scorsese, qui parlait de la « dernière tentation » de Jésus-Christ. Il attribuait à Jésus-Christ, le fait d’admirer Monica Bellucci… Moi je considère qu’il n’a pas tort, Jésus-Christ, s’il admire Monica Bellucci ! Vous allez un peu loin dans l’Histoire, dans la littérature française, vous jetez un coup d’œil sur le livre de Diderot, La religieuse : il assassine les couvents catholiques ! En attribuant au pouvoir des femmes qui dirigent les couvents, des persécutions sexuelles pour les belles religieuses. Vous allez un peu plus loin, et vous trouvez que Bonaparte a cassé le Vatican, et deux ans après il a cassé al-Azhar en Égypte. Donc ce combat contre la religion, surtout catholique, ce combat a fait le progrès de l’Europe et de l’Occident, mais avec aujourd’hui le recul du protestantisme qu’analyse M. Todd (qui n’est pas n’importe qui, c’est lui qui a prévu la chute de l’URSS dix ans avant la destruction du mur de Berlin), mérite, je pense, un peu d’explications et de débat.

S.E.M. Emmanuel GOÛT

Je voulais répondre à Madame sur le dialogue interreligieux, parce que c’est un chapitre que j’avais sauté dans mon intervention pour écourter. En fait, le problème c’est que c’est un véritable échec. Le dialogue interreligieux il existe : la communauté Sant’ Egidio que j’ai mentionné est un pilier du dialogue interreligieux, la récente conférence de Stockholm qui s’est tenue en août 2025 et qui a dû être créée en 1930, 1925, quelque chose comme ça, en Suède, a été aussi un échec puisqu’en fait les religieux se comportent comme les sportifs, ils ne se serrent pas la main entre Ukrainiens et Russes, et je ne parle pas que de cet exemple-là, donc ça c’est un véritable constat d’échec.

Et pour répondre à S.E.M. Azizullah OMAR : You are perfectly right, it’s not a religious conflict between Ukraine and Russia, it is used by religious people to motivate and lead people to war but is not a religious conflict. If I want to say something, it is really a civil war, between two people which belongs to the same history. Thank you very much.

M. Jacques MYARD

Il y a l’Ukraine allemande, et l’Ukraine russe…

Mme. Anne-Rita TOURÉ, Présidente de l’Alliance Éducative et Solidaire pour la Paix Internationale (AESPI, Ville de Paris)

Il y a quelque chose qui m’interpelle depuis toujours. Je suis Anne-Rita Touré, ambassadrice de paix universelle. On vient juste de sortir de la journée internationale de la paix. Le dialogue interculturel et interreligieux est très important, mais il s’avère qu’il est important qu’à un moment donné, que toute cette intelligentsia puisse se réunir et voir définir ou redéfinir la notion de la paix telle que toute religion la définit, et puis ce que les lettrés en disent, et peut-être qu’en analysant la définition que ces deux groupes nous apportent, certainement qu’après X réflexion, nous pourrions peut-être avancer d’un pas dans tous nos conflits, et puis que ce désir interne qui nous est tous propre, de la paix, nous ayons enfin un petit pas en avant pour réellement ne pas continuer à se mentir, et avancer. Je vous remercie.

