Le Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP) a organisé un colloque international sur « L’importance des BRICS dans la transformation de l’ordre international au XXIe siècle », vendredi 28 novembre 2025 au 5 rue Conté à Paris.
Depuis la crise financière mondiale de 2007-2008, les limites du modèle néolibéral et l’hégémonie du dollar américain sont apparues avec une grande acuité. Dans ce contexte, de nouveaux pôles de puissance ont émergé, parmi lesquels les BRICS, un groupe d’États qui n’a cessé de renforcer sa coopération et de proposer des alternatives systémiques dans les domaines économiques, financier, politique et culturel.
Aujourd’hui élargi à 10 États membres et neuf pays partenaires, le groupe BRICS s’impose comme un acteur incontournable dans la refonte progressive du système international. Son fonctionnement fondé sur le consensus, le volontariat et l’inclusivité constitue une méthode originale nettement distincte des formats traditionnels du G7 et du G20. Face aux tensions géopolitiques croissantes, aux crises économiques et sociales successives, et aux conflits persistants qui perturbent l’équilibre mondial, comprendre l’évolution des BRICS et leur influence dans la construction d’un nouvel ordre international revêt une importance capitale.
Quelle est l’essence des BRICS et comment s’y manifeste la coopération ? Quelle influence sur les politiques intérieures et extérieures de ses membres ? Quelle place dans l’émergence d’une nouvel ordre international multipolaire, et quelle perception du phénomène par les pays occidentaux ? Enfin, quel rôle des BRICS dans le mouvement de dé-dollarisation de l’économie mondiale ? Ce colloque a été une occasion d’éclairer les dynamiques géopolitiques en cours et d’enrichir le débat académique sur l’évolution du système international en répondant à ces questions fondamentales.
COMPTE-RENDU
PREMIÈRE TABLE RONDE
Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Les BRICS et la recomposition du pouvoir mondial : vers la fin de l’unipolarité américaine ? »
Depuis plus de trois décennies, les relations internationales ont été façonnées par le spectre de l’unipolarité américaine, une configuration inédite dans l’histoire moderne où une seule puissance, les États-Unis, a pu concentrer entre ses mains l’essentiel des leviers militaires, économiques, financiers, technologiques et culturels, imposant son influence à l’ensemble du système mondial. Cette suprématie a été particulièrement visible après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, événement qui a laissé les États-Unis sans rival stratégique de même envergure, leur ouvrant la voie à une réorganisation du monde selon des principes libéraux, économiques et sécuritaires correspondant à leur propre vision. Ce moment unipolaire a été perçu par plusieurs analystes comme durable, voire irréversible, tant les indicateurs de pouvoir semblaient converger en faveur de Washington : forces armées les plus puissantes de l’histoire, domination du dollar, contrôle des institutions financières internationales, leadership technologique et attractivité culturelle sans égale. Pourtant, au fur et à mesure que le XXIᵉ siècle avançait, cette hégémonie a commencé à être contestée par une série de mutations profondes, qui ont vu émerger de nouveaux pôles de puissance, dont les BRICS constituent la forme la plus structurée et la plus emblématique.
L’ascension du BRICS est d’abord le produit de transformations économiques globales qui ont déplacé le centre de gravité du monde vers l’Asie et, plus largement, vers le Sud global. La croissance spectaculaire de la Chine à partir des années 1980, suivie par celle de l’Inde, a profondément modifié les rapports de force économiques. Pendant que les économies occidentales ralentissaient, confrontées à des cycles de stagnation, de crises financières et de contraction démographique, les économies émergentes enregistraient des taux de croissance impressionnants, augmentant leur part dans le commerce mondial et renforçant leur intégration dans les chaînes de valeur internationales. La Chine, devenue la deuxième puissance économique mondiale, a particulièrement bouleversé l’ordre économique international en se posant à la fois comme l’usine du monde, comme un acteur financier structurant et comme un concurrent stratégique des États-Unis dans les domaines de la technologie, de l’industrie et de la sécurité.
L’Inde, grâce à sa démographie dynamique et à sa croissance soutenue dans les secteurs technologiques et des services, s’est imposée comme un acteur incontournable.
La Russie, malgré des cycles économiques plus instables, conserve un poids déterminant dans le secteur énergétique mondial et reste une puissance militaire majeure.
Le Brésil, puissance agricole et industrielle, et l’Afrique du Sud, pivot économique du continent africain, complètent ce panorama d’économies émergentes qui, ensemble, représentent aujourd’hui un pilier essentiel de la structure économique globale.
La montée en puissance du BRICS n’est pas seulement économique. Elle s’inscrit dans une volonté croissante de rééquilibrer les institutions internationales que les pays émergents jugent trop favorables aux intérêts occidentaux. Cette critique n’est pas nouvelle : dès les années 1970, le Mouvement des non-alignés et le Groupe des 77 avaient déjà dénoncé un ordre international jugé injuste, fondé sur des logiques héritées de la domination coloniale et de la polarisation de la Guerre froide. Toutefois, ces revendications n’avaient jamais pu se traduire par la constitution d’un bloc cohérent et durable. Le BRICS, contrairement aux configurations du passé, bénéficie de la présence en son sein d’acteurs majeurs – la Chine, l’Inde et la Russie – capables de rivaliser de manière crédible avec les puissances occidentales. Il constitue un espace où ces pays peuvent articuler leurs critiques contre la domination occidentale, formuler des propositions institutionnelles alternatives et coordonner certaines de leurs actions. La création, en 2014, de la Nouvelle Banque de Développement et du Fonds de Réserve Commun a représenté un moment clé dans cette dynamique, car elle a concrétisé l’ambition des BRICS de se doter d’outils financiers susceptibles de concurrencer la Banque mondiale et le FMI, accusés depuis longtemps d’imposer des politiques néolibérales déstabilisatrices aux pays du Sud.
L’une des dimensions les plus sensibles de cette contestation est la question de la dé-dollarisation. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le dollar constitue la principale monnaie de réserve, de facturation commerciale et de règlement international. Cette position centrale confère aux États-Unis un pouvoir considérable : la capacité d’imposer des sanctions financières extraterritoriales, de contrôler les transactions internationales grâce à leurs réseaux bancaires et de financer leur dette à un coût exceptionnellement bas. Les BRICS, en cherchant à réduire leur dépendance au dollar, visent à diminuer la vulnérabilité de leurs économies face aux décisions américaines et à favoriser un système monétaire plus équilibré. L’usage croissant des monnaies nationales dans les échanges bilatéraux, le développement de systèmes de paiement alternatifs à SWIFT et les discussions autour d’une possible unité de compte commune témoignent d’une volonté de bâtir un environnement financier plus autonome. Même si ces initiatives n’ont pas encore remis en cause la domination du dollar, elles contribuent à une érosion progressive de sa centralité, phénomène renforcé par les sanctions économiques utilisées par les États-Unis, qui poussent certains pays à diversifier leurs alternatives.
Sur le plan géopolitique, le BRICS défend une vision multipolaire des relations internationales. Cette vision repose sur le principe selon lequel aucun État ou groupe d’États ne devrait imposer ses règles au reste du monde, et que les relations internationales doivent refléter la diversité des modèles politiques et des trajectoires historiques. Cette conception s’oppose à l’idée occidentale selon laquelle les valeurs libérales – démocratie représentative, droits individuels, économie de marché – constitueraient un horizon universel et non négociable.
Pour les BRICS, la pluralité des systèmes politiques est une réalité légitime du monde contemporain. Ils contestent également l’usage des sanctions unilatérales, considérées comme un outil de coercition politique qui viole la souveraineté des États. Cette position trouve un écho particulier dans les pays du Sud global, nombreux à avoir été la cible de sanctions occidentales ou à s’être sentis marginalisés par les institutions internationales dominées par les puissances industrialisées.
L’élargissement récent du BRICS vers le BRICS+ reflète cet attrait croissant pour une plateforme capable d’exprimer les aspirations du Sud global. L’adhésion de pays du Moyen-Orient et d’Afrique, dont certains sont traditionnellement proches des États-Unis, montre que le système international n’est plus structuré par des alignements rigides, mais par une diversification des partenariats.
Toutefois, cette montée en puissance géopolitique se heurte à plusieurs limites structurelles.
Le BRICS, malgré son ambition, n’est pas une alliance militaire, ni une organisation internationale dotée d’un cadre institutionnel fort. Il s’agit d’un groupement flexible, fondé sur le consensus, ce qui rend difficile l’élaboration de politiques communes contraignantes. Cette flexibilité est à la fois une force – car elle permet aux États membres de préserver leur autonomie stratégique – et une faiblesse – car elle limite la cohérence et l’efficacité des actions concertées. Les divergences internes sont nombreuses : les tensions frontalières entre la Chine et l’Inde, les rivalités régionales entre l’Iran et l’Arabie saoudite, les contentieux hydriques entre l’Éthiopie et l’Égypte ou les désaccords stratégiques entre la Russie et l’Inde. Ces fractures compliquent la construction d’un agenda commun sur les questions de sécurité, de gouvernance mondiale ou de politique climatique. De plus, certains États membres poursuivent des partenariats stratégiques avec les États-Unis ou l’Europe, ce qui limite leur engagement au sein du BRICS.
L’écart de puissance entre les membres constitue également une difficulté. La Chine, en tant que première économie du groupe et puissance mondiale émergente, exerce une influence disproportionnée, ce qui suscite parfois la méfiance des autres membres. L’Inde, soucieuse de préserver son autonomie stratégique, est peu disposée à accepter un leadership chinois trop affirmé. La Russie, affaiblie par les sanctions occidentales et dépendante de Pékin, se trouve dans une position particulière au sein du groupe. Le Brésil et l’Afrique du Sud, bien que membres fondateurs, ne disposent pas du même poids que les grandes puissances du groupe. Cette asymétrie complique la construction d’un projet commun capable de rivaliser avec l’ordre occidental. Toutefois, malgré ces limites, le BRICS représente une force symbolique et politique considérable, car il incarne une aspiration largement partagée à un ordre mondial plus équilibré et plus représentatif.
Une autre dimension essentielle des transformations en cours concerne le soft power. L’Occident conserve une supériorité indéniable dans ce domaine : ses universités attirent des étudiants du monde entier, son industrie culturelle produit des contenus diffusés à l’échelle planétaire, ses innovations technologiques dominent l’économie numérique. Les États-Unis possèdent une capacité unique à façonner les imaginaires, à imposer des récits et à légitimer leur modèle politique comme l’horizon naturel de la modernité.
Les BRICS, en comparaison, disposent d’un soft power plus fragmenté, moins structuré et parfois entravé par des perceptions négatives liées à leurs systèmes politiques. La Chine, malgré ses investissements massifs dans la diplomatie médiatique et culturelle, peine à convaincre certaines opinions publiques, notamment en raison des critiques concernant les droits humains ou la montée en puissance perçue comme expansionniste. L’Inde bénéficie d’une image plus positive, d’une diaspora dynamique et d’une influence culturelle solide, mais elle reste confrontée à des défis internes. Le Brésil, grâce à sa culture, son sport et son histoire diplomatique, dispose d’un capital d’influence important, mais l’instabilité politique constante limite son rayonnement. L’Afrique du Sud conserve un prestige symbolique lié à son histoire, mais ses difficultés économiques limitent sa capacité d’influence. Néanmoins, le BRICS développe un soft power idéologique puissant : la critique de l’hégémonie occidentale, la défense de la souveraineté des États, l’appel à un ordre plus équilibré et le refus des ingérences normatives. Ce discours séduit de nombreux pays du Sud global qui voient dans le BRICS une alternative crédible à un système international jugé dominé par l’Occident.
Il convient également d’inscrire la montée du BRICS dans une analyse plus large des dynamiques de puissance à l’échelle mondiale. L’unipolarité américaine a atteint son apogée au début des années 2000, lorsque les États-Unis semblaient capables d’intervenir militairement n’importe où dans le monde sans rencontrer de résistance majeure. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak, malgré les critiques, avaient été menées dans un contexte où aucune puissance n’était en mesure de s’y opposer. Toutefois, les coûts humains, politiques et économiques de ces interventions ont affaibli la position américaine. La crise financière de 2008 a encore révélé les vulnérabilités du modèle économique occidental, entraînant une perte de confiance dans le leadership américain.
La Chine, qui avait traversé la crise avec une certaine résilience, a vu sa légitimité renforcée. La Russie, malgré les sanctions, a montré, notamment en Syrie, sa capacité à jouer un rôle stratégique. L’Inde a consolidé sa position en tant qu’acteur diplomatique majeur. L’ensemble de ces évolutions a contribué à éroder la capacité des États-Unis à imposer leur vision du monde sans contestation.
Cependant, il serait excessif de considérer que l’unipolarité américaine est aujourd’hui totalement dépassée. Les États-Unis conservent des atouts structurels considérables qui garantissent leur position dominante : première armée du monde, supériorité technologique, alliances militaires solides, monnaie internationale de référence, écosystème d’innovation unique et attractivité culturelle sans équivalent. Le réseau de bases militaires américaines couvre la planète, les entreprises technologiques américaines dominent l’économie numérique et les marchés financiers américains restent les plus profonds et les plus liquides au monde. De plus, les États-Unis bénéficient d’une démographie plus dynamique que celle de la plupart des grandes puissances, notamment en comparaison avec la Chine et l’Europe, qui font face à un vieillissement accéléré de leur population.
Ainsi, plutôt que de parler d’un effacement de l’hégémonie américaine, il faut reconnaître l’émergence d’un ordre hybride, où coexistent des éléments d’unipolarité, de multipolarité et de bipolarité. La rivalité sino-américaine, qui structure de plus en plus les relations internationales, constitue la dimension bipolaire de ce nouvel ordre. La montée en puissance des BRICS et des puissances régionales contribue à la dimension multipolaire. La persistance de la suprématie américaine dans plusieurs domaines clés constitue la dimension résiduelle de l’unipolarité. Cet ordre hybride est marqué par des tensions, des rivalités et des incertitudes. Il se caractérise par une fragmentation croissante, où les alliances sont flexibles, les partenariats multiples et les rivalités complexes. Dans ce contexte, le rôle du BRICS est ambivalent. D’une part, il contribue à affaiblir le monopole américain en introduisant une pluralité de voix dans les débats internationaux, en créant des institutions alternatives et en promouvant une vision multipolaire de la gouvernance mondiale. D’autre part, il est limité par ses contradictions internes, par l’absence d’un projet politique cohérent et par la difficulté à proposer un modèle de gouvernance susceptible de rivaliser avec le modèle occidental. Le BRICS n’est pas un bloc homogène ; il n’a pas de projet idéologique unifié. Ses membres partagent une critique de l’ordre occidental, mais ne partagent pas forcément une vision commune de ce que devrait être l’ordre international de demain.
En conclusion, l’ascension du BRICS participe à une reconfiguration profonde de l’ordre mondial. Elle témoigne de l’affirmation du Sud global, de la contestation d’une hégémonie occidentale perçue comme inégalitaire et de l’émergence d’un système multipolaire en gestation. Toutefois, cette mutation ne signifie pas la disparition imminente de la puissance américaine, mais plutôt son repositionnement dans un monde plus complexe, plus fragmenté et plus incertain. L’avenir dépendra de la capacité des grandes puissances à gérer cette transition sans sombrer dans des confrontations systémiques, à reconnaître la légitimité d’un ordre international plus diversifié et à construire une gouvernance mondiale capable de répondre aux défis du siècle. Le BRICS, malgré ses limites, incarne l’idée que l’ordre international n’est plus la propriété exclusive de l’Occident, et que la diversité des trajectoires historiques doit trouver sa place dans les structures de pouvoir globales. Le système international entre ainsi dans une nouvelle ère où le pouvoir est partagé, contesté et redéfini, ouvrant la voie à une reconfiguration profonde dont les contours restent encore à préciser.
Prof. Ulrike GUÉROT, Professeure, penseuse politique, fondatrice du European Democracy Lab (EDL), « L’Europe peut-elle arrêter sa spirale descendante ? Penser l’Europe au-delà de l’Union européenne et la préparer à un monde multipolaire »
Moi j’arrive en fait de tout ce microcosme des études européennes, des chaires « Jean Monnet », donc en fait tous ceux qui se sont occupés des institutions européennes pendant trois décennies, et dont nous voyons aujourd’hui qu’elles ne fonctionnent plus, parce que l’Europe, l’Union européenne (UE) est quand même déformée ou, d’une certaine manière, pervertie dans une technostructure. La question qui moi m’intrigue, c’est comment cette Europe peut en fait se placer dans ce que vous avez décrit – la transition du monde de la Pax Americana à un monde multipolaire, et la place de l’Europe là-dedans.
J’ai préparé quelques chiffres sur ce que vous avez dit. À quoi sommes-nous confrontés, que sommes-nous en train de voir ? Qu’une formation BRICS, avec ceux qui y sont maintenant candidats, couvre en fait approximativement 50 % de la population mondiale, toutes les ressources cheap labour (le travail pas cher), la plupart des ressources globales, une monnaie BRICS qui est au moins en planification, justement pour la stratégie de dé-dollarisation, l’idée d’un système de commerce propre – qui coupera en fait le système commercial d’aujourd’hui où en fait le Nord prend les ressources du Sud pour peaufiner les produits et pour après les revendre, donc nous pourrions bientôt nous voir confrontés à un système du Nord et d’un système Sud, où en fait le Nord n’aura plus les ressources et ne pourra plus vendre vers le Sud – et donc l’idée d’une banque de développement propre. Toutes ces idées étaient déjà dans les tuyaux des pays BRICS, et vont souverainement faire la compétition au monde de la Pax Americana, au monde de l’Ouest, de l’OTAN et tout ce qu’il comprend, des démocraties libérales. Si nous voulons faire quelques petites comparaisons, vous voyez très bien qu’en fait les BRICS sont justement en train de transiter et d’être en dominance sur presque toutes les données économiques, qu’il s’agisse du PIB, de l’intégration au système global de commerce ou, surtout, au niveau de la population. Nous voyons très bien que la transition est en train d’étouffer l’Ouest, l’Ouest libéral ou les pays de l’OTAN / du G7, donc que le système de l’Ouest est en stress (…), si on peut le dire comme ça. Et d’ailleurs, la guerre en Ukraine est d’une certaine manière l’articulation de cette guerre, puisqu’évidemment il ne s’agit pas de sauver l’Ukraine, ou d’être libéral, mais il s’agit justement d’une proxy-guerre où se joue en fait une confrontation entre l’Ouest et l’Est, ou de l’OTAN contre la Russie avec la Chine. C’est pourquoi ce qu’il s’y passe est très intéressant pour ce dont nous sommes en train de discuter.
Au niveau de la production de l’énergie, ou alors aussi de l’autarcie (…) de nutrition, de nourriture, les BRICS sont en train d’émerger grandement – vous voyez les parts en rouge foncé. Et puisque Monsieur Rastbeen vous parliez aussi de dé-dollarisation, de la chute du dollar ou de cette idée que justement le monde pourrait se « dé-dollariser », nous voyons très bien que la cote du dollar est en train de descendre, encore qu’il faille dire que les Américains sont quand même très futés de stabiliser le système à leur gré. Vous avez certainement suivi comme moi qu’en août il y avait une certaine régulation sur les marchés financiers américains sur les stable coins, et que les Américains ont introduit les stable coinsqui doivent être sauvés par la FED, c’est-à-dire qu’ils ont créé grosso modo une ressource de liquidation sans fin parce que si maintenant la Federal Reserve doit sauver les stable coins, en fait ça fait le rajout d’une monnaie plus ou moins privée – parce que c’est la monnaie du GAFA complex, des oligarchies digitales qui maintenant ont une liquidité presque sans fin – ce qui dit aussi que les Américains seront encore, je pense, les seuls à survivre les crises, parce qu’ils ont justement évité un défi. Et donc là aussi, on voit très bien qu’au niveau des ressources, et au niveau des milliards cachés dans les marchés financiers, on voit très bien que le processus de dé-dollarisation est compliqué parce que justement et la Chine et tous les autres ont encore beaucoup de réserves en dollars. Mais avec le changement du système SWIFT – parce qu’il parait que le système que les BRICS ont inventé fait les passages, les transferts de monnaie, en deux secondes réelles, par rapport à plusieurs, un ou deux jours, dans le système SWIFT – je pense qu’on va très bien pouvoir assister, comment dire, à une transition vraiment nette, ou nous pourrions dire que les pays BRICS ont un gain très important dans la transition.
Donc que faire de tout cela ? J’aime beaucoup la plus vieille carte de l’Europe qui est de 1534 (trouvée d’ailleurs en Autriche) parce que je trouve que cette carte nous parle. Et mon intérêt d’étude c’est : « comment l’Europe devrait se comporter dans ce monde en transition ? » Puisqu’on est Européens, puisque l’on veut avoir une place dans le monde multipolaire, la question c’est quand même « qu’est-ce que l’Europe va faire ? ».
