Compte-rendu de la conférence de M. Marc ROUSSET, organisée par l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP), mercredi 15 octobre 2025, au 5 rue Conté (75003 Paris), sur le sujet « Pour une paix durable et un nouveau rapprochement avec la Russie ».
À propos de l’auteur : Diplômé d’HEC et de l’ENA, Titulaire d’un doctorat d’État de l’université de Harvard, Marc ROUSSET est essayiste et a exercé plusieurs responsabilités économiques et financières, notamment comme dirigeant d’entreprise et cadre dans de grands groupes. Connu pour ses prises de position en faveur d’une Europe indépendante des États-Unis et d’un rapprochement stratégique avec la Russie, il a notamment publié Notre faux ami l’Amérique – Pour une alliance durable avec la Russie (préf. Piotr Tolstoï, Paris, Librinova, Décembre 2023) ou encore La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou (Paris, éd. Godefroy de Bouillon, 2009).
Présentation par le Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris.
Nous avons le plaisir de vous accueillir à cette conférence consacrée à un sujet essentiel pour notre temps : « Pour une paix durable et un nouveau rapprochement entre l’Europe et la Russie ». Cet événement s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une montée des tensions, une recomposition des équilibres géopolitiques et un affaiblissement inquiétant du dialogue international.
Dans ce cadre, la recherche d’un nouvel équilibre entre l’Europe et la Russie représente un enjeu majeur pour l’avenir de notre continent et la stabilité mondiale.
Nous avons aujourd’hui l’honneur de recevoir Marc Rousset, écrivain, économiste et essayiste, diplômé de HEC et de l’ENA, Titulaire d’un doctorat d’État de l’université de Harvard, auteur de plusieurs ouvrages à portée géopolitique et stratégique, dont Notre faux ami l’Amérique – Pour une alliance avec la Russie, La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou, et La Croisade du XXe siècle : mondialisme contre Europe.
Dans ses analyses, il plaide pour une Europe souveraine, indépendante des influences extérieures, et pour une coopération continentale entre les nations européennes et la Russie, partenaires naturels dans la défense des valeurs et des intérêts communs du continent.
Depuis le conflit en Ukraine, l’Europe connaît une crise profonde qui remet en cause l’architecture de sécurité héritée de la Guerre froide. L’effondrement des traités de contrôle des armements, la militarisation des frontières, la rupture énergétique et la polarisation politique ont fragmenté l’espace européen. Pourtant, malgré la guerre et la méfiance, l’Europe et la Russie demeurent liées par la géographie, l’histoire et des défis communs : la stabilité nucléaire, la sécurité énergétique, la lutte climatique, la cybersécurité et la gestion de l’Arctique. Ces enjeux dépassent les rivalités politiques et imposent une coopération minimale pour préserver la paix et éviter l’escalade.
Réfléchir à un nouveau rapprochement ne signifie ni oublier les violations du droit international ni légitimer la violence. C’est reconnaître qu’une paix durable suppose fermeté juridique et ouverture diplomatique, autrement dit une stratégie de lucidité et non d’illusion.
Les obstacles au dialogue restent nombreux : une méfiance stratégique totale, des récits politiques irréconciliables et des cadres juridiques saturés par les sanctions et les contentieux diplomatiques. À cela s’ajoute l’érosion des traités de maîtrise des armements – tels que l’INF, le CFE, Open Skies et New START – qui limitaient autrefois les arsenaux nucléaires et conventionnels. Leur affaiblissement accroît les risques d’incidents militaires et de malentendus stratégiques. Enfin, des contraintes politiques et sociétales entravent la reprise du dialogue : peur du compromis, divisions internes, fractures médiatiques et mémorielles. Pourtant, refuser le dialogue reviendrait à figer la confrontation. Il faut inventer une nouvelle normalité stratégique, fondée sur la transparence et la vérification mutuelle.
Le monde actuel est marqué par une multipolarité instable. Le durcissement des blocs – euro-atlantique et eurasiatique – réduit la marge diplomatique de l’Europe. Tandis que la Russie se rapproche de la Chine et du « Sud global », l’Europe demeure dépendante de la protection américaine. Cette situation rend le continent vulnérable, aussi bien dans ses voisinages stratégiques (mer Noire, Caucase, Arctique) que dans ses approvisionnements énergétiques et ses transitions économiques. Par ailleurs, le regard du Sud global met en évidence un déséquilibre moral : de nombreux États refusent les sanctions occidentales et dénoncent une application sélective du droit international. Pour défendre ses valeurs universelles, l’Europe doit retrouver une diplomatie cohérente, ouverte et indépendante.
Une paix juste et stable doit reposer sur les principes fondamentaux comme : le respect du droit international et l’interdiction de toute acquisition de territoire par la force ; l’indivisibilité de la sécurité, fondée sur la transparence et la prévisibilité ; la responsabilisation et les réparations, encadrées par des mécanismes juridiques impartiaux ; la protection des civils et l’accès humanitaire sans entrave ; la réversibilité du rapprochement, subordonnée au respect vérifiable des engagements.
Ces principes doivent guider une approche équilibrée, alliant justice et diplomatie, fermeté et ouverture. La paix ne peut être imposée : elle se construit pas à pas, dans la confiance et la réciprocité. La reconstruction d’une sécurité commune passe par un nouveau processus de dialogue paneuropéen, inspiré de l’esprit d’Helsinki de 1975.
Ce « Helsinki 2.0 » devrait s’articuler autour de quatre axes :
- Réduction des risques militaires : restauration des canaux de communication et transparence sur les exercices ;
- Centralité de l’Ukraine : négociation avec, et non sur, l’Ukraine, garanties de sécurité et reconstruction ;
- Économie et énergie : diversification des approvisionnements et levée conditionnelle des sanctions ;
- Diplomatie culturelle et sociétale : relance des échanges universitaires, scientifiques et médiatiques pour restaurer la confiance entre les peuples.
Ce processus, progressif et vérifiable, constitue la seule voie réaliste pour rétablir une stabilité durable sur le continent européen. Certains verront dans cette approche un apaisement ; il n’en est rien. Le dialogue ne remplace pas la fermeté, il l’accompagne. L’histoire montre que l’absence de communication conduit inévitablement à l’escalade. La véritable force politique consiste à préparer la paix avant qu’elle ne s’impose par l’épuisement.
Réfléchir à un rapprochement entre l’Europe et la Russie, ce n’est pas minimiser les responsabilités, mais anticiper l’avenir. La paix durable n’est pas un état, mais un processus politique fondé sur la lucidité, la patience et la volonté. L’Europe doit redevenir un acteur stratégique de son propre destin, capable d’assumer sa responsabilité historique : bâtir des garde-fous avant la prochaine guerre, et non après.
Intervention de M. Marc ROUSSET.

Introduction
« Moi je dis qu’il faut faire l’Europe avec un accord entre Français et Allemands. Une fois, l’Europe faite sur ces bases, alors on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe tout entière avec la Russie aussi, dût-elle changer de régime. Voilà le programme de vrais Européens. Voilà le mien ».
Paroles prophétiques du Général De Gaulle, Conférence de Presse tenue au Palais d’Orsay, le 29 mars 1949.
« L’avenir de l’Europe est eurasiatique, pas euro-atlantique »
Général Vincent Desportes.
« Nous avons besoin des Russes et ils ont besoin de nous »
Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, dans un entretien accordé au Figaro Magazine, 18 août 2023.
« Qui croit encore à la menace d’une invasion soviétique ? En revanche, la présence de bases et de forces américaines en France et l’appartenance de notre pays à une organisation militaire dirigée par les Américains risquent de mêler un jour la France, contre son gré, à des conflits qui ne la concerneraient pas »
Le Général de Gaulle en Conseil des ministres, 1966.
« La menace existentielle n’est pas la Russie ; c’est le Sud et le Grand Remplacement ! »
Éric Zemmour, président du Parti Reconquête !, déclaration sur BFM TV, le 3 mars 2025.
« Au lieu de craindre la Russie, il serait temps de la comprendre, de comprendre que, tiraillée entre deux mondes, c’est tout de même à l’Europe que ce grand pays s’identifie et que c’est son destin qu’il entend continuer à partager ? A nous d’y contribuer »
Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire Perpétuelle de l’Académie française, dans La Russie entre deux mondes, Paris, Fayard, 2010.
La Russie, rempart de l’Europe face à la Chine, selon l’amiral français Castex (1878-1968)
Dans une chronique célèbre « Moscou, Rempart de l’Occident[1] » de la Revue de la Défense Nationale, l’Amiral Castex, stratégiste reconnu et très grand érudit, mettait déjà en garde les Occidentaux, en 1955, d’une façon futuriste et prémonitoire, en pleine guerre froide avec l’URSS, contre la montée en puissance à venir de la Chine. Selon lui, il était bénéfique pour l’Occident et l’Europe, de maintenir, face à la Chine, l’avantage stratégique d’une Russie forte.
Castex s’est non seulement opposé aux théories américaines d’Alfred Mahan sur la supériorité inéluctable de la mer[2], mais il a aussi théorisé la rivalité à venir de la Chine avec la Russie et les Occidentaux. Il concluait sa chronique par un dialogue entre Sir Anthony Eden, secrétaire du Foreign Office, et M. Molotov, ministre soviétique des Affaires étrangères, au moment de la signature des accords de Genève en 1954. Molotov avait dit à Sir Anthony Eden, à propos de certaines difficultés soulevées par les Chinois : « Que voulez-vous ? Ils ne pensent pas comme nous ! ». Castex termine l’article ainsi : « J’ai trouvé ce ‘nous’ lourd de sens, et d’immenses espoirs ». Ce « nous » est en effet une parole historique d’une importance fondamentale, la preuve absolue que la Russie est européenne, la preuve que la Russie et l’Europe doivent conclure une Alliance vitale et bénéfique pour les deux parties, face à de nombreux dangers communs, nonobstant les nombreux avantages mutuels d’une coopération économique et technologique.
