COLLOQUE INTERNATIONAL POUR LA PAIX

Au Proche-Orient et en Ukraine, le retour de la Paix est devenu une urgence absolue, pour les Hommes, pour les Nations et pour la communauté internationale, car sans le rappel des principes du droit international public la coexistence est impossible et le chaos règne sur les nations. Les institutions internationales réaffirment avec constance la nécessité d’un processus diplomatique impliquant le retour de la Paix comme préalable à un règlement des conflits.

L’Académie de Géopolitique de Paris travaille à cet objectif depuis sa création, en ayant multiplié rencontres, conférences, colloques et publications entre diplomates nationaux, des Nations Unies, universitaires et experts du monde entier. Dans cette communauté d’esprit, elle a organisé le « Colloque international pour la Paix », lundi 24 février 2025 dans ses locaux situés rue Conté à Paris, date symbolique car trois ans jour pour jour après le déclenchement de l’opération militaire russe en Ukraine (24 février 2022).

Loin des controverses et des condamnations, l’objectif de ce colloque était d’ouvrir les pistes diplomatiques et juridiques au processus de Paix, en envisageant concrètement voies de dialogue et protocoles de règlement acceptables.

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COMPTE-RENDU DU COLLOQUE

Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Les enjeux de la construction de la Paix dans un monde en mutation ».

Le monde est confronté à une recrudescence de conflits de divers types : guerres interétatiques (Ukraine), rivalités entre grandes puissances, guerres issues de désintégration d’États (Syrie, Irak), djihadisme (notamment en Afrique), etc., qui mettent en péril les principes fondamentaux du droit international, notamment les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale. L’ONU semble impuissante face à ces défis.

Les recettes du passé (paix démocratique, paix par le marché) ont montré leurs limites et il est nécessaire de trouver de nouvelles solutions. Il est crucial de repenser l’architecture institutionnelle et juridique de l’ordre international, qui apparaît inadaptée. Un recentrage des institutions internationales sur leur fonction centrale – la paix – est nécessaire. De nouvelles formes de diplomatie émergent (BRICS+), tandis que d’autres sont en crise (UE, OTAN).

La paix ne se limite pas à l’absence de guerre, c’est un état d’âme, une dynamique permanente. Il faut agir en amont, par l’éducation, la prévention des conflits et la lutte contre les inégalités socio-économiques. Un « art de la paix » basé sur des valeurs partagées est essentiel, et le dialogue interculturel et inter-civilisationnel est indispensable.

Il faut ouvrir des pistes diplomatiques et juridiques, en envisageant des voies de dialogue et des protocoles de règlement acceptables par toutes les parties. La paix repose sur le respect mutuel, la compréhension profonde et la coopération sincère entre les peuples. Elle est une construction collective qui exige l’engagement de tous, un bien précieux qu’il faut chérir et protéger. Elle est un état dynamique, une construction quotidienne, elle se nourrit du dialogue ouvert et honnête, de la justice équitable pour tous et de la solidarité agissante envers les plus vulnérables.

Recteur Gérard-François DUMONT, Économiste et démographe, Sorbonne Université, Vice-Président de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP), « La Paix et la démographie ».

La paix et la démographie :la paix est-elle impossible en situation de croissance démographique ? Mots-clés : Paix, Démographie, Population, Jeunesse, Polémologie.

Homo homini lupus (« l’homme est un loup pour l’homme »), écrivait Plaute deux siècles avant J.-C. Fort de cette affirmation qui a traversé les siècles, une théorie a été développée au XXème siècle selon laquelle un pays qui dispose d’une jeunesse nombreuse bénéficie d’un potentiel humain susceptible de le rendre belliqueux et risque donc d’être nuisible à la paix. Comme les effectifs de la population dans le monde continuent de croitre et que le nombre d’habitants sur Terre atteint un chiffre inédit dans toute l’histoire de l’humanité, la paix serait plus que jamais incertaine. Y a-t-il homothétie entre la dynamique démographique et l’absence de paix ?