Avec cette carte, il est déjà important de réaliser 3 phénomènes, qui parleront encore aujourd’hui, parce que déjà cette Europe pose ses pieds sur le continent d’Eurasie, donc sur la Russie. Elle regarde vers l’Orient, et puis elle ne tourne pas sa tête vers Washington, juste pour avoir une symbolique de cette carte. Je trouve cette phrase importante parce que si vous imaginez aujourd’hui la ligne OTAN, à travers cette carte, donc vous commencez avec la Suède, la Finlande, et vous allez en bas jusqu’en Turquie, en fait on coupera l’Europe en 2 en-dessous du nombril… C’est ça aujourd’hui le monde réel : l’Europe est coupée en deux en-dessous du nombril, l’Europe de cette carte. Et donc si vous imaginez un torse ça tomberait dans l’eau, dans l’Atlantique. Donc je pense que l’Europe est complètement déchirée. D’ailleurs, la guerre en Ukraine nous montre très clairement que l’Europe est complètement déchirée entre être encore complètement sous toute aide de cet ordre américain, l’OTAN libéral de l’Ouest et tout cela, coupée en deux avec une partie de l’Europe qui en fait veut quand même se diriger vers l’Est, vers la Russie, ne pas perdre la Chine, aussi culturellement, et d’ailleurs ce que les Russes disent aussi, (…) était très clair là-dessus, c’est que la culture russe se considère partie de la culture européenne. Donc la déchirure touche l’Europe, touche la Russie. Il y a bien des Russes qui ne veulent pas être poussés uniquement vers les BRICS, vers la Chine, parce qu’ils prétendent à juste titre que Tolstoï, Dostoïevski, tout ça, font quand même partie de la culture européenne. Ce que je veux dire, c’est que cette transition entre Pax Americana et les pays BRICS émergents se joue sur le continent européen et partage en deux le continent tel que dessiné en 1534. Et c’est lamentable parce que si nous disons, encore une fois, qu’il y a une ligne directe qui coupe l’Europe en deux, en gros ça veut dire que l’Europe est morte… Nous, nous ne savons pas où nous placer parce que nous sommes vraiment piégés, car la désindustrialisation, la dé-dollarisation, la dépendance de l’Europe à l’OTAN, la dépendance de l’Europe au complexe GAFA, tous les serveurs, tout le système digital européen se trouvent aux États-Unis, donc en fait nous avons 3 énormes dépendances : c’est la dépendance pour la sécurité à l’OTAN ; la dépendance GAFA complex et digitale, le monde digital y compris l’Intelligence artificielle (IA) qui va s’y rajouter – l’UE a mobilisé 50 millions, alors que les Américains ont mobilisé 500 milliards pour le programme IA… – et la troisième dépendance c’est le Dollar. Donc les GAFA, l’OTAN et le Dollar sont les trois grandes dépendances de l’Europe, du monde libéral, OTAN, du monde dit de l’Ouest. En fait, l’Europe est complètement piégée à ne pas se libérer de ce complexe, ou ne pas trouver des ressources. D’ailleurs, je parle en France, je suis à Paris, je ne suis pas une grande fan de Macron, mais il faut quand même se souvenir que quand Macron a commencé en 2016 le mot d’émancipation européenne et de « souveraineté européenne » était quand même à son début. Je ne suis pas en train d’idéaliser Macron, mais ce ton de dire que l’Europe a besoin d’émancipation, je trouvais cela au moins un peu futé.
Donc, je trouve que l’Europe aujourd’hui a à traiter avec deux questions : Shaping Europe beyond the EU (former l’Europe au-delà de l’Union européenne) ; et Shaping Europe for a multipolar world (former l’Europe pour un monde multipolaire), et je reviens de Bruxelles, de la Commission européenne, la semaine dernière, et l’UE échoue colossalement sur ces questions. Parce que rien que de parler sur les BRICS, ou d’une coopération avec les BRICS c’est en gros tabouisé à Bruxelles. À Bruxelles, BRICS n’a pas lieu, et en soi je trouve que c’est une catastrophe, c’est même une dissonance cognitive pour un continent qui prétend quand même être le continent de l’enlightenment (des Lumières), de l’humanisme, etc.
Le petit taureau avec la femme devant, c’est notre logo de l’European Democracy Lab (EDL) parce que nous nous réfléchissons sur ces deux questions depuis une dizaine d’années, et c’est vrai que je trouve que la question sur la table ou sinon l’Europe, une autre Europe et pas l’Union européenne, pourrait se décider en fait à quitter l’OTAN et, d’une certaine manière, faire partie de la transition, c’est-à-dire d’être un membre actif de la transition de la Pax Americana à une formation des BRICS, et inclure le but d’émancipation européenne dans la transition, c’est-à-dire que l’Europe s’imaginerait un peu comme une Suisse en grand, l’Europe s’imaginerait neutre, et elle s’imaginerait en tant que force qui, dans un monde multipolaire avec des grandes forces comme la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, etc., pourrait apporter à ce monde multipolaire sa capacité de diplomatie. Parce que c’est quand même nous les pays de Westphalie de 1648, qui est en fait le modèle de l’ONU, donc l’Europe a aussi une expérience à travers son Histoire avec beaucoup de guerres, qu’il faut toujours un équilibre des pouvoirs. Si j’imagine l’Europe dans un monde multipolaire, dans la deuxième moitié du XXIe siècle, j’imagine pour ma part une Europe neutre, qui a dépassé institutionnellement l’Union européenne, et qui s’offre comme place pour la diplomatie et comme une place de résonance pour forger un équilibre des grandes puissances, parce que justement les autres éléments du monde multipolaire sont en fait les empires (la Chine, l’Iran, etc.) alors que l’Europe, par définition, est postcoloniale. L’Histoire européenne, par définition, est une histoire où jamais on a laissé un empire grandir, parce qu’à chaque fois ça donne une guerre. Donc en fait l’Europe a la capacité d’équilibrer peut-être le monde multipolaire, parce qu’elle est par définition postcoloniale.
Vous avez posé la question de pourquoi l’Europe doit devenir une République. Il s’agissait de ma petite fantaisie dans un livre paru il y a dix ans, parce que le système actuel de l’UE est sous-connu, en fait c’est une technocratie. Moi j’ai travaillé pour Jacques Delors, et d’ailleurs en passant nous avions quand même l’ambition d’un système politique qui fonctionne, qui soit démocratique. Nul n’a vu le jour, mais il est clair qu’un système qui soit démocratique doit résoudre, se baser sur le principe d’égalité de ses citoyens. Et ça n’est pas le cas : on ne vote pas de la même manière dans le système européen, on n’a pas les mêmes circonscriptions, les mêmes droits sociaux, et donc en fait l’UE par définition di sui generis n’est pas un système démocratique.
Si on voulait faire un système démocratique, il faudrait constituer l’Europe comme une République, parce que normalement quand on constitue un système républicain on constitue un système politique avec deux chambres, avec justement un mode de fonctionnement où les citoyens sont égaux devant le droit. Et donc du coup on aurait un système de chambres où les États membres de l’UE passeront dans une deuxième chambre pour être dans une espèce de Sénat, mais nous aurions une assemblée qui sera basée, justement comme une assemblée nationale européenne, ou républicaine-européenne, sur un droit de vote égal pour tous les citoyens.
Je sais que c’est une fantaisie, mais puisque tout système qui ne fonctionne pas va échouer à un moment donné, je crois que l’UE va échouer à un moment donné. Je pense aussi que ce moment donné n’est pas très loin dans l’avenir, mais que c’est plutôt très proche. Nous verrons, et donc peut-être qu’une idée utopiste verra encore le jour plus tôt qu’on ne le croit. Je vous remercie de votre attention.
Prof. Gracjan CIMEK, Professeur de relations internationales, Académie navale polonaise (Gdynia), « L’importance des BRICS selon le modèle de la concurrence entre les acteurs des ‘nouvelles’ et ‘anciennes’ ères des relations internationales » (en anglais)
Thank you very much. Dear President, dear professors, dear participants of our meeting, it’s a great honor for me to participate in this seminar on BRICS accompanied by so many distinguished researchers from all around the world. The importance of the topic of this meeting is confirmed by the rapidly changing international reality. I would like to express my special thanks to Professor Ali Rastbeen and Professor Drweski for their positive feedback to my initiative to organize this seminar, and to everyone who accepted my invitation. Now, let’s jump to my intervention.
In order to fully understand the role of BRICS countries in transforming the world order towards multipolarity, it is necessary to place it in the broader context of international competition, identifying different levels of influence according to the strength of the links between the actors involved. I have used ideal types to compare the actors of the new and old eras of international relations. I will present a multilevel model that will highlight the importance of the BRICS, which are not formalized and operating on a voluntary basis, except a real influence on the direction of change in the 21st century.
From a long-term perspective, the old era is a period in which Western powers dominated during the hegemonic cycles of the last 500 years, chromatic in American hegemony. Its result is the emergence of global multi-crises, raw materials, food, energy, transport, health and the environment. At the last BRICS Summit in Rio de Janeiro in 2025, President Lula da Silva, President of Brazil, pointed out that the world is in a deep structural crisis.
International law had become a dead letter, as had the peaceful resolution of disputes. In addition to an unprecedented number of conflicts since World War II, progress is threatened by neglect of the climate system, trade wars, attacks on the global healthcare system, intellectual property laws restricting access to medicines, and finally the fear of nuclear catastrophe. Neocolonialism means that foreign capital is used to exploit nations, which is why emancipations emphasize economic independence and diversification of the economy.
President Lula said that the essence of neocolonialism is the reverse Marshall Plan, implemented for decades by the International Monetary Fund (IMF) and the World Bank (WB), under which emerging and developing economies essentially finance the centers of Western capitals. International aid flows have declined, while the debt costs of the poorest countries have skyrocketed. The neoliberal model only accelerates inequalities.
For example, 3,000 billionaires have earned a combined $6.5 trillion since 2015, to quote President Lula da Silva. It is worth to remark that the term of the 14th BRICS Summit in China in 2022 was « strengthening the high-quality BRICS partnership, entering a new era of global development », as it reveals the direction of the group evolution in the second decade of the 21st century. During the summit in Burma in 2023, South African President Cyril Ramaphosa stated, I quote, « BRICS is an equal partnership of countries that have different views but a shared vision of a better world ».Therefore, BRICS can essentially be characterized as an inter-civilization association of countries for a new era. « The world has changed. we don’t need an emperor. We are sovereign nations ». These words from the Brazilian leader can be considered the essence of the new era paradigm, and led back to a picture – which is here on the TV screen – which is a description of my model division of actors of new and old era.
So, at the basis, we see competition between the United States and the People’s Republic of China, which the grapher Alisson described using the category of too key to destruct. A weakening hegemon provokes warfare out of fear of collapse at the hands of a new power. Alisson described that of 16 historical examples, the author proved that only 4 did not end in the hegemonic war. With its ability to impose its interest warning, the US changed its methods of conducting great power politics by updating. Of course, I talk about the Donald Trump era of the ruling of the United States. So, during his presidency, we can see the updating of that 1973 concept of American historian, Frederick Jackson Turner, based on the rhetorical feature of « dynamic frontier ». The key to bringing civilization peace to tame space, expand the so-called free land, and wrest it from the hands of barbarians.
A manifestation of this geostrategic change is the cancellation of the model of empire as a deterritorialized vehicle of individual freedom, liberal democracy, human rights, and the global market in the favor of territorial imperialists and the superior rights of American citizens with their specific identity. Instead of global information network and institutional governance, classical institution is developing, promoting spheres of influence, and thus updating the principles of classical geopolitics from the turn of the 19th and the 20th centuries or later periods of offensive realism in international relations.
Examples of these processes including open demands to annex Canada, attempts to take over Greenland, establish control over the Panama Canal, change the name from the Gulf of Mexico to the Gulf of America, attack on Iran, supporting of Israel, now threats against Nigeria, and sending the name to put pressure on Venezuela. The goal of the new American strategy is to weaken China, which is rightly considered the most significant threat to American dominance, including the disintegration of BRICS. Hence the threat of imposing 100% tariffs if a new currency is created that threatens to weaken the Dollar, accompanied by the narrative of death of BRICS by Trump, to decide to put India away, to departure from a confrontational stance towards Russia, the imposition of sanctions on South Africa, pressure on Brazil, and attempts to keep Saudi Arabia on its side.
But at the effect, new American geostrategy, emphasizing the pursuit of national interest and pragmatism in asserting opportunists and threats, allies and adversaries alike reject the messianic vision of the United States as a savior, and in fact the policeman. And Secretary Rubio said, « It is not normal for the world to have only one pole of power. It was an anomaly. It was the result of the end of the Cold War. Ultimately, we will return to a multipolar world. We are seeing this now in China and in some extent in Russia ». So, this is the basis of the realization between the model of so-called old era actors and the right new era.
At the next level, we see the geostrategic blocks. Geostrategic rivalry based on alliance becomes apparent. The Anglo-Saxon Heartland, which I remarked the works of Professor Kees Van der Pijl, which will give his speech later, the so-called « Five Eyes » Alliance comprising the US, the UK, Australia, New Zealand and Canada, are involved in defending American hegemony. Three of them have formalized their ties by creating AUKUS in 2021, to which they are attracting the other two, as well as Japan. And at this level, the countertrend is expressed by the emerging China-Russia-Iran-North Korea axis, formed during the Russian-Iranian war, which can be called a « Eurasian bloc », sometimes referred to as CRINK, as confirmed by the report from the US intelligence agency. According to the report, the United States is facing a new international sub-coalition, in which each actor flows its own area instead of creating a hierarchy and a centralized interdependence that could undermine the foundation of the unipolar war. Russia, China, Iran and North Korea would not form a formal bloc, but a network system with distribution of functions. China legitimizes this diplomatically and visually, but avoids open arms supplies. Iran supplies drones and will exchange technologies. North Korea is the main supplier of artillery and manpower, supporting of course Russia during this war. According to the DIA, Moscow is not building a union around itself, but a diversified logistic and technology chain.
However, in contrary of the description of this report, we can observe that allies’ ties in CRINK are formed on the basis of various legal forms. The Treaty of Mutual Assistance and Cooperation between China and North Korea, now in 2025 between North Korea and Moscow, Comprehensive Strategic Partnership of Coordination for a New Era between China and Russia, supporting of Iran, and many others which will be described in my article.
But look at the latest information. After Russia and China began selling modern weapons to Iran after the end of the Iran-Israel war in June 2025, a few weeks ago in a joint later to the United Nations, Iran, China and Russia have also opposed Europe’s attempt to impose sanction on Tehran as legally unfunded and without the (…). These strategic ties are a manifestation of the power of the three countries that belong to BRICS. Yes, only North Korea doesn’t belong to the BRICS, but the three others are part of BRICS.
At the third level, we see the NATO from the left, and Shanghai Cooperation Organization is a part of the model of New Era. And of course, NATO, which forms the foundation of the power projections capitalists of the collective West bloc of states, is the collective participation in international relations. But, with the collapse of the Soviet Union, the loss of its legitimacy saw a new one at the beginning of the 21st century. It became part of American Geostrategic Code of the War on Terror, now replaced by a rules-based order. The alliance’s potential was strengthened by the admission of Sweden and Finland in 2003-2004, while still emphasizing the need for further expansion towards Ukraine and Georgia. And in terms of defense spending, it appears to be the strongest military bloc. But NATO Secretary General Mark Rutte says the West is not ready for what awaits in four to five years, calling for a shift to war mode and increased production and defense spending. The justification is that Russia, China, North Korea and Iran are trying to weaken North America and Europe and transform the global order. But when we observe the effects of the NATO summit in Hague, there was minimalist in form and content, the main element of this is the increase of defense spending with a new target of 5% of GDP.
An opposite side is built by Shanghai Cooperation Organization, which was formalized as an intergovernmental international organization in 2001. In addition to synchronization in terms of expansion, there is also growing convergence between Shanghai Cooperation Organization and BRICS in terms of membership in the core and partnership belt. At the current stage, four members of the BRICS core, India, Iran, China, and Russia, are also members of Shanghai Cooperation Organization. The core of BRICS currently also includes two dialogue partners from Shanghai Cooperation Organization : the United Arab Emirates and Egypt. The newly created BRICS partnership belt also included two Shanghai Cooperation Organization core members from Central Asia, Uzbekistan and Kazakhstan, and one core member from Europe, namely Belarus. In addition, some core participants of Shanghai Cooperation Organization and partner economies have been granted membership in the New Development Bank (NDB) of BRICS in recent years, notably Uzbekistan and Bangladesh, which has applied for Shanghai Cooperation Dialogue Partner Observers. With the expansion of the Shanghai Cooperation Organization, the block launched a new format in 2024, and as we observe the development of this organization, it can show the way on how to develop also institutionalization of BRICS. An important aspect which isn’t present in BRICS but in the Shanghai Cooperation Organization is its category of indivisible security community. And of course, another important aspect regarding these two formal and informal organizations of new era is the promoting of building the new Shanghai Cooperation Bank, meant to help develop the global (…) infrastructure and would be part of the building of alternative institutions of those controlled by the West.
And the final level of confrontation between old and new era models involves informal institutions with real goals, and that’s why I put the BRICS at the same level as G7, because I don’t think it’s methodologically correct to put the BRICS at the same level as NATO, because there are different kinds of activities. That is the reason I have prepared those models.
G7 brings together the centers of capitalist West, of course. The main goal of this format was to maintain the purchasing power of the key currencies of the capitalist economy. Of course, Russia was part of it during the time of Yeltsin, and Russia didn’t want to be periphery of the West, and was dominated by the oligarchy elites. After, of course, the crisis in Ukraine, the West suspended Russia from G8, and in 2017 Moscow left the group. Now we can have that they want United States to promote that Russia is to be back in G8, but I think it is an irrational attitude.
But let’s look at the newest of G7 activities. In order to counter the appeal of China’s Belt and Road Initiative (BRI), it was within the G7 that the « Build Back Better World » project was proposed, arguing that the private capital would provide developing countries with 40 billion in aid, as an alternative of the proposition which came from, of course, China’s Belt and Road Initiative. And let’s jump to the description of the military situation between Iran and Israel. In the G7, G7 stated that « we (G7 leaders) reaffirm our commitment to peace and stability in the Middle East. In this context, we affirm Israel’s right to self-defense, to defend our support for Israel’s security ». And that is the clear difference between G7 and BRICS, as a part of this old and new era model, which I have described.
So, at the end of my speech, I want to highlight that for me, from my perspective, which is the effect of this kind of analysis that are part of my book focused on BRICS which I have now finished writing, (…), but I put on the screen the difference between paradigm of old era actors and new era actors. And, of course, when we describe each actor in international relations, I think we can position each country closer or farer from one of two ideal types. The paradigm of international relations of old era’s basic assumption is exclusivity. New era, inclusivity. That’s why so many actors want to participate in BRICS, and there are more and more.
When it comes to ideas on international governments, old era is based on this well-known description as « jungle versus gardens », the « west versus the rest », value-based order. New era is about dialogue between civilization and mutual learning, no enemy figure, order based on mutual recognition of subjectivity. No mentorism. When it comes to economy, old era means global capitalism in the interest of private corporations, without social responsibility. We have heard from the last 30 years the narration of freedom, but without responsibility. When it comes to new era, it’s adopting the economy to social development, regulated by sovereign national states. When it comes to security : old era, closed based on block mentality ; new era, open indivisible, as was described especially in Shanghai Corporation organization, but it’s also supported by BRICS. When it comes to political system, old era means promoting liberal democracy, legitimizing social inequalities. New era : locally contextualized, but focused on the social development. And last but not least, of course, different building of different mentality, based on different approaches of science. Old era : scientism, positivism, analytical attitude ; and new era : organicity, holism, and taking into account values in developing the society.
So, I think this is proposition of a model of description of the processes of the changing of nowadays world order – at the end of Dr. Rastbeen’s speech, it was also highlighted that now we observe the new era – and I think that it is a good analytical model to show where each block, state and actor is now in this objective of transformation of world order. Thank you very much for your attention.
Prof. Marco RICCERI, Professeur, Secrétaire général de l’EURISPES, Institut d’études politiques, économiques et sociales (Rome), « Les BRICS et la réforme des Nations Unies » (en anglais)
Thank you and my congratulations to the Academy of Geopolitics of Paris for this important opportunity. In our institute, we have a group of experts, a think tank working since 2015 about BRICS topic. And we apply a multidisciplinary and systemic approach in studying this new coordination, its activity, its goals, its way of proceeding. In my contribution, I was very stimulated by the contribution by Gracjan Cimek about the new era. And the question that arises in my mind is how to be constructive in the new era ?
The first I want to put to your attention is concerning the clarification of basic concepts that are used in this particular period. Because we see that, both in literature and in journals, in the (…), there is a lot of confusion and mistakes. For instance, we read very often that globalization process is going to finish : the end of globalization. This is a completely wrong approach. Globalization is a process evolving in different periods, with different characteristics. And so now we are in the new stage of this process, and we have what we call « re-globalization », because the interconnection in our life, in our system, is so strong that it is designing a new possible process, a new possible evolution. So, let’s cancel this idea that we are living the end of globalization.
The second concept to help to put clarity in our documents and our approach, is concerning multilateralism. You read very frequently that multilateralism is at the end, and that the new multipolar world is increasing. It is not a multipolar world, it’s multi-centric, because in the new center, it is a sort of a community among the participants. So, we are not looking a new multipolar system or a new bipolar system, but we are living in a multicentric system in which are emerging new actors in political, economic and cultural terms.
The third concept to clarify well is that we use very frequently the counter-position between North and South, East and West, Global South… These concepts are very old, (…) West and East, but now in this current situation, are really not adapted, not a good point of reference. I think that we must really start to think about new concepts of reference. There was a debate a few days ago in Bologna. We must change our idea of Global South, or North and South. They are of no more service. Fourth element. So, in our way of thinking and applying to the BRICS situation and the global order, we must make clear the concepts, the basic concepts of reference.
Another point that is very important for me is concerning the contradiction of our time, of this period. On one side we have tensions, protectionism, conflicts, wars, etc., but from the other side we see that all the states, all the community of the states, is still working on common platforms of reference. This is a very important contradiction. And if we want to be constructive in the new era, we must put the main attention on what is uniting states and peoples and societies, more than what is dividing them.
I give an example. The community of states shares a common platform, starting for instance from the Agenda 2030 for sustainable development. Every community or state at the regional, or continental level have experienced its own methodology, policies, and so on. There are some countries that are going back, because too difficult. There are countries that are pushing to become more competitive, just going in the direction of sustainable development. In any case, the Agenda 2030 remains a common platform in which all the states, I repeat, all the states are committed to achieve goals and elements of progress. The same platform you find in the Pact of the Future, that was approved inside the United Nations last year. And just a few days ago, we have the second World Social Summit in Doha, in Qatar : if you look at the final declaration approved by all the states, you find a lot of elements of common commitment to pass from a development model based on quantity to a new development model based on quality.
So, there are two situations : tension and conflict from other side ; and common platform, common commitment, common challenges shared by all the community of states. And this involves also the idea of the common good, what we call common good, the common challenge for environment, for climate, democratic and social environment. These are the elements over which we must work to be constructive. If the community of states approves and continues to work in this direction, we must understand, clarify and support these efforts as academia to work with political decision-makers.