I) Le Mirage de la menace russe
La Russie ne songe pas à envahir l’Europe de l’Ouest, mais à défendre son pré carré assiégé
Aujourd’hui, les Russes se sentent encerclés par l’OTAN à l’Ouest, par la Chine à l’Est, par les pays musulmans d’Asie centrale ainsi que par la Turquie et l’Iran au Sud, avec environ 20 millions de musulmans à l’intérieur de leur pays.
Le Russe est toujours dans une posture guerrière, imaginant, à juste titre, être entouré d’ennemis voulant lui prendre son territoire grand et vide. En Asie, l’Européen, c’est le Russe ! La Russie devrait être plutôt considérée par les Européens de l’Ouest comme le « chien de garde », le bouclier protecteur de l’Europe à l’Est, face aux pays musulmans et à la Chine. Quant à l’Europe, elle devrait se considérer et être considérée comme l’Hinterland de la Russie par les Russes, plutôt que comme partie intégrante de l’agresseur OTAN, prête-nom pour l’Amérique. Si un jour le monde musulman devait se trouver à Stavropol, point de départ de la colonisation russe au XIXe siècle, ou si les Chinois devaient se trouver à l’Oural, cela constituerait pour les Européens une défaite civilisationnelle et stratégique, encore plus retentissante que la prise de Byzance (Constantinople) par les Turcs en 1453.
Luttant pour sa survie démographique dans un immense territoire à défendre, la Russie n’a pas les moyens humains, ni la moindre envie d’envahir l’Europe : elle souhaite au contraire s’en rapprocher !
Faible natalité, faible espérance de vie (alcoolisme plus particulièrement), 27 millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale, écroulement de la natalité après la chute de l’URSS, la Russie cumule les « peines démographiques ». Elle a suffisamment et beaucoup mieux à faire, avec ses maigres ressources humaines dans un immense territoire à défendre, que de vouloir envahir l’Europe, tentative qui serait suicidaire et stupide.
Le ciment civilisationnel unificateur de la Russie, État-Empire, c’est la civilisation européenne : perdre ce ciment providentiel augmenterait à terme les risques de sécession et d’éclatement en Sibérie ainsi que dans le Caucase car la Russie y perdrait son âme fondatrice !
La Russie de Poutine, tout comme celle de Gorbatchev, souhaite et a toujours souhaité, bien au contraire, se rapprocher de l’Europe !
Les ennemis de l’Europe, ce sont elle-même, l’immigration, l’islamisme conquérant, la Chine ainsi que les pays émergents sur le plan économique ; un quasi ennemi sur le plan économique, militaire et culturel : les États-Unis / La Russie, un ami potentiel
Alors qu’attendent les Européens pour ouvrir enfin les yeux, face au seul véritable danger mortel de l’islamisme conquérant, de l’invasion migratoire extra-européenne conduisant au remplacement des populations et à la guerre civile ! Qu’attendent les Européens pour changer complètement leur opinion et se rapprocher de Moscou, l’Ukraine étant un problème interne de la Russie ! Les Européens devraient s’inspirer, au contraire, de la tentative manquée du Président américain Donald Trump, en 2025, de se rapprocher de la Russie ! Cet État-Empire surdimensionné est une menace fantasmée par les élites européennes stupides, irréalistes, menteuses, décadentes, sans vision géopolitique réaliste de l’Avenir ! La menace russe pour l’Europe est une fable, un mensonge d’État !
2) La France et l’Europe des nations doivent se rapprocher de la Russie
Dans le livre Grand Échiquier. L’Amérique et le reste du monde[3], le conseiller présidentiel américain d’origine polonaise Zbigniew Brzezinski avait prôné l’hégémonie américaine et l’isolement de la Russie. L’Europe doit être une puissance et pas seulement un marché, afin de construire une souveraineté militaire et technologique. Il faut renouer avec la Russie : c’est l’intérêt réciproque de l’Europe et de la Russie. II importe que les Européens constatent la complémentarité de leur continent avec une Union eurasiatique menée par la Russie. Les élites européennes actuelles, à l’exception de Viktor Orban, ne semblent pas avoir compris que les temps avaient changé, que la Russie de Vladimir Poutine pouvait devenir un partenaire et ne plus être un adversaire ; leur diplomatie est irréaliste tandis que les patriotes européens raisonnent à très long terme sur le plan géopolitique, stratégique et civilisationnel.
L’intérêt pour une Europe des nations d’ancrer la Russie dans une Grande Europe avec un avenir commun
Il convient d’ancrer la Russie dans une Grande Europe avec la vision d’un avenir commun, de certaines actions communes, et de mettre en place une Alliance continentale paneuropéenne faisant contrepoids tant à l’Amérique qu’à l’ « Empire du Milieu ». Le sens de l’histoire conduira la Russie inéluctablement vers l’appartenance à l’Europe, d’autant plus que ce pays est aussi ancré géographiquement en Asie, où sa sécurité est menacée.
Peu importe les traités, ce qu’il faut, c’est que les Européens introduisent dès maintenant la Russie dans l’équation géostratégique, en partant du principe que nous sommes dans le même bateau paneuropéen. L’intérêt de l’Europe occidentale est de se rapprocher stratégiquement de la Russie, quel que soit le caractère totalitaire, démocratique ou libéral du régime momentanément en place, comme le général de Gaulle en avait déjà eu la géniale vision prémonitoire en 1949, lors de sa conférence de presse au Palais d’Orsay, alors que l’on était en pleine guerre froide avec Staline[4].
L’Europe doit se considérer comme l’« Hinterland » de la Russie face à la Chine pour garder le contrôle de la Sibérie. L’Europe ne va pas de Washington à Bruxelles, mais de Brest à Vladivostok, de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique !
Russie / Europe européenne : des vraies valeurs communes européennes et civilisationnelles
À long terme, la fusion de l’Europe avec le continent eurasien, dont elle fait partie, promet davantage que toutes les « communautés de valeurs » atlantiques. Il s’agit de véritables valeurs européennes historiques, universelles, porteuses d’un message, comme ce fut le cas pour les Grecs, les Arabes, la Perse, la Chine, et l’Inde, capables de survivre à toutes les puissances politiques.
Développer les échanges économiques entre l’Europe et la Russie
La Russie possède 22 % des richesses minières de la planète, une industrie de plus en plus puissante qui représente 33 % du PIB russe et une agriculture capable de nourrir une bonne partie du tiers-monde. La Russie est devenue la 4ème puissance économique en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA) tandis que la France recule au 9ème rang. Détentrice des plus grandes réserves de gaz du monde, seule puissance continentale avec la France à maîtriser le nucléaire civil et militaire, grande puissance spatiale, fournisseur stratégique de nombreux pays européens, la Russie constitue pour l’Europe le partenaire stratégique idéal.
Les stupides pertes d’investissements, de sources d’approvisionnements, de débouchés, d’emplois et de rentabilité des entreprises européennes, suite aux sanctions économiques contre la Russie prônées par les États-Unis et leurs valets européens irresponsables
La France était le premier employeur étranger en Russie avec les entreprises Total, Renault, Safran, Auchan. Renault détenait 33 % du marché automobile du pays. Total, qui détient 30 % du consortium géant Yamal, au cœur de l’Arctique russe, a dû renoncer à des participations en Sibérie. De nouveaux champs de coopération devaient être ouverts pour les énergies nouvelles, le nucléaire ainsi que pour l’intelligence artificielle (IA), chaque pays ayant déjà bâti un plan stratégique. À l’heure où les Européens doivent se battre pour survivre économiquement et ne pas perdre leurs emplois dans un monde de plus en plus dangereux et compétitif, c’est un suicide économique européen inutile, pur et simple, pour les beaux yeux de l’Amérique !
Les pertes astronomiques de l’agriculture française et européenne, suite aux sanctions économiques suicidaires de l’Occident contre la Russie
La Russie représentait 10 % des exportations totales agricoles européennes. Ce volume s’est évaporé et se traduit en pertes sèches pour beaucoup de producteurs. En 2013, la France avait expédié pour plus d’un milliard d’euros de produits alimentaires, sur les dix milliards qu’a importés la Russie de l’Union européenne (UE). L’embargo décrété par la Russie, le 6 août 2022, sur certains produits alimentaires européens en représailles des sanctions imposées par Bruxelles, a causé un préjudice considérable à l’agriculture française.
Complémentarité stratégique avec la Russie : mettre fin au gaz de schiste américain liquéfié hors de prix et rouvrir les deux gazoducs germano-russes Nord Stream 1 et 2
Le gaz russe ne constitue pas une dépendance pour l’Europe, mais bien au contraire une source énergétique fiable, complémentaire et très bon marché, alors que le gaz américain coûte 4 fois plus cher, pollue avec les méthaniers sur les mers ainsi qu’avec les usines de liquéfaction aux États-Unis et les usines de regazéification en Europe. Les autres sources d’approvisionnement (Norvège, Pays-Bas, Algérie) sont sur le déclin. Dès 1971, le Président du Conseil soviétique Alexis Kossyguine avait pu déclarer à ses interlocuteurs allemands que « le Marché commun devrait faire place à une Europe de l’énergie reposant sur l’URSS »[5].
Complémentarité énergétique du TurkStream : un gazoduc pour livrer du gaz russe au sud de l’Europe
Avec le gazoduc TurkStream dont les vannes ont été ouvertes solennellement le 8 janvier 2020 à Istanbul par Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, le chef du Kremlin a parachevé un dessein esquissé de longue date : accroître et assurer la fourniture de gaz russe aux Européens.
L’Europe ne peut pas se passer du gaz russe
Les besoins de l’UE en gaz sont colossaux : 400 milliards de m3 par an dont 187 milliards fournis par la Russie, soit 46,8 % jusqu’à la guerre en Ukraine. 55 % du gaz allemand consommé était d’origine russe. L’Europe continue, en fait, de dépendre plus que jamais du gaz naturel liquéfié (GNL) russe.