S.E.M. Mezri HADDAD, Docteur en philosophie morale et politique, essayiste, ancien diplomate tunisien auprès de l’UNESCO, fondateur du Centre international de géopolitique et de prospective analytique, « Sud Global et nouvel ordre multipolaire : ultime chance pour une Paix universelle ».

Si cruel fût-il pour un certain nombre des pays de l’Est et d’Asie centrale sous le joug du totalitarisme communiste, et pour d’autres pays d’Amérique Latine, d’Asie centrale ou d’Afrique, tombés dans l’escarcelle de l’impérialisme américain et du néocolonialisme européen, l’ordre mondial bipolaire issu de la Conférence de Yalta de février 1945 a été dans son ensemble un moindre mal pour l’humanité. Cet ordre mondial, avec son équilibre de la terreur, rendait la paix impossible et la guerre improbable, pour reprendre la formule de Raymond Aron. Il instaurait aussi des règles et des normes juridiques constitutives du droit international dont le viol par certaines puissances n’en infirmait pas moins la nécessité impérieuse.

80 ans après Yalta, l’ordre mondial a volé en éclats et le droit international, qui assurait théoriquement la paix, n’est plus qu’une chimère. Entre l’ordre bipolaire d’antan et l’ordre multipolaire actuellement en gestation sous l’impulsion du Sud Global, il eut l’interlude dramatique de l’unipolarité sous l’hégémonisme américain, conséquence inéluctable de l’implosion de l’URSS. Dans son exultation eschatologique enrobée de ratiocinations vaguement et superficiellement néo-hégéliennes, Francis Fukuyama annonçait alors « la fin de l’Histoire » avec le triomphe définitif et irréversible du libéralisme. Bilan non exhaustif de cet ordre unipolaire : la guerre dans les Balkans en 1998 et la fragmentation de la Yougoslavie en micro-États identitaires, l’invasion et la destruction de l’Irak en 2003, l’agression contre la Libye en 2011, la déstabilisation de la Syrie au nom d’un printemps arabe fallacieux et fondamentalement islamo-atlantiste…

C’est notamment contre cette dérive occidentale portée à son paroxysme par l’hubris américaine que le Sud global – concept que certaines élites politiques et intellectuelles françaises dédaignent ou rejettent dogmatiquement – est né avec des aspirations héritées du décolonialisme, du tiers-mondisme, du non-alignement…, mais avec cette fois-ci des atouts économiques, technologiques, énergétiques, diplomatiques, démographiques et même militaires nettement supérieurs à auparavant. Regroupant informellement 134 pays sous trois continents et sans récuser le principe de la mondialisation, le Sud Global exprime la volonté de ces pays de rompre avec l’ordre mondial existant pour instaurer un nouvel ordre mondial multipolaire, basé sur une vision inclusive, équilibrée et équitable des relations internationales ; un ordre mondial, basé sur un partage égal de la gouvernance globale, sur le strict respect du droit international, de la souveraineté des peuples et des spécificités des cultures. Par la voix des BRICS+, le Sud Global s’oppose ainsi, sur le plan politique, économique, géopolitique et civilisationnel, à « l’Occident collectif », pour reprendre cette expression à Vladimir Poutine.

Pourquoi donc la multipolarité à laquelle concoure le Sud Global serait-elle « une ultime chance pour un paix universelle » ? D’abord parce que la bipolarité et l’unipolarité, outre leurs échecs factuels antérieurs, sont de facto et de jure anachroniques et caduques. Ensuite, parce que la vertu démocratique ne se limite pas exclusivement à un régime national. Si ses principes fondamentaux garantissant la paix civile sont la participation citoyenne, la liberté d’expression, l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs et le respect des droits fondamentaux – ce que l’Occident prétend incarner –, alors leur application en vaut autant pour garantir la paix universelle. En d’autres termes, logiquement et rationnellement, ce qui est bienfaisant et exemplaire à l’échelle nationale et entre individus, doit l’être tout autant à l’échelle internationale et entre États, indépendamment de leurs régimes politiques. La démocratisation des relations internationales, qui doit passer par une réforme profonde de l’ONU, qui comptait 51 États-membre à sa création et qui sont depuis 193, ainsi que du Conseil de sécurité, est donc la condition sine qua non d’une paix universelle et perpétuelle selon les vœux de l’idéaliste allemand, Emmanuel Kant.