Concerning the BRICS. The BRICS are very active in this direction. And this is an important element. In the literature, and also in (…), you see that you read very frequently that BRICS are disruptive for the international order. I went to read and to call the value of the official documents approved by the BRICS in the annual summit, the factual declaration and many other official documents. Taking in mind that one thing is the declaration by the different leaders, one other completely different thing is the official documents approved by the summits. And what do I see in this document : I see a great, continuous, great effort to reform, not to disrupt the international order. This started from 2009, the first official summit, until the last summit. You find clearly stated this project, this will of reform. For instance, the reading I have here, the final declaration of the last summit in Rio de Janeiro. They sign a more balanced multilateral system, global system, they recognize the central role of the United Nations organization. There is not one document in which they contest. They will not disrupt the United Nations. They want to reform, to make more valid, effective, the United Nations, as a central, principal center, in a principal international institution. If you go to read the similar expression of will of reform concerning the World Trade Organization (WTO), it was just last year the 30thanniversary of WTO and all the states including the BRICS officially affirmed the very important role of this organization. Look at point five about United Nations, and point thirteen about WTO.
And also, about the G20 – and here I connect with the previous speaker. G20 is officially recognized as the basic engine for the world system and its economic development. So, the G20 is becoming the tool in which the BRICS can play a very important role, constructive and not destructive. If you have in mind that last 15th of October, the Secretary General António Guterres started with a work in progress with the first official document concerning the reform of the United Nations. We see that the BRICS can play a great role in proposing concrete reform of the United Nations.
My conclusion in this discussion is the following. If the BRICS are a reforming body, if the spirit (…) the United Nations, the WTO, the G20, the governance of the international system, we must have an attitude open to the other. And it is a great mistake, especially from the European Union – the second speaker (Ulrike Guérot) was very clear – they are blind, because they don’t have dialogue. When we read the document approved by the European Parliament, you put your hands in the head ! They are very closed and blind : « We recognize that the BRICS are an important (…) but we invite to have relations with a single state ». So, this is written officially in the resolution by the European Parliament. So, we must change completely our approach in a period of deep changes and transformation. This is another concept (…). If there are bodies emerging in the international scenario, new institutional centers that want to reform, not to disrupt the international order, we must have an attitude open to dialogue. This is the first commitment of the European Union : to change its attitude, because it is too blind and not constructive.
Let me conclude with a reflection about always this idea to have clear concepts of reference. We use the word « change » and we use the word « transformation ». They are two completely different concepts. When I use the word change, that means I go in a way that I know well, find obstacles, try to remove the obstacles because I want to continue my way. When you use the term transformation, that means that you arrive to a crossroad in which you have different alternatives, and you have to choose what is better for you.
So, we are in the situation of structural transformation. The new scenario will be completely different from the scenario that we have now. That means academia and political decision makers have to work together to get an idea of the future that we want to build. Not a future to explore in (…) and so on, but a future to build what is the possible scenario that I want to build. This is the cultural and also philosophical and ethical (…) that is emerging more and more clearly in the new multicenter system that we have. Thank you very much.
DEUXIÈME TABLE RONDE
Recteur Gérard-François DUMONT, Professeur à la Sorbonne, Vice-Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Les conséquences géopolitiques des trajectoires démographiques différenciées des BRICS »
Merci beaucoup Monsieur le Président. Comme vous le savez, parmi mes sujets d’étude il y a une des branches de la géographie et de la géopolitique qui s’appelle la géopolitique des populations, donc j’ai pensé qu’il pouvait être intéressant de comparer la réalité des BRICS à la géopolitique des populations, en se posant la question suivante : au regard de cette discipline (la géopolitique des populations), faut-il parler d’unité des BRICS ou de fragmentation au sein des BRICS ? Et pour répondre à cette question je vous propose d’examiner trois points. D’une part, la question des évolutions naturelles, c’est-à-dire dans quelle mesure les lois de géopolitique des populations que sont la loi du nombre et la loi des différentiels permettent effectivement d’aider à répondre à la question. Ensuite, j’examinerai les systèmes migratoires des différents pays dans leurs deux aspects : l’aspect immigration, donc attraction pour l’immigration internationale ; et l’aspect répulsion en quelque sorte, donc émigration, et qu’est-ce que cela signifie en termes géopolitiques.
Sur la question de la loi du nombre, il est évident et je n’apprendrai rien à personne que bien entendu le poids démographique des pays des BRICS, depuis l’élargissement des BRICS de 2024-début 2025, se traduit par des différences de nombre d’habitants selon les pays des BRICS extrêmement importantes. Et ces écarts interrogent forcément sur la difficulté à trouver des décisions communes, sachant que l’objectif des BRICS c’est quand même de peser un certain poids dans le concert international des nations et que, déjà, le poids démographique ils l’ont, c’est-à-dire que si on additionne les populations des BRICS nous trouvons pas loin 4 milliards d’habitants, qui représentent 48 % de la population du monde. C’est donc beaucoup plus important que par exemple les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ont un droit de véto comme chacun sait. Et donc dans ce contexte nous voyons que le poids démographique existe, et qu’il est dispersé entre des pays extrêmement variés, et que ceci pose d’ailleurs la question de l’acceptation de nouveaux membres. On a constaté qu’il y a eu finalement plus de refus que d’acceptés lors des dernières réunions des BRICS, et donc on peut se demander dans quelle mesure ce n’est pas plutôt une preuve de fragmentation, certains pays ayant été refusés parce que tel autre pays des BRICS considérait que cela renforçait la position de ce dernier, ou bien où il s’agissait d’éviter la promotion d’un rival régional.
Mais ce qui me paraît le plus intéressant, c’est de voir qu’il y a au moins au sein des BRICS quatre types de dynamique démographique naturelle. Nous avons des pays comme l’Égypte et l’Éthiopie, qui ont un taux d’accroissement naturel extrêmement élevé, parce qu’ils n’ont pas fini leur transition démographique. Second type, l’Afrique du Sud, l’Inde et l’Indonésie sont quasiment à la fin de la transition démographique, donc en fait ils ont une croissance démographique naturelle qui s’explique par ce qu’on appelle l’inertie démographique, donc l’effet de vitesse acquise. Troisième type, le Brésil, les Émirats Arabes Unis l’Iran, qui eux sont vraiment dans l’hiver démographique, avec une fécondité nettement inférieure au seuil de remplacement des générations. Et puis, enfin, la Chine et la Russie, quatrième type, qui connaissent un dépeuplement, donc dont la population diminue, et très probablement nous ne voyons pas les éléments qui pourraient empêcher la poursuite de ce dépeuplement dans les prochaines années.
Donc le résultat de ces évolutions différenciées en termes de croissance démographique naturelle c’est un changement considérable au sein des BRICS par rapport à la situation qui prévalait quand les BRICS ont été créés. Quand les BRICS ont été créés, c’est la Chine la plus peuplée. Aujourd’hui c’est l’Inde, qui est la plus peuplée des BRICS avec une trajectoire de poursuite d’une hausse démographique, pendant que la Chine se dépeuple. Et donc c’est dans ce contexte-là qu’il faut relire les objectifs des BRICS, qui sont une refondation des organisations financières internationales et l’élargissement du Conseil de sécurité. Je vous propose simplement de citer deux ou trois phrases de la déclaration du 6 juillet 2025, faite à Rio de Janeiro lors du 17ème sommet des BRICS. Dans cette déclaration, il est écrit par exemple « Nous réitérons notre soutien en faveur d’une réforme globale des Nations Unies, y compris de son Conseil de sécurité». Et un peu plus loin : « Nous réitérons notre soutien aux aspirations du Brésil et de l’Inde a jouer un rôle plus important au sein des Nations Unies, y compris au sein de son Conseil de sécurité ». Donc clairement, il y a bien un soutien à deux membres qui depuis des années demandent à être membres permanents du Conseil de sécurité, avec les mêmes prérogatives que les autres, donc en fait avec droit de véto.
D’une part l’Inde, qui a déposé sa demande dès 1994, mais on voit que la logique de sollicitation d’être au Conseil de sécurité est justifiée parce que c’est le pays le plus peuplé du monde, c’est justifié aussi parce qu’en 1945 ce n’était qu’une colonie britannique, donc le contexte géopolitique a changé et c’est tout à fait justifié. Mais on voit tout de suite le problème qui se pose : est-ce que l’autre membre des BRICS, qui s’appelle la Chine, est prête à accepter de voir l’autre grand pays asiatique détenir autant de pouvoirs qu’elle au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ? Et vous voyez qu’il y a un premier problème de fragmentation.
Deuxième élément, le Brésil. Le Brésil a quant à lui formulé sa demande en 2005, dans le cadre de ce qu’on appelait le G4, avec l’Allemagne, l’Inde et le Japon d’ailleurs. La position du Brésil là aussi est justifiée par son poids démographique, justifiée aussi par l’Amérique latine, le Brésil étant de loin le pays le plus peuplé d’Amérique latine, qui n’est pas présent au Conseil de sécurité de l’ONU. Et puis, quand on pense que la logique des BRICS est quand même une logique, pour simplifier je vais dire « anti-G7 », c’est vrai que l’entrée du Brésil au Conseil de sécurité de l’ONU comme membre permanent, avec bien sûr le droit de véto, ça serait presque un enterrement de la doctrine Monroe, puisque ça serait donner du poids à l’Amérique latine.
Mais en même temps, on est obligé de constater qu’il y a aussi au sein des BRICS un autre pays qui est plus peuplé que le Brésil, qui s’appelle l’Indonésie. Donc l’Indonésie pourrait avoir le même raisonnement, en disant : « un, je suis la quatrième personne démographique du monde, donc ce serait justifié que je sois au Conseil de sécurité ; deuxièmement, il n’y a personne qui représente l’Asie du Sud-Est, donc pourquoi pas moi ? ». Donc vous voyez que là-aussi, au sein même des BRICS il y a une difficulté à concrétiser dans une résolution très précise les intentions qui ont été indiquées dans la Déclaration de Rio de Janeiro que j’évoquais tout à l’heure.
Le même problème évidemment se pose pour la représentation de l’Afrique au Conseil de sécurité. Pendant longtemps on a considéré qu’il n’aurait pas été illogique que ce soit l’Afrique du Sud, quasiment fondateur des BRICS, pour deux raisons. D’abord parce que l’Afrique du Sud a le niveau de développement le plus élevé de tous les pays africains ; et deuxièmement, l’Afrique du Sud a cette aura de « nation arc-en-ciel » qui a réussi à vaincre l’apartheid, etc. Mais, bien entendu, cela n’est pas forcément de nature à faire plaisir à d’autres pays africains qui sont beaucoup plus peuplés que l’Afrique du Sud : bien sûr le Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique, et puis aussi l’Éthiopie, tout simplement, ou encore l’Égypte.
Vous voyez donc la difficulté de trouver une unité face à des différentiels démographiques, qui d’ailleurs ne vont que s’accentuer dans les prochaines décennies.
J’en arrive à mon deuxième point, qui consiste à examiner les systèmes, les régimes d’immigration des différents pays des BRICS, et là-aussi je vais donc vous proposer une typologie. La typologie commence déjà par aborder des pays extrêmement peu attractifs, d’où il résulte que leur régime d’immigration n’a quasiment pas d’effet géopolitique. Je veux parler bien sûr d’abord de la Chine. Alors, vous allez me dire que la Chine sait quand même d’attirer des étudiants étrangers, à une époque elle attirait des migrations entrepreneuriales mais maintenant ça ne l’intéresse plus puisque, ça y est, elle a bénéficié des transferts de technologies qu’elle souhaitait. Le Brésil aussi est très peu attractif. Bon, c’est vrai que ces dernières années il l’a été un peu plus vis-à-vis du Vénézuela compte tenu de la situation de gouvernance de ce pays. Et puis l’Indonésie, même si elle a accueilli un peu de Rohingyas ces dernières années ou un peu d’Afghans, là-aussi on ne peut pas dire que ce soit un pays attractif. C’est donc neutre, en quelque sorte, des régimes migratoires qui n’ont pas d’effets géopolitiques.
Deuxième type d’attraction migratoire, ce sont des attractions migratoires extra-BRICS, c’est-à-dire qui viennent d’autres pays que les BRICS, et dont les effets géopolitiques vont être plutôt jugés défavorables, dans la mesure où ce sont des migrations qui posent, dans les pays où elles se rendent, plus de problèmes que d’avantages. Je commence tout simplement par l’Afrique du Sud. Nous savons bien que l’Afrique du Sud est un grand pays d’immigration, notamment pour l’Afrique subsaharienne, nous savons en même temps que les Africains du Sud considèrent beaucoup que ces migrants subsahariens sont les concurrents sur le marché du travail et qu’il y a eu des violences extrêmement dures, avec des morts d’ailleurs, contre des immigrants, et cela à tel point que vous vous rappelez que l’année dernière le Nigéria avait été obligé d’envoyer des avions pour rapatrier ces migrants. Donc finalement, l’immigration en Afrique du Sud donne une image négative par rapport à la « nation arc-en-ciel » dont je parlais tout à l’heure. Concernant l’Inde, ce sont plutôt des migrants qui viennent du Népal ou des migrants qui viennent du Bangladesh et qui sont de religion hindouiste, mais c’est une migration relativement faible mais, là-aussi, que l’Inde ne considère pas comme nécessairement souhaitable. La meilleure preuve c’est que l’Inde a construit un mur avec le Bangladesh pour que cette immigration diminue. La pire situation en la matière est celle de l’Égypte. L’Égypte aujourd’hui, c’est à peu près 9 millions d’immigrants, qui sont finalement la conséquence notamment des guerres voisines : guerre du Soudan, guerre de Libye, guerre de Syrie, guerre du Yémen… et l’Égypte préfèrerait que ces immigrants ne soient pas arrivés sur son sol pour appauvrir une société qui n’est pas dans un état merveilleux. De la même façon, l’Éthiopie se passerait bien des ressortissants Érythréens, Soudanais, Somaliens, qui ne lui apportent pas grand-chose. Quant à l’Iran, elle a surtout accueilli des Afghans, comme chacun sait elle n’a pas tellement apprécié cette présence, ce qui fait qu’elle a conduit des opérations pour essayer de leur faire comprendre qu’il fallait parfois, même manu militari, qu’ils regagnent l’Afghanistan.
Concernant la Russie, là-aussi elle éprouve une difficulté. Alors, là, dans une migration intra-BRICS, puisqu’il s’agit principalement, à ce stade, d’évoquer les Chinois qui traversent le fleuve Amour pour aller dans l’Extrême-Orient russe, ce qui peut être considéré comme un avantage économique parce que ce sont des gens très travailleurs, mais ce qui inquiète quand même la Russie parce que les Russes de cette région sont une population qui diminue (faible fécondité, départs vers l’Ouest), et donc la Russie s’inquiète parfois qu’un jour la Chine ne réclame à nouveau la souveraineté sur l’Extrême-Orient russe, qui en plus possède des ressources significatives. Donc vous voyez que ces migrations intra-BRICS peuvent poser des problèmes dans le cas que je vais évoquer. Néanmoins, la Russie apprécie une autre migration, mais qui elle est extra-BRICS, et la Russie effectivement est contente, surtout en raison de la baisse de sa population active, d’accueillir à peu près 12 millions de personnes qui viennent essentiellement de pays de l’ex-URSS : Asie centrale du sud, Ukraine, Arménie, Géorgie… même si cette main-d’œuvre est souvent temporaire.
Quatrième type, ce sont des attractions intra-BRICS qui contribuent à des synergies géopolitiques, et là je vais vous citer deux exemples. Le premier exemple, c’est celui qui concerne ces deux pays des BRICS que sont les Émirats Arabes Unis et l’Inde. Clairement, les Émirats Arabes Unis ont besoin de main-d’œuvre, sont plutôt très contents d’avoir des Indiens, et ils sont tellement contents qu’ils ont considéré que ça méritait en quelque sorte de verser des dividendes à l’Inde, c’est-à-dire de passer des accords commerciaux importants avec le gouvernement indien à travers un traité bilatéral d’investissements, et les fonds souverains des Émirats Arabes Unis, en contrepartie de cette main-d’œuvre indienne, concourent au développement de l’Inde par des investissements dans les domaines portuaire, énergétique ou logistique. Et pour bien montrer que là nous avons effectivement une synergie géopolitique Inde-Émirats Arabes Unis, le 14 février 2024 Narendra Modi a inauguré un temple hindou à Abu Dhabi. Donc vous voyez que c’est intéressant, mais est-ce que ça participe à l’unité des BRICS ou à leur fragmentation ? Peut-être finalement à leur fragmentation, parce que pour l’Inde c’est l’intérêt d’être présente au Moyen-Orient, à travers les Émirats Arabes Unis, et éventuellement de faire contrepoids à la présence chinoise dans cette région. Donc on est plutôt dans des logiques bilatérales, et pas dans une logique collective qui pourrait être celle des BRICS.
Deuxième élément – je passe sur certains points –, la coopération géopolitique entre les Émirats Arabes Unis et l’Éthiopie. Et là nous sommes d’ailleurs dans les mêmes logiques, j’ai pu constater sur place à plusieurs reprises d’ailleurs que les Émirats Arabes Unis ont apprécié de voir arriver des immigrants éthiopiens, parfois pour remplacer des immigrants pakistanais qui venaient de Peshawar (Pakistan) et dont le contrôle – pour certains d’entre eux, peut-être une minorité d’entre eux – est considéré plus difficile. Donc là-aussi, un peu dans la même logique que les Émirats Arabes Unis et l’Inde, nous avons donc de nombreux accords qui ont été passés mais qui, là-aussi, sont des accords bilatéraux, qui ne sont pas dans la logique collective des BRICS.
Troisième point que je vous avais annoncé, c’est : qu’en est-il de l’émigration de pays des BRICS, et qui engendre la création de diasporas extrêmement importantes, notamment dans les pays occidentaux et, bien entendu, notamment aux États-Unis ? Il y a essentiellement deux diasporas qu’il faut analyser au regard de la question des BRICS, c’est la diaspora chinoise et la diaspora indienne.
Concernant la diaspora chinoise, il est clair qu’elle se trouve assez bien contrôlée par le pouvoir de Pékin. Donc à part des exceptions, la diaspora chinoise ne se mêle pas des affaires politiques et ne se mêle pas des affaires géopolitiques. Néanmoins elle sert peut-être de façon involontaire le régime, dans la mesure où elle participe de fait au soft power de la Chine, c’est-à-dire qu’en fait, par sa présence dans les pays occidentaux, elle donne une bonne image des spécificités culturelles chinoises. Je ne donnerai qu’un exemple, mais il suffit de regarder les affiches dans Paris, c’est le développement de ce sport chinois qu’est le Tai Chi dans les pays occidentaux, qui donne une image positive de la Chine, et en même temps le gouvernement chinois est ravi parce qu’il fait des publicités en Chine pour montrer combien les Européens apprécient le Tai Chi. C’est bon pour le soft power chinois, mais ça n’a rien à voir avec la question BRICS, là-aussi on est dans des rapports tout à fait liés à des avantages propres à un des pays des BRICS, mais pas à l’ensemble des pays.
Concernant les diasporas indiennes, nous sommes dans une situation totalement différente. L’Inde est une démocratie, n’a jamais souhaité contrôler sa diaspora, et même pendant longtemps elle s’en désintéressait, mais elle a changé depuis les années 1990. Là nous avons une diaspora qui est très mobilisée d’un point de vue géopolitique, et notamment aux États-Unis. La diaspora indienne doit avoir un rôle considérable dans le rapprochement géopolitique entre les États-Unis et l’Inde, et le Premier ministre indien l’a d’ailleurs reconnu. Donc clairement nous avons là une diaspora qui sert les objectifs géopolitiques de l’Inde, mais ça ne donne pas d’avantages spécifiques à l’ensemble du BRICS lui-même, là-aussi nous sommes dans une relation spécifique.
En conclusion, je dirais que vous voyez qu’il y a un fossé – tout cela est discutable, bien entendu – entre le bruit médiatique et même académique du terme BRICS, qui est massif, qui peut donner l’impression que l’on va vers des positions géopolitiques unitaires, et une réalité en fait extrêmement complexe qui peut être mise en évidence par le fait que des pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Argentine ont refusé d’entrer dans les BRICS comme vous le savez, un peu au dernier moment d’ailleurs, et donc en fait ce que l’on voit en termes de géopolitique des populations, c’est que l’identité géopolitique du groupe des BRICS est quand même assez floue, et finalement pas très propice à des actions géopolitiques très unitaires. Pour des actions géopolitiques très unitaires, il faudra se fonder sur autre chose que la géopolitique des populations. Merci.
Thierry GARCIN, Chercheur associé à l’Université Paris Cité, auteur de La Fragmentation du monde (Economica, 2018), « Le Sud global et le nouveau désordre international »
Le Sud global, un mouvement puissant mais hétérogène
L’expression de Sud global, qu’il eût mieux valu traduire par Sud mondial, n’est pas totalement neuve, des universitaires américains l’ayant déjà lancée au début des années 2000. Mais elle est réapparue dans les années 2010 et 2020, devenant une référence presque géopolitique depuis le début de la guerre d’Ukraine (2022-…). Cette subite ascension d’une notion valise était inscrite dans un triple contexte, politique, juridique et économique.
Contexte politique : les rapports de force internationaux sont régis par de grands prédateurs, aux régimes politiques divers. La Russie bien sûr ; Israël, accusé de génocide dans la bande de Gaza ; la Chine, qui n’exclut pas l’utilisation de la force militaire pour récupérer Taïwan ; les États-Unis, qui revendiquent expressément certains territoires de ses alliés (la zone du canal de Panama ; le Groenland danois), et jusqu’à l’État du Canada, dont le chef de l’État n’est autre que le souverain britannique. Où l’on voit notamment que la sécurité du continent européen est démantelée : les accords d’Helsinki de 1975 excluaient les modifications de frontières par la force. Dès lors, si l’on accepte cette nouvelle loi de la jungle, de quel droit condamner la Chine mettant la main militairement sur Taïwan ?