Nucléaire : l’étroite collaboration entre la Russie et la France résiste à la guerre en Ukraine, mais l’Amérique a tout fait pour y mettre fin
La plupart des réacteurs en construction hors de Russie par Rosatom, le géant russe du nucléaire, doivent être équipés de turbines françaises Arabelle, avec tout l’équipement et l’entretien qui va avec. Pour chaque nouveau réacteur construit par Rosatom en Europe ou ailleurs, jusqu’à 1 milliard d’euros revient aux technologies françaises de Framatome, filiale d’EDF. Les achats de turbines françaises par Rosatom représentent plus de la moitié du chiffre d’affaires de l’usine de Belfort. Cette fructueuse collaboration résulte du succès à l’export du modèle de réacteur VVER de Rosatom. L’entreprise russe est le premier exportateur mondial de centrales nucléaires et détient 30 % de parts de marché. Les turbines ne sont pas le seul point fort de la filière française bénéficiant du dynamisme commercial des Russes. Framatome est aussi devenu un partenaire clé de Rosatom pour le système de contrôle-commande, un autre composant clé du réacteur VVER exporté par Rosatom.
Ces activités stratégiques d’Alstom (turbines nécessaires également pour les réacteurs nucléaires EPR et le porte-avions Charles de Gaulle) vendues à General Electric par le Ministre des Finances Emmanuel Macron en 2014, ont été rachetées finalement, non sans mal, et à un prix très élevé par EDF, en 2024.
La suspension des lancements de Soyouz à Kourou : du beau gâchis et un cauchemar pour l’Europe, la France et Arianespace, jusqu’au lancement d’Ariane 6
La guerre en Ukraine aura eu raison de la coopération franco-russe dont le volet commercial avait été lancé en 1996, avec la création de Starsem ; elle a mis un terme à l’aventure Soyouz en Guyane. En onze ans, Soyouz avait mené à bien 27 missions depuis le sol guyanais pour le compte de clients privés, mais aussi de l’ESA (European Space Agency) et de la Commission européenne. Soyouz a lancé les satellites Galileo, mais aussi des missions emblématiques comme Gaia qui cartographie la Voie lactée.
Une coopération étroite avec la Russie, troisième puissance spatiale au monde, est la seule façon d’assurer la survie à long terme de l’industrie spatiale européenne, de plus en plus dépassée dans la féroce compétition avec la Chine, les États-Unis et la Russie ![6]
La Russie, au cœur du gigantesque projet (20 milliards d’euros) de fusion nucléaire ITER à Cadarache
Au cœur du dispositif, une gigantesque machine inventée par les Russes, un « tokamak » où sera produite la réaction de fusion, née de la collision des noyaux de deux variantes de l’hydrogène (le deutérium et le tritium) provoquée par des températures de l’ordre de 150 millions de degrés.
L’apport possible à l’Europe par la Russie des nouvelles richesses énergétiques et des nouvelles voies navigables de l’Arctique
La voie maritime du Nord est le plus court chemin de l’Asie vers l’Europe et vers les Amériques. 80 % du trajet se fait dans les eaux territoriales russes. Cet itinéraire raccourcit les distances de 7000 à 5000 km, soit un gain de 40 % du trajet entre l’Europe et l’Asie par le canal de Suez (457 millions de tonnes en 2024) et donc 40 % de temps et de carburant en moins. Selon les accords de Montego Bay de 1982, la Russie peut prétendre à un droit de péage ou d’accompagnement dans ses eaux territoriales, et refuser l’accès aux indésirables. Les Russes ont renforcé leurs forces armées et construit l’immense base ultra-moderne avec centrale électrique, clinique ultra-moderne et aérodrome couvert, du « Trèfle Arctique » sur l’île Kotelny, à 600 kilomètres du pôle Nord[7].
L’apport possible par la Russie à l’Europe d’une ouverture sur le Pacifique et du boom économique de l’Extrême-Orient russe
« L’Europe à 2 heures d’avion ! », peut-on lire sur des placards publicitaires à Séoul, en Corée du Sud, pour vanter l’européanité de l’Extrême-Orient russe. Longtemps délaissée par Moscou se méfiant d’une sinisation possible par apport de population immigrée, l’Asie russe, suite au rejet des avances de Gorbatchev et de Poutine par les Européens-valets de l’Amérique, devient, avec l’Arctique, la nouvelle priorité.
Le potentiel de développement de cette portion du continent asiatique est en effet colossal. En 2023, 2800 projets d’investissements étaient en cours, complétés par la création de plusieurs zones économiques spéciales avancées, internationales (ASEZ) et l’expansion du port franc de Vladivostok. Resté inexploré et inexploité sur les deux tiers de son espace, l’Extrême-Orient russe bénéficie dorénavant d’un taux d’investissement trois fois supérieur à la moyenne russe. Son potentiel pour les industries de ressources naturelles (bois, minerais, pétrole, gaz, pêche, activité portuaire et industries connexes avec les nouvelles routes maritimes de l’Arctique) est illimité. D’ici 2030, la production de GNL russe dans l’Arctique va tripler. Dans cette conquête du « Far-East » russe, le chemin de fer joue un rôle fondamental : le Trans-Baïkal est la ligne ferroviaire la plus fréquentée du monde[8].
Nouvelle liaison par la Mer Caspienne de la Russie à l’Inde
Il convient de noter aussi la nouvelle route asiatique de Poutine vers le sud du pays, cette fois-ci, reliant Saint-Pétersbourg à Bombay, en 15 à 24 jours, en descendant la Volga et en rejoignant la Mer Caspienne, grâce au Canal ITC, vers Astrakhan, port de la Caspienne. Les marchandises sont alors transportées par bateaux jusqu’à Rashi en Iran, pour être ensuite expédiées par voie ferroviaire jusqu’à Téhéran, d’où elles sont acheminées ensuite vers Bombay, ou la Chine ou le Moyen-Orient. Par le canal de Suez, la durée d’acheminement de Saint-Pétersbourg à Bombay, est de 30 à 45 jours[9]. La liaison par la Mer Caspienne permet aussi de court-circuiter les routes maritimes par la Baltique et la Mer Noire, sujettes à des sanctions occidentales.
La Grande Europe des nations de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique disposerait d’une localisation stratégique idéale dans le monde, bien meilleure que celle des États-Unis !
Après avoir été impérialiste et dominatrice, l’Europe est devenue une colonie américaine dépendante des États-Unis. Il importe qu’elle soit décolonisée à son tour pour redevenir elle-même, libre, européenne, indépendante. Son principal atout est sa proximité naturelle et un bon voisinage avec la Russie. L’Europe reste l’aboutissement naturel des plaines eurasiatiques du nord avec leur débouché sur l’Atlantique. De par cette situation géographique, les Européens n’ont d’autre choix que la soumission à l’Amérique ou le rayonnement de leur puissance et de leur civilisation, en même temps que la défense de leurs intérêts géopolitiques et stratégiques. Pour exister, se défendre, rayonner dans un monde multipolaire qui s’annonce de plus en plus dur, il est nécessaire de se regrouper stratégiquement en un grand ensemble de nations, de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique.
La Grande Europe bénéficierait alors très fortuitement du même avantage stratégique que « l’Île États-Unis » entre l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique ! Mais elle disposerait en plus de l’immense avantage stratégique par rapport aux États-Unis, d’être le fameux « Heartland » permettant de dominer l’Île-Monde (« World Island »), donc le monde, selon le concept de Mackinder[10], et de bénéficier en plus d’un accès direct à la nouvelle voie maritime de l’Arctique vers l’Asie ! Bref, le rêve ! L’Europe de Brest à Vladivostok est un grand objectif mobilisateur : elle permettrait aux Paneuropéens de non seulement se rapprocher de la parité de puissance avec les États-Unis, mais plus vraisemblablement de les dépasser !
L’Alliance Europe des Nations / Russie pour faire face à l’impérialisme américain et à la Chine
Sans la moindre imagination, ni vision à long terme, par soumission aux Américains, les responsables européens ont donc sabordé l’avenir de l’Europe préparé par Charles de Gaulle, pour faire seulement le bonheur de Washington. Les élites européennes aveugles ont préféré faire la guerre à la Russie, une grande nation européenne, blanche et chrétienne, alors que la vraie menace est intérieure, avec l’invasion migratoire extra-européenne en cours, l’islamisme conquérant, et le risque de guerre civile. La Grande Europe de Brest à Vladivostok représenterait un colosse potentiel sur le plan stratégique, démographique, géographique, civilisationnel, culturel, économique et militaire.
Conclusion
Il n’y a donc pas d’alternative possible au rapprochement, à l’Alliance entre l’Europe et la Russie ! Toute alliance de la Russie ou de l’Europe avec la Chine ou les États-Unis ne peut être que tactique, défensive à court terme, mais pas stratégique et civilisationnelle à long terme. La Grande Europe de Brest à Vladivostok pourrait constituer le troisième pôle de puissance mondial, parlant d’égal à égal, voire surpassant les États-Unis et la Chine !
QUESTIONS DE LA SALLE ET DÉBAT GÉNÉRAL
S.E.M. Jean-Pierre VETTOVAGLIA, Ambassadeur de Suisse (1988-2007) à Vienne, Bucarest et Paris, représentant personnel du Président de la Suisse pour la francophonie à Paris (2000-2007), administrateur d’une banque de financement du commerce international à Genève (Trade Finance, BIC-BRED), essayiste, conférencier en analyse et prospective des relations internationales.
Veuillez excuser mon refroidissement : je tiens à vous remercier, il se trouve que je partage largement vos buts, vous avez raison sur beaucoup de choses, mais vous êtes, comme moi en Suisse d’ailleurs, une des très rares voix raisonnables dans un vaste désert de bellicisme, d’ignorance et de sottises. Et il se trouve que nous n’évoluons pas dans un narratif dominant : on vous colle au mur, on vous ostracise, c’est une situation très difficile à vivre d’ailleurs, si bien que nous pourrions dire en rigolant, et il n’y a que de l’humour dans ma remarque, que vous avez écrit un livre de science-fiction… J’ai deux remarques.