Pr. Alena DOUHAN, Rapporteur Spéciale des Nations Unies sur l’impact négatif des mesures coercitives unilatérales sur la jouissance des droits humains, « Menaces et défis au maintien de la paix et de la sécurité internationales créés par les régimes de sanctions unilatérales ».

Aujourd’hui, le monde est confronté à un recours accru aux sanctions unilatérales, à leurs moyens d’application et à leur application excessive contre une large liste d’États, d’entreprises et d’individus. Traditionnellement, les discussions portent sur l’objectif de ces mesures unilatérales, leur statut ou, au maximum, sur les questions d’extraterritorialité et d’impact humanitaire de ces mesures.

Dans le même temps, les effets des régimes de sanctions unilatérales sont beaucoup plus larges et impactent largement différents domaines du droit international et de la coopération entre États, y compris dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Cette présentation ne prône pas la qualification des sanctions unilatérales comme « guerre économique », mais identifie en même temps un certain nombre de domaines qui impactent négativement le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

À cette fin, la présentation donne un aperçu des types de sanctions unilatérales, des moyens de leur mise en œuvre et de leur application excessive.

Il aborde également les domaines suivants d’impact des sanctions unilatérales :

– impact sur la coopération internationale, l’État de droit, la solidarité entre les États ;

– impact sur la coopération entre les États dans la lutte contre le terrorisme international et d’autres types de criminalité transfrontalière ;

– création des conditions et des circonstances propices à de nouvelles menaces et à de nouveaux défis dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales : flux de réfugiés, déstabilisation régionale, capacité des États à prévenir et à enquêter sur différents types de crimes ;

– impact sur l’acheminement de l’aide humanitaire, même dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Amiral Jean DUFOURCQ, Membre honoraire de l’Académie de Marine, chercheur en affaires stratégiques, « Puzzle du Levant, pièges et pièces : une approche théorique ».

Les peuples qui vivent entre les monts Taurus en Turquie au Nord et le mont Sinaï en Égypte au Sud occupent un vaste puzzle de territoires à l’histoire très riche depuis 4000 ans. En longeant la Méditerranée à l’Ouest et en occupant la Mésopotamie à l’Est, ils ont connu flux et reflux, invasions et exodes. C’est le Levant compliqué. Aujourd’hui sa carte géopolitique est en phase de réévaluation dramatique du fait de la guerre. Ce qui est en jeu depuis l’assaut radical qui a détruit Gaza en six mois, c’est la sécurité introuvable de l’Israël de 1948 et l’accession de la région à une viabilité sociopolitique pacifiée en Asie de l’Ouest. Mais la solution dite à deux États à laquelle beaucoup se raccrochent imprudemment pourrait se révéler un mauvais piège dilatoire comme toute autre solution comptant un nombre pair d’acteurs étatiques qui entretiendrait une confrontation latente d’entités locales. Seules des formules à nombre impair de pièces étatiques (1, 3, 5, 7, 9 …) pourraient conduire à une paix juste et durable ; elles doivent s’envisager comme un processus long dont le premier pas, urgent, sera le plus décisif et pourra conduire avec le temps à une forme d’intégration régionale bénéficiant à tous.

Pr. Hall GARDNER, Professeur et ancien directeur des études du Département de Politique Internationale et Comparative de l’Université Américaine à Paris, « Paix et Politique américaine ».

Mon intervention, sur Trump et la question de la « paix par la force », s’intéressera d’abord aux causes de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, qui résultent du « double élargissement » non coordonné de l’OTAN et de l’Union européenne. Nous soutiendrons que plus l’OTAN et l’UE s’étendraient dans les sphères d’influence et de sécurité post-soviétiques/russes, et en particulier en direction de l’Ukraine, plus la Russie se rapprocherait de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, etc., et chercherait ainsi à modifier l’équilibre géopolitique européen et mondial dans un système mondial plus polarisé.