Contexte juridique : l’affaissement voire la violation fréquente du droit international, y compris et surtout par les cinq Grands qui, au titre de leur statut de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, sont pourtant responsables « du maintien de la paix et de la sécurité internationales ». À commencer par les trois membres dits « occidentaux » : les États-Unis (attaque de la Serbie dans l’affaire du Kosovo en 1999, grâce à l’Alliance atlantique ; invasion de l’Irak en 2003 ; attaque de la Libye du colonel Kadhafi en 2011), le Royaume-Uni (mêmes violations) ; la France (Kosovo, 1999 ; Libye, 2011). Sans oublier la Russie (Transnistrie moldave, 1994 ; Géorgie, 2008 ; Crimée ukrainienne, 2014 ; invasion de l’Ukraine, 2022). La Chine n’est pas en reste, avec l’occupation et l’aménagement d’îles et de rochers dans la mer de Chine méridionale. Dans ce domaine, il faut aussi citer la mise à l’écart (suspension, retrait) des grands accords américano-soviétiques puis américano-russes sur les armes nucléaires, le contrôle des armements nucléaires étant devenu un champ de bataille. Enfin, on ne peut que constater l’érosion rapide du multilatéralisme, qui permettait de respecter une règle du jeu commune, certes imparfaite mais unique règle du jeu.
Contexte économique : le pivot vers l’Asie, annoncé par la secrétaire d’État Hillary Clinton dès 2011 et amplifié par la création en 2007 puis le réamorçage en 2017 du QUAD (étrange quadrilatère réunissant les États-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon), cela dans le cadre de la nouvelle doctrine de l’Indo-Pacifique plus ou moins théorisée par l’administration Biden. De fait, il y avait de quoi inquiéter Washington. La Chine n’avait-elle pas multiplié son PIB par 11 entre 2001 et 2021 et ses exportations par 7,5 entre 2001 et 2019, tandis que sa part dans les échanges internationaux passait de 3 % en 2001 à 13 % en 2021 ? Moscou avait déjà commencé sa réorientation vers l’Asie avant la guerre d’Ukraine (gazoduc russe vers la Chine, Force de Sibérie, décidé en 2014). Le rapprochement entre Russie et Chine était célébré (au nom d’une « amitié éternelle », selon le président Poutine), même si Moscou était l’obligé de Pékin : les échanges bilatéraux représentaient 3 % du commerce international chinois, mais 26 % du commerce international russe. Dernier clou dans le cercueil de l’économie mondiale : la clause de la nation la plus favorisée (ce qui est bon pour les autres est bon pour moi) tombait sous les assauts vigoureux de la seconde présidence Trump. Quant à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), elle se trouvait dans un état comateux, l’Organisme de règlement des différends ayant été neutralisé depuis des années par les États-Unis.
La dynamique du Sud global
D’emblée, le Sud global, essentiellement mené par la Chine, a mené une double croisade : économique, en contestant la loi du marché à l’occidentale ; politique, en récusant la panacée du régime démocratique. Mais là encore, cette volonté d’amender le système international ou d’en créer un autre ne date pas d’hier. Il suffit de rappeler l’avènement du Tiers-Monde par Alfred Sauvy en 1952 ; le mouvement des neutres et des non-alignés (ni sur l’Est ni sur l’Ouest) au milieu des années 1950 ; la création de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en 1964; le panafricanisme (Premier ministre puis président Nkrumah, au Ghana) ; le panarabisme (président Nasser, en Égypte) ; théorie des trois mondes (président Mao Tsé Toung, en Chine) ; le Dialogue Nord-Sud (président Giscard d’Estaing, en France) ; et la multiplication abusive des « G », dont certains n’ont pas vécu longtemps[1] et dont les dernières moutures ont souvent accueilli des organisations régionales, telles l’Union africaine (UA) ou l’Union européenne (UE).
La recherche d’un nouvel ordre international n’est donc pas nouvelle. Mais elle s’est foncièrement renouvelée depuis la fin des rapports Est-Ouest et depuis les bouleversements internationaux. Facteurs, césures et fragmentations l’illustrent.
Deux facteurs doivent être cités en priorité : les conséquences des remarquables évolutions démographiques dans le monde[2] dans les récentes décennies et le développement rapide des pays « émergents » (ainsi des « nouveaux tigres » en Asie du Sud-Est, succédant à l’apparition des « quatre dragons »). De plus, des États qu’on allait plus tard appeler des pays « intermédiaires » se regroupaient au niveau régional, souvent avec succès (Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN en anglais), en 1967 ; Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), en 1975).
Deux césures doivent également être rappelées : la crise économique et financière américaine des Subprimes (prêts hypothécaires à risque) en 2007, vite internationalisée en 2008, et la pandémie du COVID 19 dès 2020, immobilisant une très grande partie de l’économie mondiale.
Deux fragmentations, au Nord. L’une portant sur les divergences grandissantes à l’intérieur de l’espace transatlantique, d’autant plus avec le début du second mandat Trump ; l’autre, sur les nombreuses divisions intra-européennes concernant les grands enjeux internationaux[3].
Quant au Sud global, son heure de gloire était expliquée par des dénonciations, certaines idéologiquement contestables (renouant d’ailleurs avec la vieille propagande communiste, ainsi du poids de la colonisation), d’autres justifiées. Pour ces dernières : le « deux poids deux mesures » en matière de condamnations occidentales, le cas d’Israël dans les territoires occupés et annexés palestiniens et syrien étant à juste titre cité ; les excès d’une ingérence humanitaire pourtant célébrée à tout-va (« l’humanitaire botté ») ; la pratique à l’envi des sanctions occidentales (les États-Unis « punissant » les élèves récalcitrants) ; l’édiction de normes supposées convenir au monde entier et s’affranchissant allègrement du facteur culturel, capital dans les relations internationales. Surtout, la consécration urbi et orbi des valeurs occidentales supposées universelles (droits de l’homme…). Le président Poutine avait beau jeu de parler de l’« Occident collectif », lequel était cependant beaucoup plus divisé qu’il ne le pensait.
À l’inverse, le Sud global souffrait lui aussi de contradictions majeures. La Chine profite d’abord de l’absence de clause démocratique dans ses relations politiques (elle serait d’ailleurs mal placée pour y procéder). Épreuve de vérité en 2022, les résolutions à l’ONU condamnant la Russie ayant attaqué l’Ukraine n’emportaient pas l’adhésion des pays en développement, 44 % des pays du continent africain refusant de « déplorer » cette invasion (votes conte, abstentions, absences…). Elle fustige d’une façon binaire l’écart entre pays riches et pays pauvres, mais la plus grande puissance économique de la planète reconnait officiellement que 11 % de ses concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté (soit 34 millions d’Américains sur 335). Si la Chine construit des infrastructures essentielles dans les pays en développement, c’est en contrepartie d’un endettement interminable des bénéficiaires ou de baux emphytéotiques léonins. Elle rejette l’unipolarité américaine mais se veut à la tête d’une « majorité mondiale », laquelle ne peut donc non plus prétendre à l’universalisme et revendique d’ailleurs un monde « aux caractéristiques chinoises ». Paré de toutes les vertus, le Sud global est non seulement instrumentalisé mais aussi essentialisé.
L’axe structurant États-Unis-Chine
Dans cette perspective du Sud global, la Chine conserve des atouts multiples et durables, alors que ceux des États-Unis ne sont pas comparables.
Jouant le rôle d’aimant pour les économies émergentes, la Chine profite d’un très vaste marché régional (populations, ressources, dynamisme), ce qui n’est pas le cas des États-Unis à l’égard de l’Amérique latine. Ses projets s’inscrivent dans le temps long dont bénéficient par construction les régimes autoritaires. Le déploiement patient mais diversifié des Instituts Confucius (28 % en Asie[4]), les Routes de la soie tout aussi bien terrestres que maritimes, la signature des accords de libre échange (Indonésie en 2005, Malaisie et Singapour en 2006, ASEAN en 2010…), la création d’une active Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures en 2016 et d’un Partenariat régional économique global (RCEP en anglais, ce dernier profitant grandement de l’absurde retrait américain du Partenariat transpacifique (TPP) en 2017) , la mise en place de nouvelles normes entrepreneuriales d’ailleurs fort contestables (droit du travail, co-entreprises, environnement…), la multiplication des échanges libellés en yuans ou en roubles ou autres (le statut du dollar s’en trouvant réduit), le projet d’une future Banque de développement au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), tous ces vecteurs de rayonnement sont remarquables. En fait, la Chine est pleinement devenue un pays clé du Nord global, pour autant que celui-ci existe : premier exportateur mondial, premier pays industriel, deuxième PIB mondial, etc. À la différence près que si Pékin souhaite l’avènement d’« une communauté de destin pour l’humanité », c’est au nom d’une « mondialisation égale et ordonnée », c’est-à-dire là encore ordonnée à la chinoise.
De leur côté, les États-Unis ont des armes pour contrer le Sud global, voire leurs propres alliés. Leurs sanctions économiques (les premières datent des années 1960) sont souvent exorbitantes. Leurs lois extraterritoriales, datant des années 1970, sont discrétionnaires. Leur interdiction d’exporter des biens comportant des éléments américains, est dissuasive. La grande geste « indo-pacifique » convoque leurs partenaires dans un endiguement (containment) de la Chine, bien que les pays asiatiques entretiennent des relations commerciales très différenciées avec Pékin. De surcroît, Washington cultive les alliances, les liens pouvant être graduels et évolutifs. Et les États-Unis entretiennent une pratique clientéliste de leurs relations stratégiques, en conférant par exemple le statut d’« alliés majeurs non-membres de l’OTAN » (11 pays asiatiques sur 20, après le retrait sur la liste de l’Afghanistan).
Au contraire, la Chine ne profite que d’un maigre réseau d’alliances, elles-mêmes plus ou moins solides : dans le sens des aiguilles d’une montre, la Corée du Nord, un bref moment les Philippines, le Cambodge, la Birmanie, le Bangladesh, le Sri Lanka, les Maldives (outre des micro-États océaniens). Enfin, elle n’est qu’une superpuissance économique (ce qui, certes, est déjà magistral), mais elle ne saurait prétendre au statut de superpuissance politique ni diplomatique (elle vote souvent à l’ONU dans le sillage de la Russie). Elle aspire à la puissance militaire, et ses efforts soutenus le prouvent : budget de défense, armes nouvelles, incursions maritimes ou aériennes dans des zones lointaines (mer de Barents, Méditerranée, mer Rouge, rivages de l’Alaska, détroit de Béring…). Mais, elle ne saurait être comparée à la présence américaine mondiale et à ses capacités exceptionnelles de projection de la force et de renseignement, non plus qu’à ses divers systèmes d’armements majeurs (porte-avions…), malgré des réussites impressionnantes (espace…). Enfin, elle n’a pas d’expérience du combat depuis le court affrontement (de plus, perdu) avec le Vietnam en 1979. Quant aux autres facteurs classiques de puissance, elle progresse grandement dans le domaine de l’innovation scientifique et technique (numérique…), mais ne peut rivaliser à terme dans les secteurs monétaire et financier (rôle mondial du dollar dans les échanges économiques et dans la composition des réserves) ni dans le domaine culturel (cinéma, musique, diffusion de la langue…), au point que le pouvoir d’attraction, d’influence ou de séduction (le fameux Soft Power) n’est pas son domaine d’excellence.
Conclusion
Évolution majeure de la contestation du système international hérité de la fin de la Seconde guerre mondiale, le Sud global n’est pas un club politique (ce qui impliquerait une solidarité de fait) ni un regroupement cohérent (ses membres, nombreux, ne vont pas tous dans la même direction). Il s’agit plutôt d’un rassemblement (qui n’est pas seulement de circonstance) et d’une association d’intérêts bien compris, voire aux yeux de Pékin d’une association d’intérêt général. Mais ce n’est pas la structuration qui prime, à l’instar des BRICS +, dépourvus de charte ou de statuts, de secrétariat général, de règles de fonctionnement, de critères d’élargissement, etc. Néanmoins, le Sud global a la force d’un mouvement et la vigueur d’une mobilisation de dimension mondiale. Le fait-même que son périmètre ne soit pas tracé lui confère un poids d’autant plus important : le discours qu’il porte sur lui-même peut être utilement auto-réalisateur. Il existe aussi parce qu’il se dit exister.
Mais on peut se demander si cet ensemble flou ne masque pas une plus grande fragmentation du monde. De fait, on constate la multiplication d’États opportunistes, qui pratiquent -à l’échelon régional ou non- des associations à la carte, dont plusieurs sont saisonnières ou contradictoires. Comment ne pas citer à ce sujet le cas de la Turquie, qui achète des armements russes (S-400) incompatibles avec les systèmes américains et ceux de l’Alliance atlantique dont elle est pourtant membre, qui vend des drones à Kiev tout en refusant de sanctionner la Russie pour son invasion de l’Ukraine, qui a également noué de confiantes relations avec le président Poutine, etc. ? Le premier ministre hongrois est au mieux avec le président Trump et avec le président Poutine. Le Qatar est un allié objectif des Frères musulmans tout en jouant le rôle de médiateur dans les négociations entre le Hamas et Israël sur Gaza. On pourrait encore évoquer le cas du président syrien Ahmed al-Charaa, ancien dirigeant du mouvement terroriste islamiste Al Nosra, reçu avec les honneurs dans le Bureau ovale du président Trump. Avec un grand sens de la plasticité conceptuelle, l’Iran des mollahs appelle cela la « politique multi-vectorielle », tandis que l’Inde affiche un « multi-alignement », notion diplomatique dont tout le monde attend encore la définition. Plutôt que du Sud global, ne devrait-on pas bientôt parler des « Sud globaux » ?
Enfin, cette mobilisation dissimule une tendance lourde de la société internationale : les défis des grands pays, à commencer par la Chine, sont et seront d’abord intérieurs. Ce n’est pas un hasard si le président Trump répète à l’envi America first. Pékin, mais aussi Washington et Moscou (sans parler de New Delhi), pour ne prendre que ces exemples, ont des montagnes internes à soulever : les prochaines décennies ne leur sont pas acquises. Dans cette perspective, le Sud global est un instrument utile pour la Chine, mais ce ne peut être l’alpha et l’oméga de sa politique internationale.
Prof. Hall GARDNER, Professeur, Département de politique internationale et comparée, Université américaine de Paris, « La présidence Trump et les BRICS » (en anglais)
Origins of BRICS++
BRICS++ had its origins in the reaction of Moscow and Beijing to NATO enlargement, the 1999 NATO war « over » Kosovo, and the US « multilateralization of containment » versus both Russian and Chinese interests and influence in Europe, Asia (i.e. conflict over Taiwan) and across the world. The formation of BRICS++ represents an effort by Russia and China to reduce, counter, if not undermine, US military predominance and global American / IMF and G-7 hegemony by means of establishing a so-called « multipolar » global world order. Member states may not agree on all anti-US anti- G-7 policies, but so far main goal is to assert political interests of members. The crucial question is whether BRICS++ will be dominated by China resulting in a greater polarization of the global system of BRICS vs US / G-7 predominance at the risk of major power war? Or can a more concerted global system arise which could better balance the interests of major and rising powers in which the US/G-7 find area of compromise with the BRICS++. Much depends upon the role of India as a key pivotal BRICS++ power.
NAT0-Russia Founding Act 1997
Senator Biden’s Speech
Just after signing the 1997 NATO-Russia Founding Act then Senator Biden gave a talk. I read the entire transcript on C Span so I don’t think it is a deep fake![5] Biden downplays the Russian threat to forge a Sino-Russian strategic « partnership » with the myopic argument that political-economic cooperation with the US and Europe represent Moscow’s only option
China’s and Russia’s Response
Ironically enough, Biden’s comments deriding the possibility of a Sino-Russian alliance came just a few months after Russian President Boris Yeltsin and Chinese President Jiang Zemin had signed a declaration on a “multipolar world” on 20 May 1997: « In a spirit of partnership, the Parties shall strive to promote the multipolarization of the world and the establishment of a new international order »[6].
Primakov Doctrine
This was at the time when the “Primakov doctrine” calling for a strategic partnership between Russia, China and India was beginning to take hold: the roots of BRICS. Contrary to Biden’s expectations, Russia and China started to expand their collaboration in areas of Eurasian security (SCO) and global political economy (BRICS), while Communist China ironically pushed for the world’s largest free trade agreement, tthe RCEP from 2011-20
The SCO
In April 1996 the Shanghai Cooperation Organization (Shanghai Five group) that included China, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Russia and Tajikistan was created. In June 2001, Uzbekistan joined; then in June 2017, Pakistan and the rising power of India joined. Belarus joined in July 2024.
Sino-Russian Strategic Partnership [7]
On July 16, 2001, after NATO’s 1999 air war « over » Kosovo, the People’s Republic of China and the Russian Federation signed a 20-year strategic partnership– the Treaty of Good-Neighborliness and Friendly Cooperation. In 2002, Moscow forged the Collective Security Treaty Organization (CSTO). In 2007, The SCO and CSTO link to cooperate in « security issues », fighting crime and illegal drug traffic. In February 2022, the 2001 Sino-Russian treaty would be extended 20 years later when Beijing and Moscow forged a « no limits » partnership just before the Russian invasion of Ukraine after Moscow had annexed the Crimea in 2014.
BRICS++[8]
-2009-10 BRICS was formed: Brazil, Russia, India, China, South Africa.
-BRICS+: Egypt, Ethiopia, the UAE as well as Iran.
-2023 BRICS Summit: invitations extended to six newcomers: Argentina, Egypt, Ethiopia, Iran, Saudi Arabia, and the United Arab Emirates (UAE). Argentina did not accept. Trump ally President Javier Milei said that he would not « ally with communists »[9] even if only China was « Communist » in name only! Saudi Arabia remained silent.
-October 2024 BRICS++ summit introduced a new « partner countries ».
-In January 2025, Indonesia joined the BRICS as a full member. 10 BRICS: Brazil, Russia, India, China, and South Africa — plus Egypt, Ethiopia, Indonesia, Iran, and the United Arab Emirates.
The 10 BRICS partners are Belarus, Bolivia, Cuba, Kazakhstan, Malaysia, Nigeria, Thailand, Uganda, Uzbekistan, and Vietnam. The 20 BRICS members and partners represent more than two-fifths of the global economy: 43.93 % of world GDP[10], measured at purchasing power parity (PPP). The BRICS 20 have a combined population of 4.45 billion, or 55.61% of the global population. These statistics are meaningless unless China and India can better coordinate their political-economic and financial policies with the rest of the membership. The issue of BRICS membership has been diplomatically sensitive for Saudi Arabia since it was first invited to join in 2023, and remains so with President Donald Crump. US has been trying to wean Saudi Arabia away from joining BRICs, while pressuring India, Brazil, South Africa and China and Russia. Trump has hoped to draw Moscow away from Beijing and away from the BRICS by way of ending the Russia-Ukraine war[11].
Trump and BRICS++
President Trump stated in February 2025 that « BRICS is dead »[12]. He has repeatedly warned of additional punitive measures[13] against what he calls « anti-American policies » — in reference to the BRICS’ challenge to US hegemony. China has faced the prospect of a 145% tariff if it cannot cut a deal. Brazil and India have been slapped with a 50% rate. Half of India’s penalty is for buying discounted Russian oil. South Africa was given a 30% tariff Even newer members like Egypt could see their tariffs go up, due to their participation in BRICS. US will try to play on business risks of private BRICS companies in effort to break up the organization. On one hand, BRICS growth may offer new business diversification opportunities but on other hand, it requires navigating complex regulatory risks. Companies must invest in risk analysis, resilient supply chains, and global partnerships to succeed.
One proposal angering Trump is a BRICS-wide currency (Brazil’s president Lula da Silva). Another is new cryptocurrency or gold using a combined basket of BRICS currencies. A real BRICS currency would require a banking union, a fiscal union, and general macroeconomic convergence. The dollar is still used in more than 80 percent[14] of global trade. But this misses the point… The BRICS do not need a full currency to whittle away the primacy of the U.S. dollar[15] by means of increasing use of their own currencies for trading, especially China’s renminbi[16]. Despite U.S. threats, more countries have hoped to join the BRICS and increase trade in local currencies and explore gold-backed or digital alternatives. Even the US top trading partner Mexico, participated in the BRICS summit[17] in Río de Janeiro in 2025. Overtime, trade in local currencies could not-so-gradually erode the dollar’s global reserve status, especially in energy and commodity markets[18].
Brazil [19]
Even Brazilian President Jair Bolsonaro, Trump’s ally, now in jail, had said his administration would make active efforts to strengthen the BRICS (June 2019) and the China-backed New Development Bank: « Bringing it closer to the private enterprise and making sure it meets the funding needs of infrastructure is a priority in our administration ». Bolsonaro was not quite as strong a supporter of the BRICS and de-dollarization as is Lula de Silva, nevertheless Bolsonaro began to realize the value of the China financial connection. And Brazil preferred not to expand membership to Iran and other radically anti-US countries, which could further divide the organization
New Development Bank[20]
With the addition of Colombia and Uzbekistan, the BRICS New Development Bank now has 11 members, including the founding five of Brazil, Russia, India, China, and South Africa, plus the United Arab Emirates, Bangladesh, Egypt, and Algeria. Financing roads, power plants, and development projects without political strings, NDB is seen as complementary to China-led Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), but both depend on China’s finance and strong credit rating.
South Africa
One of reasons trump has criticized South Africa with false claims of « white genocide » in the country is to break up the BRICS. But even South African businesses argue that « De-dollarization offers South Africa opportunities to reduce dependency on the US dollar, diversify its trade relationships, and enhance monetary independence ». This is true even if it also « introduces challenges, including transitional volatility, geopolitical risks, and adjustments in financial practices ». Nevertheless, « South Africa’s active participation in BRICS and other de-dollarization initiatives will likely shape its economic trajectory in a rapidly evolving global financial landscape »[21]. By boycotting G20 meeting South Africa, a member of BRICS, the US is shooting itself in the foot given South Africa’s influence in the region !!! He is handing much of Africa over to China which will use South Africa’s exclusion from the G-20 to strengthen BRICS !