Le titre de votre intervention parle de « paix durable » et de « nouveau rapprochement ». Vous essayez beaucoup de prospective politique, et je peux vous dire que c’est très peu probable d’avoir une paix durable et un rapprochement entre l’Europe et la Russie, sur les cinq, dix ans qui viennent… Il faut l’exclure, aussi bien d’ailleurs pour l’Ukraine que pour Israël, parce que personne ne la prépare, cette paix, personne, au sein des gouvernements, ne prépare véritablement ce rapprochement. La Russie ne veut pas forcément la paix, Zelensky non plus, Netanyahou en tout cas pas, les Européens non plus – puisque les politiciens très peu soutenus sont d’un bellicisme avéré : moins vous avez de voix, plus vous êtes bellicistes – et les USA non plus.
La seule question que je voudrais poser, c’est : où est l’intelligence dans tout ça ? Où est l’intelligence ? Parce que je conseille à tous ceux qui ne l’auraient pas encore fait de lire le dernier livre de Samuel Fitoussi sur l’intelligence[11], qui est absolument remarquable et que j’utilise pour mon prochain livre que je vais publier. Il prouve, Fitoussi, et nous pouvons l’utiliser aujourd’hui, que tous ceux qui ont adopté ces narratifs mensongers que l’on cherche à renverser vont les défendre jusqu’au bout, parce que leur intelligence leur permettra d’accumuler les arguments en faveur de leur préservation, ne leur donnera jamais les atouts pour changer d’avis. Et on se trouve dans cette situation qui est extrêmement difficile. C’est tout ce que je voulais dire à ce stade, pour ne pas monopoliser l’attention.
M. Marc ROUSSET
Excusez-moi M. l’Ambassadeur, mais je ne partage pas du tout votre opinion. Je vais vous dire pourquoi. Effectivement, vous avez raison de le dire, vous extrapolez la situation actuelle. Là, vous avez entièrement raison. Moi je suis un homme réaliste, je pense au contraire que le monde peut évoluer très, très vite, parce que j’estime que nous sommes pratiquement dans une situation prérévolutionnaire, et regardez ce qu’il s’est passé dans toutes les révolutions, les attitudes… Vous raisonnez peut-être – et ce que je vous dis n’est pas péjoratif – dans le monde qui est le vôtre, le monde des ambassades, où vous avez une notion de continuité. Moi je pense que nous sommes dans un monde qui peut être très disruptif, qui peut évoluer très rapidement. Et je pense au contraire que les choses peuvent évoluer très vite dans le sens qui est le mien – alors, peut-être pas aussi vite que je ne le dis, mais ça inspire une partie de mon message en tout cas –, que les gens pensent à se rapprocher de la Russie, pour une raison très simple qui est que l’État profond a repris la suite de l’idéologie de l’État profond aux États-Unis. Ça c’est paradoxal, parce que la guerre en Ukraine en Amérique, par des gens de l’État profond, et maintenant ce sont les successeurs de l’État profond européen qui défendent une guerre qui a été provoquée exclusivement par l’Amérique. Parce que s’il y a des guerres, s’il y a un million de morts d’Ukrainiens en Ukraine, c’est uniquement à cause de l’Amérique, les choses sont claires.
Alors, je vous dis pourquoi je dis que ça peut être très rapide. Je pense que si les partis patriotes, un jour… Ça peut aller peut-être plus vite que certains le pensent, ou alors peut-être que ça ne passera pas, parce que, comme vous dites, le système se défendra jusqu’au bout et je ne sais pas ce qu’on fera d’ici là. Moi je suis un géopoliticien, je n’agite pas sur le plan politique, et ça peut absolument aller très vite. Je pense à l’exemple de l’Allemagne.
Je pense que les gens de l’AFD[12] en Allemagne (quand même, ils ne sont pas loin des 30 %)…
S.E.M. Jean-Pierre VETTOVAGLIA
À 30 % mais quand même loin du pouvoir.
M. Marc ROUSSET
Si, ce qui est possible et puis ça peut aller même assez vite en Allemagne, puisque je connais très bien l’Allemagne, je connais très bien ce monde, je parle allemand d’ailleurs… À ce moment-là, ce que je dis c’est que je pense que les gens de l’AFD pourraient pratiquement l’écrire, les choses peuvent aller très vite. L’AFD est pro-russe, les choses sont claires. Tout ce que je vous ai dit, l’AFD prend le pouvoir demain, vous avez le gazoduc, tout est en place. Et je pense, j’ai toujours pensé, que le problème était de savoir quel est le premier pays qui allait s’approcher de la Russie, parce que non seulement je ne partage pas votre opinion, mais moi, ma troisième question c’est de savoir quel est le premier pays intelligent, qui va faire le geste, intelligent, futuriste, de se rapprocher de la Russie. Si on avait des gens intelligents en France ça aurait pu être la France, moi je crains que ce ne soit l’Allemagne, contrairement à tout ce que les gens peuvent prétendre, parce qu’elle est plus touchée, directement, et parce qu’actuellement les gens sont beaucoup plus préparés en Allemagne, ne serait-ce qu’à cause de l’Allemagne de l’Est.
Voilà ma réponse, je ne vais pas aller plus loin. Et là je vous réponds, non par désir de défendre mon thème, parce que je suis fataliste et mon livre il réussira, arrivera, paix à son âme, peu importe, mais sur le plan de la possibilité que ce que je dis se réalise d’une façon plus ou moins rapide… Là, je ne partage pas votre opinion M. l’Ambassadeur, et je vous ai dit pourquoi.
S.E.M. Jean-Pierre VETTOVAGLIA
On verra dans cinq ans.
M. Marc ROUSSET
Bien sûr, j’espère même qu’on pourra se revoir. Moi je suis fataliste vous savez, à chacun sa vérité comme disait (…).
M. Ismaël PAIENDA, Cofondateur et membre du comité des dirigeants de l’Assemblée des Spécialistes et des Experts d’Afghanistan, consultant en Tourisme, Développement durable, Investissement, et Relations internationales
Bonjour à tout le monde. Je commence par une citation connue de M. Rastbeen, de Saadi (poète et conteur persan), qui dit que nous sommes tous issus de même origine, et nous sommes tous, les êtres humains, les membres d’un seul corps, et la souffrance d’un des membres ne peut pas laisser indifférente les autres. Une autre chose, c’est que, par rapport à ce que vous dites, il faut bien sûr se fixer un but et puis foncer, qui ne fait rien n’arrive à rien. Souvent, quand on dit des choses pour lesquelles les autres n’ont pas le niveau de compréhension de ce que nous disons, on nous fait passer pour un utopiste… sans oublier que les utopistes peuvent être les réalistes de demain, comme Galilée à l’époque. Un autre proverbe français dit que pour neutraliser vos ennemis, il vaut mieux les transformer en amis, plutôt que de transformer les amis en ennemis.
Vous avez évoqué, M. Rousset, beaucoup de choses très importantes, intelligentes, et pour l’avenir de nos enfants, c’est extrêmement important qu’on se réveille. Alors, doit-on aller dans le sens de la complémentarité, ou dans le sens de la domination, et de considérer les uns et les autres comme des ennemis, alors que nous sommes sur une Terre toute petite ? Qu’est ce qui a poussé la Russie vers la Chine ? Est-ce que la guerre d’Ukraine est le commencement de l’invasion de l’Europe comme on le montre souvent ? Et question finale, ce rapprochement avec la Russie signifie-t-il un éloignement de l’Amérique, ou trouver une solution dans le sens de la complémentarité avec la Chine, l’Amérique, l’Europe ? Merci beaucoup.
M. Marc ROUSSET
Oui, j’approuve votre point de vue, mais je suis un homme de Realpolitik, et vous savez aussi ce qu’avait dit le philosophe Georges Gusdorf, que « dans la vie tout n’est que force ». Sur le plan politique et géopolitique, tout n’est que force et rapport de forces, en ce qui concerne la géopolitique. Sur le plan humain, je suis tout à fait d’accord avec vous. Je pense que vous parlez très bien, et que c’est tout le problème. (…) La pensée de gauche c’est des gens qui parlent souvent très bien, toujours avec de bonnes intentions, et qui finalement n’amènent que des malheurs. Je crois que vous devez savoir faire un choix, mais avant de faire un choix, un géopoliticien doit voir dans quel sens penche l’histoire géopolitique, penche les choses civilisationnelles. Si vous faites une chose à contre-courant, un jour ou l’autre il y aura un problème, c’est pour ça que lorsque je dis qu’il y a le rapprochement entre l’Europe et la Russie, c’est le bon sens même, ce n’est pas chercher la guerre, c’est chercher, c’est voir la géographie. On a quelqu’un à côté de nous qui a des richesses, ils sont Européens, ils ont parlé français pendant deux siècles. Ils ne parlaient pas l’anglo-américain sous les tsars, n’est-ce pas ? Donc c’est le bon sens qui m’invite. C’est-à-dire qu’on ne construit pas des alliances politiques avec des vœux humains de rapprochement ou d’éloignement, de trouver virtus stat in medio. On doit construire quelque chose qui a toutes les chances de durer d’une façon naturelle.
En géopolitique, vous pouvez avoir toutes les meilleures volontés du monde, dès que dans une collectivité, quelle qu’elle soit (et là, j’ai voyagé dans le monde entier cher monsieur), vous avez plus d’une population dont la langue… Par exemple, j’ai connu des problèmes avec les Coréens en Chine… dans tous les pays du monde vous avez un problème, que ce soit religieux… c’est inhérent à la nature humaine. Vous pouvez être prêtre, vous pouvez être musulman, vous pouvez être bouddhiste, vous n’en sortirez pas. C’est un truc humain que vous niez. Donc vouloir nier les réalités humaines… aussi parce que l’Homme, il veut des bonnes choses, comme vous dites, même s’il y a le mot (…) on ne pourra pas s’empêcher. Donc si vous voulez, pour trouver la paix, il faut trouver des solutions qui sont valables à long terme. Or, actuellement, pour répondre à votre question, nous sommes, bêtement, dans une situation stupide parce qu’en 1989, nous, les Européens, nous sommes restés dans l’OTAN alors que là l’OTAN aurait dû sauter. Et nous n’avons pas eu la force de quitter les griffes de l’Amérique.