Non seulement il n’y a pas eu de réelle coordination entre les États-Unis/l’OTAN et l’Union européenne lorsque les deux régimes internationaux ont étendu leur adhésion aux anciennes sphères d’influence et de sécurité soviétiques/russes, mais il n’y a pas eu non plus de coordination substantielle entre les États-Unis/l’OTAN et l’UE en matière de sécurité et de défense avec la Russie. Moscou n’a guère eu voix au chapitre, et certainement pas de veto, dans les décisions qui ont conduit l’OTAN et l’UE à élargir leur adhésion et qui ont eu un impact sur les intérêts perçus comme « vitaux » de Moscou.

Cette réalité géostratégique a conduit la Russie et la Chine à forger un partenariat stratégique fort qui s’est manifesté dès juillet 2001 avant de devenir un partenariat « sans limites » en février 2022. L’élargissement de l’OTAN et de l’UE a finalement provoqué une réaction russe après que l’OTAN a promis à l’Ukraine une éventuelle adhésion en 2008 et que l’UE a promis à l’Ukraine un partenariat politico-économique et stratégique d’ici 2012-14.

Parallèlement, alors que l’UE s’est « élargie », elle ne s’est pas « approfondie » en termes de forgeage d’une capacité de défense plus unifiée qui posséderait une plus grande autonomie par rapport aux États-Unis et à l’OTAN – en cas d’extension politico-militaire américaine et de focalisation stratégique sur la Chine et/ou de réaction revancharde russe.

Nous soutiendrons ensuite que la paix entre la Russie et l’Ukraine peut être obtenue au moyen de l’établissement d’une Ukraine neutre et non nucléaire. Une Ukraine neutre et non nucléaire est non seulement cruciale pour rétablir l’équilibre géopolitique européen de l’après-guerre froide et une nouvelle relation OTAN-Europe-Russie, mais elle représenterait également la première étape vers l’établissement d’un nouvel équilibre mondial et d’une nouvelle architecture de sécurité mondiale.

Si une paix durable peut être établie concernant l’Ukraine – accompagnée d’une nouvelle interrelation OTAN-Europe-Russie qui implique également des réductions et des éliminations d’armes entre les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine – la tâche de parvenir à des accords de paix durables dans d’autres conflits régionaux s’avérera beaucoup moins difficile.

En revanche, si l’administration Trump ne parvient pas à instaurer une paix durable entre l’Ukraine et la Russie – une possibilité qui souligne la nécessité pour les Européens de développer des capacités de défense plus autonomes – les risques d’une nouvelle guerre mondiale augmenteront.

Trump prouvera-t-il qu’il est un « artisan de la paix » comme il le prétend aujourd’hui ? Trump sera-t-il capable d’instaurer la « paix par la force » dans les principaux conflits en cours entre l’Ukraine et la Russie ; Israël, les Palestiniens et l’Iran ; ainsi qu’entre Taïwan et la Chine, entre autres ? Et si oui, quel genre de paix ?

Ou bien les tactiques unilatéralistes apparemment erratiques de Trump, qui consistent à appliquer des droits de douane élevés aux alliés comme aux rivaux des États-Unis, à réduire les dépenses de l’USAID et d’autres outils de « soft power » des États-Unis pour tenter de réduire le déficit budgétaire monstrueux des États-Unis et l’augmentation de leur dette, ainsi qu’à soutenir publiquement les partis politiques extrémistes, vont-elles exacerber les conflits en cours, tout en en favorisant de nouveaux ?


Le monde entre dans un point d’« inflexion » dangereux qui peut soit conduire à des guerres plus vastes, soit à des avancées vers la paix régionale et mondiale.

Dr. Paul KANANURA, Président de l’Institut AFRIKA, « L’état et les perspectives de la Paix en Afrique ».

«  L’état et les perspectives de la paix en Afrique » sont des sujets complexes et multidimensionnels pour un continent fragilisé par des conflits asymétriques, liés à la compétition féroce pour contrôler ses énormes ressources naturelles et stratégiques sans respect de la souveraineté des États.