Russia
Trump hopes to wean China and India from backing Russia while also weakening BRICS, but instead appears to be pushing friends and partners into the hands of rivals. US 22 October 2025 decision to add Rosneft and Lukoil, and their subsidiaries to the sanctions list prohibits US entities from doing business with these Russian oil companies. These US sanctions impact BRICS countries that buy Russian energy including China and India
China and India[22]
US sanctions threat on Russian Rosneft and Lukoil seems to have appeared to bring Moscow to bargaining table to end war with Ukraine, but primarily on Russian terms. Yet China and India have responded ambiguously. the two have begun to kiss and make up since their 2020 border clash. Both hope to circumvent US sanctions on Russia if possible as both seek underpriced Russian oil !
Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP)
To counter Trump tariffs, India has already signed[23] India-UK Free Trade Agreement, the European Free Trade Association (EFTA) and the Trade and Economic Partnership Agreement (TEPA). New Delhi is currently negotiating a free trade agreement with the European Union. India is reconsidering membership in the RCEP[24].
India and RCEP
India has not entirely given up buying energy and arms from Russia despite US promises to sell F-35. India is reconsidering membership in the RCEP. India needs China Japan and ASEAN compromise to join, so as to expand its exports and avoid high US tariffs. In response to U.S.-China tensions, multinational corporations, such as Apple, want to transform India into an export hub, creating favorable conditions for a return to RCEP, while belonging to BRICS.
RCEP
Signed in November 2020, RCEP Is world’s largest Chinese-led Free Trade Agreement (FTA) 30-32% of global Gross Domestic Product (GDP)[25]. 90% of tariffs within the FTA are eliminated with unified rules of origin and customs procedures. 2.4 billion people! Australia, Brunei, Cambodia, China, Indonesia, Japan, South Korea, Laos, Malaysia, Myanmar, New Zealand, Philippines, Singapore, Thailand, and Vietnam are all members. India would add 1.46bn people!
US and India
In an effort to draw India closer to US and way from Russia, China and BRICS, Trump designated India in a unique category as a « Major Defence Partner » (MDP) since 2016—that grants New Delhi access to high-end U.S. defense technology. In October 2025, India and US signed a major 10-year Defense Partnership Framework[26].
India and Future
While Trump has sought to break up BRICS++, the question remains whether his tariff and sanctions policies are further isolating the US—as India, Brazil, Russia, China, South Africa seek alternatives to US market without abandoning Russia and China altogether. If so, the US will continue to confront multiple challenges to its military predominance and waning hegemony regardless as to whether the BRICS++ can forge common geo-economic policies.
Future of the BRICS
US efforts to tighten alliance commitments with states like India, while also drawing Russia and China away from each other, in an effort to splinter BRICS and split the 2022 Russia-China « no limits » partnership, may not succeed in breaking the BRICS, that is, if the US does also find ways to compromise with BRICS members, such as India and South Africa over trade and high tech, while concurrently seeking geopolitical compromises with Russia over Ukraine and in the near future, China over Taiwan.
In short, US tariffs and sanctions have deepened mistrust between the US and BRICS members, accelerating their efforts, despite their profound geopolitical and ideological differences, to not only build alternative trade and financial systems, but to possibly forge a counter-alliance in the name of new ideology of « multipolarity ».
Much as was the case for Biden and the Clinton administration in 1997, when Biden and others did not see the full impact of NATO enlargement upon Russia and China, it is not clear the Trump administration foresees the not-so-long term impact of « America First », tariffs and sanctions policies on BRICS++, Europe and other countries.
Danger Ahead!
These US protectionist policies and sanctions on both friends and rivals alike risk pressing BRICS++ members together in a dangerous polarization of the global system— at the risk of major power war.
Prof. Kees VAN DER PIJL, Professeur émérite de relations internationales à l’Université du Sussex (Royaume-Uni), « L’État concurrent dans une perspective historique » (en anglais)
Here, we see the image that will not come as a shock to most of you, because that’s what we have been talking all day. The group of the BRICS is growing faster economically in a very rough measure than the decline of G7 takes place. What I would like to do is to show that what is at stake here is a contest between two types of state-society relations, and that we are looking not at an external confrontation, an external relation, between the BRICS and the G7, but also at an internal one, a historically connected process of growth. And the end of my talk will be that what we must expect is not so much a victory of the BRICS in the contest with the G7, but a contest between the populations of the world and the oligarchies which have been forming especially in the last 20 years, and which also include the BRICS. They are not free from oligarchy either. Behind every leader, as we see them every night in the news, whether it’s Putin or Xi Jinping, there is one or more oligarchs who also have quite something to say in their respective countries. And they are looking much more eagerly towards the West than we would expect if we look primarily at the conflicts that are taking place.
This is the basic scheme that I’m using. It’s a religion that began to take shape in the 17th century-18th century, and that is between a liberal West which was essentially anglophone, so built around Britain and the British Empire, and the United States. You know, when they asked Bismarck, towards the end of his life, what he thought was the most important event in world politics that he had been witness of, he said « the fact that North America speaks English ». And if you also include Australia and New Zealand and Canada, of course, the former British Empire, you understand we are looking at a very homogeneous cultural space on which a space of common legal culture, a space of common political habits, a space of individualism, and ultimately a space of capitalism, has grown. Nothing of the sort can be detected in the BRICS. There is no cultural unity and also the other unities that I mentioned other than strategic, which is already quite something if you only think of tactical, has taken place.
Now the liberal West is here depicted as Wall Street, which is where capital is sovereign, and sovereignty means that you represent the highest authority, in the largest social (…), and below it is an open society. And as I will show in a minute, being in that open society is not always fun, it can be very deleterious to your safety, to our economic survival chances, etc. Now facing the liberal West are what I call the contender states. That are states that are not necessarily attacking the West, but that are states that want to be considered as equivalent, as equally entitled to the West. And here, the state is sovereign and the society below it is closed. And that again is a very important condition for the population affected.
Now, what I want to stress, and it will all be over very quickly, what I want to stress is that in the 17th century when these ideal-types began to form, the English-speaking space (so basically the British Isles and North America, so New England in the East of North America) also passed through the phase of the sovereign state and closed society. We should not forget that in the mid-17th century there was Cromwell, there was the Navigation Acts, and there was a closure of England’s society which for instance led to wars with my own native Netherlands, which at the time were commercially superior but in terms of population of course much weaker than England. And what happened in the English-speaking space was that the sovereign state and the closed society, which had been theorized for instance by Thomas Hobbes in The Leviathan (1651), was overtaken by a new ideologue of the ruling class, and that was John Locke. And he wrote of course the two treatises of government in which he explained that the state should not at all be sovereign in the sense that Hobbes phrased it, that the state should allow society to develop on its own account, and that led to sovereign capital.
So, we are looking here not just at ideal-types which are opposed to each other, which are historically connected, and that’s not just an intellectual nicety you know, to enjoy ourselves because its smart. That will take us back again to the BRICS, West versus BRICS condition, because it means that the BRICS, ideally, would also be moving to that liberal state which lies beyond the original Cromwellian-Hobbesian state-society relation and which is only retarded, so to speak, because the West is acting aggressively towards theses states and the processes in which they are involved. Now here we see the same figure again, but now with their populations attached.
For sovereign capital and its open society, humanity is an anonymous – ideally speaking – undifferentiated mass, which is for instance why the advocates of capitalism, like for instance Peter Sutherland, the Goldman Sachs banker who was also a director of British Petroleum and a host of other countries, but he was also the UN Commissioner for Migration. And he took this view that humanity is this anonymous mass which you approach quantitatively. That means you have a certain amount of humanity here, and you have another amount of humanity there, and if the balance is wrong you simply move part of humanity to that other space. And his aggressive advocacy of migration was rooted in that idea. He claimed, and we’re talking about the 1990s and early 21st century, that migration is a human right, and every migrant should be welcomed and given the same right as any indigenous population. And he also had to say something about his indigenous population because he said that one of the great tragedies of Europe was that we stuck to our national homogeneity. We thought it was very special to be a Frenchman or Frenchwoman in France, a Dutchman and Dutchwoman in the Netherlands, and he said literally in a BBC interview « you should attack that homogeneity because you have to follow what Australia and the United States did and that was mix a whole population into a new brew », and here you have that brew at the bottom. Of course, what he didn’t stress was that this required that you would exterminate the original population… and the problem in Europe is simply that the indigenous population – and we’re not talking about political labels here – doesn’t want to be exterminated simply to (…). Now that is the perspective of the liberal state, the Lockean state, the state in the spirit of John Locke, the state where capital is sovereign. Of course, these are extreme ideal-types, reality is always more complicated.
But now look at the rival formation, the situation where the state is sovereign and society is closed. And here you see a segment of the world population which is not anonymous, and not free to move inside, outside, or to any place in the world. That means that at some point in its development – because we’re talking about the development – the sovereign state carves out a segment of world population as its own, and it protects it. It protects it against the extreme effects of market economics. Now in the BRICS of course, that is a bit of a problematic statement because some of the world records in exploitation of human labor have been broken in China, as we all know, in the apple factories and the other diversified western company workplaces. But the idea remains that a protectionist state also protects its population to some extent. Now, that precisely has always been the angle point of the attack of the western liberal forces, because they’ve always had the impulse, and not out of bad character but for structural reasons, to make that particular population part of the large undifferentiated mass of humanity, that we see here below.
And you see that for instance when the first really big contender state manifested itself, with France, and which is why the Arc de Triomphe you see is placed as an illustration. For instance, the Napoleonic continental system was attacked by Britain and its clients on the European continent, but it became especially acute when Germany, after the unification of North Germany in 1871, not only manifested itself as a powerful contender state in the field of basic science, industry, philosophy, arts – just think of the music of Wagner and all their friends etc. –, but then, in combination with a population again selected, carved out of the world of total humanity, anonymous humanity, and that was that the German population, relatively protected from world market pressures, developed a working-class movement, a labor movement – this is often forgotten – was ten times the size of the French labor movement at the time, and the English labor movement. The latter two were both 100,000 roughly organized as trade unionists. In Germany there were a million trade unionists. They were all organized in clubs, they had their own cooperative organizations. And that made the liberal leaders, the liberal strategists, class strategists, especially aggressive. And here you see a few of these. Cecil Rhodes at the bottom, the conquistador of the gold and diamonds of South Africa. You can really say of him that he caused the Boer War, an initially tragic failing war against the Dutch settlers there, and of course always against the black original populations of Africa, and there his trusted confidant Lord Milner. And Lord Milner led a group within the British ruling class which remained in power until roughly the 1930s, and they had detected this danger in Germany, not just a rising power, which strictly speaking could be met by economic competition, but they also detected this particularly strong socialist labor movement which might turn that economic advance into something completely new in terms of social history, really like an evolutionary species boost, if you can put it in that way. And that is why some very interesting books have appeared recently about the origins of the First World War, I won’t explain that in detail but these books claim it was never Germany that was the threat although that is a story that is most usually told to us. Of course, Kaiser Wilhelm II was a no case, but that didn’t mean that he was the really aggressive force in the clash that led to the First World War. That was something that was organized out of the city of London by the Milner group. And I can tell you, I found very convincing what I heard there.
Now we get to the last, and that is what I think is happening today, and it may take 5 years, it may take 50 years, but the main issue that we see today is that it’s not the BRICS versus the West, although of course we must recognize that, we must see the dynamics of that, we must see the population policies that are formulated from that angle, but what I think is happening is that the elites in the BRICS are eagerly looking to be included, as they were before, in the successors to the Milner group. The Milner group formed the Anglo-American group of ruling-class figures who conferred every year and sometimes entirely through the year about what to do, what their strategy would be, and after the Second World War of course we got the Bilderberg conferences, the Trilateral Commission, the World Economic Forum, that we read about since a few years ago every day. The ruling-classes from the BRICS were initially included but were thrown out as part of the conflict between the West and the BRICS, and what will happen is not a definitive and final fight between the BRICS and the West but a struggle for democracy in which the populations of the world will fight their oligarchies, who for the moment I must say are considerably better organized, even in spite of the split along the BRICS-G7 lines, than the world population which of course as such doesn’t exist in any organized form, it only exists in the form of national contingents. And that was really what I wanted to add to your excellent discussions that we already had concerning the BRICS phenomenon.
Prof. Bruno DRWESKI, Professeur d’histoire contemporaine et de science politique, « Les BRICS comme élément préparant une alternative au modèle unipolaire en crise » (en anglais)
À l’époque du monde bipolaire, le conflit ouvert entre capitalisme et socialisme a permis l’émergence du non-alignement entre ces deux pôles rivaux politiquement, économiquement, socialement et idéologiquement. Ce non-alignement a donné aux peuples colonisés l’opportunité de se mobiliser dans leur lutte pour l’indépendance et a permis aux nouveaux États indépendants de tirer profit des contradictions entre les deux puissances mondiales afin d’obtenir des concessions. Ainsi s’est formée, dans ce qu’on appelait alors le Tiers Monde, une alliance de facto entre les masses laborieuses, les élites intellectuelles, les bourgeoisies naissantes et les nouveaux États indépendants en quête de reconnaissance, alliance dont les grandes puissances ont dû tenir compte. Cette situation a, par ailleurs, conféré aux pays socialistes et du Tiers Monde un rôle dynamique dans les stratégies de développement visant à instaurer un nouvel ordre économique international qui considère les droits sociaux et le droit au développement comme fondamentaux, contrairement aux droits individuels mis en avant par les États capitalistes[27].
Aujourd’hui, la situation a considérablement évolué : le front uni des forces d’émancipation s’est fragmenté, tandis que, parallèlement, la concentration des moyens de production et d’échange s’est centralisée à l’échelle mondiale au profit du bloc occidental, sous l’hégémonie des États-Unis. Les contradictions sociales, économiques et internationales existantes se sont indéniablement exacerbées, entraînant une multiplication des guerres et des conflits, mais elles sont aussi devenues beaucoup plus floues.
Il est donc nécessaire de bâtir de nouvelles alliances sociales et nationales, adaptées à cette nouvelle ère où les peuples, tout en aspirant au développement, à l’égalité et à la paix, se heurtent à la résurgence de politiques bellicistes visant à imposer un monde monopolistique, centralisé et unipolaire.
La dernière décision du Conseil de sécurité de l’ONU concernant Gaza illustre de façon flagrante le retour d’une mentalité purement coloniale, méprisante pour le droit à l’autodétermination inscrit dans la Charte des Nations Unies[28]. Il s’agit d’une situation typiquement régressive et réactionnaire, inimaginable dans les années 1960 et 1970. Ce constat démontre que les nouvelles alliances – BRICS, OCS, ASEAN, ALBA, UA, etc. – ne sont pas en mesure de rivaliser efficacement à ce jour avec « l’Occident collectif », centré sur les États-Unis et le dollar américain, Wall Street, la City de Londres et, dans une moindre mesure, la Banque centrale européenne basée à Francfort[29]. Ce qui était pourtant le cas auparavant pour les pays socialistes, les États du Mouvement des non-alignés, le groupe des 77 et même la France de de Gaulle. Pour le moment la Russie, la Chine et l’Algérie ne sont plus en mesure de s’opposer, au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative américaine soutenue par de nombreux États arabes et asiatiques « clients », qui auraient été dénoncés auparavant comme « États néocoloniaux ».
Cela signifie-t-il que les BRICS, et parallèlement d’autres structures internationales potentiellement alternatives, sont inutiles à la construction d’un ordre mondial « meilleur » ?
Contradictions entre tendances à long terme et tragédies à court terme
Alors que l’on constate une ambiguïté dans les décisions prises par les pays des BRICS concernant les conflits actuels, malgré les taux de croissance, la baisse des niveaux de pauvreté, l’émergence de monnaies alternatives au dollar américain, de nouvelles tendances commerciales, le développement scientifique, les nouvelles orientations de la coopération culturelle, l’initiative « Une Ceinture, une Route », etc., il faut noter que les BRICS et les pays associés construisent progressivement des relations multipolaires, qui tendent à réduire lentement la centralité des États-Unis. Ceci crée notamment de nouvelles tendances chez des pays autrefois pro-occidentaux, comme par exemple, le Nigeria, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Colombie, etc., qui développent désormais de nouveaux types de relations, avec le contrepoids que les BRICS sont en train de créer. Et les contradictions apparues récemment entre les États-Unis, le Canada et la plupart des pays de l’UE semblent montrer que, même là, la confiance dans la stabilité du bloc occidental s’amenuise, du moins au sein de certaines élites. Les massacres de masse que nous avons observés en Palestine ces trois dernières années ont largement sapé la légitimité non seulement d’Israël, mais aussi, dans une large mesure, de ses alliés occidentaux, au sein de la communauté internationale et au sein de leurs propres sociétés.
Les racines des politiques néocoloniales
Le colonialisme et l’impérialisme ont toujours fonctionné dans le cadre d’une relation centre/périphérie, situation qui n’a pas été fondamentalement modifiée par l’existence du camp socialiste et des pays du Mouvement des non-alignés. Cette situation inégalitaire s’est opérée et s’opère encore géographiquement, entre et au sein des pays, et socialement, entre une classe « centrale » et des classes « périphériques ». Cette situation a persisté après que les pays socialistes et certains pays nouvellement indépendants se soient partiellement détachés du capitalisme, mais cette rupture s’inscrivait toujours dans une économie mondiale capitaliste intégrée autour des États-Unis, qui dictaient les termes des échanges. Partout dans le monde, les pays, les nations et les strates sociales privilégiées, qu’on peut qualifier de « supranationales », ont commencé à envisager de renforcer leur position en négociant une nouvelle répartition des rôles et des avantages économiques avec les puissances mondiales encore dominantes et leurs élites. Cela impliquait de rompre avec les tendances socialistes antérieures et, par conséquent, avec leurs politiques de développement général en faveur de l’ensemble de la société. Cette tendance s’est progressivement affirmée, notamment à partir de la fin des années 1970, lorsque les profits tirés de la nationalisation des ressources naturelles des pays du Sud ont pu être placés par des élites corrompues dans des paradis fiscaux militairement protégés par les puissances occidentales. Cette évolution a également conduit ces élites à souvent privilégier l’achat de biens de luxe plutôt que l’investissement dans la production locale.
Cette politique s’est généralisée après l’effondrement du camp socialiste, car elle a sapé la légitimité idéologique non seulement des politiques d’orientation socialiste, mais aussi de toutes les politiques de développement national, même dans les pays occidentaux développés d’Europe et au Japon. Cette dynamique mondiale en faveur du capitalisme néolibéral et d’un monde unipolaire centré sur les États-Unis s’est développée des années 1990 jusqu’à une période très récente. Il est alors devenu évident que même les élites les plus fidèles aux États-Unis, issues des pays périphériques, qu’ils soient du « Sud global » ou « d’Europe de l’Est », ne seraient pas acceptées comme partenaires égaux au sein du cercle restreint des « privilégiés » qui gouvernent la planète. Nous l’avons constaté avec l’évolution de la Russie, de la Turquie et de la Hongrie depuis les années 2000, mais aussi plus tard avec la déception des dirigeants d’Europe continentale face aux « nouveaux États-Unis » de Trump. Ceci a conduit à l’émergence de nouveaux dirigeants plus indépendants, tels que Xi Jinping, Poutine, Erdogan, Orban, Fico, Tebboune, etc. De larges pans des bourgeoisies périphériques ont pris conscience de l’existence d’un « plafond de verre » les empêchant d’accéder aux plus hautes fonctions au niveau mondial, tandis que de nouveaux pôles de développement émergeaient simultanément, notamment en Asie. Ceci explique les tendances émergentes à l’œuvre aujourd’hui dans les pays du Tiers Monde, souvent rebaptisés « Sud global », et en Russie. Ces pays tendent à se déconnecter, au moins partiellement, des réseaux financiers, monétaires et sécuritaires qui ont dominé le monde depuis le démantèlement de l’Union soviétique. C’est la raison d’être des BRICS, de l’OCS, du « Groupe des 77 + Chine » (qui compte désormais plus de 140 pays), de l’ALBA, de l’ASEAN et de l’Union africaine, etc.
Structures sociales des pays coloniaux et leurs conséquences jusqu’à aujourd’hui
La structure sociale des sociétés coloniales a consolidé la position des clans traditionnels, qui tiraient profit de leur influence pour garantir les intérêts économiques de la métropole : la bourgeoisie compradore. Face à ce groupe social directement lié aux puissances coloniales, les autres groupes et classes sociales vivant dans les colonies avaient intérêt à se libérer de la puissance étrangère qui les exploitait et les empêchait de se développer librement sur les plans politique, culturel et économique. Cette situation a poussé l’immense majorité des nations coloniales à s’unir autour de mouvements anticolonialistes, allant de la bourgeoisie nationale, dont le développement dépendait des marchés locaux, au sous-prolétariat urbain et rural, incluant la petite bourgeoisie, la paysannerie et la classe ouvrière. Cette situation explique le rôle clé joué par l’analyse marxiste dans les programmes de libération nationale, y compris au sein de la plupart des organisations politiques nationalistes ou religieuses, malgré les tendances antireligieuses que la plupart des marxistes entretenaient encore, et malgré le fait que le marxisme fût lui-même une vision du monde issue des pays coloniaux occidentaux. De la fin du XIXe siècle aux années 1970, la tendance générale fut de créer des fronts unis anticolonialistes de masse, représentant différentes orientations politiques ou idéologiques, mais tous prêts à mobiliser les masses contre les puissances coloniales.
La révolution bolchevique russe, conjuguée à la situation coloniale, a conduit au Congrès des peuples d’Orient à Bakou en 1920, précurseur de la Conférence de Bandung qui lança le processus concret de création du Mouvement des États non alignés (MNA). Ceci explique le soutien de l’Internationale communiste aux révolutions et soulèvements anticoloniaux, à commencer par le soulèvement d’Abd el Krim dans le Rif marocain, l’alliance entre les nationalistes chinois du Kuomintang et le Parti communiste chinois, la création de la Ligue Vietminh, l’élaboration du projet Nasakom par le dirigeant indonésien Soekarno, les projets socialistes arabes, le gouvernement Mossadegh en Iran, la création de l’Organisation de libération de la Palestine et du Congrès national africain d’Afrique du Sud, qui intégrait dans ses structures le Parti communiste sud-africain. Au terme de ce processus, les fronts unis de libération nationale ont réussi, presque partout dans le monde, à conquérir l’indépendance politique, malgré les tentatives coloniales de diviser les peuples principalement selon des critères ethniques, tribaux ou sectaires, la Palestine demeurant aujourd’hui l’exception la plus célèbre.