Actuellement, la Chine, la Russie, ont raison, et l’alliance est défensive, elle est solide, réelle, sincère. Un géopoliticien avait trouvé une formule, j’ai oublié le nom de ce garçon, il avait parlé de « faux alliés » entre la Chine et la Russie. Je l’avais cité lorsque je suis intervenu à la télévision de Russie. Le problème, c’est que Poutine et Gorbatchev étaient des gens intelligents, et alors j’ai défendu l’idée, c’est que moi quand je suis en Russie, je défends Gorbatchev, parce qu’évidemment, pour lui (Poutine), c’est un naïf. Mais je dis toujours, à l’adresse des Européens : Gorbatchev n’était pas aussi naïf qu’on le prétend. Il a voulu la paix, le brave homme ! Il l’a dit, il est allé voir Mme. Thatcher et lui a dit : « Madame, je veux que l’Europe devienne une maison commune et ne soit pas le théâtre d’opérations militaires ». Le problème, ce sont les Européens. Si les Européens, lorsqu’on leur a tendu la main, avaient eu la réaction de dire « U.S. go, go back to New York et foutez-nous la paix, regardez vos dollars et puis revenez d’où vous venez », nous n’aurions jamais eu la guerre en Ukraine. Donc voilà l’erreur qui a été faite.
Il y a deux raisons à la guerre. C’est que nous, les Européens, nous n’avons pas voulu de la main tendue par les Russes, puisque Poutine et Gorbatchev nous ont tendu la main, et nous n’avons pas voulu, finalement. Et deuxièmement, Poutine voulait même faire partie de l’OTAN, il a tout fait pour tendre la main, le grand Poutine. Donc ce n’est pas du tout Hitler. Poutine, c’est le De Gaulle russe, rien d’autre !
Je tiens à vous dire une chose, maintenant ça me revient, on me jugera pour ce que je suis et je tiens à dire que des fois, quand même, je vois assez bien les choses, et je vais vous dire pourquoi quitte à choquer certaines personnes. C’est une vérité, mais qui n’engage que moi. Une semaine avant l’intervention militaire en Ukraine – vous pouvez tester et aller m’écouter, j’étais sur TV Libertés avec deux personnes – j’ai dit publiquement, et je maintiens mes propos aujourd’hui, c’était une semaine… je pense que j’étais peut-être le seul géopoliticien en France (citez-moi un autre) et alors que tout le monde disait qu’il n’y aurait pas d’intervention militaire en Ukraine… (des fois j’ai des idées qui arrivent plus vite que prévu) eh bien non seulement j’ai dit que je pensais que l’intervention militaire en Russie était probable, mais j’ai ajouté que si M. Poutine n’avait pas le courage d’intervenir militairement en Ukraine, pour moi, Marc Rousset, petit politicien de (…), ce ne serait plus un grand homme d’État. Voilà ce que j’ai dit publiquement, une semaine avant l’intervention militaire en Russie. Trouvez-moi un autre géopoliticien en France qui a pu dire ça ou quelqu’un qui aurait pu l’amener, ce qui aurait pu amener une certaine considération à ses propos, et tous les gens qui nous bassinent les oreilles, eh bien finalement ils n’ont peut-être pas eu la justesse, la vue que j’ai pu avoir à l’époque.
Parce que pour moi qui suis un géopoliticien, Poutine a eu raison de faire la guerre, il a défendu son pays, il a évité de faire la même faute que Daladier et Gamelin en 1936, lorsqu’Hitler a occupé la Rhénanie. Si à l’époque nous avions eu le courage d’intervenir militairement en Rhénanie, on n’aurait pas eu Hitler et les 50 millions de morts, n’est-ce pas ? Poutine a fait la même chose, il fait la guerre préventive car s’il n’était pas intervenu en Ukraine, c’était la fin de la Russie. La fin de la Russie ! La Russie se bat le dos au mur, c’est ce que les gens en Europe ne veulent pas accepter. Poutine a fait la guerre contraint et forcé. Parce que d’abord, la guerre a commencé en 2014, en Ukraine, avec le coup d’État de Maïdan, parce qu’ensuite des gens comme M. Hollande, qui a reconnu qu’il y avait eu le coup d’État de Maïdan, ils ont reconnu publiquement, M. Hollande s’était fait coincer sur les radios et Mme. Angela Merkel a reconnu publiquement que si le fameux traité de Minsk n’a pas été respecté c’est parce qu’on voulait laisser le temps aux Ukrainiens pour préparer la guerre. C’est-à-dire que la guerre avait été préparée dès 2014. Et on dit maintenant : pourquoi est-ce que les Russes n’avancent pas aussi vite ? Mais oui, pourquoi ? Ils n’avancent pas aussi vite parce que cette guerre, les Ukrainiens l’ont préparée depuis 2014.
En fait, les Russes ne font pas la guerre à l’Ukraine, ils font la guerre à l’OTAN. Pourquoi est-ce que l’intervention a échoué dès le départ ? Parce que c’est la CIA qui a informé les Ukrainiens, alors il y a eu un petit échec pour l’aéroport, dans le nord, mais les Ukrainiens (…) et bravo à la CIA de ce qu’il s’est passé. Donc, voyez-vous, Poutine a fait une guerre pour éviter que son pays… (…) Moi je suis persuadé, et d’ailleurs Poutine l’a dit, que si la Russie perd la guerre en Ukraine, alors c’est la fin de la Russie. La Russie mène un combat pour sa survie, c’est un État-empire, si elle perd la guerre, il n’y a plus de Russie.
Intervention autour de la table (ne s’est pas présenté)
M. Rousset, je suis d’accord avec votre position politique, pour une alliance avec la Russie et pour une indépendantisation des États-Unis, par contre, je voudrais nuancer un peu vos propositions sur les États-Unis. Je vais me faire un peu l’avocat du diable américain… Je pense que les États-Unis sont fondamentalement un État européen. Je pense même qu’un Français est plus proche d’un Américain que d’un Russe, même si les Russes sont des Européens à leur manière, mais les Américains sont également des Européens, au niveau civilisationnel.
Ensuite, vous avez dit, entre parenthèses, vous n’avez pas vraiment (…) à fond le sujet, vous avez dit : le christianisme a deux poumons, le catholicisme et l’orthodoxie, mais vous oubliez le protestantisme. Le protestantisme n’est pas né aux États-Unis, il est né en Europe. Donc il faudrait à mon avis nuancer votre position sur les États-Unis. Les États-Unis, pour moi, ne sont pas l’ennemi, mais un concurrent, c’est une tutelle insupportable dont il faut s’indépendantiser, se libérer, mais quand même il faut reconnaître que les États-Unis sont aussi Européens que la Russie, bien entendu. La Russie et les États-Unis sont deux grands États européens, globalement, on pourrait discuter. Voilà ce que je voulais dire.
M. Marc ROUSSET
Oui, alors je vais vous répondre en géopoliticien, cher monsieur. (…) gros comme une maison, pour vous dire que je ne partage pas du tout votre opinion, et je vais vous dire pourquoi. Parce que vous oubliez la géographie. C’est que, entre l’Europe et les États-Unis il y a l’océan Atlantique, monsieur. Les anglo-saxons nous parlent toujours de pond, de « mare aux canards », n’est-ce pas ? Mais la mare aux canards, mon cher monsieur, il a fallu des siècles à Christophe Colomb et aux Européens avant de la traverser. Et ce n’est pas du tout une mare aux canards, vis-à-vis des États-Unis, qui nous sépare, c’est un océan Atlantique qui nous sépare, alors que la Russie est juste à côté de nous.
La deuxième chose, c’est que si vous regardez initialement mon image, les États-Unis, c’est un État anglo-saxon, c’est un État qui nous fait la guerre, qui ne nous fait jamais fait de cadeaux. Regardez quel était l’avis du Général de Gaulle, c’est le titre de mon chapitre, De Gaulle, qui est un homme assez intelligent, il a passé 40 ans à faire la guerre contre l’Amérique, relisez le fameux bouquin L’Ami américain de mon ami[13]. Rien que pour cette simple raison, concernant l’océan Atlantique, déjà dès le départ les dés sont pipés.
Et je fais remarquer qu’en plus de cela il y a un phénomène géologique aujourd’hui, une fameuse faille qui se trouve vers l’Islande je crois, et qui fait que d’une façon irréversible – ce que je vous dis est très sérieux – les deux plaques tectoniques (eurasiatique et nord-américaine) s’éloignent l’une de l’autre. Moi j’ai réfléchi, si vous voulez, compte tenu de tout ce qu’il s’est passé aux États-Unis, vous pensez à Wilson, qu’est-ce que veut, au fond, l’Amérique, surtout sur le plan culturel, parce que comme disait Georges Pompidou, la France, quelle est sa grande particularité chers messieurs ? C’est la langue française. Il l’a dit, il avait très bien compris, Pompidou. On s’est fait rouler parce qu’on a notre président… Sachez que si l’on parle anglais aujourd’hui à l’Union Européenne, c’est à cause du président Emmanuel Macron, je vous passe les détails. L’Amérique, c’est la suite de l’Angleterre, les anglo-saxons veulent détruite la culture française. En Algérie on parle en anglais, les choses sont claires. Les Russes ne veulent pas qu’on parle russe en Algérie, voyez ? Et les Anglais se battent actuellement contre l’Algérie par l’anglais… Je vous écoute.
M. Jacques CHEMINADE, Président de Solidarité & Progrès (S&P) et de la revue Nouvelle Solidarité, candidat aux élections présidentielles (1995, 2012, 2017)
Tout d’abord, je ne suis pas géopoliticien, parce que je pense à Mackinder qui est un agent britannique, et sa thèse c’était celle du système impérial britannique. Intelligente, par ailleurs.
M. Marc ROUSSET
Il était quand même britannique, Mackinder.