L’état catastrophique de la paix en Afrique. Un aperçu de quelques théâtres d’opérations montre que l’état de paix est déplorable au Soudan, en RDC et en Somalie. L’espoir revient timidement en Libye, au Sahel, en RCA, au Sud-Soudan et en Éthiopie. Ce panorama rapide montre clairement les conséquences de la guerre hybride et des conflits asymétriques sur la paix en Afrique dont les causes sont difficilement cernables.

Les prédateurs internationaux et profiteurs locaux deviennent des ennemis de la paix. Ces fauteurs de troubles utilisent des mécanismes de domination et du chaos pour installer le désordre et l’instabilité chronique pour le pillage des ressources.

La domination de l’Afrique par la terreur repose sur des conflits asymétriques et le terrorisme qui divisent le continenten quatre zones terroristes avec trois tectoniques djihadistespour entraîner le continent dans un processus de « somalisation » et de domination par la terreur que nous avons théorisé dans le « Triangle de Géocriminalité du Chaos ».

Les perspectives de la paix en Afrique

La résolution des conflits en cours pour une paix durablese base surlerôle des organisations régionales, les initiatives de paix locales, le développement endogène, l’éducation et sensibilisation des populations aux conséquences des conflits asymétriques et la coopération internationale sincère.

L’inefficacité des instruments de la paix(médiations, pourparlers, accords de paix, opérations onusiennes) est légion pour restaurer un climat paisible des populations africaines.

Les solutions pour une paix durable passentpar la maxime« Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Pour se faire respecter, il faut être craint des autres. Il est temps de construire des instruments de dissuasion pour imposer la paix en Afrique :  

–         Construire des États stratèges et des nations intelligentespour protéger les matières premières, les frontières et la population,

–         Diplomatie militaire et tactiqueavec des systèmes préventifs en temps de paix et offensifs en période de conflits pour dissuader les menaces,

–         Souverainisme du panafricanisme pour construire la paix durable incarné par des institutions fédérales des États Unis d’Afrique.

Penser la paix en Afrique, sans se préoccuper de la militarisation des pays et de la neutralisation des menaces, est une erreur stratégique.

S.E.M. Michel RAIMBAUD, Essayiste, politologue, conférencier en relations internationales, ancien ambassadeur de France au Soudan, en Mauritanie et au Zimbabwe, directeur honoraire de l’OFPRA, « Les enjeux de la situation en Syrie ».

Comment un État a-t-il pu disparaître en quelques jours ? Ce séisme qui l’a détruit entre le 27 novembre et le 8 décembre 2024 aura un impact dans tous les domaines, et dans tout son environnement géopolitique.

Pour la Syrie, les enjeux sont politiques (indépendance, liberté de choix du régime, liberté des alliances), mais aussi la souveraineté et ses attributs : reconstruction de l’armée, de la marine, de l’aviation, de la police, des douanes, de l’état-civil, le départ des occupants. Ils sont liés à la reconstruction, au retour des réfugiés et déplacés, à son intégrité territoriale (quid des occupants, Turquie, Israël, États-Unis, Grande-Bretagne, France…), à son unité nationale (mesures arbitraires, minorités harcelées, autochtones remplacés). Il s’agit également de préserver l’héritage culturel de la « mère de la civilisation ».

Les priorités sont aussi économiques : reconstruire un pays dévasté par la guerre et les sanctions, récupérer les richesses naturelles volées ou pillées, protéger le marché national. Sont en jeu l’avenir de la région, de l’axe de la résistance, des pays arabes, et au niveau géopolitique, l’affrontement entre Occident collectif et Sud global, entre OTAN et BRICS… Reste à chercher des solutions de paix crédibles entre les gouvernants de facto de la nouvelle Syrie et une « communauté internationale » qui les courtise, en l’absence de tout droit international.

Jacques MYARD,Membre honoraire du Parlement, ancien membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, maire de Maisons-Laffitte, « Les Raisons de l’échec de l’utopie de Kant, « la Paix perpétuelle ».