Ces fronts unis parvinrent alors à fédérer la quasi-totalité des classes sociales exploitées, opprimées ou marginalisées par le colonialisme, afin d’obtenir l’indépendance politique. Celle-ci impliquait la mise en place d’une administration d’État, d’une bureaucratie nationale, d’une armée nationale, d’un drapeau, d’un hymne national, d’une compagnie aérienne et même d’une monnaie officielle, permettant ainsi à d’importantes couches des sociétés postcoloniales de bénéficier de salaires et de conditions de vie stables. Cependant, indépendance politique ne signifiait pas indépendance économique, car les réseaux mondiaux, les principaux axes commerciaux et les monnaies de réserve restaient aux mains des anciennes puissances coloniales, de plus en plus intégrées et protégées par la principale superpuissance de l’époque, les États-Unis.
Cette situation, après l’indépendance formelle, a paradoxalement favorisé l’émergence de classes sociales capables de s’intégrer aux réseaux économiques préexistants construits par les colonialistes, et a eu tendance à fusionner les anciennes couches de la bourgeoisie compradore avec de nouvelles couches issues des bourgeoisies nationales qui avaient lutté pour l’indépendance. Un phénomène similaire s’est également produit dans les pays socialistes, où d’importants segments de la bureaucratie locale ont commencé à rechercher une amélioration de leur niveau de vie en se plaçant par rapport aux pays les plus riches du monde. D’un côté, le « groupe des 77 » à l’ONU luttait pour l’inscription dans le droit international du principe du droit au développement et d’un nouvel ordre économique international ; de l’autre, dans la plupart des pays non alignés, on observait une tendance croissante à emprunter, surtout auprès des pays occidentaux, amorçant ainsi ce que l’on appelle aujourd’hui le « piège de la dette ». Ce phénomène a contribué à la circulation « d’argent facile » et à la formation de groupes corrompus, de moins en moins soucieux d’indépendance économique et de plus en plus liés aux grandes puissances économiques mondiales.
Cette situation explique pourquoi le Mouvement des non-alignés (MNA) s’est alors trouvé de plus en plus divisé entre les pays promouvant la révolution et le socialisme et ceux défendant les tendances anticommunistes et antisocialistes. D’un côté, on assistait à la victoire des mouvements révolutionnaires de libération nationale à Cuba, en Indochine et dans les anciennes colonies portugaises ; de l’autre, à l’assassinat de plus d’un million de communistes lors du coup d’État indonésien de 1965, puis à la rupture entre le Mali et l’Égypte avec les pays socialistes. Toutes ces tendances et contre-tendances montrent non seulement l’accroissement des divisions au sein des classes sociales autrefois unies dans la lutte pour l’indépendance politique, mais aussi la mobilisation décroissante des classes travailleuses pour défendre les programmes nationaux et sociaux radicaux qu’elles avaient soutenus au début du processus de décolonisation. Cette évolution s’est considérablement accélérée avec le démantèlement du camp socialiste et l’émergence, sur ses ruines, d’un monde unipolaire. Ceci a rendu en grande partie impossible le lancement de nouvelles politiques de développement autonomes dans le tiers monde, et la poursuite des tentatives d’indépendance vis-à-vis des politiques américaines dans des pays comme la France à l’ouest ou la Yougoslavie à l’est.
Les raisons de l’effondrement du mouvement vers un nouvel ordre économique international
Une fois l’indépendance politique formelle acquise, les décisions politiques ont dû se concentrer sur le développement économique. Dans les pays manquant de capitaux, deux solutions s’offraient : emprunter là où l’argent était disponible, principalement dans les pays occidentaux les plus riches, ou laisser l’État investir pour créer une économie, une industrie et des entreprises nationales. Ces pays étaient généralement liés aux réseaux économiques occidentaux et la protection de l’État favorisait au départ l’émergence d’une bourgeoisie nationale de plus en plus indépendante, capable de gérer ses propres affaires. De fortes contradictions sont alors apparues entre les partisans d’une socialisation plus ou moins poussée des moyens de production et d’échange et ceux de politiques de développement prônant un capitalisme plus ou moins national, voire un capitalisme mondial intégré. De nouveaux courants politiques et de nouveaux dirigeants ont ainsi émergé, soutenant le secteur privé et rompant avec les anciennes politiques de développement autonomes, attirés en plus par les promesses d’investissements étrangers des riches pays capitalistes. Ce phénomène avait déjà été annoncé par le dirigeant panafricaniste Kwame N’krumah sous le nom de « néocolonialisme ». Parmi ces nouveaux dirigeants, il convient de mentionner, non pas tant les dirigeants conservateurs et anticommunistes, restés, dès le départ, fidèles aux anciennes puissances coloniales occidentales et aux États-Unis, tels que les monarchies arabes et les dirigeants de la « Françafrique », mais plutôt ceux qui furent à l’origine des partisans, ou du moins des sympathisants, des mouvements de libération nationale, comme Suharto, Moussa Traoré, Sadate, Sassou Nguesso, Chadli, Compaoré, etc.
Tous ces changements, parfois brutaux, ne sauraient s’expliquer uniquement par les choix personnels de ces dirigeants, ni même par leur corruption. Face à l’ampleur du phénomène, il est indispensable d’analyser les transformations à l’œuvre au sein des forces sociales dans les pays du Tiers Monde libérés du colonialisme ou traditionnellement situés en marge du grand marché capitaliste, comme les anciens pays socialistes d’Europe de l’Est. Outre la persistance de phénomènes culturels hérités de traditions sociales archaïques ayant survécu sous le joug colonial et de l’hégémonie culturelle continue des pays occidentaux, notamment de « l’industrie cinématographique » américaine, les processus politiques des années 1950 et 1960 ont permis la création de nouvelles structures économiques, ultérieurement privatisées au profit des bureaucraties étatiques locales, en collaboration avec les bourgeoisies nationales bénéficiant de la protection du nouvel État indépendant. Cette évolution a été rendue possible simultanément par de nouvelles politiques économiques légales et par le développement d’économies parallèles souterraines, sources de corruption généralisée. Peu à peu, une part croissante des bourgeoisies nationales, qui avaient profité de l’indépendance, a commencé à trouver de plus en plus restrictives pour leurs intérêts les règles socialistes adoptées comme compromis au moment de l’indépendance entre les classes bourgeoises patriotiques et les classes ouvrières alors très mobilisées politiquement.
Vers un nouveau non-alignement fondé sur des structures sociales renouvelées
L’émergence de nouveaux pôles de puissance et de développement a déjà créé, de fait, un monde multipolaire. La Russie, le Brésil, l’Inde, le Mexique, la Turquie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, le Venezuela, l’Algérie, etc., sans parler des pays plus petits, ont rejoint les rares nations qui n’ont jamais renoncé à une politique d’indépendance nationale stricte, comme la Chine, l’Iran et Cuba. À première vue, cela peut sembler une réédition de la situation des années soixante, et certains chercheurs soulignent même les similitudes entre le Mouvement des non-alignés post-Bandung, né dans un monde bipolaire, et le renouveau du Mouvement des non-alignés qui réapparaîtrait avec l’émergence du monde multipolaire autour des BRICS et de l’OCS. Mais si ce point de vue repose sur des faits objectifs, une différence importante doit également être prise en compte. Le processus de décolonisation n’aurait pu aboutir sans le rôle actif joué alors par les masses laborieuses mobilisées pour la libération nationale, même si, ici et là, les bourgeoisies nationales et la petite bourgeoisie ont joué un rôle significatif. La situation est différente aujourd’hui, car on observe dans tous les pays BRICS, et même en Chine, pays officiellement socialiste, ou en Iran, pays officiellement révolutionnaire, que le rôle principal dans cette évolution vers la multipolarité est joué bien plus par les entrepreneurs et les gestionnaires locaux que par les ouvriers ou les paysans. Si les classes ouvrières et les jeunes exercent parfois de fortes pressions, ils sont généralement désorganisés et ne disposent plus des outils dont ils disposaient auparavant, tels que les grands syndicats, les partis politiques radicaux ou, dans le cas de l’Iran, les mosquées radicales. Aujourd’hui, les classes ouvrières se voient au mieux attribuer le rôle d’accompagnatrices des processus vers la multipolarité, au pire celui d’observatrices. Ceci explique l’ambiguïté que l’on constate actuellement dans les politiques étrangères et économiques de pays comme la Russie, la Turquie, ou encore l’Algérie, sans parler de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis ou de l’Inde, dans le conflit qu’Israël mène activement contre le peuple palestinien, avec le soutien des États-Unis et de l’ensemble du « collectif occidental ». Nous constatons que, quasiment au niveau des individus, le monde entier s’identifie, comme jamais auparavant, à la lutte de la nation palestinienne, mais ce n’est pas le cas des États, y compris dans une large mesure de ceux qui constituent les « nouveaux pôles » du monde multipolaire, les BRICS.
On peut faire le même constat dans tous les autres conflits où les pays et les puissances émergentes hésitent à s’engager avec la même constance et la même ténacité que lors des guerres de libération nationale, non seulement de la part des peuples concernés, mais aussi de celle des puissances anti-impérialistes qui les soutenaient alors. Même la guerre menée par la Russie en Ukraine n’a pas donné lieu à une politique de mobilisation massive du peuple russe par les autorités russes. Cela n’a rien à voir donc, avec le mouvement de mobilisation de masse que Staline et les communistes soviétiques étaient parvenus à organiser en 1941. On peut en déduire que les classes dirigeantes des pays cherchant à s’éloigner du centre occidental ne souhaitent pas se placer dans une position qui les rendrait dépendantes de la bonne volonté des masses de leurs propres pays. Aujourd’hui, nous n’avons plus affaire à des puissances révolutionnaires, mais, dans les cas les plus radicaux, à des puissances postrévolutionnaires. Il existe donc des « contradictions au sein du peuple », pour reprendre les termes de Mao Zedong, qui se sont développées au détriment des classes laborieuses dans chaque pays et, au mieux, au profit des bourgeoisies locales.
Cette situation ambiguë explique alors pourquoi la Russie a accepté la chute de la Syrie aux mains d’anciens terroristes islamistes takfiris, pourquoi la Russie, la Chine ou l’Algérie n’ont pas soutenu activement la résistance palestinienne comme elles l’avaient fait dans les années soixante-dix et pourquoi elles ont laissé Donald Trump imposer à l’ONU une nouvelle résolution de facto coloniale concernant Gaza, avec l’approbation d’une masse de pays arabes et asiatiques, soi-disant membres du Mouvement des non-alignés, mais en réalité, dans une large mesure, instruments néocoloniaux des dirigeants, banquiers et économies mondiaux.
Dans ce contexte, certains de ses membres, comme les Émirats arabes unis ou même l’Inde, peuvent considérer les BRICS comme une « police d’assurance » en cas d’effondrement du dollar américain et du bloc occidental, plutôt que comme une alternative valable. La Russie semble profondément divisée, de la base au sommet. Cette division se manifeste par la présence de deux figures clés au sein de l’élite politique et économique russe : Elvira Nabulina, qui demeure à la tête de la Banque centrale de Russie et affiche clairement son adhésion aux dogmes néolibéraux du FMI, et Sergueï Glaziyev, un « Eurasien » d’origine ukrainienne, chargé de l’intégration eurasienne et partisan de l’interventionnisme étatique. L’Algérie se concentre désormais sur son audacieuse politique de réindustrialisation dans un environnement où les pressions et menaces impérialistes sont nombreuses, ce qui peut expliquer son isolement au sein de la Ligue arabe et sa prudence envers les États-Unis
Deux autres puissances présentent des caractéristiques plus marquées d’un non-alignement conséquent : la Chine et l’Iran. En Chine, bien que la structure sociale du pays et les principes fondateurs de son pouvoir politique reposent sur une alliance entre la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale, l’influence de cette dernière est maintenant bien plus visible qu’après 1949. Parallèlement, la structure de la propriété économique et l’éducation idéologique de la population confèrent aux classes laborieuses un rôle officiel inimaginable dans les autres pays BRICS. En Iran, l’idéologie qui légitime le système est loin d’une analyse marxiste des classes, mais elle demeure le fruit d’une révolution populaire promouvant une idéologie révolutionnaire centrée sur les plus pauvres et encourageant les coopératives, qui ne constituent pas à proprement parler une structure capitaliste.
En réalité, dans tous les pays mentionnés ci-dessus, qu’ils clament leur engagement en faveur de politiques sociales progressistes, voire socialistes, ou qu’ils soient strictement capitalistes, l’agressivité militaire et économique dont font preuve les États-Unis et leurs alliés[30] à leur encontre les pousse vers une émancipation économique qui, à long terme, tend à renforcer la position des classes laborieuses. Ceci s’explique notamment par le fait que ces pays mènent une politique industrielle qui, même capitalistes, les distingue des pays occidentaux dominés par le capital financier, lesquels peuvent encore, pour l’instant, appliquer des politiques de désindustrialisation et de délocalisation.
Mais cette situation ne change rien au fait que les pays BRICS ont démontré qu’ils n’ont pas, à ce jour, la force, et pour certains même la volonté, de développer une véritable alternative au capitalisme mondial centré sur les États-Unis, actuellement en crise profonde. Cela tient en grande partie à la base sociale des gouvernements en place. Ce contexte donne aux États-Unis, en pleine crise, le temps de maintenir leur hégémonie et même de freiner l’influence des puissances multipolaires. On observe cette évolution notamment dans le monde arabe, mais on constate aussi une contre-attaque des USA en Amérique latine, en Asie orientale et, enfin, en Europe, où les sanctions antirusses ont rendu les économies de l’UE beaucoup plus dépendantes des États-Unis et beaucoup moins performantes qu’avant la guerre en Ukraine.
Au moment même où la plupart des nations du monde découvrent le cynisme des gouvernements occidentaux en Palestine, mais déjà perceptible en Libye, en Syrie, au Soudan, en République démocratique du Congo, etc., on constate que les BRICS et l’OCS préparent les conditions d’un nouveau monde multipolaire et d’un nouvel ordre économique international. Cependant cela ne suffira pas à faire des BRICS une réussite. Ce dont les pays non alignés et les nations du Sud, mais aussi de l’Est et de l’Ouest, ont cruellement besoin aujourd’hui, c’est de retrouver le chemin d’une mobilisation et d’une créativité populaires capables d’obliger leurs gouvernements à dépasser les ambiguïtés actuelles qui dominent aussi bien l’Occident conservateur et néoconservateur que les puissances émergentes.
En résumé, les BRICS ne constituent pas une alternative à la situation catastrophique que connaît actuellement l’humanité, avec ses élites quasi aveugles qui gèrent les affaires mondiales au jour le jour sans aucune vision à long terme. Les BRICS ne constituent qu’un contrepoids à cette « gouvernance » mondiale inefficace, mais ne créent pas un projet alternatif concret sur les plans social, culturel, économique, idéologique, politique et civilisationnel. Cependant, les BRICS et l’OCS, avec le « groupe des 77 » et le Mouvement des non-alignés, ou encore des associations régionales comme l’ASEAN ou l’ALBA, créent les outils économiques, culturels, scientifiques, politiques et militaires qui préparent le terrain pour des transformations mondiales à long terme. Cette évolution a déjà touché les sociétés occidentales, désormais de plus en plus conscientes de la nécessité de trouver une alternative au désordre mondial actuel.
Prof. Laura-Anca PAREPA, Professeure associée, docteure de l’École supérieure d’études internationales, Université Doshisha (Japon), « Les BRICS et la géopolitique de la dé-dollarisation » (en anglais)
As the President has mentioned, my topic will be on the rise of BRICS and geopolitics of de-dollarization. This topic, especially de-dollarization, has been mentioned already by several speakers before me, but I would like to look a little bit more in detail.
First of all, I have mentioned that currently the international monetary system, as we know, is largely shaped by the Bretton Woods system. And even now, the U.S. dollar remains the backbone of global finance. And all these Western institutions, such as IMF and World Bank, are still representing the main financial architecture. However, this architecture has been generating persistent asymmetries of power, especially from the perspective of large emerging economies. And there was a turning point with the financial crisis of 2007-2008, when for many emerging economies this crisis exposed the vulnerabilities of the dollar-centric system. But also, the risks which are associated to the dependence, on the stability and policy choices of the United States and the Western-controlled financial system. So, in this context, BRICS, at that time composed only by five members, was starting to talk about de-dollarization. And since the first meeting in 2009, the group has framed its initiative on building a more multi-polar financial system.
The guiding question of my talk is actually how and to what extent BRICS initiative promotes de-dollarization and financial multi-polarity. And when we talk about de-dollarization, it doesn’t mean, in the BRICS understanding, abolishing the dollar. It actually means reducing excessive dependence on the dollar. So, what I’m interested in is not just whether BRICS complain about dollars, but what actually they are doing. What kind of institution they are creating, what kind of instrument they are developing, and how much impact those steps really have.
I will move over three layers. First, I will explain very quickly why BRICS care about de-dollarization. Second, what kind of initiative have been launched. And third, what are the limits and contradictions of this process.
BRICS, especially BRICS+, is a very broad grouping, which actually includes diverse political system, diverse economic structure, and very diverse foreign policy orientation. What unites them is not ideological uniformity, but rather shared concern about under-representation in the Western-led financial system, and also vulnerability within a dollar-centric based order. So, for BRICS, de-dollarization is not an ideological project of replacing the dollar. It’s better understood as risk management and pursuit of strategic autonomy.
There are several contradictions which stand out. The first one is reducing, as I said, exposure to dollar-related shocks. The second one is protection against sanction and financial correction that United States has been engaging. The third is policy autonomy, because they want to be less dependent on dollar funding in Western institutions. And the fourth is having a stronger voice in the global financial governance.
The early steps toward the dollarization within BRICS start in 2009 in Yekaterinburg (Russia) summit when they start to call for creating a new reserve global currency that should be more diversified, stable, and predictable. And they start to encourage the use of national currency in trade instead of using dollar. And the next step is 2011, in Sanya (China) summit, when they started to express their concern over dollar volatility and its impact on emerging markets. And from 2013 onward, they started to implement different concrete mechanisms for cooperation.
The most important summit, I would say, is the summit which took place in 2014 at Fortaleza (Brazil), when BRICS decided to establish two main institutions : the first one is New Development Bank (NDB) ; the second one is the Contingent Reserve Arrangement (CRA). Both of them somehow highlight the group’s dual strategy : expanding the development finance outside of traditional Bretton Woods system ; and building a parallel liquidity safety net. BRICS started since that moment to implement different concrete strategies to reduce dollar dependence among its members. One of them is local currency settlements (bilateral and intra-BRICS trade is done in local currencies), the second one is currency swap arrangement, the third one is loans in national currency, and the fourth one is digital currency experimentation. And I would like to talk very briefly about some of these.
The first one is the Contingent Reserve Arrangement (CRA), which is actually a parallel liquidity safety net. It has a pool of 100 billion dollars that BRICS member states can use when it’s necessary, especially in time of crisis. What is important to say is, within the BRICS framework, CRA is not designed as a substitute for IMF, but rather as a complement. So, those countries which are not so willing to use IMF can rely on BRICS’s CRA. Another pillar is represented by bilateral currency swap lines. And since 2014, we can see a growing network in China-Russia, China and South Africa, China-Brazil, Russia-China, and more recently China and United Arab Emirates. And this arrangement allows central banks to exchange currency directly, and to provide liquidity to their domestic banks and companies engaged within the partner country. And this is reducing the need to go through dollars as an intermediary currency.
If we look at the second institution, the NDB was created as an alternative source for long-term finance, and it’s particularly focused on infrastructure and sustainable development projects across the global South. Usually, in practice, if we try to understand what this bank is doing, we can see that until 2023 it has financed almost 105 projects, and between 2023 and mid-2025 it has also approved more than 76 projects, all of these for a total cost of $60 billion. As I said, all of them are focusing on infrastructure development, but what is important for NDB is the share of its portfolio : it’s dominated by the local currency. So, if we look at how they started to increase the use of local currency, we can see that in 2019 in the NDB portfolio, only 20% of exchanges were in local currency, but this has increased to almost 24% in 2023. And by mid-2025 it arrived at 30%. This makes the NDB as one of the multilateral banks which has the highest proportion of local currency lending.
If we look now at the intra-BRICS trade and the shift to national currency, we can see that this is another axis for de-dollarization. This is going quite gradually, and we can see that trade has been increased from $170 billion in 2008 to $700 billion in 2024. So, within this growing volume, the share of local currency has risen significantly. And according to the latest statistics, we can see that between China and Russia, for example, 70% of trade is done in national currency in 2023, and 90% of trade in 2024. And if we look at India and Russia, 90% of their trade is done in national currency, while between China and Brazil almost half of bilateral trade is conducted in their currency.
However, what is important to mention is the central role of Chinese yuan. Actually, Chinese yuan is accounting for almost 47% of bricks intra-group currency use. When we talk about alternatives that BRICS is trying to propose, we should also consider infrastructure through which payments are done. And since 2018, BRICS countries, particularly China and Russia, have been accelerating their efforts to develop alternative payment systems. So, they have been trying to link the national systems by enabling cross-border transactions outside of SWIFT. So, the idea is to avoid using the SWIFT system and the networks of Visa and MasterCard. For this, they have been implementing different measures to recognize their national cards. They have also moved to expand the acceptance of their cards and the system over all BRICS members. And we can see that following the war in Ukraine and also the prospect given by the unpredictable US presidency, the efforts of BRICS have been accelerating. For example, Russia has shifted almost all its oil and gas trade into rubles and other currency, while India has been starting to introduce its own currency into settlement mechanisms within the BRICS. Recently there have been some discussions about introducing the BRICS digital currency and introducing also the concept of BRICS Pay, which means creating a unified payment system which connects all these national infrastructures via an integrated platform. So, BRICS already started to engage in different pilot projects, for example in South Africa in 2019, in Moscow in 2024. So, they are advancing on this work.