M. Jacques CHEMINADE
Bien sûr, une vision impérialiste, pour dominer le monde. Et donc Alexandre Douguine, c’est l’envers, Douguine c’est la tellurocratie contre la thalassocratie, et il inverse la chose. Je crois qu’on est en train de sortir de ça. J’ai un ami journaliste qui a rencontré Poutine, un petit homme, dans le bureau Sotchak, à Pétersbourg, en haut de (…). Et ce qui est très intéressant, c’est que Poutine était né pro-occidental, c’était le plus pro-occidental qu’on pouvait rêver ! Et il a été ainsi jusqu’à 2007-2008. Avec en 2004 quelque chose qui l’a fait sursauter, comme moi : en Ukraine on a reconnu Stepan Bandera comme héros national. Alors, là, on promeut un nazi, il faut le dire, c’est vrai. Ça, c’est la première partie.
Poutine, à ce moment-là… Et ça je voulais vous le demander, parce que je ne suis pas assez compétent pour l’avoir pu suivre, c’est le livre d’Ivan Iline, Nos missions, qui est le livre que Poutine a fait lire dans toute son administration. Et il a fait rapatrier les restes d’Iline qui étaient aux États-Unis, et il a fait rapatrier aussi tous ses manuscrits. Alors, que dit Iline ? C’est tout ce que je peux dire parce que…
M. Marc ROUSSET
Je ne l’ai pas lu.
M. Jacques CHEMINADE
Il dit : « Il y a un moment en Russie où toute l’histoire qui a été portée par le système soviétique, et toute l’histoire qui a été portée par les Tsars, se réuniront », et je pense que Poutine est cet homme-là, qui les rassemblera au nom de l’intérêt de la nation. Alors c’est très intéressant de lire les déclarations récentes de Poutine. On ne le lit pas ! On ne lit plus rien, d’ailleurs…
M. Marc ROUSSET
Là on est d’accord.
M. Jacques CHEMINADE
Poutine a déclaré : « Le monde à venir ne doit pas être, bien entendu, unipolaire. C’est fini. Et la colonisation c’est quelque chose de terminé. Il ne doit pas être non plus multipolaire. Il doit être plus que ça ». Alors, il a dit « polycentriste » dans certains discours, et « polyphonique » dans d’autres. Polyphonique, c’est très fort, parce que c’est des nations, chacune, comme dans une chorale, qui se rassemblent, ont chacun leur manière de penser et de dire, mais peuvent s’unir, avec ce que Ledizov appelle la « coïncidence des opposés à un niveau supérieur ». C’est exactement ce que Poutine pense, entre l’histoire de la Russie soviétique et l’histoire de la Russie des Tsars. Donc je pense que là nous nous approchons de cela, et que les Russes et les Chinois discutent de cela. C’est l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), c’est les BRICS, l’Union économique eurasiatique (UEEA), auxquelles on ne pense pas assez. Et moi, en Russie, je connais quelqu’un de très bien, qui était avec mon ami américain Lyndon LaRouche et (…) qui s’appelle Sergey Glazyev, qui est maintenant chargé de l’alliance politique entre la Biélorussie et la Russie. (…) beaucoup plus que ça, il pense à un système financier et monétaire pour le futur qui soit basé sur l’économie physique réelle, et pas sur les spéculations financières.
Alors, qu’avons-nous aujourd’hui aux États-Unis ? Un Trump, qui dit « Je veux faire la paix ». Pour autant qu’on puisse rentrer dans le cerveau de Trump, je crois qu’il le pense, mais il l’a fait sur les sables mouvants d’un système complètement fou, qui est le système des stable coins, et ils ont appelé ça GENIUS au Parlement. Donc c’est complètement fou, et la réflexion qu’il y a actuellement en Russie, et je voudrais avoir votre point de vue sur cela, comme sur Iline et sur Glazyev, c’est comment faire un système financier et monétaire international qui ne soit pas basé sur un dollar exorbitant, mais qui soit basé sur les échanges entre nations dans leur monnaie nationale, mais il y aura des excédents et des déficits, donc comment les résoudre ? Et il dit qu’on peut le résoudre avec un panier de matières premières dans des contrats à long terme qui ne seront pas fixés par les marchés, mais qui seront fixés entre nations. Donc je crois qu’on ignore complètement, en Europe, cet aspect russe, et que les Russes, voyant qu’on les ignore, on perdu, disons, tout respect pour les pays européens dans la situation actuelle et ils attendent autre chose. Et je crois que la réalité, c’est cette autre chose que nous devons fournir, et je voudrais avoir votre avis : que pouvons-nous fournir d’autre, rapidement, pour que nous n’allions pas vers ce que vous disiez tout à l’heure, qu’on n’arrive jamais à un accord ? Et à mon avis, si nous n’arrivons pas à un accord, il y a un véritable danger de guerre mondiale.
M. Marc ROUSSET
Votre question aborde plusieurs problèmes. Je vais vous dire seulement deux choses.
Je pense que Poutine a très bien compris. C’est un homme de synthèse, un homme modéré, et pour moi c’est un centriste en Russie. Et puis, il y a une chose que les Européens oublient complètement, c’est que si vous mettez un homme, même de bonne foi, avec des principes européens en Russie, au bout de six mois il n’y a plus de Russie. La Russie, c’est un empire, n’est-ce pas ? Donc, si vous n’avez pas un homme fort à la tête de la Russie, il n’y a plus de Russie. Là aussi, ce n’est pas de partir dans des concepts intellectuels. Il faut qu’il y ait un pouvoir fort en Russie, sinon il n’y a plus de Russie. Alors j’ai beaucoup d’empathie, de respect, même d’admiration. Moi je dis bien que si Poutine gagne la guerre en Ukraine, ce qui est très probable d’ailleurs et à mon avis elle a toutes chances d’être gagnée, il deviendra peut-être le plus grand homme d’État (russe) et qu’il dépassera Pierre le Grand, s’il arrive en 2036. Les Ukrainiens, bon… le front s’effondrera en 2030. Mais l’homme en tant que tel, c’est un homme de synthèse, un homme intelligent.
Il l’a dit, d’ailleurs, à propos du rêve de faire de nouveau l’union de la Russie, comme quoi c’est fou mais sinon l’homme qui n’en tiendrait pas envie n’a pas de cœur, et que celui qui voudrait le faire, voudrait recréer l’URSS n’aurait pas de tête. Cela montre bien que cet homme est tempéré. N’oubliez pas qu’en 2014 Poutine aurait pu prendre Odessa ! Il y a beaucoup de (…) qui lui ont reproché. Il y a beaucoup de gens, même actuellement alors qu’il fait la guerre, l’ancien patron, qui est décédé… il y a longtemps qu’il y aurait eu une bombe tactique nucléaire qui serait tombée quelque part en Ukraine ! Si les choses se passent comme ça, c’est que… Poutine il en pris plein la figure. Vous savez, c’est comme des chiens qui essaient de gagner un peu de territoire, on leur envoie des fusées, etc. Bon, les Russes ils disent « bon, on est assez costauds, vous pouvez nous en envoyer autant que vous voulez, de toute façon on va leur régler leur compte à vos fusées ». Mais si vous voulez, Poutine c’est un modéré. Ce n’est pas du tout un va-t-en-guerre. Il a tout fait pour la paix. C’est nous, les Européens… Et d’ailleurs, je reviens un peu, excusez-moi, sur la guerre en Ukraine. Elle a commencé avant le 22 février 2022, parce que les Ukrainiens ont commencé à bombarder le 16 février. C’est constaté par le gouvernement.
Alors, je réponds à votre question. Donc, Poutine, pour moi, sur l’homme, ce n’est pas votre question, après, on va passer à la deuxième partie qui est la partie monétaire. J’ai beaucoup d’admiration pour l’homme parce qu’il a des nerfs d’acier que je n’ai pas, c’est le De Gaulle russe, mais lui il est avec la Russie alors que De Gaulle était avec la France. Donc moi je garde ma considération pour l’homme, et qui est un homme très intelligent, qui a beaucoup lu aussi. Il faut savoir que ce n’est pas du tout un petit rigolo. Et Poutine est un homme qui essaie de faire la synthèse. Justement, c’est pour ça qu’il a eu la sagesse aussi de ne pas s’attaquer au communisme, qui est une erreur économique, une erreur humaine. Puisqu’on parle d’erreur humaine, Poutine en est conscient de tous ces pauvres gens qui sont morts suite aux horreurs de Staline, de Lénine… Qui était un véritable gangster, Staline, il n’y a pas d’autre terme. Mais par contre, Poutine ne peut pas trop parler comme ça, vous ne pouvez pas trop si vous êtes russe, parce qu’à ce moment-là cela peut avoir des conséquences géopolitiques graves. Et je pense que Poutine, au fond de lui-même, pense peut-être la même chose que moi, mais il dit : dans l’intérêt de ma Russie, je n’ai pas intérêt à faire un Nuremberg pour Staline, parce que c’est quand même sous Staline que la Seconde Guerre mondiale a été gagnée. Donc, pour répondre à votre question très brièvement, Poutine c’est un homme pragmatique, qui est intelligent et qui essaie de faire la synthèse de ce que l’Histoire et les réalités lui ont apporté, dans l’intérêt de son peuple.
Deuxième partie, je réponds à la question très vite, là, c’est l’économiste que je suis qui vous répond. J’ai un chapitre entier consacré au problème que vous abordez, cher monsieur. Pour moi, la réponse est très claire : le système monétaire international sera basé sur l’or.
J’ai connu des gens très brillants, qui ont le prix Nobel et tout ça pour faire la « bonne » économie… D’ailleurs, plus vous avez de Nobel en France, et plus vous remarquerez que l’économie française s’écroule… C’est archi simple, l’histoire du système international. Il suffit de décréter que la seule monnaie de réserve valable, c’est l’or. Et alors, vous savez, beaucoup de théoriciens parlent pendant des heures : on va faire des (…) dégager des liquidités pour favoriser le commerce international… Je me rappelle, j’avais un ami de Columbia qui avait Polytechnique, qui était assez brillant, et puis j’ai dit « il y a quelque chose que tu oublies », parce qu’on a fait Columbia ensemble, « c’est que pour créer des liquidités il suffit de réévaluer le prix de l’or ! ». Et c’est ce qu’il se passe en ce moment. Vous remarquerez que dans le montant des réserves internationales, vous avez le dollar et l’or qui sont à égalité. (…) 19 %. Les banques centrales achètent de plus en plus d’or et la valeur de l’or augmente. C’est ce qui se passe actuellement. Donc si vous voulez, la réponse à votre question c’est que pour moi, à terme, le système international doit être basé sur l’or. La Chine a beaucoup d’or, elle prétend en avoir 8000 tonnes, (…). Moi je prétends, et je l’ai mis dans mon livre, qu’il y a énormément d’or, les Chinois sont des intelligents et tout, moi je pense qu’il y a à peu près 30 000 tonnes d’or en Chine.