En 1795, Emmanuel Kant découvre dans une auberge d’un Hollandais la peinture d’un cimetière avec la mention « À la paix éternelle ». Cette peinture affublée d’une citation définitive suscite une réflexion au philosophe allemand, un essai philosophique pour bâtir, construire la Paix perpétuelle pour l’Humanité. Emmanuel Kant en une centaine de pages édicte quelques principes pour établir la Paix Perpétuelle. Plus de deux siècles après l’essai de Kant,  nous savons qu’il n’y a pas de Paix Perpétuelle. Bien pire, l’État du monde est plutôt « La guerre perpétuelle ». Pourquoi la Paix perpétuelle est une utopie ?

Georges Jure VUJIC, essayiste, géopoliticien franco-croate , directeur de l’Institut de recherches stratégiques de Zagreb, chercheur associé à l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP)« De la Paix perpétuelle à la guerre perpétuelle : l’effet miroir de la géopolitique contemporaine ».

D’Érasme à Kant, en passant par Grotius et l’Abbé de Saint-Pierre avec son « Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe », le paradigme de la paix perpétuelle était au centre de la réflexion sur la nature des rapports entre les peuples. La pensée iréniste a largement influencé les élites libérales occidentales, qui depuis les années 90, ont cru bannir tout forme de conflit dans le cadre d’une philosophie de « fin de l’histoire », s’évertuant à croire en une paix globale garantie par un ordre fondé sur le droit et le marché stabilisateur, mais aussi sur le paradigme de l’acteur rationnel. Or le retour de la guerre en Ukraine 2022 sur le sol européen, a démontré   l’incrédulité de l’Occident qui n’a pas cru à cette guerre car elle semblait irrationnelle. La même attitude de « somnambulisme » affectait certains pacifistes en 1914, juste avant la Grande Guerre. Or, on oublie qu’il existe « une rationalité politico-militaire de la guerre », absolument distincte de celle des temps de paix . Avec le retour d’un ordre mondial, fondé sur le rapport de force et la rivalité géopolitique entre les puissances néo-impériales (Chine-Russie-USA), la formule bien connue du politologue français Raymond Aron, « Paix impossible, guerre improbable » pour décrire les relations internationales pendant la guerre froide, pourrait s’appliquer aujourd’hui sous la forme d’une « guerre de plus en plus certaine et de paix lointaine », alors que l’ordre mondial semble menacé par une incertitude stratégique croissante et le spectre d’une guerre multidimensionnelle et permanente. 

Pr. Bassam EL HACHEM, Professeur de sociologie politique à l’Université Libanaise, « La Paix et l’avenir du Liban ».

Le Liban est enfin parvenu, récemment, à se faire élire un nouveau président de la République et un chef de gouvernement qui n’a pas tardé à former pareillement le gouvernement qu’il préside. Aussi, ce-faisant, ce pays ne faisait-il que mettre fin, comme par miracle, à une vacance de sa présidence de la République ainsi qu’à une gestion des affaires publiques courantes par un gouvernement démissionnaire, qui avaient duré plus de deux ans et deux mois. Ceci par ailleurs à l’ombre d’une crise globale politique, économique et sociale qui le secoue en profondeur depuis des années déjà, allant, de surcroît, de pair, au plan interne, avec une déliquescence en cours des institutions publiques dans presque tous les secteurs, et au plan externe, à travers les 15 derniers mois, avec la guerre qu’on n’ignore plus, entre Israël et le Hezbollah. Or, cette reconstitution du pouvoir suprême de l’État étant désormais acquise, le propos central de cette conférence consiste à voir ce que son avènement va représenter pour le pays : le début de la fin d’un calvaire qui n’a que trop duré jusqu’ici ou, au contraire, juste une phase nouvelle, donnant sur diverses issues possibles, dans la lutte déjà séculaire opposant les peuples de la région à la grande alliance transatlantique, conduite actuellement par les USA, et son bastion avancé qu’est Israël, qui fut initialement planté par les Britanniques en Palestine. Et c’est en effet le deuxième terme de cette alternative qui s’avère être la plus probable, à l’issue d’une analyse serrée des réalités du terrain, y compris l’action des principaux protagonistes des luttes en cause.

Après cette intervention, un débat général a eu lieu avec la salle.

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