If we look at the last initiative in 2024 and 2025, we can say that the ongoing initiatives are focusing on developing this common payment card and integrated digital payment network. They are also strengthening their own institution as a buffer against dollar liquidity shocks, and they are also trying to expand their membership with Uzbekistan or Bangladesh, becoming first non-BRICS members of the NDB. These are the ongoing initiatives.
To conclude my talk, we can say that first of all, the de-dollarization in BRICS is a very long-term and very complex process, which is driven by risk management but also by geopolitics. BRICS is not trying to kill the dollar, but is trying to rebalance global finance and to pluralize the alternative, so it is contributing to a very slow but steady transformation of the international monetary system. And what is important is that BRICS initiatives come up also with some normative challenges to existing institutions. For example, the NDB : it is emphasized that there is no political conditionality in lending, there is also no request for specific governance or policy reform, which are usually reforms linked with IMF and World Bank. Also, BRICS institutions are more inclusive in representing their members in decision making, and this is very important for emerging and developing countries. So, we can say that instead of a sudden break, BRICS is trying to build parallel mechanisms that gradually diversify.
Despite the BRICS dynamics, we can observe that there are also some structural limits. The structural limits are related, first of all, to internal divergence between their members. The second, to the fact that, still, the main members of BRICS are remaining tied to the dollar. If we try to look at the foreign reserves exchanges, we can see that China, India, Russia, and Brazil are actually among top ten holders of foreign exchange reserves in dollars. So, this is something that is keeping them tied to the US system, the Western system. And also, if we look among BRICS members, we can see that actually, in practice, only China has a strong Yuan, which is somehow having a global weight in the payments. Other BRICS currencies are more constrained by a small market.
If we try to look or understand what are some of the future trajectories of the BRICS, we can say that the first one is we can expect that BRICS will deepen their existing mechanism. The second is that BRICS will try to expand to new members and partners. But this kind of trajectory brings somehow different implications for the actors. For BRICS themselves, they will have not only more autonomy, but also more responsibility in front of other countries because they should provide a stable and predictable financial governance. Also, for US and Western institutions, there will be a pressure to reform the governance and make the system more inclusive if they want to remain relevant and legitimate. And for smaller developing countries, they will have more room to maneuver and negotiate better terms, but they will have also a more complex environment to navigate, between multiple centers of financial power.
So, BRICS are contributing to a very slow but gradual polarization of global finance. And while the dollar is still central and is likely to remain so for a while, it’s no longer entirely without a rival. Through all these arrangements that BRICS are doing, they are building slowly a more multiple monetary landscape in which emerging powers possess more tools, more options, and more leverage than in the previous Bretton Woods era.
Prof. David TEURTRIE, Directeur de l’Observatoire français des BRICS (OFB), « Les BRICS vus de Moscou »
Merci beaucoup M. le Président, pour cette invitation et cette occasion de pouvoir présenter ce thème. Je commencerai peut-être par le sommet de Kazan, qui a eu lieu en octobre 2024, qui a été le premier sommet des BRICS élargis, autrement appelés BRICS+. Évidemment, pour la Russie, engagée dans ce conflit ukrainien qui est considéré comme isolé par l’Occident, l’enjeu diplomatique était important, et le moins qu’on puisse dire c’est que le Kremlin a plutôt été satisfait du résultat parce que près d’une trentaine de pays ont été représentés, et plus d’une vingtaine de chefs d’État ont répondu présents à l’invitation de la diplomatie russe, dont les poids lourds, évidemment Xi Jinping, ça on s’en serait douté, mais aussi Narendra Modi, et d’autres chefs d’États non-membres des BRICS, à l’exemple de Recep Erdogan, le président turc, qui a frappé à la porte des BRICS même si pour l’instant son pays n’a pas été accepté, mais cette présence turque a illustré l’attractivité des BRICS bien au-delà du Sud global traditionnellement critique vis-à-vis de l’Occident.
Ce sommet, il a illustré une dynamique assez étonnante vue de Bruxelles et de Washington, parce que depuis le début du conflit en Ukraine on s’attendait, dans les capitales occidentales, à ce que le Sud global garde ses distances avec une Russie isolée, et une Chine dont les relations avec les États-Unis se dégradent rapidement. Non seulement il n’en est rien, mais en réalité les BRICS ont commencé réellement à s’élargir à partir de ce moment-là. Alors, c’est évidemment totalement contre-intuitif, et ça renvoie en fait en réalité aux craintes très fortes des pays émergents d’un retour de l’hégémonisme occidental et du désir d’un monde, qu’on peut appeler de différentes manières, mais multipolaire, dans lequel ces pays non pas se solidarisent entièrement avec les uns ou les autres, et dans les votes de l’ONU on voit bien que c’est souvent assez nuancé en réalité, mais gardent les moyens, gardent la possibilité d’avoir le choix, de choisir librement leur partenaire politique, économique et financier.
La présence à Kazan de Duterres, le Secrétaire général de l’ONU, a été aussi remarquée parce que depuis le début de la guerre en Ukraine il a évidemment, c’est logique, c’est son rôle d’ailleurs, une position très claire sur cette guerre menée par la Russie en Ukraine, en violation du droit international, mais cette présence on peut l’interpréter notamment au regard du conflit à Gaza et, alors même qu’il était d’ailleurs à ce moment-là déjà persona non grata en Israël, c’était un moyen sans doute pour lui d’envoyer un signal à l’Occident, montrant que les instances onusiennes étaient particulièrement déçues par son attitude vis-à-vis de la tragédie palestinienne, il ne pouvait pas ignorer le sentiment très répandu dans le Sud global d’une lecture à géométrie variable du droit international.
Pour ce qui est de la Russie, elle est évidemment engagée, on le sait, dans ce qu’elle considère comme un bras de fer géopolitique avec l’ « Occident collectif ». Une incise, à l’heure actuelle il me semble qu’il est moins divisé qu’il n’y paraît, il y a plutôt deux lectures sur la façon de sortir du conflit, qui ne sont pas tout à fait les mêmes. Si on regarde, ce sont les États-Unis qui continuent d’alimenter la quasi-totalité du renseignement au service des Ukrainiens, et c’est Donald Trump qui a mis en place, rajouté, des sanctions encore beaucoup plus dures que son prédécesseur vis-à-vis de la Russie. Donc la lecture d’un Donald Trump pro-Russe est à mon avis à relativiser, en réalité les élites américaines essayent de sortir de ce conflit de la moins pire manière, de la manière la plus favorable possible, avant l’effondrement de l’Ukraine. Cet « Occident collectif » avancé par les Russes, effectivement on peut ici voir un certain nombre de divisions, mais ce qui est important du point de vue du Kremlin c’est que les BRICS sont l’incarnation de la contestation de l’ « ordre international fondée sur des règles » promu par Washington et à laquelle répondent les Russes en disant, « nous ne savons pas qui a défini ces règles et quelles sont-elles ».
Ce qui est moins connu, c’est le rôle central de la Russie dans la création du forum des BRICS. En effet, c’est bien la diplomatie russe qui a été à l’initiative de toutes les premières rencontres et de l’institutionnalisation progressive des BRICS à la fin des années 2000. Il est vrai on le sait, ça c’est plus connu, que le concept on le doit à Jim O’Neill, qui est un analyste britannique qui avait mis en œuvre l’idée que l’on avait des grandes puissances économiques émergentes, et il avait inclus la Russie à l’époque, au début des années 2000, époque où effectivement elle connaissait un très fort taux de croissance de rattrapage en fait du marasme des années 1990. C’est quand même un coup de génie qu’on peut attribuer à Jim O’Neill au service de la diplomatie russe, si je puis dire, parce que la Russie, gendarme de l’Europe de la première moitié du XIXe siècle, superpuissance soviétique au XXe siècle, devient une grande puissance émergente au XXIe siècle ! Émergent est un petit peu étonnant, tardif, mais permet en fait à la Russie de se refaire finalement une jeunesse, une nouvelle jeunesse sur la scène internationale, et ça lui permet surtout, désormais, de se présenter en défenseure de la « majorité mondiale », comme on dit maintenant très couramment à Moscou. Qui dit majorité mondiale, dit Occident minoritaire, qui s’accrocherait à ses privilèges désormais indus.
Pour rappeler rapidement ce rôle de la Russie, c’est en septembre 2006 que les « BRIC », à l’époque, font un premier pas vers l’institutionnalisation. Ce sont les ministres des Affaires étrangères qui se réunissent en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à l’initiative de Moscou. Ensuite, le contexte de la crise financière, cela a été évoqué plusieurs reprises, a accéléré le mouvement parce qu’il y a eu une prise de conscience de la fragilité du système monétaire et financier international centré sur les États-Unis et le roi Dollar. Et donc c’est toujours à l’initiative de Moscou que les BRIC – encore à l’époque – organisent une réunion ministérielle à Ekaterinbourg puis, pour la première fois, la réunion des dirigeants des quatre pays en marge du sommet du G8. C’est une des raisons pour lesquelles, en réalité, pour la Russie c’est un moyen aussi à l’époque de participer aux deux instances, mais en fait aussi peut-être de bientôt quitter le G8 pour rejoindre les BRICS. Et enfin, ces mêmes chefs d’État se retrouvent un an plus tard, à nouveau à Ekaterinbourg, pour le premier sommet officiel des chefs d’État. Donc vous voyez que sur toutes les premières réunions Moscou est à la manœuvre pour structurer ce forum.
Alors, comment interpréter ce rôle central ? Eh bien, ça renvoie d’abord à une diplomatie russe qui est héritière d’une longue tradition, qui est capable de trouver des formats innovants, qu’elle a en l’occurrence proposé à ses partenaires et notamment à une Chine communiste qui était, à l’époque on se le rappelle, centrée sur son développement économique et qui préférait maintenir un profil bas sur la scène internationale. Donc elle laissait un peu à Moscou l’initiative, surtout pour ce genre de création de forum alternatif à l’Occident, qui pouvait ne pas être très bien vu depuis Washington. D’autre part, l’autre explication de cet activisme, c’est qu’en 2008 lorsqu’il y a eu le discours de Vladimir Poutine à Munich, entre autres – les élites russes ont considéré que l’intégration qu’elles ont cherché pendant 15 ans – Eltsine puis Poutine – dans le système occidental est un échec et qu’elles doivent trouver les moyens de se tourner vers les grandes puissances émergentes.
Par ailleurs, dans la vision russe, les « BRIC » et les « BRICS » sont un élargissement d’une initiative encore antérieure. En réalité, ça remonte à 1998 quand le ministre des Affaires étrangères russe Evgueni Primakov a proposé la création du triangle Russie-Inde-Chine – donc le « RIC », dont on entend très peu parler mais c’est bien le sigle. Pourquoi ? Parce que lui est le précurseur de cette réorientation, et donc il veut amener la Russie à un rééquilibrage vis-à-vis de l’Occident, mais ce n’est pas seulement vis-à-vis de l’Occident que ça se joue, c’est aussi parce que la Russie est en train de se rapprocher de la Chine. Et ce rapprochement il est continu, de Gorbatchev jusqu’à Poutine, donc là il y a une ligne directrice tout à fait cohérente, or il craint, la diplomatie russe craint qu’en se rapprochant de la Chine elle va faire peur à l’Inde, qui est son partenaire privilégié, et là son lien est très ancien et très solide, mais elle se dit « on risque de repousser l’Inde dans les bras de l’Occident, donc il nous faut un format triangulaire qui nous permette de garder l’Inde en Eurasie », si je puis dire. Alors ça va être difficile évidemment de mettre en place, ce format RIC, parce qu’évidemment l’Inde et la chine ont tous les contentieux qu’on connait, mais en 2005 il est lancé lors d’une rencontre à Vladivostok. Donc le RIC est lancé en 2005, et les BRIC sont lancés en 2006, donc en fait il y a tout à fait une logique d’élargissement de cette initiative russe. Alors évidemment, dans les années 2010 la Russie passe un peu la main, d’une certaine façon, au profit de la Chine, parce que cette dernière a les moyens financiers et économiques lui permettant – les routes de la Soie, la Nouvelle Banque de Développement qui a été inventée – de structurer une réponse financière et économique à la domination occidentale.
Si la Chine est en quelque sorte le banquier des BRICS, la Russie est un peu l’idéologue en chef. Pour cela, elle va manier les concepts. Alors, quels sont les grands concepts ? J’en ai déjà évoqué certains, comme la « majorité mondiale » qui revient de plus en plus dans les discours du Kremlin. Le Kremlin préfère désormais la « majorité mondiale » au « Sud global ». Il faut dire que pour la grande puissance des hautes latitudes qu’est la Russie, se revendiquer du Sud global est un petit peu… Autant redevenir une puissance émergente, ça va encore, mais le Sud global ça fait peut-être un peu beaucoup… Le deuxième élément que j’ai évoqué tout à l’heure, c’est renvoyer « l’Occident collectif », là encore un concept que la Russie de Poutine affectionne, à son statut de minorité, s’accrochant à ses privilèges d’ancienne puissance hégémonique. D’une certaine façon, pour la Russie, les BRICS sont un instrument de la démocratisation des relations internationales, tout en rejetant le modèle de la démocratie libérale. C’est-à-dire que la démocratie chez soi, ce n’est pas forcément… en tout cas pas la lecture libérale et occidentale, mais par contre la démocratie dans les relations internationales, au sens, en tout cas d’une meilleure participation des puissances émergentes dans la gouvernance mondiale.
Alors, dans les discours les plus polémiques de Vladimir Poutine, ce dernier oppose même la « majorité mondiale », non plus à « l’Occident collectif », mais à ce qu’il appelle le « milliard doré » : c’est un milliard d’habitants occidentaux qui vivraient, selon Vladimir Poutine, au crochet du reste du monde depuis la période de la colonisation. C’est une forme de réactualisation de la lutte des classes à l’échelle internationale, et ça s’apparente évidemment à une réactivation du discours anticolonial qui était tout à fait celui de l’Union soviétique. Donc il y a une certaine reprise de continuité, en fait, en tout cas dans les discours russes, d’éléments conceptuels qui avaient été développés sous l’Union soviétique.
L’autre élément qui est intéressant et qu’il faudrait envisager pour savoir s’il est partiellement contradictoire, c’est la mise en avant du concept d’ « État-civilisation ». Depuis une dizaine d’années, les élites russes prétendent que la Russie est un « État-civilisation » aux côtés de la Chine, de l’Inde et d’autres grandes puissances. C’est une façon, évidemment, d’abord, de se distancier du modèle de l’État-nation européen, donc une volonté de se distancier de ce concept européen, importé d’une certaine façon, ou exporté, et par ailleurs c’est une façon de tenter de mettre un terme à l’eurocentrisme des élites russes qui, qu’elles soient critiques ou pas de l’Occident, en réalité regardaient toujours vers l’Occident, depuis au moins deux à trois siècles. Donc l’État-civilisation c’est un État qui est autocentré, qui n’a pas besoin d’emprunter des concepts occidentaux, y compris les concepts marxistes parce que, finalement, la Russie du XXe siècle avait emprunté aussi son idéologie à l’Occident. Cette appropriation du concept d’État-civilisation fait écho par ailleurs à des idées anciennes en Russie, en réalité, enfin dans la pensée russe des années 1920, dans l’eurasisme. L’eurasisme des années 1920, qui n’est pas à confondre avec l’eurasisme actuel, avait beaucoup travaillé cette question d’une civilisation eurasienne et russe.
L’autre élément, c’est l’idée que la Russie serait gardienne des valeurs dites traditionnelles, qui seraient en opposition avec les valeurs dites d’inclusivité et de diversité sociétale promues par les pays occidentaux. D’une certaine façon, c’est une forme de soft power russe, alors en Occident ça peut paraître un petit peu étonnant, mais dans le reste du monde ça parle beaucoup, en Islam, et dans d’autres civilisations, sachant que l’idée n’est pas d’exporter une religion, ou d’exporter un modèle, mais de défendre l’idée qu’on a une pluralité de cultures et de modèles de développement, qui s’opposeraient à la volonté universelle d’un Occident qui, derrière l’universalisme, cacherait en fait une forme d’impérialisme idéologique.
Le dernier élément dans cette vision russe des BRICS, il rejoint beaucoup le propos de Mme Parepa, c’est la dimension économique. Ça a d’ailleurs été dit explicitement par les Russes quand ils présidaient les BRICS en 2024 : l’un des critères d’adhésion aux BRICS était le refus par les pays membres, les futurs pays adhérents, du système de sanctions occidentales. Donc il y a déjà la vision pour les Russes que les BRICS seraient une sorte de bouclier anti-sanctions. Par ailleurs, la Russie a fait la preuve qu’une grande économie – plus grande d’ailleurs que souvent ce n’est vu d’Occident et de nos élites, puisque selon la Banque mondiale et le FMI, en parité de pouvoir d’achat (PPA) la Russie est quatrième des puissances économiques mondiales (en termes de PIB et de PPA) donc un poids quand même important même s’il est loin des autres poids lourds – peut dé-dollariser pratiquement totalement son commerce extérieur, ce qui était jugé comme pratiquement impossible il y a encore 5-10 ans. À l’heure actuelle, on est à 55% du commerce extérieur russe qui est réalisé en roubles, le reste est réalisé en Yuans ou dans d’autres monnaies alternatives, et il ne reste plus qu’une quinzaine de pourcents du commerce extérieur russe qui est réalisé dans les monnaies des devises dites de pays inamicaux. Alors dans les statistiques russes, on n’a plus de dollars et d’euros, c’est mis dans un panier dit de « devises de pays inamicaux ».
Ce qui est intéressant, enfin, et je m’arrêterai là-dessus avec une petite conclusion, c’est que cette dynamique de dé-dollarisation russe a un effet d’entrainement, c’est-à-dire qu’évidemment ça a été évoqué dans le commerce bilatéral avec la Chine, mais ça va au-delà. Par exemple avec l’Inde, ça incite l’Inde à faire les premiers pas, très timides par ailleurs, de l’internationalisation de la Roupie, mais surtout ça a obligé l’Inde et les autorités indiennes qui étaient très réticentes là-dessus, à commencer à utiliser le Yuan dans le commerce international. Et enfin, une partie du commerce entre la Russie et l’Inde passe par le Dirham des Émirats Arabes Unis (EAU). Donc il y a un début d’utilisation de cette monnaie des EAU comme un vecteur de commerce. Les EAU sont d’ailleurs un des nouveaux États BRICS+, je dirais les plus allants, les plus actifs dans la structure des BRICS. Les échanges, par ailleurs, augmentent très fortement, c’est-à-dire que par exemple les échanges économiques entre l’Inde et la Russie, avant la guerre, se réduisaient à la sphère militaire, pratiquement, il n’y avait pratiquement aucun échange. Désormais, la Russie est le principal fournisseur de pétrole de l’Inde. Et ce qui est très intéressant c’est que quand Donald Trump a exercé une forme de chantage en disant « soit vous arrêtez d’importer du pétrole russe, soit on vous applique des droits de douane très épais », il a cru que les Indiens, trop apeurés de perdre le marché américain, reculeraient. Eh bien, ça n’a pas du tout été le cas. Ils n’ont absolument pas reculé sur ce point et continuent à importer massivement du pétrole russe.
Donc on voit bien que cette dynamique des BRICS, elle est en bonne partie alimentée aussi par la politique occidentale et américaine, ça a été déjà évoqué fortement, parce qu’après tout si les États-Unis n’utilisaient pas le dollar comme moyen de sanction, il est à peu près certain que l’Inde et la Russie auraient poursuivi leurs échanges en dollars. En fait, c’est une dé-dollarisation largement imposée de l’extérieur. Et d’ailleurs, c’est intéressant parce qu’il y a quelques années le président russe disait « mais nous, on veut bien utiliser le dollar, c’est le dollar qui ne veut plus de nous ». Pour finir, la diplomatie russe peut savourer cette vision qu’elle a eu depuis la fin des années 1990 de mettre en œuvre des structures – en tout cas des initiatives – parallèles à l’Occident, parce que finalement cette dernière, au bout de vingt ans, d’abord, a un succès à l’échelle mondiale et sert évidemment sa politique étrangère dans cette situation d’affrontement avec l’Occident.
Comment interpréter le succès des BRICS, puisqu’il y a beaucoup plus de candidats que d’élus ? Et au passage, d’ailleurs, les BRICS ont trouvé l’idée du statut d’ « État partenaire », qui fait qu’on a déjà un deuxième statut qui permet de ne pas rejeter totalement les candidats, mais de les laisser dans une autre sorte d’antichambre, eh bien je dirais que d’une certaine façon c’est ce qui est vu comme une faiblesse en Occident qui est l’atout des BRICS. En Occident, on a souvent tendance à considérer que les BRICS ce n’est pas vraiment une organisation régionale, ce n’est pas une organisation internationale, il n’y a pas de siège, etc., or pour les membres des BRICS et pour les États candidats, les BRICS n’enferment pas, justement, dans une alliance aux règles contraignantes. Ce n’est pas un bloc homogène dans lequel ils doivent, d’une certaine façon, obéir à un hégémon, ils ont au contraire la possibilité de mettre en œuvre une nouvelle forme de multilatéralisme qui sent mieux adaptée à la fluidité des relations internationales contemporaines.
À cet égard, je citerai le ministre des Affaires étrangères indien : « C’est un peu comme un club, dit-il. Vous n’avez pas d’obligations contractuelles légales avec les autres membres, mais c’est un lieu où on se retrouve. Les concepts fondés sur les traités sont typiques de l’ancien ordre. Le nouvel ordre est quelque chose de plus ». Donc nous voyons que c’est vu parmi les BRICS non pas d’un point de vue négatif, mais comme au contraire un atout que ce format soit relativement souple.
Ce qu’il faut dire enfin, du point de vue russe, c’est qu’au-delà de ce format jugé plus adapté pour les relations internationales contemporaines, dans lesquelles les États sont de plus en plus réticents à rentrer dans des alliances fermes, c’est aussi un moyen, contrairement à ce qu’on voit (…), que c’est un moyen de faire un axe Russie-Chine anti-occidental, certes partiellement, mais c’est aussi un moyen pour la Russie de rééquilibrer ses relations avec la Chine en incluant cette dernière dans des mécanismes multilatéraux qui évitent que Pékin, finalement, hors de tout cadre multilatéral, ne mette en œuvre une politique hégémonique unilatérale. Je vous remercie.