Donc pour moi, en un mot, l’avenir repose sur l’or. Il suffit de réévaluer l’or. C’est le chemin qu’il prend. Et que toutes les monnaies, que ce soit le Yuan, l’Euro – qui à mon avis va certainement éclater un jour – ou le Dollar, devront être basées sur l’or, et les monnaies qui seront acceptées comme monnaies internationales seront des monnaies qui pourront être convertibles en or, voyez-vous, et à partir du moment où l’or sera convertible, à ce moment-là le système sera paisible, mais ça passe par une réévaluation du prix de l’or. Voilà mon raisonnement simpliste, et je ne m’appelle pas Jean Tirole, le dernier brillant économiste qui va voir le phénomène en France… Ais-je répondu à votre question ?
Jacques CHEMINADE
Non, parce qu’il faudra monter le prix de l’or à des niveaux extrêmement élevés pour pouvoir avoir les crédits.
Marc ROUSSET
Le prix de l’or, il peut passer à 10 000, 15 000 dollars l’once !
Jacques CHEMINADE
Plus encore, si on veut vraiment avoir un système…
Marc ROUSSET
Oui, mais actuellement on en prend le chemin ! Il faut laisser tout le monde parler.
Intervenant autour de la table (ne s’est pas présenté)
Je commence par la question. D’abord, je vous remercie pour votre exposé, bien sûr j’adhère à tout, et c’est pourquoi je pose la question. Avez-vous une réponse ? Moi je n’en ai pas. C’est : pourquoi les Européens (je distingue européen et européiste) font-ils ça ? C’est-à-dire adoptent cette conduite qui est totalement contre toute intelligence, comme l’a dit le monsieur, contre le bon sens, tout simplement. Et, je développe un peu. Vous avez parlé de la menace démographique pour la Russie, mais c’est une menace démographique aussi pour l’Europe de vouloir entretenir cette guerre. Car le million d’Ukrainiens qui ont été tués, les 100 000 Russes qui sont tués, c’est une menace démographique pour la civilisation européenne, pour les Européens. D’autre part, le but du démantèlement de la Russie de la RAND Corporation, des Américains, est-ce que nous Européens y avons intérêt ? Avons-nous intérêt à ce que la Russie soit transformée en de petites principautés (…) ? Et dont on pourra piller toutes les richesses et matières premières, ce que veulent les Américains, effectivement, depuis longtemps, et c’est toujours le but, et ils vont continuer ? Si, simplement, Trump s’en est aperçu aujourd’hui, « bon, ça n’a pas marché ce coup-ci, on va remettre ça plus tard », bon, ça c’est autre chose, mais nous, qu’est-ce que nous avons besoin de continuer alors qu’on ne peut pas, on ne va pas démanteler la Russie, ça ne nous sert à rien, mieux vaut acheter le gaz pas cher.
L’Eurasie. Vous avez parlé de l’Eurasie, et bravo. Mais effectivement moi quand j’ai participé à des associations, des groupes avec les Russes sur l’idée « de Lisbonne à Vladivostok », eux ils parlent de Lisbonne, moi de l’Est, c’est pareil, eh bien aujourd’hui ils parlent de l’Eurasie. Forcément, ils nous laissent tomber parce qu’ils ne nous prennent plus au sérieux. Et c’est vrai que Douguine, et je crois que l’acception de « polyphonique » vient de Douguine en fait, un peu derrière Goumilev, enfin vous savez bien tout ça.
Et je pense qu’il y a un autre aspect qui est important pour nous, c’est le côté puissance islamique. Parce que ça, en revanche, la Russie elle a aussi des problèmes d’immigration, notamment d’Asie centrale, qui est sous influence des Frères musulmans venus de Turquie, puisque c’est le monde turc, l’Asie centrale, et il y a influence, effectivement, par Erdogan, notamment des Frères musulmans, etc. Ils ont ce problème-là. Mais pour nous Européens il y a un grand apport que peuvent faire les Musulmans russes, c’est arriver à apporter une certaine tolérance par rapport à l’apostasie, qui est le grand problème aujourd’hui de notre coexistence avec les musulmans qui existent en France. Et eux, ils ne remettent pas en question l’apostasie, puisqu’ils ne peuvent pas, c’est dans le Coran. Mais moi j’ai parlé avec des Muftis en Russie, ils disent « mais dans la pratique, il faut bien qu’on s’y fasse et qu’on accepte les mariages mixtes », etc.
La Chine, c’est pareil. Avec l’Eurasie, avec le fait qu’on ait poussé effectivement la Russie vers la Chine, et vous avez raison les Russes sont européens, mais ils sont quand même conscients d’autre chose, c’est que l’aigle a deux têtes, et la deuxième tête en Asie. Et qu’aujourd’hui la croissance économique est en Asie. Ils ne peuvent pas y renoncer. Mais c’est une chance aussi pour nous. Pourquoi on renonce à ça ?
D’autre part, avez-vous entendu parler de l’idée – justement vous en avez parlé un peu et c’est pour cela que je me permets – l’idée que les Américains, et c’est ce qui a été évoqué à Anchorage. Ils auraient parlé avec Trump, d’après des sources russes, je n’en mettrai pas ma main au feu mais ils auraient parlé d’un « Téhéran 1943 », si vous voulez, c’est-à-dire que ce n’est pas Yalta, mais c’est déjà des pointillés de partage du monde. Et Trump n’était pas contre, c’est pourquoi il a convoqué dès le lendemain Zelenski et les Européens, vous savez, quand ils étaient assis en (…). Donc (…) il s’y est pris comme un trumpiste, c’est-à-dire qu’il a commencé à faire pression sur l’Inde pour que l’Inde arrête d’acheter du pétrole, pour que lui puisse vendre le pétrole aux Européens, et que les Européens soient complètement obligés de céder aux propositions que pouvait faire Trump, alors qu’il envisageait effectivement une négociation avec la Chine et avec la Russie. Le fait qu’il ait fait tellement de pression sur l’Inde a fait que Narendra Modi soit allé à Pékin le 3 septembre. Ça a tout inversé. Mais de ce point de vue-ci, c’est sans doute une voie vers une paix, et vers une paix durable comme vous le dites. Pour ce qui est de la paix durable sur le terrain ukrainien, c’est très simple. Une fois qu’Odessa est libérée, que ce soit par référendum ou d’une manière militaire, les Russes ils arrêtent tout.
Marc ROUSSET
Je suis entièrement d’accord avec tout ce qu’a pu dire monsieur. C’est très juste ce que vous avez dit.
Intervenant autour de la table (ne s’est pas présenté)
Personne ne me connaît ici je pense, mais enfin j’ai travaillé pour la Commission européenne en Russie, avec M. Rousset nous nous connaissons depuis longtemps. J’approuve 99 % de ce qui a été dit. Je voudrais simplement rappeler quelques chiffres. La Russie, c’est 17 millions de kilomètres carrés. C’est un peu plus de 140 millions d’habitants. C’est un PIB d’un peu plus de 2000 milliards. Ce n’est rien ! Notre PIB à nous, l’Union européenne, c’est 23 000, l’Amérique, 29 000. La Russie, c’est 2000… avec lesquels ils ont un budget militaire de 130 milliards. Et encore, c’est récent, parce qu’il n’y a encore que 2 ans, c’était 60 milliards. Donc ma question est très simple, c’est : est-ce que la Russie a une alternative à un rapprochement avec l’Europe, à long terme ? Est-ce que la Russie peut supporter la jalousie du monde entier, avec si peu de population, et si peu de PIB, et si peu de budget militaire ?
Thaison NGUYEN, Ex-diplomate, géopolitologue à Sciences Po
Je suis venu ici pour la paix, le rapprochement avec la Russie, uniquement pour ça. La paix, pour l’Europe, est un must. Je parle russe, je parle anglais-américain, alors je ne prends pas parti. Je crois que notre intérêt c’est d’avoir la paix, mais il y a des obstacles, majeurs. La paix entre l’Europe et la Russie. L’Europe, est-ce qu’elle existe ? La France oui. L’Europe, c’est 27 États : personne ne décide. C’est l’unanimité, donc rien ne décide.
Ensuite, la Russie, actuellement, à cause de la guerre d’Ukraine, est complètement alignée sur la Chine. Je suis bien placé pour le savoir, j’ai été en Chine plusieurs fois, je connais la Chine comme ma poche, l’amitié pour mille ans entre la Russie et la Chine est une réalité, une nécessité. On ne pourrait pas changer la situation tant que la guerre dure. C’est pour cela que c’est notre intérêt de faire tout pour arrêter cette guerre. Si on arrête la guerre, la Russie pourrait disposer d’une certaine marge de manœuvre, et l’Europe aussi, grâce à la France, parce que moi je n’y crois pas à l’Europe : l’Europe n’est pas encore faite, elle n’est pas faite et elle n’existe même pas.
Marc ROUSSET
J’avoue qu’avec toutes les questions, mon petit cerveau vient de péter.
Intervenant autour de la table (ne s’est pas présenté)
Je vais essayer de ramasser ma question. La restauration d’une paix durable sur notre bon continent européen est la condition préalable à un retour à la prospérité de nos sociétés européennes, comme vous l’avez rappelé. Vous avez été un haut dirigeant d’entreprise, Dr. Rousset, pouvez-vous nous dire jusqu’à quand, à votre sens, les acteurs rationnels, économiques et sociaux français et européens vont supporter la mise en danger de leurs activités de production et l’accès à leurs marchés internationaux ? On voit bien que le marché chinois se ferme, on voit bien que le marché russe, évidemment, nous est fermé désormais. Ma question, donc, est de savoir jusqu’à quand les acteurs rationnels, économiques et sociaux de notre société française et européenne, vont accepter la conduite politique que nous connaissons aujourd’hui ?