M. Raphaël BERLAND, Journaliste, fondateur du Cercle des Volontaires et de la Chaine Citoyenne

J’ai été très étonné qu’il y ait un mot qui n’a pas été prononcé cet après-midi, comme si c’était un gros mot, c’est le mot de franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie se défend parfois d’être une religion, pour moi c’est bien au contraire une religion. Je plaisante là-dessus, mais c’est vrai que comme on en sait peu puisqu’elle est basée sur le secret, on parle de philosophie mais on remarque que plus les francs-maçons montent en grade et plus ils abandonnent leur religion de départ. Donc on peut effectivement se poser la question : est-ce que finalement ce ne serait pas une religion ? Ont été mentionnés d’ailleurs le Rotary Club et le Lions Club, je connais d’ailleurs plus le Rotary Club que le Lions Club, parce que mon père, même si dans sa jeunesse il a failli être prêtre catholique, il a ensuite rencontré ma mère et a abandonné la prêtrise (tant mieux pour moi sinon je ne serai pas né où j’aurais été un enfant caché), et quand il est rentré au Rotary Club je lui ai dit : « tu verras, tu verras, il y a beaucoup de francs-maçons dans ces clubs-là, et plus tu monteras les échelons et plus tu verras des francs-maçons ». Non, non, mais qu’est-ce que tu dis, tu es complotiste etc., me disait-il. Et puis, quelques années plus tard, il m’a dit : « tu te rappelles quand tu m’avais dit ça ? Mais en fait tu avais raison ». Et alors pourquoi est-ce que je parle de franc-maçonnerie ? Parce que j’ai eu l’opportunité d’interviewer Alain Bauer, il y a une dizaine d’années, dans une librairie franc-maçonne juste à côté du Grand Orient de France, donc qui est l’ancien grand-maître du Grand Orient de France. Il avait co-écrit un livre sur la franc-maçonnerie, et donc je lui posais pas mal de questions, et notamment deux, une qui concernait la République française, d’un côté, et de l’autre la Révolution française. Et c’est très marquant de constater qu’autant les francs-maçons aujourd’hui reconnaissent tout à fait leur rôle dans la construction de la République française, à travers l’Histoire, mais par contre, pour ce qui est de la Révolution ils sont très réticents à reconnaitre leur rôle. Je pense qu’ils en ont eu un. Mais ça veut dire assumer la Terreur et un certain nombre d’autres choses peut-être, ce qu’ils ne sont pas prêts à faire. Sauf erreur de ma part, la laïcité est un concept franc-maçon. Même s’il a été porté sans doute par d’autres intellectuels, c’est un concept qui a été très porté par les francs-maçons, et d’ailleurs les Constitutions d’Anderson montrent bien que ça concerne le peuple noachide, mais en fait tout homme honnête et libre de conscience. Je vois qu’il y a des personnes qui disent non dans la salle, mais je serai intéressé d’avoir des réponses concrètes par rapport à ce que je viens de dire. Pour terminer, si la franc-maçonnerie est bien à l’origine de la République française, comment se fait-il qu’elle n’ose pas le proclamer, en tout cas dans les programmes scolaires ? Et de fait, elle a en deux temps tué la Royauté française, pour le pire comme pour le meilleur, et elle a également sapé l’influence de l’Église catholique, dont la France était auparavant la fille aînée. Voilà pour la première remarque que je voulais faire. C’est dommage que M. Jean-Michel Vernochet ne soit plus là parce que c’était un peu le sujet de son intervention et il n’a pas prononcé une seule fois le mot franc-maçonnerie, comme si c’était un gros mot. 

La deuxième remarque est pour M. Réveillard, je n’ai pas de chance parce qu’ils sont tous les deux partis. Et c’était à propos de Charlie Kirk. Je pense que l’assassinat de Charlie Kirk aux États-Unis est aussi à analyser dans une perte d’influence du sionisme face au christianisme non catholique, mais même catholiques inclus. Et quand on voit le parcours d’influenceurs comme Candace Owens, Charlie Kirk, Tucker Carlson, qui était plutôt favorable à Israël ou même très favorable à Israël il y a des années, ils ont opéré un virage ces derniers temps, et je pense que l’assassinat de Charlie Kirk est peut-être à interpréter vis-à-vis de ce changement-là.  

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Merci M. le Président. Évidemment, ce serait trop long de répondre aux différentes questions, je voudrais simplement livrer deux observations. La première observation, sur l’importance du dialogue interreligieux, il faut déjà constater qu’il y a un dialogue qui est extrêmement difficile, c’est le dialogue intrareligieux. Il vient de se produire un schisme au sein du monde orthodoxe, l’interprétation théocratique du guide suprême de la révolution d’Iran n’est pas la même que celle de certains ayatollahs irakiens, au sein du monde catholique c’est exactement la même chose, donc en fait le dialogue interreligieux, à mon sens, ne peut se mettre en œuvre qu’en respectant le principe de subsidiarité, c’est-à-dire qu’il doit en fait se faire à la base parce qu’au sommet il y a quand même peu d’espoir d’arriver à quoi que ce soit.

Ma deuxième remarque c’est la question de l’évolution de la géographie religieuse aux États-Unis, mais qui est liée à la France et du protestantisme, sachant que je mets, moi, les évangéliques dans les protestants, mais enfin c’est une question de définition. En fait on le voit très bien d’ailleurs en France, si vous voulez, c’est-à-dire qu’en fait le monde protestant français dans son ensemble est resté relativement stable, mais avec une évolution de ses composantes totalement différentes, c’est-à-dire un effondrement des luthériens, et une montée des évangélistes. Donc c’est un changement tout à fait fondamental, et en même temps, pour bien montrer la dynamique religieuse aux États-Unis, il faut regarder ce qu’il se passe avec la religion des Mormons, qui aujourd’hui est en train de se diffuser dans le monde selon les méthodes qu’ils emploient, et donc il faut savoir qu’aujourd’hui dans le monde il y autant de Mormons que de juifs. Donc vous voyez l’importance qu’a pris cette religion. Donc à mon sens, si vous voulez, le phénomène religieux aux États-Unis est très loin d’être terminé, et va continuer de jouer un rôle absolument essentiel parce que la « destinée manifeste » il y participe.

M. Fayçal JALLOUL

C’est quantitatif, et non…

M. le recteur Gérard-François DUMONT

Si, c’est qualitatif aussi, ça a des effets sur les décisions politiques, surtout dans un pays qui est fédéral, et où, on le voit bien, selon les États des États-Unis les positions sont extrêmement différentes. Donc il y a des États où effectivement l’imprégnation religieuse des décideurs politiques est relativement faible, et puis il y a d’autres États où elle est extrêmement puissante.

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