DISCUSSION GÉNÉRALE ET ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
La dernière partie du colloque est en cours de transcription et sera mise en ligne prochainement.
Mme. Maeva DA COSTA, Étudiante au Centre de linguistique appliquée (Besançon), diplômée de l’Université Panthéon-Assas et de l’école HEIP
Je m’appelle Mélanie Da Costa et je suis diplômée d’Assas en juriste-linguistique et d’HEIP en relations internationales et diplomatiques. Ma question serait pour M. le professeur Thierry Garcin, par rapport à la montée du Sud global. À votre avis, est-ce qu’elle transforme les dynamiques traditionnelles du Soft power, notamment dans les domaines linguistiques et éducatifs ? Par exemple, est-ce qu’on voit un changement entre le langage juridique et diplomatique par rapport aux termes communs occidentaux ? Est- ce qu’il y a une spécificité, une terminologie spécifique entre les pays des BRICS ?
Prof. Thierry GARCIN
Sur le plan juridique, il y a surtout la contestation d’un certain nombre de normes, notamment économiques, issues des accords de Bretton Woods, et souvent avec raison. Récemment, d’ailleurs, il y a un certain nombre d’années, la cote-part par exemple de la Chine au FMI a été augmentée il y a un certain nombre d’années. Donc il y a, si vous voulez, une raison pour que la Chine, par exemple, veuille des normes. Mais attention à une chose, quand la Chine veut des normes complémentaires des autres du système de Bretton Woods, ce sont des normes, là-aussi, aux caractéristiques chinoises, parce qu’on l’a bien vu dans ce qui concerne le monde du travail, les droits du travailleurs sont très réduits dans son approche. Quand on voit l’environnement, la lutte contre la pollution aussi, est à la chinoise et non pas (…) à l’occidentale d’une façon universelle. Ce qu’on peut comprendre aussi, puisque la Chine est peut-être le premier pollueur de la planète, mais c’est un pays d’ 1 milliard 400 millions d’habitants, et vous pouvez être beaucoup plus sévère à l’égard des États-Unis, qui ont 335 millions d’habitants, qui sont le second pollueur de la planète et qui, si vous voulez, n’ont jamais vraiment voulu lutter contre la pollution. Et ça se voit dans l’accord, le protocole de Kyoto, que seuls les Européens ont finalement honoré et respecté. Nous avons été les bons élèves. La Chine, elle veut d’autres normes, complémentaires, pourquoi pas, mais il faut savoir aussi que ce sont des normes à la chinoise.
Je crois que l’autre question était sur le « Soft power », comme on traduit en français – pourquoi ne pas parler français ? – comme pouvoir d’attraction, pouvoir de séduction, etc. Et donc concernant ce Soft power, on cite souvent le réseau des instituts Confucius, etc., mais c’est sans commune mesure avec le Soft power américain sur le plan international et mondial, qui a été extraordinaire. La Chine – ça a été bien rappelé tout à l’heure par quelques-uns – est certes une superpuissance, mais pour l’instant ce n’est qu’une superpuissance « économique ». Ce n’est pas une superpuissance politique, ce n’est pas encore une superpuissance militaire, et ce n’est pas encore une superpuissance, on va dire, culturelle. C’est un des facteurs de la puissance, justement : puissance politique, puissance diplomatique, superpuissance militaire, la superpuissance économique, la superpuissance scientifique et technique, la superpuissance sociale et culturelle. Ça fait à peu près une pléiade, à peu près, si on en a sept, ça fait en tout cas un faisceau de facteurs de puissance que la Chine est loin de détenir aujourd’hui, et même avant longtemps. Cela ne me plait pas vraiment, mais les États-Unis sont la seule superpuissance mondiale complète, j’en suis désolé.
Les États-Unis, et ça ne me plaît pas vraiment, mais les États-Unis sont la seule superpuissance mondiale complète, je suis désolé, même si par exemple en matière militaire la Chine a fait des progrès considérables, y compris dans la projection de la force, à commencer par l’importance qu’elle met dans sa flotte militaire, donc la marine de guerre. Ce n’est pas encore un pays, sur le plan militaire, qui peut projeter la puissance de la façon dont le font les États-Unis, qui ont une vision mondiale. La Chine n’a pas encore une vision mondiale. Elle a une vision nationale, elle a une vision régionale, elle a une vision très extensive de sa présence militaire dans le monde, y compris en Mer Rouge et y compris d’ailleurs les incursions qu’elle fait en Méditerranée – l’une des bretelles maritimes des Routes de la Soie étant vers la corne de l’Afrique, l’autre évidemment sur le plan maritime est évidemment vers l’Arctique et une autre beaucoup plus négligeable est vers l’Océanie. Mais, si vous voulez, la Chine est encore loin d’être une superpuissance complète, et elle le sait très bien.
Et la Chine, vous savez, c’est comme le chat par rapport au chien. C’est-à-dire que ça fait un mètre en avant, ça ne prend pas de risque, ça se retourne tout de suite pour voir s’il y a quelqu’un derrière, on ne sait jamais. Tandis que le chien va tout de suite en courant au milieu de la forêt, quitte à se perdre. C’est une comparaison de vétérinaire, je sais je suis d’accord, mais c’est une image. La Chine est beaucoup trop sage et prudente pour s’affirmer comme une superpuissance mondiale. Elle ne l’est, encore une fois, que sur le plan économique, on l’a rappelé tout à l’heure.
Et quant à sa puissance culturelle, il y a quand même, par rapport à la langue anglaise qui est non seulement internationale mais mondiale, pour la langue chinoise attendons quelques décennies avant qu’elle ne connaisse l’expansion de la langue anglaise aujourd’hui. On se focalise sur la Chine, mais ses priorités – par exemple si vous étiez la présidente chinoise, vos priorités – elles sont internes, fondamentalement. Ils le savent très bien.
Mme. Christine HOLZBAUER, Journaliste correspondante de Financial Afrique, productrice, réalisatrice et présentatrice de l’émission TV « Mon heure d’Afrique »
Bonjour à tous, Christine Holzbauer, je suis journaliste et je suis considérée comme spécialiste de l’Afrique, puisque j’ai une émission qui s’appelle « Mon heure d’Afrique », que vous pouvez voir sur YouTube et qui défend le point de vue africain sur un certain nombre de questions transversales. Je voudrais juste poser rapidement la question de l’avenir d’un certain nombre d’États émergents africains au sein des BRICS, et notamment par rapport à ce qui est actuellement l’un des grands problèmes en Afrique, c’est-à-dire l’utilisation de local currency, de monnaie locale, pour pouvoir faciliter les paiements internes, puisqu’il y a tout le temps une course au Dollar en Afrique. Et on est en train de mettre en place comme vous le savez une ZLECAF (zone de libre-échange continentale africaine) qui se heurte un peu à ce problème de savoir : quelle monnaie ? Donc les BRICS sont-ils un avenir pour les puissances émergentes de l’Afrique, en commençant par le Nigéria par exemple ? C’est une question pour celui qui veut la prendre.
Et pour Mme. Laura-Anca Parepa, j’ai été très impressionnée par votre présentation sur la dé-dollarisation à travers le mouvement BRICS, mais vous étiez un peu timide. Ma question pour vous est : pensez-vous que ça va évoluer, que ça va s’accentuer à un certain moment ou bien rester timide, car la dé-dollarisation signifie véritablement vaincre le pouvoir des États-Unis qui utilisent le Dollar comme une véritable arme, si je puis dire ? Ou pensez-vous qu’au contraire ce sera comme ce genre de mouvement (…) ?
Mme. Laura-Anca PAREPA
Thank you for your question. I think it is going to accelerate. I was not shy, but actually I was trying to say that the BRICS has planned a lot, but at the implementation level they have not been so successful, or they have not been going so rapidly. But since the conflict in Ukraine and because of Trump’s presidency policies, actually we can see that they are accelerating and they are implementing more quickly some of their actions, some of their plans. So, I think in the future we can see that it will accelerate and they will try to include also more members and convince the BRICS+ to use the local currencies in their exchanges. It was somehow the request of their last summit to all the BRICS+, in order to try to – at least at the bilateral level – use national currencies instead of Dollar. So, I think it will be evolving.
M. Paul THOMSON, Directeur Droits des Financements, Compagnie de Saint-Gobain
Bonjour, je suis Paul Thomson, je suis directeur Droit des financements à la Compagnie de Saint-Gobain, qui est la holding du groupe Saint-Gobain, et je suis ici à titre individuel, bien sûr. Ma question, pour le professeur Drweski, est la suivante : est-ce que vous ne pensez pas qu’il conviendrait d’accorder plus de poids aux circonstances très particulières entourant cette résolution sur Gaza ? À savoir, le fait que Gaza était complètement sous occupation israélienne, il y avait des meurtres et des crimes de guerre qui sont abondamment prouvés, une famine…, c’était quand même sont quand même des circonstances très particulières. Et par rapport à cela, le fait de savoir si ce régime, qui peut être considéré comme ayant un petit côté postcolonial, ou néocolonial, peut représenter néanmoins une amélioration pour des gens qui habitent. Et j’ajoutes en plus que le projet est formulé à prévoir très explicitement que cette présence américaine soit de courte durée. Alors, nous verrons ce qu’il en sera, mais le concept est en tout cas clairement cela, avec une sorte de montée en puissance d’une autorité palestinienne. Et même si on peut dire que ça va peut-être durer cinquante ans, dans l’idée il me semble qu’on ne peut pas dire que le concept était complètement ridicule, dans la mesure où l’autorité palestinienne ne fonctionne pas très bien, elle est considérée comme étant trop moue vis-à-vis d’Israël. Donc il y avait un véritable sujet de constituer une autorité palestinienne qui puisse vraiment faire le travail, donc est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de tenir compte de ces éléments particuliers avant d’arriver à votre conclusion assez générale ?
M. Bruno DRWESKI
Oui, je suis d’accord, la situation était très complexe. Mais disons que, sur le plan du principe et du droit, cette révolution viole la Charte des Nations Unies, avec le droit à l’autodétermination. Il n’est pas prévu de tenir des élections. Il n’est pas prévu, donc, d’appliquer le droit à l’autodétermination. Je pense que c’est ça qui compte, qui va marquer les peuples, parce qu’il ne faut pas penser seulement aux États – je comprends la position des États. Mais les peuples, pour eux, on a trahi les Gazaouis.
M. Gracjan CIMEK
After all of these amazing interventions, a synthesis came into my mind : that the future role of BRICS is related to the question : can we build real tools to help national-oriented oligarchies rebuild the sovereignty of states against transnational oligarchies, and then, build the conditions of mobilization of the societies which can as the effect impose justice inside the society and help BRICS to be trustful at the international agenda, a trustful alternative and implemented paradigm, which I have mentioned in my presentation. And dear participants, that is the questions which will need a next seminar. Thank you.
M. Raphaël BERLAND, Journaliste et réalisateur, fondateur du média citoyen Cercle des Volontaires
Bonjour, je suis journaliste et réalisateur, en plus d’être caméraman pour l’Académie. Ma question s’adresse plutôt à Bruno Drweski ou à ceux qui connaissent le sujet. Je crois que la figure de Cecil Rhodes a été évoquée, qui n’est pas forcément très connue en France. Il me semble qu’il a donné naissance à la Fabian Society, dont on fait partie je crois Bill Clinton et un certain nombre de personnalités politiques de premier plan à notre époque, et ça remonte encore à très loin. Ma question est la suivante : est-ce qu’il existe, du côté des BRICS, des cercles d’influence comme il existe en Occident le Bilderberg, le Council on Foreign Relations (CFR), la Commission Trilatérale… ? Est-ce qu’il y a des cercles d’influence côté BRICS, tout simplement ? Merci beaucoup.
M. Bruno DRWESKI
Oui, alors, ce qui est intéressant avec les BRICS, c’est tout ce qui est collaboration interuniversitaire. Là vraiment, ça avance de façon très, très régulière. Alors, ce ne sont peut-être pas des think tanks, ce ne sont peut-être pas des ONG, ce n’est peut-être pas ce à quoi nous sommes habitués en Occident. Mais en revanche, c’est quelque chose qui aborde à peu près tous les sujets scientifiques, politiques, économiques, sociaux, avec une vision, à mon avis… enfin cela construit une potentielle vision interne. On verra les résultats.
[1] Garcin Thierry, « ‘Sud global’, BRICS + : deux notions vraiment géopolitiques ? », dans Les Analyses de Population & Avenir, N° 52, Novembre 2024, pp. 2-31, lien : https://shs.cairn.info/revue-analyses-de-population-et-avenir-2024-5-page-2?site_lang=fr (consulté le 2 décembre 2025). Nombreux encadrés. Voir : Figure 4 : « La multiplication du ‘G’ ». Figure 6 : « Les nouveaux regroupements mondiaux régionaux ».
[2] Dumont Gérard-François, Géographie des populations. Concepts, dynamiques, prospectives, Paris, Armand Colin, 2018, rééd. 2023, 256 p.
[3] Op. Cit., Garcin Thierry, « ‘Sud global’, BRICS + : deux notions vraiment géopolitiques ? »… Voir : Figure 5 : « Union européenne : une politique étrangère introuvable ».
[4] « Confucius Institute Annual Development Report 2024 », lien : https://ci.cn/en/qkylxq?file=/profile/upload/2025/07/02/1048263643_20250702100520A454.pdf (consulté le 2 décembre 2025).
[5] « Joe Biden in 1997 – NATO expansion, Russia, China, Iran – Thin line between confidence and arrogance », Agora (sur YouTube), lien : https://www.youtube.com/watch?v=hPZNRZNvwCU (consulté le 1 décembre 2025).
[6] « Full text of ‘Russian Chinese Joint Declaration on Multipolar World », Internet Archive, lien : https://archive.org/stream/RussianChineseJointDeclarationOnMultipolarWorldEstblOfANewIntlOrder19977pgsPOL.sml/Russian_Chinese_Joint_Declaration_on_Multipolar_World_Estbl_of_a_New_Intl_Order-1997-7pgs-POL.sml_djvu.txt
[7] « Security alliances led by Russia, China link up », Daily Times, 6 octobre 2007, lien : https://web.archive.org/web/20130911070120/http:/www.dailytimes.com.pk/default.asp?page=2007%5C10%5C06%5Cstory_6-10-2007_pg4_3 (consulté le 1 décembre 2025).
[8] « President Lula calls BRICS The Heir of Non-Aligned Movements, Calls For Global Reform », VOI, 7 juillet 2025, lien : https://voi.id/en/news/492931 (consulté le 1 décembre 2025).
[9] « Argentina formally rejects BRICS membership », Deutsche Welle, 29 décembre 2023, lien : https://www.dw.com/en/argentina-formally-rejects-brics-membership/a-67856848 (consulté le 1 décembre 2025).
[10] Norton Ben, « BRICS expands to 56% of world population, 44% of global GDP: Vietnam joins as partner country », Geopolitical Economy, 4 juillet 2025, lien : https://geopoliticaleconomy.com/2025/07/04/brics-expansion-population-gdp-vietnam/ (consulté le 1 décembre 2025).
[11] « Fact Sheet: President Donald J. Trump Solidifies Economic and Defense Partnership with the Kingdom of Saudi Arabia », The White House, 18 novembre 2025, lien : https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/11/fact-sheet-president-donald-j-trump-solidifies-economic-and-defense-partnership-with-the-kingdom-of-saudi-arabia/ (consulté le 1 décembre 2025).
[12] Gordon Nicolas, « Trump threatens a 100% tariff on ‘dead’ BRICS group if they ‘play games with the dollar’ », Fortune, 14 février 2025, lien : https://fortune.com/asia/2025/02/14/trump-threatens-brics-tariffs-challenge-us-dollar/ (consulté le 1 décembre 2025).
[13] Martin Nik, « Why is Donald Trump so afraid of BRICS? », Deutsche Welle, 8 juillet 2025, lien : https://www.dw.com/en/why-is-donald-trump-so-afraid-of-brics/a-73188532 (consulté le 1 décembre 2025).
[14] Ismail Sumayya, « Can BRICS dthrone the US dollar ? It’ll be an uphill climb, experts say », Al Jazeera, 24 août 2023, lien : https://www.aljazeera.com/features/2023/8/24/can-brics-dethrone-the-us-dollar-itll-be-an-uphill-climb-experts-say (consulté le 1 décembre 2025).
[15] Siripurapu Anshu, Berman Noah, « The Dollar : The World’s Reserve Currency », Council on Foreign Relations (CFR), 19 juin 2023, lien : https://www.cfr.org/backgrounder/dollar-worlds-reserve-currency (consulté le 1 décembre 2025).
[16] Greene Robert, « The Difficult Realities of the BRICS’ Dedollarization Efforts – and the Renminbi’s Role », Carnegie Endowment for International Peace, 5 décembre 2023, lien : https://carnegieendowment.org/research/2023/12/the-difficult-realities-of-the-brics-dedollarization-effortsand-the-renminbis-role?lang=en (consulté le 1 décembre 2025).
[17] « Secretary De la Fuente Arrives in Rio de Janeiro for BRICS Summit on Behalf of President Sheinbaum », Secretaria de Relaciones Exteriores, Gobierno de Mexico, 5 Juillet 2025, lien : https://www.gob.mx/sre/articulos/secretary-de-la-fuente-arrives-in-rio-de-janeiro-for-brics-summit-on-behalf-of-president-sheinbaum-402359 (consulté le 1 décembre 2025).
[18] D’Souza Shanthie Mariet, « A reality check for BRICS and the lofty dedollarisation agenda », The Interpreter, 18 novembre 2025, lien : https://www.lowyinstitute.org/the-interpreter/reality-check-brics-lofty-dedollarisation-agenda (consulté le 1 décembre 2025).
[19] « Bolsonaro vows to boost Brics cooperation », Agência Brasil, 28 juin 2019, lien : https://agenciabrasil.ebc.com.br/en/economia/noticia/2019-06/bolsonaro-vows-boost-brics-cooperation (consulté le 1 décembre 2025).
[20] Initial authorized capital of USD 100 billion. The NDB is a collaborative enterprise by the BRICS countries based on India’s proposal while the AIIB is a China-led institution created on Chinese initiative. Wang Hongying, « The New Development Bank and the Asian Infrastructure Investment Bank: China’s Ambiguous Approach to Global Financial Governance », Development and Change, N°50 (1), La Haye, Institute of Social Studies, 13 janvier 2019, pp. 221-244, lien : https://www.wita.org/wp-content/uploads/2019/02/Wang-2019-Development_and_Change.pdf (consulté le 1 décembre 2025).
[21] Ahmad Sajjad, « How Will De-Dollarisation Affect South African », Landlord Association of South Africa,
https://www.landlordsassociation.co.za/how-will-de-dollarisation-affect-south-africa/ (consulté le 1 décembre 2025).
[22] Sukegawa Seiya, « A Chance for India to Return to RCEP ? », The Diplomat, 9 juin 2025, lien : https://thediplomat.com/2025/06/a-chance-for-india-to-return-to-rcep/ (consulté le 1 décembre 2025).
[23] Zeeshan Mohamed, « India Suffering a Quiet Decline in Foreign Direct Investment », The Diplomat, 18 mars 2024, lien : https://thediplomat.com/2024/03/india-suffering-a-quiet-decline-in-foreign-direct-investment/ (consulté le 1 décembre 2025).
[24] RCEP : Brunei Darussalam, Cambodia, Indonesia, Lao PDR, Malaysia, Myanmar, Philippines, Singapore, Thailand, Viet Nam, Australia, China, Japan, Republic of Korea, and New Zealand.
[25] « Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) », Ministry of Trade and Industry of Singapore, 23 octobre 2025, lien : https://www.mti.gov.sg/trade-international-economic-relations/agreements/free-trade-agreements-fta/rcep/ (consulté le 1 décembre 2025).
[26] « Framework for the U.S.-India Major Defence Partnership », Insight on India, 1 novembre 2025, lien : https://www.insightsonindia.com/2025/11/01/framework-for-the-u-s-india-major-defence-partnership/ (consulté le 1 décembre 2025).
[27] La lutte pour le Nouvel Ordre Économique International a été relancée à l’ONU en 2023 grâce à la présidence cubaine des États membres du « Groupe des 77 plus la Chine ». Vers un nouvel ordre économique international : résolution adoptée par l’Assemblée générale », ONU. Assemblée générale (77e session : 2022-2023), < https://digitallibrary.un.org/record/3998613?ln=fr&v=pdf >
[28] < https://www.defenddemocracy.press/resolution-2803-when-the-security-council-becomes-a-tool-to-manage-occupation-instead-of-ending-it >
[29] Interventions of the Chinese Resaercher Zhang Sheng explaining Chinese internal contradictions about its relation towards the Palestine conflict : < https://www.legrandsoir.info/de-l-anti-imperialisme-mondial-aux-combattants-dandelion-la-solidarite-de-la-chine-avec-la-palestine-de-1950-a-2024.html?fbclid=IwY2xjawOTwdFleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEetrCqudGTWXbv3wXTrQVvU20tRt1E1MwF81bEqC_UNM7Gj3Uk6kwhwx-KmuE_aem_8XdZyRFhIrOxXoCT5E5vMA > ; < https://www.tni.org/en/article/from-global-anti-imperialism-to-the-dandelion-fighters?fbclid=IwY2xjawOTwfZleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeVjSLQ5JwaTySct0mv8hjZ8D1WNYG0VadZKJBJBDyfpcIR3HHDvnRMppjfSo_aem_BXItlu3-zJRZDrNUjW6YrA > ; < https://www.youtube.com/watch?v=vbewnsfZCsc&t=13s >
[30] Cf. the declaration of the former Chirac’s French minister of education Jules Ferry concerning the « Western » roots of the war in Ukraine which pushed Russia towards the « Chinese alliance : < https://www.youtube.com/watch?v=QhD_qOhosXI >