Mme Patricia LALONDE, Vice-Président de Géopragma, ex-députée européenne
L’Amérique est en train de changer, quand même, avec l’arrivée de Trump, et ce n’est pas Trump qui a été à l’origine de la guerre en Ukraine, on est bien d’accord ? On est bien d’accord que Trump en tout cas est poussé par l’État profond qui continue, derrière à (…), et ma question c’est de savoir : est-ce que vous pensez qu’avec l’Amérique de Trump nous avons plus de chances d’arriver à un rapprochement avec la Russie, des Européens avec la Russie ? Est-ce que, quelque part, indirectement ils ne nous poussent pas indirectement vers un rapprochement ?
Et puis la deuxième chose que j’avais à dire, parce que j’ai été à la commission des affaires étrangères européenne, et je peux vous signaler que toutes les séances de la commission des affaires étrangères commençaient par « l’ennemi, c’était le Russe ». On était déjà dans la fabrication de l’ennemi. C’est pour aller dans le sens de ce que vous disiez.
Intervenant autour de la table (ne s’est pas présenté)
Au sujet de l’enclave de Kaliningrad et le corridor de Suwałki, qui réunit l’enclave à la Biélorussie, est-ce que l’OTAN, donc les clients des Saxons et des États-Unis, ne cherche pas à ouvrir un second front, au nord, vers les pays Baltes ?
Marc ROUSSET
Je pourrais répondre tout de suite par oui. Moi je pense qu’actuellement il y a des va-t-en-guerre, ils font tout pour… et les fameux drones qui tournent, tout ça, moi je me demande ce qui les a envoyés, si ce n’est pas la CIA ou si ce n’est pas la Pologne… (…). Et puis quant aux avions qui rentrent dans l’espace aérien de l’Estonie, je crois… il faut savoir que le corridor est tellement étroit (…). Tout ça c’est du pipeau. Ces va-t-en-guerre qui cherchent à créer des fausses preuves. Quel est l’intérêt des drones ? D’ailleurs, vous remarquez une chose, c’est qu’on n’envoie pas des missiles, on envoie des drones. Ils partent de Russie, pour arriver au Danemark… Enfin, vraiment, tout cela fait partie du monde dantesque dans lequel nous vivons. Il y a des gens intelligents, des militaires qui connaissent plus les choses, qui doutent de l’origine des drones, que ceux-ci viennent de Russie. Ça fait partie des (…), montés de toutes pièces comme le massacre de Boutcha. Mesdames et messieurs, je dis que c’est la même chose que le fameux massacre de Račak, qui a déclenché le bombardement de la Serbie pendant 70 jours, or il est reconnu publiquement aujourd’hui que ça a été monté de toutes pièces par l’Allemagne, les services de renseignement militaire américains, et que ces braves morts, soi-disant de civils, c’étaient tout simplement des Kosovars qui avaient été abattus d’une façon tout à fait (…) sur le terrain militaire. Voilà pour ce qui concerne Račak. Moi je dis que Boutcha c’est la même chose, et la meilleure preuve c’est que l’Ukraine n’a toujours pas été capable de donner la liste des morts qui sont tombés à Boutcha. Mais si vous lisez les journaux… Pour moi, il s’agit tout simplement de braves Ukrainiens qui ont dû tendra à être coopérants, qui ont dû avoir le malheur de donner d’autres choses à des soldats russes et qui ont été massacrés tout simplement par des miliciens ukrainiens. Et ces gens-là ont été ramassés comme morts, ont été décrétés comme morts, et tués par la Russie… Ceci n’engage que moi mais je suis persuadé, je pense que ces morts, ce sont des gens qui ont été abattus par des Ukrainiens. En tout cas s’il y a Boutcha aujourd’hui, Račak a eu lieu, et Račak c’est même reconnu par Le Monde Diplomatique, c’est un des scandales les plus consternants. Je ne parle pas non plus du massacre des bébés koweitiens en Irak, n’est-ce-pas, vous avez la fille de l’ambassadeur… Je prends une seconde. Vous avez la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis qui va devant le Sénat américain vous dire que les Irakiens étaient en train de tuer des bébés, qui avait été entrainée pendant quelques jours par les services médiatiques des États-Unis. À la fin (…) c’étaient les Irakiens qui tuaient des bébés au Koweït… Voilà ce que les États-Unis sont capables de faire. Sachez que Boutcha, moi je dis « mon œil » ! Mais ça n’engage que moi, je ne prétends pas détenir la vérité universelle. Je dis simplement que si on vivait dans un monde véritablement libre, chacun pourrait dire ce qu’il pense. Or actuellement en Europe on ne peut pas dire ce que l’on pense.
Par contre, je suis incapable de répondre à toutes les questions, simple humilité, je m’adresse à mon ami pour lequel j’ai un profond respect, Dimitri de Kochko qui devait intervenir : cher Dimitri, je suis d’accord à 100 % avec tout ce que vous avez pu dire, et je réponds aussi globalement à ce qu’a pu dire madame : je dis qu’il y a deux choses dans Trump. Il y en a un que je défends, c’est le monsieur qui détruit, en somme, les raisons de la décadence de l’Occident, s’attaque aux valeurs. Ce Trump-là, je le défends, parce que finalement il défend les valeurs traditionnelles. Par contre, il y a un Trump que je combats, c’est Trump l’impérialiste. De plus, je ne sais pas comment vous le jugez, mais en ce qui concerne l’homme, je trouve qu’il est beaucoup trop imbu de sa personne, et personnellement je suis très content qu’il n’ait pas eu le prix Nobel, même s’il le méritait, parce que vraiment il fait mettre des dorures dans son bureau, il y a un côté vraiment imbu de la personne qui me déplaît. Le Général de Gaulle c’était un homme qui avait beaucoup plus de valeurs.
Mais, Trump, il faut reconnaître qu’il est relativement efficace, beaucoup plus que notre président, ça c’est absolument certain. Mais je n’ai aucun respect pour Trump parce que je trouve qu’il est trop imbu de sa personne. Donc il y a deux Trump, le Trump dangereux, c’est l’impérialiste affiché, et puis l’autre Trump, que je défends, parce que je pense qu’il mène un combat juste. Il mène aussi le combat contre l’écologie. C’est la folie, le combat qu’on mène contre le réchauffement climatique. Trump a le courage de le dire : (…). Et là il fait avancer le monde. Et à ce niveau-là, je suis pro-Trump. Et dans mon livre, tout cela est réactualisé, je tiens à vous le dire. Je m’excuse pour côté passionné des choses, et ça n’engage que moi.
Quelqu’un dans la salle
Le 21 novembre il y aura une conférence sur « Europe, Russie, mille ans ensemble » qui se déroulera au Quai Branly, au centre spirituel et culturel russe, avec entrée gratuite.
[1] Castex Raoul (Amiral), « Moscou, rempart de l’Occident », dans Revue Défense Nationale (RDN), N°122, Février 1955, pp. 129-143, lien : https://www.defnat.com/e-RDN/vue-article.php?carticle=847&cidrevue=122 (consulté le 17 octobre 2025).
[2] Mahan Alfred Thayer, The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, New York, Little, Brown & Co, 1890 ; Mahan Alfred Thayer, The Influence of Sea Power upon the French Revolution and Empire, 1793-1812, Boston, Little, Brown & Co, 1892 ; Mahan Alfred Thayer, The Interest of America in Sea Power, Present and Future, Boston, Little, Brown & Co, 1897.
[3] Brzezinski Zbigniew, The Grand Chessborard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, New York, Basic Books, 1997, 237 p. Pour la traduction en Français : Brzezinski Zbigniew, Le Grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde, Paris, Fayard/Pluriel, rééd. 2023, 288 p.
[4] Voir la citation en début de texte.
[5] Soutou Georges-Henri, La grande rupture, 1989-2024. De la chute du mur à la guerre d’Ukraine, Paris, Tallandier, 2024, p. 48 (368 p.).
[6] Guillemard Véronique, « Montée en puissance de la Chine, supériorité de SpaceX… La bataille mondiale pour la conquête de l’espace fait rage », Le Figaro, 21 août 2025, lien : https://www.lefigaro.fr/conjoncture/ariane-6-spacex-guowang-la-bataille-mondiale-pour-la-conquete-de-l-espace-fait-rage-20250821 (consulté le 17 octobre 2025).
[7] Navis Christian, « Guerre contre la Russie, prochain point chaud : le Pôle Nord », Riposte Laïque, 6 juin 2023, lien : https://ripostelaique.com/guerre-contre-la-russie-prochain-point-chaud-le-pole-nord.html (consulté le 17 octobre 2025).
[8] Guillemain Jacques, « L’Extrême-Orient est la priorité stratégique du Tsar », Riposte Laïque, 16 septembre 2023, lien : https://ripostelaique.com/lextreme-orient-est-la-priorite-strategique-du-tsar.html (consulté le 17 octobre 2025).
[9] Barluet Alain, « Comment Vladimir Poutine dessine les nouvelles ‘routes stratégiques’ de la Russie », Le Figaro, 2 octobre 2023, lien : https://www.lefigaro.fr/international/comment-vladimir-poutine-dessine-les-nouvelles-routes-strategiques-de-la-russie-20230930 (consulté le 17 octobre 2025).
[10] Mackinder John Halford (Sir), « The Geographical Pivot of History », dans The Geographical Journal, Vol. XXIII, N°4, Avril 1904 (lu à la Royal Geographical Society, le 25 janvier 1904).
[11] Fitoussi Samuel, Pourquoi les intellectuels se trompent, Paris, éd. de L’Observatoire, 2025, 272 p.
[12] Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne).
[13] Branca Éric, L’Ami américain. Washington contre De Gaulle : 1940-1969, Paris, Perrin, 2017, rééd. 2022, 528 p.




